Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes, à BFM TV/RMC le 12 septembre 2017, sur l'impact de la réforme du code du travail sur les droits des femmes, le harcèlement de rue, le sport féminin et le budget 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes, à BFM TV/RMC le 12 septembre 2017, sur l'impact de la réforme du code du travail sur les droits des femmes, le harcèlement de rue, le sport féminin et le budget 2018.

Personnalité, fonction : SCHIAPPA Marlène, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invitée ce matin est Marlène SCHIAPPA, Secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes. Bonjour.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je dis bien entre les femmes et les hommes, vous avez remarqué.

MARLENE SCHIAPPA
C'est extrêmement bien dit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
SCHIAPPA, je prononce bien ? Ça va ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est ça. Voilà, à la française.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Corse et Italienne.

MARLENE SCHIAPPA
C'est ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Emmanuel MACRON a parlé des extrémistes. Où les trouve-t-on ces extrémistes ? Côté manifestants et Insoumis ou côté patronat et MEDEF ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je ne serais pas caricaturale comme ça. Je pense que quand le président de la République parle des extrémistes, il ne veut pas parler des personnes qui sont en train de manifester. Il veut parler des extrêmes de notre société, de l'extrême droite, sans doute de l'extrême gauche et des personnes qui sont…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc les Insoumis aussi au passage.

MARLENE SCHIAPPA
Pas forcément tous les Insoumis mais disons qu'effectivement il y a des extrêmes qui se rejoignent dans notre société dans une vision assez réactionnaire, qui refusent le progrès, qui refusent les forces du progrès, et je pense que c'est à ça que le président de la République fait référence quand il parle des extrêmes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Marlène SCHIAPPA, affirmez-vous que ce nouveau code du travail, cette réforme, n'aura aucune conséquence particulière pour les femmes ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord, vous avez dit quelque chose de très intéressant : vous avez dit ce nouveau code du travail. Il n'y a pas de nouveau code du travail. Toutes les dispositions, par exemple, de protection de la maternité, elles restent dans le code du travail. Je pense que c'est très important de le dire parce que beaucoup de choses fausses ont été dites.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire que les congés maternité, par exemple, ne seront pas fixés par les accords d'entreprise.

MARLENE SCHIAPPA
Le congé maternité, c'est un dispositif du code du travail. Il y a le code du travail au-dessus, ensuite il y a les accords de branche, et ensuite il y a les accords d'entreprise. Dans les ordonnances travail, on trouve quoi ? On trouve des mesures supplétives au niveau des accords de branche et des accords d'entreprise qui s'ajoutent à ce pied déjà existant dans le code du travail. Mais bien évidemment, toutes les protections liées à la maternité qui sont dans le code du travail restent dans le code du travail. Et si vous me permettez un petit exemple, parce que des choses fausses ont été dites, il a été dit par exemple…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est Philippe MARTINEZ qui a avancé cette fausse information, oui.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, j'ai très bien entendu monsieur MARTINEZ et ça n'est pas exact. Par exemple, il a dit que tout ce qui concernait l'égalité professionnelle serait désormais négocié entreprise par entreprise et plus branche par branche. Ça n'est pas exact. L'égalité professionnelle, elle est sanctuarisée. Elle reste branche par branche avec, bien sûr, en plus les dispositions du code du travail qui demeurent. Et c'est de l'additionnel, du supplémentaire qui vient s'ajouter dans les négociations entreprise par entreprise sur l'égalité professionnelle. Elle n'est donc pas mise en danger par les ordonnances travail.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais dans les entreprises, qui observe l'égalité entre les femmes et les hommes actuellement ? Qui ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est-à-dire ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans les entreprises. Il y a un droit d'expertise pour savoir si l'égalité entre les femmes et les hommes est respectée.

MARLENE SCHIAPPA
Il y a plusieurs dimensions. D'abord, il y a les entreprises elles-mêmes qui doivent faire état de ce qu'elles font et de leur plan négocié sur l'égalité professionnelle. Ensuite, il y a bien évidemment l'inspection du travail et la DIRECCTE qui effectue des contrôles. Et ensuite, les femmes elles-mêmes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais dans l'entreprise, il y a un droit d'expertise. Dans l'entreprise, c'est l'employeur qui prend en charge ce travail.

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Mais avec cette loi, c'est le comité d'entreprise qui va financer.

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire moins de moyens.

MARLENE SCHIAPPA
Ça ne veut pas dire moins de moyens. Ça veut dire qu'on répartit et que les syndicats prendront - je crois, c'est à vérifier, mais je crois que c'est à hauteur de 20 % - en charge cette expertise. Mais je voudrais préciser qu'il y a d'autres recours et que nous faisons un travail pour faire connaître aux femmes davantage leurs droits pour que ce soit supplémentaire par rapport à cette expertise.
J'ai signé cet été avec le défenseur des droits, Jacques TOUBON, une convention sur les droits des femmes au travail qui vise à faire mieux connaître les droits des femmes au travail. Parce qu'on s'aperçoit qu'actuellement non seulement les femmes les méconnaissent, mais les entreprises les méconnaissent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr.

MARLENE SCHIAPPA
Je vais vous dire. Il y a peu, j'ai dit que nous allions appliquer la loi sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Ça a fait polémique et ça a fait des tas de débats avec des gens qui discutaient pour savoir s'il fallait être pour ou contre des pénalités financières par exemple quand on ne respecte pas la loi. Mais elles existent déjà, ces pénalités financières. Elles sont déjà prévues par la loi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous allez alourdir ces sanctions ?

MARLENE SCHIAPPA
On ne va pas alourdir les sanctions mais on va créer les dispositifs manquants, parce qu'on s'est aperçu qu'il y avait des trous dans la raquette par exemple pour ce qui concerne le service public. Il y a une loi qui prévoit la féminisation du service public dans les nominations de hauts-fonctionnaires. C'est un peu technique mais globalement c'est ça.
Et l'idée, c'est d'avoir une pénalité, ça c'est prévu dans la loi. C'est la loi Sauvadet : vous avez 90 000 euros de pénalités par unité d'emploi manquant. Or, quand on regarde, on s'aperçoit de quoi ? On s'aperçoit qu'il n'y a pas de dispositif actuellement pour prendre cette pénalité, ni même pour la recevoir et pour la réaffecter au budget de l'Etat, donc c'est ça que nous construisons.
En ce qui concerne les entreprises, il n'y a pas non plus de dispositif de contrôle qui existe pour vérifier la féminisation. La loi Copé-Zimmermann par exemple. La loi Copé-Zimmermann, qu'est-ce qu'elle dit ? Elle porte sur la gouvernance des entreprises. Elle dit qu'elles doivent être féminisées et que si elles ne sont pas féminisées, ces instances de gouvernance, les jetons de présence ne seront pas rémunérés. Actuellement, ça n'est pas fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Marlène SCHIAPPA, deux questions, ensuite je vais passer au congé maternité. Je vais revenir à l'égalité femmes-hommes, grande cause nationale, à votre budget parce que vous avez des informations à nous donner. Marlène SCHIAPPA, l'accord d'entreprise prime concernant l'égalité femmes-hommes ou pas ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument pas. C'est faux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Absolument pas. Même les négociations sur les temps partiels ? les congés pour enfants malades ? L'allongement du congé maternité ? Tout ça ?

MARLENE SCHIAPPA
Là, on est sur autre chose. On est sur quelque chose qui est supplétif et ça ne prime pas. L'idée, c'est que ce soit négocié dans les branches et que, quand il y a défaut d'accord de branche, c'est un accord d'entreprise dans le CSE qui est passé, et ces accords d'entreprise ils sont signés avec les syndicats.
Et moi j'ai toute confiance dans la CGT, dans la CFDT et dans l'ensemble des syndicats pour signer des accords d'entreprise qui soient favorables aux femmes davantage que ça ne l'était actuellement. Parce qu'actuellement, il ne m'est pas apparu qu'il y ait des accords de branche qui soient extraordinairement favorables dans ce type de dispositif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'égalité femmes-hommes, grande cause nationale du quinquennat, on est bien d'accord ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va être officiellement annoncé ?

MARLENE SCHIAPPA
Le président de la République va l'annoncer puisque c'est la grande cause nationale de son quinquennat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ?

MARLENE SCHIAPPA
Début octobre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Début octobre. Emmanuel MACRON a promis que chaque femme aurait droit à un vrai congé maternité bien rémunéré, quelle que soit son activité. Ça veut dire un congé maternité unique.

MARLENE SCHIAPPA
Ça veut dire un congé maternité effectivement qui soit harmonisé vers le haut.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour quand ?

MARLENE SCHIAPPA
On a commencé à travailler, peut-être dire un mot là-dessus, sur la situation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais moi, je veux d'abord savoir c'est pour quand et vous me direz après pourquoi vous faites ça.

MARLENE SCHIAPPA
C'est pour très rapidement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi « très rapidement » ?

MARLENE SCHIAPPA
Je vous réponds, Jean-Jacques BOURDIN. On a commencé à lancer les travaux avant l'été avec ma collègue Agnès BUZYN qui est ministre des Solidarités et de la santé qui est en charge des familles également dans son portefeuille. Il y a une mission parlementaire qui va travailler sur ce congé maternité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc c'est pour quand ?

MARLENE SCHIAPPA
A la fin de la mission parlementaire, la mission parlementaire nous fera ses recommandations.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ? Elle va travailler combien de temps ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne vais pas préjuger du travail des parlementaires. C'est le travail de la mission.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais c'est quoi ? C'est l'année prochaine, en 2018 ? Mais c'est très important, le congé maternité unique.

MARLENE SCHIAPPA
A qui le dites-vous, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement, alors annoncez. Dites-nous c'est pour quand.

MARLENE SCHIAPPA
Alors justement, je suis en train de vous dire que comme c'est très important, je ne peux pas vous faire des annonces à tort et à travers et qu'il y a une mission parlementaire qui travaille, et je ne peux pas préjuger…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant la fin du quinquennat quand même, rassurez-nous.

MARLENE SCHIAPPA
Pendant le quinquennat bien évidemment. Je ne peux pas préjuger de ce qu'elle fera. Juste un mot pour dire qu'actuellement, la situation c'est qu'il y a un congé maternité pour les femmes salariées et il y a plein d'autres congés maternité. Pour les agricultrices, pour les auto-entrepreneuses, pour les intermittents du spectacle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Exact. D'ailleurs, vous allez commencer avec les agricultrices.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, on va commencer par les agricultrices parce que ce sont elles qui souffrent le plus actuellement de la situation. Moi, j'ai rencontré avec Stéphane TRAVERT, le ministre de l'Agriculture, des agricultrices et des femmes d'agriculteurs en Meurthe-et-Moselle récemment et elles sont dans une situation terrible en ce qui concerne la maternité. Elles ne sont pas actuellement protégées et on ne peut pas accepter de protéger davantage les statuts que les personnes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que le congé maternité sera allongé ?

MARLENE SCHIAPPA
Le congé maternité, non, il ne sera pas allongé. Il reste dans la durée actuelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne sera pas allongé. Et le congé paternité ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, il y a un vrai débat de société sur le congé paternité. Pour tout vous dire, nous on avait envisagé un temps son allongement et on l'a expertisé pendant la campagne présidentielle d'Emmanuel MACRON, président de la République. Il s'est avéré que dans nos groupes de travail, ça n'est pas une demande qui est ressortie massivement que d'allonger le congé paternité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas d'allongement donc.

MARLENE SCHIAPPA
Pas d'allongement pour le moment. En revanche, on a un travail à faire, je pense, pour informer les pères de leurs droits. De leur droit au congé paternité mais également de leur droit au congé parental ; leur dire que le congé parental, ça n'est pas une prolongation du congé maternité mais que c'est un dispositif qui est ouvert également aux pères et aux mères et que les pères peuvent également bénéficier d'un congé parental de la même façon que les mères.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le budget de votre ministère a été raboté pour 2017. Vous avez perdu plusieurs millions d'euros, ça a fait débat au mois de juillet. Le budget 2018 se présente bien ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord sur 2017, non il n'a pas été raboté.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez perdu combien de millions d'euros ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, ce n'est absolument pas une perte, Jean-Jacques BOURDIN. Ce qu'on observe c'est que depuis 2012, entre 2012 et…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est quoi ? Vous ne saviez pas, d'ailleurs, que vous alliez perdre un peu d'argent.

MARLENE SCHIAPPA
Mais si vous m'interrompez sans cesse, ça va être compliqué de poursuivre mon raisonnement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais d'accord, mais je vous le dis.

MARLENE SCHIAPPA
Entre 2012 et 2017, il n'y a jamais eu un budget sur le programme 137, sur l'égalité femmes-hommes et droits des femmes exécuté supérieur à 23 millions. Ce qui se faisait, c'est qu'il y avait un vote d'un budget, un vote haut, et une exécution basse. C'est pour ça que le budget a été qualifié d'insincère par la Cour des comptes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il était à 20 millions. Un peu plus de 20 millions.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument. Nous, nous faisons un budget sincère et je vous annonce d'ailleurs que pour 2018, ce budget augmente considérablement et que pour l'année 2018, le budget des droits des femmes et de l'égalité entre les femmes et les hommes sera autour de 30 millions, ce qui est le niveau le plus haut qui n'ait jamais été atteint jusqu'à présent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
29,8 millions.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, vous êtes très précis, vous avez raison de l'être. Et qu'en plus, il sera sanctuarisé pour le quinquennat, ça veut dire qu'il n'y aura aucune baisse pour l'ensemble du quinquennat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aucune baisse ?

MARLENE SCHIAPPA
On restera à ce niveau de 29,8 millions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà une bonne nouvelle.

MARLENE SCHIAPPA
Une excellente nouvelle. Une hausse puis aucune baisse pendant cinq ans.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Promesse d'Emmanuel MACRON à propos de la PMA. C'est un engagement de campagne.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'une loi ouvrant la PMA à toutes les femmes sera rédigée et proposée par le gouvernement avant la fin du quinquennat ?

MARLENE SCHIAPPA
Evidemment. C'est un engagement de campagne donc comme tous les engagements de campagne du président de la République, il sera tenu. En termes de calendrier, nous serons sur l'année qui arrive, 2018, probablement avec les révisions de la loi bioéthique et ce sera porté…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans le cadre d'une révision de la loi bioéthique, si j'ai bien compris, la PMA sera ouverte à toutes les femmes en France.

MARLENE SCHIAPPA
Alors je ne préjuge pas du débat parlementaire mais c'est ce qui sera proposé en effet, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que proposera le gouvernement, ce qu'annoncera le gouvernement, ce que vous annoncez ce matin.

MARLENE SCHIAPPA
Evidemment. C'était ce que le président de la République avait annoncé lors de son programme très clairement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le comité d'éthique a dit oui d'ailleurs.

MARLENE SCHIAPPA
Le comité d'éthique a donné un avis favorable. Le président de la République avait soumis cet engagement à l'avis du comité national d'éthique. L'avis est favorable, il n'y a rien qui nous empêche de rendre la PMA légale pour toutes les femmes. Je vais vous dire, c'est une question de justice sociale parce qu'actuellement, on constate qu'il y a des femmes qui sont en France qui ont les moyens d'aller à l'étranger faire une PMA, et des femmes qui sont en France qui n'ont pas les moyens d'aller à l'étranger faire une PMA, et donc qui sont là, qui ne font rien, qui ne peuvent pas avoir un enfant, ou alors qui le font avec des méthodes artisanales qui mettent en danger leur sécurité, leur santé, qui ne sont pas souhaitables pour la société que nous voulons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Autre promesse du président de la République, rendre publics les critères d'attribution des places en crèche.

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Où en êtes-vous ?

MARLENE SCHIAPPA
On est en train de travailler avec l'ensemble des ministres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez le faire ?

MARLENE SCHIAPPA
On va évidemment le faire. Vous savez, j'avais créé le pack transparence crèche il y a quelques années avec mon association Maman travaille et des villes, Paris, Bordeaux et Le Mans s'étaient engagées dans le cadre de ce pacte. Là, nous travaillons avec Agnès BUZYN, la ministre des Solidarités et de la santé mais avec également les ministres de la Cohésion des territoires, de l'Intérieur et des Collectivités locales avec un certain nombre de partenaires comme la CNAF et comme TERRA NOVA qui a beaucoup étudié sur cette question. Bien évidemment, nous allons vers la transparence dans les critères d'attribution des places en crèche parce qu'il est normal que tous les futurs et jeunes parents aient une égalité d'information sur les possibilités qu'ils ont d'avoir accès à une place en crèche ou non avec les collectivités.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Autre sujet dont on a parlé dans les médias, et nous-mêmes on en a parlé sur l'antenne de RMC, ça existe dans cinq pays dans le monde, le congé menstruel. Vous êtes favorable ou pas ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est un vrai débat que le congé menstruel. Ça ne fait pas partie des engagements de campagne du président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais vous ?

MARLENE SCHIAPPA
Ça ne fait pas partie non plus de ma lettre de mission. Moi, je pense que c'est un débat qui pourrait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un débat, mais quelle est votre position dans ce débat ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je n'ai pas de position personnelle dans la mesure où, si je vous donne une position, ce sera interprété comme étant la position du gouvernement. Je pense qu'il y a un tabou qui sont les règles des femmes et qui doit être étudié. D'ailleurs, on en a parlé avec Laura FLESSEL, la ministre des Sports, lors de la conférence permanente du sport féminin, parce qu'il y a un vrai sujet sur l'exercice du sport pendant les règles.
Et il y a un autre sujet qui est corrélé sur lequel là nous sommes engagés, qui est la question de l'endométriose. Vous savez, cette maladie où souvent les femmes pensent qu'elles ont des règles douloureuses et, en réalité, elles souffrent parfois d'endométriose.
Donc il y a une association, Info-endométriose, que nous soutenons et avec laquelle nous lançons des campagnes pour permettre aux femmes de mieux dépister cette maladie qu'est l'endométriose, qui est une maladie féminine et donc une maladie finalement sociétale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-il vrai, je change encore de sujet, que vous souhaitez verbaliser le harcèlement de rue ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est non seulement vrai mais nous allons le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez le faire. Vous allez verbaliser le harcèlement de rue.

MARLENE SCHIAPPA
On va verbaliser le harcèlement de rue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Soyons concrets, expliquez-nous.

MARLENE SCHIAPPA
On est en train de travailler dessus avec Gérard COLLOMB, le ministre de l'Intérieur. Vous voyez à quel point c'est un sujet interministériel. L'idée, c'est qu'actuellement il y a d'un côté la séduction qui est consentie et de l'autre l'agression sexuelle qui est caractérisée et qui est un délit pour lequel les femmes peuvent porter plainte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, soyons encore plus concrets. Je suis dans le métro, je suis une femme.

MARLENE SCHIAPPA
Vous êtes dans le métro, vous êtes une femme, je suis un homme et je vous suis dans le métro. Vous descendez, je descends. Vous remontez dans un autre métro, je remonte. Je vous demande votre numéro de téléphone, je vous redemande votre numéro de téléphone, je vous re-redemande votre numéro de téléphone, vous vous sentez oppressé, c'est du harcèlement de rue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qu'est-ce que je fais ? Je suis une femme, je vais voir un policier.

MARLENE SCHIAPPA
Vous allez voir un policier ou un policier qui patrouille…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et le policier va verbaliser l'agresseur.

MARLENE SCHIAPPA
Il verbalise et met une amende à la personne qui vous a harcelé, qui vous a suivi, qui vous a demandé plusieurs fois votre numéro de téléphone.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je suis une femme, je suis sifflée dans la rue, je suis abordée dans la rue. Je vais voir un policier et le policier verbalise l'homme qui est m'a approchée.

MARLENE SCHIAPPA
Là, on anticipe un petit peu parce que justement tout le travail de la création de cette infraction, ça va être de caractériser le harcèlement de rue. Donc les parlementaires et un groupe de travail vont se réunir et vont nous dire ce qui caractérise le harcèlement de rue, de la même manière qu'en son temps les parlementaires avaient caractérisé le harcèlement moral en disant : « Ça, c'est du harcèlement ; ça, ça n'en est pas. » Là, ils caractériseront ce qu'est le harcèlement de rue pour que ce soit inscrit dans la loi et qu'on dise que les lois de la République française ne tolèrent pas le harcèlement de rue, que les corps des femmes ne sont pas des biens publics et que ça ne veut pas dire que comme nous sommes dans la rue en train de marcher, nous sommes à disposition du tout venant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous êtes toujours opposée à l'interdiction du voile pour les mères accompagnant les sorties scolaires ?

MARLENE SCHIAPPA
Ma position sur le voile n'a pas changé. Je suis bien évidemment défavorable au voile pour l'ensemble des fonctionnaires et a fortiori pour les enseignantes. J'y suis bien évidemment également défavorable pour les élèves, mais je pense qu'il y a une liberté de conscience en France et c'est la loi 1905, le droit de croire ou de ne pas croire, d'exercer ou de ne pas exercer une religion, et que les femmes majeures qui font le choix de porter le voile et qui vont chercher leurs enfants à l'école doivent bien évidemment pouvoir le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qui accompagne les enfants en sortie scolaire ?

MARLENE SCHIAPPA
Pour l'accompagnement des sorties scolaires, je pense qu'on peut y être favorable mais c'est un débat, c'est une interprétation de la loi de 2004. La position du ministre de l'Education nationale a été donnée et je pense qu'il est plutôt favorable à l'application, même totalement favorable, à l'application de la loi 2004 qui régule ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et à l'université ?

MARLENE SCHIAPPA
Je pense qu'il n'y a pas de débat à l'université. Le voile n'est pas interdit à l'université, il ne le sera pas. Ne rouvrons pas des débats qui créent des tensions dans la société. Respectons les lois telles qu'elles existent, la loi de 1905, la loi de 2004, et tenons-nous en aux lois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quatre mois de ministère, un peu plus, cinq mois même maintenant. Vous regrettez d'avoir donné des conseils pour frauder la Sécurité sociale ? C'était avant d'être ministre. On vous a posé dix fois la question.

MARLENE SCHIAPPA
Pas vous, Jean-Jacques BOURDIN ! Pas vous !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais parce que c'est faux. Parce que c'est faux ! C'est un livre qui est un guide humoristique qui s'appelait « Maman travaille » dans lequel je fais état d'un groupe de paroles et je dis que des femmes qui trouvent que leur congé maternité est trop court et qui sont en dépression post-partum ou qui ont vécu des violences obstétricales et des accouchements traumatiques, et qui veulent bénéficier des quinze jours de congé pathologique, peuvent aller voir leur médecin. Et je fais état de ce groupe de paroles où chacune dit : « Moi j'ai dit ci, moi j'ai dit ça parce que mon médecin ne voulait pas entendre la souffrance qui était la mienne. » Je n'ai jamais enfreint aucune loi et je n'ai jamais, bien évidemment, jamais donné de conseils pour frauder la Sécurité sociale. Je déplore que vous tombiez là-dedans.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, je ne tombe pas là-dedans. Non, non, j'attends des précisions. Marlène SCHIAPPA, je ne tombe pas là-dedans, j'attends des précisions.

MARLENE SCHIAPPA
Les voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les voilà, vous les avez données. Vous avez écrit plusieurs romans érotiques, c'est vrai ou pas ?

MARLENE SCHIAPPA
A ce sujet…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai ou pas ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce que je peux vous dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais quelle importance, ce n'est pas pourquoi pas…

MARLENE SCHIAPPA
Alors si ce n'est pas important, pourquoi vous me posez la question, pourquoi ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que, alors pourquoi ne pas dire…

MARLENE SCHIAPPA
Et alors si c'est vrai qu'est-ce que ça peut faire Jean-Jacques BOURDIN ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais rien du tout.

MARLENE SCHIAPPA
Si ça ne vous fait rien, pourquoi vous me posez la question ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais parce que, autant être transparent.

MARLENE SCHIAPPA
Autant être transparent, autant dire ce qu'est la réalité. Moi, ce que je déplore c'est que dans ce débat et quand on a dit, peut-être qu'elle a écrit des livres érotiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et alors ?

MARLENE SCHIAPPA
Il y a un journal de droite, Jean-Jacques BOURDIN, qui m'a traité de reine des salopes, qui a titré sur moi « La reine des salopes ». Est-ce que vous trouvez que c'est normal ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que c'est parce qu'on écrit un livre érotique qu'on est la reine des salopes, pardon ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est une très bonne question et pour moi ça dit des choses du sexisme de notre société, si moi, membre du gouvernement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous avez le droit.

MARLENE SCHIAPPA
Laissez-moi terminer, si moi, membre du gouvernement, je suis traitée par des journalistes de reine des salopes, je le redis, parce qu'on me soupçonne d'avoir écrit des livres érotiques, qu'est-ce qu'on dit pour lutter contre le cybersexisme, qu'est-ce qu'on dit pour lutter contre les phénomènes de harcèlement, contre ces jeunes filles qui ont 16 ans, 17 ans, qui sont harcelées sur les réseaux sociaux, harcelées dans leur collèges ou leur lycée parce qu'on les soupçonne d'avoir une vie sexuelle, c'est si scandaleux que ça qu'une femme, responsable politique, mère de famille, prenne la parole sur la sexualité ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ca fait du bien, vous voyez…

MARLENE SCHIAPPA
Est-ce que ce serait scandaleux Jean-Jacques BOURDIN, c'est scandaleux puisque vous prenez la peine d'en parler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je vous posais la question…

MARLENE SCHIAPPA
C'est que pour vous il y a un sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais non, pour moi, il n'y a pas de scandale, je vous pose la question, ça vous permet…

MARLENE SCHIAPPA
Il vous reste très peu de minutes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ca c'est moi qui décide, pardon, mais ça vous permet, Marlène SCHIAPPA, ça vous permet de dire, ce que vous venez de dire, sur les jeunes filles qui sont agressées, notamment dans les établissements scolaires.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous voyez, donc il faut assumer, ça permet cette liberté de temps et de paroles. Un mot sur le Paris-Saint-Germain parce que je crois que vous avez été ulcérée de voir que les filles, l'équipe féminine du Paris-Saint-Germain a été écartée du centre d'entrainement ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors peut-être pas ulcérée, mais effectivement la question du sport féminin, c'est une question qui me tient à coeur, je vous l'ai dit avec Laura FLESSEL, nous avons installé la conférence permanente du sport féminin et effectivement je trouve qu'en termes de symbole, alors je n'ai pas les tenants et les aboutissants, mais en termes de symbole, je trouve que c'est un petit peu dommage d'écarter l'équipe féminine. J'en profite pour dire comment la ville où je suis élue, nous avons un magnifique stade, le MN ARENA, qui sera ravi d'accueillir toutes les équipes féminines qui le souhaitent au demeurant, on accueille déjà…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il vaut mieux parce qu'il faut l'utiliser ce stade, parce qu'il est sous utilisé.

MARLENE SCHIAPPA
Alors on accueille justement beaucoup de matchs féminins de foot féminin et le stade est très rempli quand on accueille des femmes qui ont un excellent niveau, qui n'a rien à envier à d'autres équipes masculines. Donc effectivement je pense qu'il y a un sujet sur le foot féminin qu'il faut valoriser davantage, mettre en avant et faire des beaux matchs, dans des beaux stades, qu'on puisse les diffuser ensuite en télévision, que ça augmente les recettes et les footballeuses puissent derrière bénéficier de ces recettes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Marlène SCHIAPPA.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 septembre 2017

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