Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, à Europe 1 le 22 septembre 2017, sur l'entrée en vigueur du traité CETA de libre-échange entre l'Europe et le Canada, le permis de recherche d'hydrocarbures en Guyane accordé à TOTAL et la mise en oeuvre des mesures du plan Climat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, à Europe 1 le 22 septembre 2017, sur l'entrée en vigueur du traité CETA de libre-échange entre l'Europe et le Canada, le permis de recherche d'hydrocarbures en Guyane accordé à TOTAL et la mise en oeuvre des mesures du plan Climat.

Personnalité, fonction : HULOT Nicolas, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire;

ti : PATRICK COHEN
Bonjour Nicolas HULOT.

NICOLAS HULOT
Bonjour.

PATRICK COHEN
Homme aux multiples dossiers, on va y venir, mais aussi numéro 3 du gouvernement, vous serez dans 2 heures à la table du Conseil des ministres qui va adopter les ordonnances de réforme du code du travail. C'est un jour important ?

NICOLAS HULOT
Ecoutez, je crois que pour le gouvernement, oui, c'est une étape importante…

PATRICK COHEN
Donc pour vous.

NICOLAS HULOT
Et donc pour moi également.

PATRICK COHEN
C'est un sujet qui vous met mal à l'aise ou vous dites ce n'est pas mon sujet ?

NICOLAS HULOT
Non, non, moi je fais confiance au gouvernement, c'est sa première étape, donc non, ça ne me mets pas particulièrement mal à l'aise. J'ai vu que, pour ce qui concerne mon secteur, dans le transport routier, ça occasionne un certain nombre d'inquiétudes, ça paraît légitime, à partir du moment où on change les choses un peu en profondeur, qu'il y ait des questions qui se posent. Les syndicats ont été reçus par Elisabeth BORNE, le dialogue continue…

PATRICK COHEN
La ministre des Transports.

NICOLAS HULOT
Et la pédagogie doit primer sur tout. Moi je partage toujours l'inquiétude parce que, on sait d'où on vient, on ne sait pas où on va, ce qu'il faut juste c'est prendre le temps de la concertation et de l'explication.

PATRICK COHEN
Le paradoxe aussi, sur le plan politique, c'est que demain, dans la rue, en tête de cortège, vous aurez les deux personnalités pour qui vous avez voté, vous Nicolas HULOT, au premier tour des deux précédentes présidentielle, Benoît HAMON 2017 et Jean-Luc MELENCHON en 2012.

NICOLAS HULOT
Oui. Mais, vous savez, moi je ne renie pas des complicités intellectuelles que j'ai pu avoir. Quand Jean-Luc MELENCHON fait une critique, assez légitime, sur les excès de la mondialisation ou les excès du capitalisme, ce n'est pas parce que je suis au gouvernement que j'ai oublié cela. Je pense qu'il y a eu dans cette campagne, une expression commune, intime et sincère, de notre société, sur justement cette mondialisation sauvage, et donc je pense qu'il n'y a pas forcément besoin d'être à l'extrême gauche de l'échiquier politique pour s'en indigner. Je pense que c'est une préoccupation qu'on doit entendre et à laquelle on doit répondre. C'est pour ça que, par exemple, moi j'étais très inquiet, et je suis toujours, sur des traités comme le CETA, qui sont des traités qui, au lieu de nous protéger, nous exposent. Voilà.

PATRICK COHEN
Mais, il est entré en vigueur hier, le CETA, le traité de libre-échange entre l'Europe et le Canada.

NICOLAS HULOT
Il est entré en vigueur, maintenant, d'abord j'ai été à l'origine du fait qu'il y ait une commission qui précise, valide ou infirme, les risques que nous soupçonnions…

PATRICK COHEN
Ces risques ont été validés par la commission.

NICOLAS HULOT
Ils ont été bien identifiés, ce qui prouve que nous avions raisons les uns et les autres d'être inquiets…

PATRICK COHEN
Mais vous n'avez pas pu empêcher l'entrée en vigueur de l'accord.

NICOLAS HULOT
Non, parce que le processus était tellement lancé que, à moins d'avoir vraiment un incident diplomatique, que nous ne souhaitons pas avec le Canada, c'était difficile, pour autant, il y a deux procédures, il y a les Belges qui ont saisi la Cour européenne, et puis il y aura le Parlement qui devra le ratifier. Donc, maintenant qu'on a identifié tout cela, maintenant qu'il y a une vigilance qui est en place et que ce traité est mis sous surveillance, on va regarder les étapes d'après.

PATRICK COHEN
Qu'on comprenne bien, de votre point de vue Nicolas HULOT, l'entrée en vigueur du CETA c'est un compromis, une concession ou un arbitrage perdu ?

NICOLAS HULOT
Non, mais, vous savez, c'est une leçon pour l'avenir, il ne faut plus de traité qui soit, comment dire, en contradiction avec nos objectifs. L'Europe, pas à pas, érige des règles environnementales et sociales, et donc ces traités qui sont, non pas des traités de juste-échange, mais des traités de libre-échange au mauvais sens du terme, il faut dorénavant être beaucoup plus vigilant. Et la tendance que l'Europe aurait, et notamment d'éviter ce qu'on appelle des commissions mixtes pour ces nouveaux traités, il va falloir être excessivement vigilant, il faut que les Etats membres puissent, en amont, et notamment leurs citoyens, adhérer, ou pas, à ces nouveaux traités.

PATRICK COHEN
La décision de faire entrer en vigueur le CETA jette le doute sur les convictions écologiques et la détermination du président MACRON, peut-on lire…

NICOLAS HULOT
Non, non…

PATRICK COHEN
Non, ce n'est pas un doute que vous partagez ?

NICOLAS HULOT
D'abord, un doute c'est une chose, une certitude c'est une autre, si un jour j'ai une certitude contraire, je prendrai mes responsabilités. Il y a, et c'est tout à fait normal, on a des cultures et des histoires très différentes dans ce gouvernement, c'est la raison pour laquelle j'ai accepté d'y être, parce que je suis convaincu que cette diversité peut être excessivement fertile, mais il y a un moment de phasage, c'est normal, il y a un moment où on doit s'harmoniser, on est en train de le faire. Je suis convaincu, et pardon, mais à New York, vous auriez été fier de la France et du discours du président.

PATRICK COHEN
Vous revenez de New York, Nicolas HULOT, où vous étiez auprès du président français pour l'assemblée générale de l'ONU.

NICOLAS HULOT
La France, honnêtement, sur les sujets climatiques, écologiques, environnementaux, évidemment qu'il faut toujours faire plus, et moi mon rôle c'est d'être très exigeant parce que la situation ne permet aucun compromis, mais si on veut être honnête à l'échelle du monde, et même à l'échelle européenne, on est plutôt dans les pays de tête, il faut aussi le reconnaître.

PATRICK COHEN
Mais on regarde, ici, la conformité des discours aux actes ou des actes aux discours, exemple encore hier, signal contraire, la prolongation, que vous venez de signer, du permis de recherche d'hydrocarbures en Guyane accordé à TOTAL, au moment où votre projet hydrocarbures en voie dit qu'il faut arrêter les énergies carbones.

NICOLAS HULOT
Justement, quand j'ai lancé… alors, d'abord, la loi n'est pas encore en vigueur, je vais la présenter au Parlement dès lundi prochain…

PATRICK COHEN
Et cet après-midi en commission.

NICOLAS HULOT
C'est justement pour mettre fin à ce type de permis ou d'autorisation parce que, il y a des droits acquis, et il y en a un paquet de droits, et donc, si on ne vote pas une loi, on va être dans des contentieux qui coûtent excessivement cher à l'Etat français. Et donc, à partir du moment justement, où cette loi va être votée, il en sera terminé, mais on ne peut pas revenir sur les droits acquis. Donc, c'est simplement ce que j'ai voulu dire pour clarifier la situation et pour éviter qu'il y ait soit des reconductions d'exploitation, soit de nouveaux permis d'autorisation, à partir du moment , et ça va se faire dans un délai très court, si le Parlement, évidemment, accepte de voter ma loi, eh bien au moins la situation sera claire et on aura notamment un mérite de clarification, c'est que définitivement, sur notre pays, on ne pourra plus exploiter d''hydrocarbures, notamment non conventionnels, et ça c'est quand même quelque chose qui va permettre, je l'espère, d'apaiser les esprits, à juste titre.

PATRICK COHEN
Il y aura d'autres batailles que vous aurez à livrer, sans doute, Nicolas HULOT, par exemple, et ce n'est pas la moindre, d'ici la fin de l'année, Notre-Dame-des-Landes, « projet ruineux, inhumain et inutile », disiez-vous, est-ce que vous vous voyez dans un gouvernement qui valide un projet ruineux, inhumain et inutile ?

NICOLAS HULOT
Ecoutez, moi je prends les choses… j'y répondrai quand je serai devant la situation.

PATRICK COHEN
Ça va arriver très vite là, c'est début décembre.

NICOLAS HULOT
Je sais bien, mais alors, vous savez, comme effectivement il y a plein de choses qui vont arriver dans les mois et les années qui viennent, moi j'avance pas à pas, donc, là pour l'instant, voyez, mon obsession c'est ma loi hydrocarbures, ça c'est important, c'est des sujets santé, environnement, que je vais essayer de mettre en oeuvre et de bâtir une véritable stratégie. Et puis quand la commission, qui est à l'oeuvre, dont je ne m'occupe pas, puisqu'elle a une totale indépendance, rendra ses travaux, et que le gouvernement en tirera des conclusions, eh bien à ce moment-là je répondrai à votre question…

PATRICK COHEN
Ce sera une heure de vérité pour vous ?

NICOLAS HULOT
Ça sera intéressant parce que je pense que Notre-Dame-des-Landes ce n'est pas simplement un symbole idéologique, c'est que ce sont deux grilles de lecture, toutes sincères, mais pour moi il y a une grille de lecture qui est contemporaine et une qui est passée.

PATRICK COHEN
Celle du passé c'est celle du Premier ministre, Edouard PHILIPPE, qui lui est favorable au projet.

NICOLAS HULOT
Non, pas du tout, c'est que… je ne suis pas certain que ce soit comme ça qu'Edouard PHILIPPE voit les choses, simplement, aujourd'hui, d'abord on ne peut pas faire tous les investissements, on est dans une rigueur budgétaire importante. Deuxièmement, on est un des pays européens qui avons le plus grand nombre de plateformes aéroportuaires, peut-être même 11 fois plus que l'Allemagne. Troisièmement, les terres agricoles sont devenues des terres rares. Quatrièmement, la priorité aujourd'hui c'est la rénovation des logements anciens, c'est la précarité énergétique, c'est le développement des énergies renouvelables, pour que notre pays acquiert une indépendance énergétique à partir de sources d'énergies qui à terme seront gratuites, donc voilà. C'est vrai que c'est un marqueur de voir si, culturellement, on est véritablement en train de passer d'un logiciel à l'autre. Une fois que j'ai dit ça, chaque chose en son temps, quand la décision viendra, eh bien chacun prendra ses responsabilités.

PATRICK COHEN
Chacun prendra ses responsabilités, selon une formule bien connue et très souvent entendue dans le débat public.

NICOLAS HULOT
Je n'ai pas trouvé mieux.

PATRICK COHEN
Oui, mais enfin on comprend ce que ça veut dire, enfin on comprend que pour vous c'est important, c'est un moment important. Les mesures concrètes du plan climat, prime à la casse étendue, chèque-énergie, crédit d'impôt transformé en en prime, et coup de pouce pour changer ses chaudières, ce que vous avez présenté en début de semaine Nicolas HULOT, ça va toucher combien de Français ? Vous avez vu les critiques, ça touche les Français les plus modestes mais pas les classes moyennes, qui sont les plus…

NICOLAS HULOT
Alors, ce n'est pas vrai, parce qu'il y a des dispositifs justement, qui, jusqu'à présent étaient limités aux classes les plus défavorisées, ceux qui avaient des revenus très modestes, ou éventuellement qui ne payaient pas d'impôt, et il y a un certain nombre de dispositifs, notamment comme le chèque-énergie, qui va être disponible pour tout le monde, pour le crédit d'impôt, pour les certificats d'économies d'énergie. Il faut comprendre que ce dispositif il s'inscrit dans une logique d'ensemble, la logique d'ensemble c'est que globalement la fiscalité chez nous, jusqu'à présent, elle pèse principalement sur le travail, et moi je souhaite, progressivement, que cette fiscalité se déplace sur la fiscalité écologique, qui va évidemment augmenter, mais qui ne va pas alourdir la pression fiscale. Donc, évidemment, le prix du carbone, le rattrapage du diesel, tout ça va se faire d'une manière progressive. Mais, si simultanément, on ne redonne pas du pouvoir d'achat, ou du pouvoir d'investissement aux entreprises, évidemment tout ça ne va pas être audible. Et donc, nous allons baisser les prélèvements obligatoires, on augmente la fiscalité écologique, si les gens font un effort et si justement ils se saisissent de ces dispositifs, pour changer de voiture, pour changer de chaudière, pour rénover leurs bâtiments, eh bien ils vont largement compenser cette hausse de la fiscalité.

PATRICK COHEN
Le rattrapage de la fiscalité du diesel par rapport à l'essence ?

NICOLAS HULOT
Dans les 4 ans qui viennent, dans les 4 ans la fiscalité, puisque pour l'instant le diesel bénéficiait d'une fiscalité avantageuse par rapport à l'essence. L'idée n'est pas de chercher des recettes supplémentaires, c'est de mettre fin à une aberration. On lutte contre la pollution de l'air, qui est le fléau, mais un véritable fléau de santé publique, donner un avantage fiscal à un carburant dont on sait qu'il est beaucoup plus nocif pour la santé, très sincèrement, en termes de cohérence, personne n'y comprend rien.

PATRICK COHEN
Votre budget 2018 ?

NICOLAS HULOT
En hausse.

PATRICK COHEN
Il sera en hausse ; alors, les ministres qui défilent ici disent ça sera en hausse.

NICOLAS HULOT
Attendez, non, non, il est en hausse, dans le tendanciel, de 3 %, c'est plutôt mieux que rien, mais, voilà… Pour 2018, il y a un effort qui est très important, on y participe tous, parce qu'on fait confiance au gouvernement et au président MACRON, que cet effort est nécessaire pour pouvoir retrouver, après, un peu d'oxygène pour notamment rentrer dans des grands investissements qui vont créer de l'emploi en France, et notamment qui vont nous permettre, pour ce qui me concerne, de rentrer dans la transition énergétique.

PATRICK COHEN
C'est un anniversaire Nicolas HULOT, qu'on célèbre en ce moment en télévision, vous avez suivi ça ?

NICOLAS HULOT
Alors, je n'ai pas suivi, parce que je crois que c'était hier soir, mais j'avais accepté de faire une interview quelques temps avant, avant de partir aux Etats-Unis, ça me paraît tellement loin cette vie d'avant, et en même temps…

PATRICK COHEN
Trente ans.

NICOLAS HULOT
Et en même temps je lui dois…

PATRICK COHEN
On va dire de quoi il s'agit pour les auditeurs.

NICOLAS HULOT
C'était les 30 ans de ma vie d'avant qui s'appelait « Ushuaia », à qui je dois, je pense, la force de mes convictions, parce que c'est par cette école-là que j'ai pu voir la vulnérabilité de notre planète et de notre Humanité.

PATRICK COHEN
Une vie d'avant qui est loin, dont la page est définitivement tournée ?

NICOLAS HULOT
Oui, j'en suis convaincu, mais qui me nourrit et qui me porte à chaque instant, et dans les moments un peu difficiles de mes responsabilités actuelles, souvent mon esprit vagabonde, et ça me permet de supporter l'instant présent.

PATRICK COHEN
Et des moments difficiles il y en a, si on vous entend bien.

NICOLAS HULOT
Merci.

PATRICK COHEN
Merci à vous Nicolas HULOT d'être venu ce matin


source : Service d'information du Gouvernement, le 25 septembre 2017

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