Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à France-Inter le 15 septembre 2017, sur la vaccination obligatoire des enfants et les dangers d'épidémie. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à France-Inter le 15 septembre 2017, sur la vaccination obligatoire des enfants et les dangers d'épidémie.

Personnalité, fonction : BUZYN Agnès, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Ministre des solidarités et de la santé;

ti :


NICOLAS DEMORAND
Les questions de santé ouvrent de plus en plus sur des débats de société. Les citoyens agissent, réfléchissent et se rebiffent. Agnès BUZYN, bonjour.

AGNES BUZYN
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Ministre des Solidarités et de la Santé. Onze vaccins sont rendus obligatoires pour les enfants. La loi, l'obligation, est-ce vraiment le bon moyen de trancher un débat, une controverse, surtout une inquiétude chez de nombreux parents ?

AGNES BUZYN
L'obligation existe déjà pour trois vaccins et il se trouve que personne ne remet en cause la diphtérie, le tétanos et la polio qui sont utilisés depuis des dizaines d'années dans notre pays. Ils sont obligatoires et 99 % des enfants français ont été vaccinés.

NICOLAS DEMORAND
Là, il y en a huit de plus.

AGNES BUZYN
Il y en a huit de plus parce que, quand ce n'est pas obligatoire, et ça ne l'est pas pour des raisons totalement historiques parce qu'on pensait que c'était naturel que les gens se vaccinent, on voit que ce taux de couverture vaccinale descend à 80 %. D'ailleurs, les sondages disent que si la diphtérie-tétanos-polio devenaient non-obligatoires, le taux de couverture diminuerait de 15 %, ce qui est inquiétant.

NICOLAS DEMORAND
Mais si les parents ne veulent pas vacciner leurs enfants, réfléchissent à la chose et disent non, vous allez les contraindre ?

AGNES BUZYN
Aujourd'hui, il faut savoir que 80 % des enfants français sont déjà vaccinés. La question qui se pose, c'est comment faire en sorte que les quelques sceptiques se vaccinent.

NICOLAS DEMORAND
Donc c'est 20 % de sceptiques.

AGNES BUZYN
C'est 20 % de sceptiques aujourd'hui qui ne vaccinent pas leurs enfants.

NICOLAS DEMORAND
Grosse minorité.

AGNES BUZYN
Les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé disent que les pays doivent avoir une couverture vaccinale à 95 % pour éviter des épidémies. Juste pour rajouter, on ne vaccine pas son enfant uniquement pour le protéger lui-même des maladies.

NICOLAS DEMORAND
Mais pour protéger les autres aussi.

AGNES BUZYN
Mais aussi pour protéger les autres, ceux qui ne peuvent pas être vaccinés pour des raisons médicales par exemple.

NICOLAS DEMORAND
Que voulez-vous qu'un pédiatre fasse quand des parents lui disent non ? Ça arrive, ce n'est pas des officiers de police les pédiatres.

AGNES BUZYN
Les études montrent que lorsqu'un médecin prend le temps d'expliquer l'intérêt de la vaccination à ses patients, les parents adhèrent beaucoup plus facilement. Il faut donc aider les médecins par des outils pédagogiques à expliquer l'intérêt de la vaccination aux personnes. Et puis, je crois que nous avons un devoir de pédagogie en tant que ministre.

NICOLAS DEMORAND
Mais pédagogie ou contrainte, puisqu'il y a la loi maintenant.

AGNES BUZYN
Non, pédagogie. La contrainte vise à rendre la confiance parce que si l'Etat prend ses responsabilités et dit : « Il faut vacciner 100 % des enfants ou 95 % des enfants pour rejoindre les recommandations de l'OMS », c'est que nous avons la certitude que ces vaccins sont inoffensifs. Ils le sont quand même pour 80 % des enfants français qui se vaccinent tous les ans, fort heureusement.

NICOLAS DEMORAND
Et les non-vaccinés, ils auront accès aux crèches, à l'école malgré tout ?

AGNES BUZYN
Aujourd'hui ce qui est prévu dans la loi, c'est qu'un enfant non-vacciné ne pourra pas rentrer en collectivité. C'est ce qui est fait d'ailleurs dans les pays où ces vaccins ne sont en théorie pas obligatoires notamment aux Etats-Unis où en fait, ils ne sont pas obligatoires mais vous n'entrez pas en collectivité ou à l'école si vous n'êtes pas vacciné.

NICOLAS DEMORAND
Sur le Levothyrox, c'est un sujet qui est, pareil, au carrefour de la santé et de ce même désir d'un certain nombre de patients de faire valoir leurs droits. Les malades réclament l'ancienne formule du médicament. Est-ce que vous allez la leur fournir ?

AGNES BUZYN
J'ai reçu les associations de malades la semaine dernière, vendredi dernier très exactement. Je leur ai dit que nous mettions tout en oeuvre pour qu'ils aient des alternatives thérapeutiques.

NICOLAS DEMORAND
Donc ?

AGNES BUZYN
Et donc, déjà depuis toujours il existe une alternative en gouttes, auquel les malades ont accès dès aujourd'hui.

NICOLAS DEMORAND
Ils voulaient leur ancien Levothyrox.

AGNES BUZYN
Je continue, monsieur DEMORAND. Ensuite, nous avons fait en sorte, et j'ai demandé à l'Agence du médicament qu'elle fasse en sorte que l'ancien Levothyrox soit accessible, de façon à ce que ceux qui le réclament puissent le prendre, et ce sera disponible dans quinze jours.

NICOLAS DEMORAND
Dans quinze jours.

AGNES BUZYN
Et enfin dans un mois, nous aurons des alternatives, c'est-à-dire d'autres marques, d'autres médicaments, qui permettront progressivement aux patients de pouvoir choisir le médicament qui leur convient le mieux, sachant que l'ancien Levothyrox devrait normalement disparaître puisque le laboratoire ne devrait plus le produire dans les années qui viennent.

NICOLAS DEMORAND
Ce sera donc un générique, c'est ça ?

AGNES BUZYN
Non, pas forcément générique.

NICOLAS DEMORAND
Pas forcément.

AGNES BUZYN
Il existe aussi des médicaments de marques. Ce qui compte, c'est que les patients aient le choix, pour qu'ils puissent avoir des médicaments adaptés à leur santé.

NICOLAS DEMORAND
Donc ça sert de se mobiliser quand on souffre d'une maladie et de problèmes et qu'on dit : « Les médicaments ne nous conviennent plus, faites quelque chose. »

AGNES BUZYN
Je crois qu'il est important d'entendre la plainte des malades. Ce que disaient les médecins, c'est que la majorité des effets secondaires étaient liés au fait que ce médicament déstabilisait l'équilibre hormonal des gens et qu'il suffisait de trouver la bonne dose. Mais de fait, il y a des patients qui malgré un bon dosage continuent d'avoir des effets secondaires et ces patients, nous les entendons.

NICOLAS DEMORAND
Voilà en tout cas une bonne nouvelle pour ces patients. Peut-être avez-vous entendu Anne BERT dans son témoignage bouleversant sur France Inter au micro de Léa SALAME. Elle est atteinte de la maladie de Charcot, elle ne peut pas être soignée, elle a décidé de partir se faire euthanasier en Belgique. Vous comprenez cette femme ?

AGNES BUZYN
Oui. Je la comprends, bien entendu.

NICOLAS DEMORAND
Vous comprenez sa décision ?

AGNES BUZYN
Oui, et j'ai eu l'occasion de m'entretenir longuement avec elle au téléphone avant l'été. Voilà, c'est un choix individuel. Aujourd'hui, notre société n'a pas fait ce choix-là en France. Il y a eu beaucoup de débats sur la fin de vie qui ont abouti à une loi qu'on appelle la loi Claeys-Leonetti qui permet une sédation profonde et prolongée pour les patients en fin de vie.
Ç'a déjà été des débats très compliqués et cette loi n'est pas encore complètement déployée partout. J'ai expliqué à madame BERT que pour l'instant, je souhaitais d'abord faire une évaluation de la façon dont la loi Claeys-Leonetti était mise en oeuvre dans notre pays. Les débats sur la loi de bioéthique pourront éventuellement rouvrir ce sujet.

NICOLAS DEMORAND
Votre intime conviction en la matière, c'est quoi ?

AGNES BUZYN
Je ne suis pas sûre que mon intime conviction ait un intérêt pour les Français.

NICOLAS DEMORAND
Si, quand même. Si, si. Vous êtes ministre de la Santé, c'est important.

AGNES BUZYN
Non, parce que je pense qu'il faut qu'une société soit mature pour certaines lois. On a vu ce que représentaient parfois des choix assez dogmatiques et l'impact que cela pouvait avoir dans une société.

NICOLAS DEMORAND
Mais vous, philosophiquement, vous comprenez des dmarches de ce type ?

AGNES BUZYN
Oui. Je pense qu'à titre individuel je le comprends, bien sûr.

NICOLAS DEMORAND
On va parler d'argent et on a énormément de sujets à voir avec les auditeurs de France Inter. Il faut faire des économies mais des hausses de budget pour la défense, l'éducation, la justice, l'enseignement supérieur ont été annoncées. Et vous alors, au ministère des Solidarités et de la Santé, où en êtes-vous d'un point de vue budgétaire ?

AGNES BUZYN
Le budget de mon ministère va augmenter de 11 %. Cette augmentation est essentiellement liée à la prime d'activité qui va augmenter en 2018 et qui était une promesse présidentielle. Il faut voir que 50 % pratiquement des dépenses de mon ministère sont liées à des dépenses sociales, notamment la prime d'activité.

NICOLAS DEMORAND
11 % donc. Ça fait combien de millions ?

AGNES BUZYN
Je passe en gros de 8 milliards à 9 milliards.

NICOLAS DEMORAND
Dernière question avant la revue de presse. Vous revenez des îles françaises ravagées par l'ouragan Irma. Les agences régionales de santé ont alerté sur de possibles risques d'épidémies. On parle de quoi exactement ?

AGNES BUZYN
Aujourd'hui, c'est plutôt un risque individuel. C'est-à-dire qu'il faut impérativement que les personnes qui habitent cette île boivent de l'eau potable qui est distribuée en grandes quantités depuis le premier jour. Mais on s'aperçoit que certains habitants de l'île dans certains quartiers n'écoutent pas les consignes sanitaires et l'inquiétude, c'est donc qu'effectivement des habitants développent des diarrhées. On n'en est pas encore à un signal épidémique, loin de là, mais nous sommes très vigilants. Nous distribuons dans les quartiers des consignes dans les nombreuses langues qui sont parlées à Saint-Martin : français, espagnol, anglais, créole, de façon à ce que les personnes connaissent les mesures à tenir en ce qui concerne l'eau potable. Une grande vigilance et donc tous les médecins de l'île sont extrêmement en alerte sur ces risques sanitaires.

NICOLAS DEMORAND
Agnès BUZYN, on est ensemble sur France Inter jusqu'à neuf heures.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 septembre 2017

Rechercher