Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, à CNews le 19 septembre 2017, sur différents aspects de la réforme de la politique du logement (fiscalité immobilière, lutte contre les recours abusifs en matière de permis de construire, réduction du code de la construction, ciblage des APL et baisse des loyers, notamment). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, à CNews le 19 septembre 2017, sur différents aspects de la réforme de la politique du logement (fiscalité immobilière, lutte contre les recours abusifs en matière de permis de construire, réduction du code de la construction, ciblage des APL et baisse des loyers, notamment).

Personnalité, fonction : MEZARD Jacques, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de la cohésion des territoires;

ti : JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonjour. Ce matin, vos révélations et vos explications sont très, très attendues. Bienvenu parmi nous, Jacques MEZARD. Bonjour.

JACQUES MEZARD
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La politique du logement coûte 41 milliards. Vos réformes ne sont-elles qu'une astuce pour réduire des déficits et surtout pour faire des économies sur le dos des locataires, et cætera ?

JACQUES MEZARD
Bien au contraire. Nous voulons faire des réformes structurelles car je veux qu'on libère la construction de tous les carcans qui aujourd'hui l'étouffent. On nous dit, et c'est vrai, qu'il y a plusieurs millions de Français mal logés. Si le système actuel fonctionnait bien, on n'en serait pas là. Nous avons des réformes structurelles à faire, nous avons premièrement à faire un choc de l'offre, c'est-à-dire à inverser la fiscalité immobilière pour que les propriétaires de terrain aient intérêt à vendre leur terrain pour construire beaucoup plus rapidement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va y venir, on va y venir. Mais les 41 milliards, est-ce que vous les maintenez ou on vous demande de les réduire ?

JACQUES MEZARD
Nous avons, au niveau du gouvernement, la volonté de réduire les dépenses de l'Etat, de le faire de manière structurelle. Nous savons aujourd'hui que la France a une situation d'endettement considérable qui est le résultat de plusieurs quinquennats et nous avons une impérieuse nécessité de mieux gérer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous serrez la ceinture et nous aussi. On vous demande de la serrer.

JACQUES MEZARD
On me demande de faire mieux avec un peu moins de moyens, de mieux les diriger et de lancer les réformes structurelles qui sont indispensables.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire moins de 41 milliards ? Moins, c'est-à-dire ?

JACQUES MEZARD
D'économiser…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va voir où on va économiser parce qu'il y a les mesures, parce qu'il y a des gaspillages, il y a des abus.

JACQUES MEZARD
Il y a aujourd'hui des fonctionnements qui méritent d'être changés. Je pense en particulier au fonctionnement, au calcul des allocations où on prend, par exemple, les revenus d'il y a deux ans, ce qui est une perte considérable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
S'il y a trois ou quatre mesures qui expliqueraient ce que vous voulez faire, qui débloqueraient un système qui est asphyxié depuis plusieurs décennies, qu'est-ce que vous feriez ?

JACQUES MEZARD
Ce qu'on va faire, je l'ai dit : pousser, en inversant la fiscalité immobilière, les propriétaires de terrain à les mettre sur le marché très rapidement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi ? Parce qu'ils les gardent, ils ont des plus-values ?

JACQUES MEZARD
Aujourd'hui, ils ont intérêt à les garder 22 ans pour ne plus payer de plus-values. On va inverser le système pour pousser la mise sur le marché des terrains.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment ? C'est-à-dire que vous leur promettez un abattement fiscal.

JACQUES MEZARD
Nous réaliserons un abattement fiscal pour ceux qui, très rapidement, mettrons leur terrain sur le marché au lieu de les pousser…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pardon, excusez-moi, mais un abattement fiscal significatif ?

JACQUES MEZARD
Significatif.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Substantiel ?

JACQUES MEZARD
Substantiel.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour les encourager à le faire.

JACQUES MEZARD
Voilà, pour faire un choc de l'offre. En second lieu, il y a la question des normes. Dans notre pays, nous avons…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, pardonnez-moi, je voulais savoir. D'abord, est-ce qu'il reste des terrains encore ?

JACQUES MEZARD
Bien sûr, y compris en Ile-de-France.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En Ile-de-France, oui. Dans la région 93 pour préparer peut-être les Jeux olympiques.

JACQUES MEZARD
Bien sûr qu'il faut préparer les Jeux olympiques mais il y en a dans toute l'Ile-de-France et en France il y a partout, partout, du foncier qui ne demande qu'à être libéré à partir du moment où on incite à la libération par des mesures.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais pourquoi ils gardent ces terrains ? Pour faire du bénéf ?

JACQUES MEZARD
Parce qu'aujourd'hui, un propriétaire a intérêt à garder ses terrains pour évidemment payer au bout de 22 ans le moins de plus-values possible. C'est un système qui, dans les zones tendues, est profondément nocif pour permettre la construction.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et l'Etat, vous allez donner l'exemple de ce que vous possédez et que vous allez libérer peut-être pour gagner de l'espace, des terrains ?

JACQUES MEZARD
Bien sûr. Nous voulons accélérer la cession des terrains de l'Etat qui aujourd'hui sont nombreux. Il y a d'ailleurs des efforts qui ont été faits ces dernières années et nous allons amplifier ces efforts.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Par exemple ? Des casernes ?

JACQUES MEZARD
Il y a des casernes. Il y a dans tous les ministères un certain nombre de bâtiments et de terrains qui méritent d'être utilisés autrement et d'être mis sur le marché. Nous allons accélérer cela.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Au passage, vous faites de la concertation. Vous avez vu tout le monde ou vous imposez ?

JACQUES MEZARD
Oui, oui, je vous assure que la concertation nous la menons, nous continuons à la mener. Nous avons reçu évidemment beaucoup de responsables professionnels, d'associations de locataires, d'usagers. Nous avons mené une concertation depuis deux mois et demi approfondie et elle continue.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pierre HAUTUS, qui est le président de l'Union nationale de la propriété immobilière, s'intéresse surtout sur l'équilibre et ce qu'il appelle aussi comme vous la cohésion des territoires. On l'écoute.

PIERRE HAUTUS, DIRECTEUR DE L'UNPI, UNION NATIONALE DES PROPRIETAIRES IMMOBILIERS
Monsieur le Ministre, un certain nombre de villes moyennes de province connaissent une crise du logement qui n'est pas du tout la même qu'à Paris et les grandes métropoles. Qu'allez-vous faire pour rénover les centres-villes et les logements notamment énergétiquement ? Allez-vous mener une politique du logement différenciée selon les territoires ?

JACQUES MEZARD
Bien sûr. Excellente question et je réponds très simplement. Nous lançons dès 2018 un plan spécifique pour les villes moyennes qui se sentent un peu abandonnées par rapport à la métropolisation en concentrant les efforts sur le logement dans les centres-bourgs, en amenant aussi des crédits importants sur la rénovation thermique, sur l'aménagement global de ces villes moyennes. C'est une des priorités de ce gouvernement et nous maintiendrons…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et peut-être la lutte contre les inégalités.

JACQUES MEZARD
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a des polémiques qui montent. Par exemple, deux mesures soutenaient l'accession à la propriété ou aidaient à financer la création de logements locatifs. Il y avait le prêt à taux 0 – combien de fois je l'ai entendu – et en même temps, le dispositif Sylvia PINEL qui, en principe, doit s'arrêter le 31 décembre. Il s'arrête ou il ne s'arrête pas ?

JACQUES MEZARD
Le précédent gouvernement avait décidé qu'il était prolongé simplement jusqu'au 31 décembre 2017. Nous prenons la décision de prolonger ces dispositifs pendant quatre ans en les réduisant mais avec manifestement la volonté… Notre volonté, c'est de permettre à ces dispositifs de continuer selon les territoires à avoir l'impact positif qu'ils avaient bien évidemment.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites quatre ans et vous les réduisez. Pourquoi vous les réduisez ? Il va y avoir encore des déséquilibres et des inégalités.

JACQUES MEZARD
Tout à fait. Et il est nécessaire d'adapter ces dispositifs. Je le dis, nous aurions pu nous en tenir à la décision de terminer le 31 décembre 2017. Le choix que nous faisons est un choix de proposition de poursuivre ces dispositifs pendant quatre ans en les mesurant selon les territoires et je crois que c'est une excellente chose.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On vous dit favorable, avec Julien DENORMANDIE, votre secrétaire d'Etat, à la suppression de la loi SRU qui oblige à la création de 25 % de HLM et de logements sociaux dans les villes d'ici à 2025. Pourquoi vous y êtes opposé ?

JACQUES MEZARD
Non, non, nous maintiendrons la loi SRU. L'affirmation qui vient d'être énoncée est totalement inexacte.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites que c'est de l'intox.

JACQUES MEZARD
Oui. Parce que la loi SRU, nous en faisons le bilan. Manifestement, il y a des efforts considérables qui ont été réalisés par nombre de communes mais il y a encore des efforts à réaliser.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous maintenez.

JACQUES MEZARD
Nous maintenons la loi SRU, je le dis très clairement, et il n'a pas été question d'y revenir dessus en l'état.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'était faux.

JACQUES MEZARD
C'était totalement inexact.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Et pour les récalcitrants, il y aura toujours les sanctions prévues par la loi.

JACQUES MEZARD
Oui, mais vous savez que les préfets ont un pouvoir de concertation pour tenir compte des efforts qui sont réalisés par les communes et beaucoup de communes ont fait des efforts importants. On ne va pas casser aujourd'hui cet élan.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
SRU continue.

JACQUES MEZARD
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Tout à l'heure, j'ai entendu parler de recours, c'est-à-dire que vous voulez réduire les recours contre les permis de construire. Il y aurait trop de procédures qui paralysent, qui coûtent cher, de longue durée, qui sont abusives. C'est ça ?

JACQUES MEZARD
Bien sûr. J'étais à Toulouse récemment avec le président de la République. Le maire de Toulouse me disait que 60 % des permis de construire à Toulouse étaient frappés de recours. 60 %. Nous allons donc accentuer le processus pour lutter contre la durée des recours et contre les recours abusifs. Ça bloque aujourd'hui 30 000 logements.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Mais alors, expliquez-moi. On multiplie les contentieux, pourquoi ? Et on les étale dans le temps pour récupérer de l'argent.

JACQUES MEZARD
Il y a des recours qui sont des recours de bonne foi mais il y a beaucoup de recours qui ont un but tout à fait négatif et souvent de négocier pour obtenir de l'argent en retirant le recours. Cette situation est absolument lamentable et la durée des procédures aussi pose un problème tout à fait spécifique à la France.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc sanctions plus dures. Mais comment vous limiterez les multiples dépôts de recours et de contentieux intéressés ?

JACQUES MEZARD
Déjà sanctionner davantage les recours abusifs et puis accélérer les procédures. Je pense à ce qu'on appelle la cristallisation des moyens, c'est-à-dire obliger à donner tous les moyens de procédure au début au lieu de les égrener pendant des mois et des années.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les acquéreurs, les architectes, les professionnels, les promoteurs quand ils veulent acheter ou construire, ils croulent sur ce qu'ils appellent et que vous avez appelé vous-même les normes. Il paraît qu'il y en a eu 5 000 en dix ans, c'est-à-dire droite-gauche confondues. Elles aussi, elles sont paralysantes. Qu'est-ce que vous vous engagez à faire cette année ou, en tout cas, pendant le quinquennat Macron ?

JACQUES MEZARD
Notre objectif très clair, c'est de réduire de manière significative les normes, d'aller vers des objectifs de résultats. 60 décrets pendant le dernier quinquennat ; nous avons 4 000 normes ; nous avons un code de la construction qui est extrêmement épais et qui est aujourd'hui un carcan pour les entreprises de construction. Nous allons par exemple réécrire le livre premier du code de la construction. Nous nous engageons à faire, au niveau de l'Etat, une pause dans le développement des normes et nous allons travailler pour, je l'ai dit, réduire le code de la construction.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous n'en supprimez pas, des normes, mais vous n'en créez plus. Attention à l'engagement ici.

JACQUES MEZARD
Non mais je suis tout à fait clair. Sauf questions de sécurité qui peuvent se poser, bien évidemment la pause au niveau de l'Etat c'est l'objectif du gouvernement, mais d'aller au-delà c'est-à-dire de donner des objectifs de résultats pour les constructeurs, au lieu de les mettre dans un carcan qui aujourd'hui leur pose des problèmes considérables.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jacques MEZARD, on en arrive aux aides personnalisées au logement, les APL. 18 milliards par an. On sait depuis juillet qu'elles vont baisser ou qu'elles devraient baisser de 5 euros par mois. D'abord, vous confirmez ?

JACQUES MEZARD
La décision budgétaire a été prise. Ce n'est pas une décision ni facile, ni comme le Premier ministre l'a dit…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans 15 jours, dans 15 jours. Est-ce vous qui avez eu cette idée ?

JACQUES MEZARD
Ce n'est pas moi qui ai eu cette idée. La solidarité gouvernementale, je m'y tiens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Est-ce que vous dites comme le président de la République : « C'est une connerie », une absurdité ?

JACQUES MEZARD
Je laisse ses propos à chacun. J'ai un objectif : c'est d'améliorer la situation de la construction en France. Si ça allait bien, nous le saurions. Nous avons des millions de mal logés et d'aucuns voudraient qu'on ne bouge pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, on l'a dit. Est-ce qu'il est vrai que les baisses pourraient atteindre 50 à 60 euros par mois, c'est-à-dire 600 euros par an ?

JACQUES MEZARD
Non. Les allocataires, notre souci et mon objectif, c'est qu'ils ne soient pas touchés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui a inventé ces chiffres ?

JACQUES MEZARD
Comment ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui a inventé ? C'est vous qui les avez inventés ?

JACQUES MEZARD
Ce n'est pas moi qui ai inventé ces chiffres.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça vient du milieu ? De qui ?

JACQUES MEZARD
Je ne sais pas d'où ça vient. Je vous dis très simplement que notre objectif, c'est qu'il ne soit pas touché aux allocataires. Ce sont pour l'immense majorité d'entre eux des gens qui sont en situation assez fragile. Donc personnellement, j'y veille avec beaucoup d'obstination.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce qui assure, Jacques MEZARD, qu'en baissant le prix des loyers jugé trop élevé vous obtiendrez en même temps une baisse du niveau des APL ?

JACQUES MEZARD
Nous souhaitons que dans ce pays, effectivement, nous allions vers une baisse des loyers. Pour aller vers une baisse des loyers, il faut favoriser la construction, développer la construction de logements en particulier de logements sociaux. Et, effectivement, nous voulons obtenir une baisse de loyers, ce qui est d'ailleurs évidemment souhaité par les locataires, ce qui est extrêmement important, et nous voulons…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et est-ce que vous serez suivis ?

JACQUES MEZARD
Moi, je suis un homme de concertation. Le dialogue avec les bailleurs sociaux, je l'ai engagé, je le maintiendrai et je ne doute pas que nous arriverons à trouver des solutions constructives ensemble.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le secrétaire d'Etat, Julien DENORMANDIE, à vos côtés disait dans le JDD l'autre jour que la référence portera désormais sur le revenu de l'année en cours et pas les revenus d'il y a deux ans. Qu'est-ce que l'Etat récupérerait avec ce micmac ?

JACQUES MEZARD
Le fonctionnement actuel n'est pas bon, nous le savons. Prendre les revenus d'il y a deux ans pour fixer les allocations, c'est injuste et absurde. Le fait de passer à la déclaration sociale nominative, c'est économiser 100 millions d'euros par mois, c'est 1 milliard 200 millions par an. Nous y travaillons pour le mettre en application le 1er janvier 2019. Effectivement, ce sera plus juste et c'est absolument indispensable. C'est un exemple comme aujourd'hui…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ça serait revu chaque année, ce contrôle des revenus ?

JACQUES MEZARD
Mais bien sûr. Il faut que la fixation du montant des allocations corresponde à la situation réelle des allocataires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
1 milliard 200 millions par an, et pourquoi vous ne commencez pas ? Maintenant vous attendez le 1er janvier 2019.

JACQUES MEZARD
Parce que sur le plan technique, c'est extrêmement compliqué à mettre en oeuvre. Nous sommes en relation avec la Caisse nationale d'allocations familiales. Nous voulons impérativement que ça se passe le 1er janvier 2019 et je crois que ça, c'est une réforme structurelle. Quand on voit que le coût de fonctionnement de ces allocations, c'est 600 millions d'euros par an, qu'il y a plus d'un milliard d'indus, on voit bien que ces réformes structurelles qui seront plus justes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous dites qu'il sera possible d'économiser même sur les 18 milliards, sans porter atteinte aux droits et aux intérêts ?

JACQUES MEZARD
Oui, je viens de vous en donner un exemple. Un exemple important.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Et c'est la Caisse des allocations familiales qui serait chargée de les verser aux bailleurs sociaux pour qu'ils baissent les loyers, mais j'ai vu que les bailleurs sociaux sont en train de pleurer, de protester qu'on les égorge. C'est la Cour des comptes qui vient de dire en ironisant à leur propos qu'ils n'ont pas à se plaindre. Est-ce que vous êtes d'accord avec la Cour des comptes qui dit même un petit chiffre : qu'ils bénéficient de près de 4 milliards de subventions de la part de l'Etat ?

JACQUES MEZARD
Les bailleurs sociaux font un travail…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Remarquable, et cætera, oui. Non mais quoi ?

JACQUES MEZARD
Oui. J'ai été administrateur d'un office de HLM. Tout le monde doit faire des efforts. Les bailleurs sociaux aussi, et ils le savent, doivent faire des efforts pour se restructurer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y aura des contreparties de votre part ?

JACQUES MEZARD
Bien sûr, bien sûr. Nous avons dit aux bailleurs sociaux que l'Etat apporterait des contreparties. Il faut aussi qu'ils soient dans un processus de modernisation et ils le savent. Ils sont absolument conscients de la situation. Ce qu'a dit la Cour des comptes, ils le savent aussi. Est-ce qu'ils doivent être soumis à l'impôt sur les sociétés ? Ils ne le souhaitent pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
3,7 milliards au total.

JACQUES MEZARD
Je préfèrerais que cet argent continue à aller dans le logement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Entre nous, combien il y a d'organisations de HLM ?

JACQUES MEZARD
725 ou 730.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors, c'est normal ? Ce sont des sociétés publiques, qu'est-ce que vous pouvez faire ? Est-ce que vous pouvez les réduire ? Je ne dis pas les supprimer, mais en réduire un paquet. 723 !

JACQUES MEZARD
Je crois que ce sont souvent des offices municipaux, des offices départementaux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais qu'est-ce que vous souhaitez ?

JACQUES MEZARD
Ce que je souhaite, c'est qu'ils se restructurent dans la concertation. Moi, je poursuivrai le dialogue avec eux parce que ce n'est pas par le conflit qu'on avance, c'est par la concertation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'ils se regroupent.

JACQUES MEZARD
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'ai noté qu'en France – je lisais beaucoup de documents pour me préparer parce que c'est hyper technique – en France, l'achat d'un logement neuf sur dix ans, c'est 56 % de taxes sur dix ans, en Allemagne 26 %. On ne peut pas s'aligner puisqu'on veut se rapprocher d'eux ?

JACQUES MEZARD
Vous savez aujourd'hui que la situation budgétaire de la France nécessite que nous soyons extrêmement prudents à ce niveau-là. Il y a un héritage que vous connaissez, que nous connaissons. On ne sort pas des années et des années d'endettement où la seule solution pour résoudre les problèmes ç'a été de s'endetter. Nous en payons aujourd'hui le prix. Il faut sortir de cette logique, le faire de la meilleure manière possible.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On continue, Jacques MEZARD. Vous expliquez – j'ai tout lu – qu'il faut pour les HLM adapter le droit des locataires à des besoins réels. C'est-à-dire que désormais, il y a une commission qui va évaluer tous les six ans si un locataire peut rester ou pas dans son appartement. Ça veut dire qu'au bout de six ans, c'est je ne dis pas dégager, c'est déménager.

JACQUES MEZARD
Non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Déménager.

JACQUES MEZARD
Il y a une commission qui existe déjà. Nous souhaitons que son rôle soit renforcé pour qu'il y ait un examen de la situation des locataires tous les six ans parce que lorsque nous avons de grands logements qui ne sont plus occupés que par une personne, il faut dans la concertation trouver les moyens de faire accéder au logement des couples qui ont des enfants, sans sortir du parc HLM la personne qui y est déjà. Il ne s'agit pas d'aller chasser les gens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que vous lui trouverez un logement de substitution ?

JACQUES MEZARD
C'est impératif et puis c'est sous la responsabilité des organismes HLM. Il ne s'agit pas de leur retirer ce pouvoir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ceux qui auront les moyens pourront racheter leur HLM ?

JACQUES MEZARD
Nous sommes très favorables au niveau du gouvernement à lancer, à impulser une mécanique d'achat par les locataires des logements sociaux parce que c'est un bon moyen d'accessibilité sociale et c'est aussi le moyen d'apporter des financements au monde HLM. Nous travaillons avec Action Logement, avec…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, oui. On dit que dans l'Ile-de-France, il faut attendre dix ans pour avoir accès à un logement social mais ça veut dire qu'un locataire HLM n'a plus le droit à vie à se maintenir dans son logement. Il y aura une rotation.

JACQUES MEZARD
Non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ou vous voulez une rotation.

JACQUES MEZARD
Le locataire HLM conserve ses droits. Ce que nous voulons, c'est qu'il y ait davantage de mobilité parce qu'un des problèmes fondamentaux du logement en France, c'est l'absence de mobilité. Si nous voulons par exemple créer un bail mobilité, c'est pour permettre à ceux qui cherchent un emploi, qui sont en stage, de pouvoir réussir dans cette recherche d'emploi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Là, on parle des jeunes actifs ou des étudiants. Justement, il reste cette urgence qui est illustrée en ce moment par la rentrée universitaire. J'ai vu que les étudiants consacrent près de 48-50 % de leur budget au logement. Qu'est-ce que vous faites pour eux ? Est-ce qu'on les laisse tomber ou on les aide ?

JACQUES MEZARD
Non, on va les aider considérablement. D'abord par un engagement chiffré, et il n'y en a pas beaucoup, construire 80 000 logements dont 60 000 pour les étudiants. Leur apporter une garantie parce que des propriétaires hésitent souvent à louer à des étudiants, donc ils auront une garantie locative qui va fonctionner et qui sera ouverte à tous les étudiants. C'est un bon moyen pour les étudiants de sécuriser leur accès au logement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Au début de l'entretien, vous avez parlé de choc d'offre, ça c'est la formule à la mode, et cætera. Il faudrait peut-être un choc fiscal mais ce serait autre chose. En France, il faudrait construire, on dit, 300 à 400 000 logements par an pendant des années.

JACQUES MEZARD
On est aujourd'hui au-dessus, donc il faut construire encore.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors, on y arrivera ? Vous dites un chiffre par an ?

JACQUES MEZARD
Non. Je ne donnerai pas un chiffre global. Le précédent quinquennat, le président de la République sortant avait fixé un chiffre au début de quinquennat. Moi ce que je veux, c'est donner les moyens aux constructeurs de construire davantage et dans de meilleures conditions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Votre réforme, c'est une réformette ou une révolution, vue par vous ?

JACQUES MEZARD
C'est une véritable transformation de l'acte de construire. Faciliter la construction, c'est ça qui est important.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Montrez-le. On voit bien que le débat va s'enflammer. On le voit à travers les questions qui ont été posées à CNews. A l'exception des candidats au logement, personne ne veut bouger. Pour vous faire applaudir, vous devriez choisir le statu quo. On ne touche à rien, comme d'habitude.

JACQUES MEZARD
Comme d'habitude. Si je croise ce qui m'est demandé, je constate que tout le monde est content de la situation et qu'il ne faudrait rien changer, et l'article de loi disant : « On ne change rien », je ne vais pas le rédiger.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci, Jacques MEZARD. Je rappelle quand même que ça coûte, les 41 milliards, mais que ça rapporte beaucoup à l'Etat, beaucoup plus que ça ne lui coûte. Merci d'être venu. Il y aurait eu tellement de choses encore à vous dire, on a essayé d'être assez complet. Merci.

JACQUES MEZARD
Merci Jean-Pierre ELKABBACH.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 septembre 2017

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