Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à RTL le 20 septembre 2017, sur la priorité donnée aux "transports de la vie quotidienne", la "pause" dans les grands projets d'infrastructure et le transit des poids lourds étrangers. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à RTL le 20 septembre 2017, sur la priorité donnée aux "transports de la vie quotidienne", la "pause" dans les grands projets d'infrastructure et le transit des poids lourds étrangers.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, CALVI Yves .

FRANCE. Ministre des transports;

ti : YVES CALVI
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

YVES CALVI
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur RTL, vous êtes notre ministre des Transports. Juste avant de revenir sur les Assises de la mobilité, que vous avez lancées hier, une première question sociale, elle concerne les routiers. Une délégation de deux fédérations syndicales sera reçue à votre ministère dans le cadre de la loi Travail, est-ce que vous sentez cette colère qui monte ?

ELISABETH BORNE
Alors moi je voudrais rassurer les routiers, ils n'ont aucune raison de s'inquiéter sur les ordonnances travail.

YVES CALVI
Ils menacent de bloquer des points stratégiques dès lundi prochain.

ELISABETH BORNE
Oui, donc je voudrais les rassurer. J'entendais l'autre jour un chauffeur qui pensait que les ordonnances travail allaient remettre en cause ses temps de pause et ses temps de repos, il n'en n'est pas question. C'est des éléments qui sont fixés dans le Code des transports, pour des questions de sécurité, donc je voudrais rassurer les routiers, les ordonnances travail ne remettent absolument pas en cause ces éléments. Donc, comme vous l'avez souligné, on dialogue avec les organisations syndicales, elles sont reçues aujourd'hui, et j'espère qu'on pourra les rassurer sur la portée de ces ordonnances.

YVES CALVI
Peuvent-ils obtenir, je dirais une sorte de dérogation, notamment sur les accords de branche ? Vous savez que ce secteur routier est en grande partie fait de très petites entreprises et c'est un des dossiers qu'ils souhaitent soulever, dont ils s'inquiètent.

ELISABETH BORNE
Il y a des règles spécifiques dans le transport routier, comme dans tout le secteur des transports, qui vont continuer à s'appliquer, donc j'espère qu'on pourra les rassurer sur ce point.

YVES CALVI
Un geste est possible, sur cette question des accords de branche ?

ELISABETH BORNE
On prend en compte les spécificités des transports, ça a été le cas par le passé, et tout ce qui renvoie à des enjeux de sécurité, par exemple dans les transports, ne se négociera pas au niveau des entreprises, donc les spécificités des transports sont prises en compte.

YVES CALVI
Je constate que vous restez ouverte, en tout cas pour ces conversations. On revient aux Assises de la mobilité, fini les grands projets, priorité à la rénovation et à l'innovation, pourquoi ?

ELISABETH BORNE
Eh bien écoutez, on est dans des impasses, on est dans une impasse financière parce qu'il y a eu beaucoup de promesses qui ont été faites, beaucoup d'engagements qui ont été pris…

YVES CALVI
Trop, Elisabeth BORNE ?

ELISABETH BORNE
Certainement. Vous savez, il manque 10 milliards d'euros, sur ce quinquennat, pour honorer les promesses qui ont été faites par nos prédécesseurs. En même temps, on est aussi dans une impasse en termes d'environnement, puisque le secteur continue à émettre plus de gaz à effet de serre, et puis on est aussi dans des impasses, sociales, territoriales - est-ce que vous savez qu'il y a 1 Français sur 4 qui a dû renoncer à un emploi ou à une formation faute de solution pour se rendre à son travail ? Donc, on voit bien que la politique mérite d'être revisitée en profondeur, et c'est tout le sens des Assises que j'ai lancées.

YVES CALVI
Alors, vous nous dites qu'il y a donc des questions d'argent, parfaitement légitimes, il y a des questions aussi d'environnement. On va prendre un exemple qui est celui de la ligne Lyon-Turin, cette ligne a été pensée aussi pour lutter contre la pollution de la région de Chamonix, « ça pose quand même un énorme problème de santé publique » nous disent les maires aujourd'hui, on les a entendus ce matin-même sur l'antenne de RTL, si on supprime le projet

ELISABETH BORNE
Evidemment que le transport ferroviaire est important pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, et donc on n'est pas en train de dire qu'on a arrêté tous les projets, on a dû marquer une pause – quand il vous manque 10 milliards, vous comprendrez qu'on prenne un peu de temps pour réfléchir, et c'est le sens des Assises, où on réfléchit aux priorités ; les priorités c'est clairement les transports de la vie quotidienne, et je pense que vos auditeurs peuvent le comprendre.

YVES CALVI
Mais, cette pause, elle va durer combien de temps, par exemple sur le dossier Lyon-Turin ?

ELISABETH BORNE
La pause elle va durer le temps de sortir de ces promesses non financées et d'avoir une loi de programmation des infrastructures dans laquelle on aura des engagements sur des projets qu'on va réaliser et des recettes en face de ces engagements, début 2018.

YVES CALVI
Ce que vous me dites est vrai aussi pour la ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse ?

ELISABETH BORNE
L'ensemble des projets est en pause, le temps qu'on réfléchisse à nos priorités, les priorités c'est les transports de la vie quotidienne. Vous me parlez d'une ligne à grande vitesse, on en a inaugurées deux cette année, et dans le même temps on a 5300 kilomètres de ralentissements sur le réseau classique. C'est très concret pour les Français, ça veut dire qu'entre Paris et Laon, par exemple, les gens subissent des ralentissements, ils mettent de plus en plus de temps à se déplacer, entre Limoges et Angoulême c'est la même chose, donc priorité à l'entretien et à la modernisation, priorité aux transports du quotidien.

YVES CALVI
Alors, on s'arrête là-dessus, j'ai très bien compris que vous nous dites on ne poursuit pas les projets quand on ne peut pas mettre une ligne budgétaire en face, ce qui ne veut pas dire qu'ils vont disparaître tous pour autant, on s'est bien compris ?

ELISABETH BORNE
Absolument, on fait des priorités.

YVES CALVI
Alors, dans les priorités on peut dégager tout simplement l'état des routes en France, est-ce que des efforts vont être faits dans ce domaine ?

ELISABETH BORNE
Ça fait partie des priorités et je peux vous annoncer que dès cette année – je voudrais qu'on ne se trompe pas, on n'est pas en train de faire des économies, on est en train de dire on ne sait pas financer 10 milliards tout de suite. Le budget d'investissement de mon ministère il va augmenter de 10 % cette année, il va passer de 2,2 milliards à 2,4 milliards, et en cohérence avec cette priorité sur l'entretien, la modernisation, les transports de la vie quotidienne, il y aura 100 millions de plus cette année sur l'entretien des routes, en 2018.

YVES CALVI
C'était nécessaire ?

ELISABETH BORNE
C'est nécessaire. Je pense que chacun a en tête les vieillissements du réseau ferré national, sur lequel il y a même eu des accidents, l'état des routes, aussi, est préoccupant et il fallait mettre davantage d'argent sur l'entretien et la modernisation des routes.

YVES CALVI
Donc, vous nous annoncez, ce matin sur RTL, 100 millions qui vont être dégagés pour l'entretien de nos routes…

ELISABETH BORNE
Absolument, c'est près de 30 % de plus.

YVES CALVI
Alors, vous nous avez rappelé aussi que 40 % des Français habitaient dans des zones non desservies par les transports publics, d'où toutes les difficultés, que l'on doit régler, concernant les transports publics. L'écotaxe, on y revient ou pas ?

ELISABETH BORNE
J'ai dit clairement qu'on n'allait pas remettre l'écotaxe. Il y a eu beaucoup d'épisodes sur l'écotaxe, donc le sujet ce n'est pas de remettre un dispositif qui a créé beaucoup de crispation, par contre je pense que personne ne comprend pourquoi on a des files de poids lourds qui traversent notre pays, qui du coup ont besoin d'infrastructures, qui posent des questions de sécurité routière, sans participer au financement de ces infrastructures.

YVES CALVI
Que proposez-vous en la matière, Madame la ministre ?

ELISABETH BORNE
Vous savez, c'est vraiment une concertation…

YVES CALVI
On les faits payer comment…

ELISABETH BORNE
C'est une concertation qu'on lance.

YVES CALVI
Puisque le fil rouge de notre conversation ce matin c'est le fait qu'il y a des problèmes d'argent, tout simplement, et qu'il faut les régler.

ELISABETH BORNE
Oui, absolument, donc on va rechercher une façon de faire payer les poids lourds, de façon équitable, je pense que c'est une préoccupation de la profession, qu'il n'y ait pas de distorsion entre les poids lourds français et les poids lourds étrangers, et l'objectif c'est de faire payer ces poids lourds en transit. Dans le cadre de la concertation qu'on va lancer, et j'insiste, ça concerne tous les Français, et ils vont pouvoir, notamment au travers de la plateforme qu'on a ouverte hier, nous dire ce qu'ils attendent de nous en termes de politique des transports, donc on aura une concertation, aussi, avec les routiers, pour voir comment on peut trouver le bon dispositif pour faire payer les poids lourds en transit, qui traversent notre pays.

YVES CALVI
Tout est envisageable, des vignettes comme en Suisse, de la géolocation, enfin vous ouvrez toutes les portes ?

ELISABETH BORNE
Tout est envisageable. Il y a eu des difficultés dans le dispositif d'écotaxe, on le rappelait, et donc on va travailler ensemble pour regarder quelles sont les bonnes solutions.

YVES CALVI
C'est légal de pouvoir faire payer éventuellement des transporteurs européens et de ne pas faire payer les Français ?

ELISABETH BORNE
Ça ne pourra pas être dit comme ça…

YVES CALVI
Au sens du droit européen, vous m'avez compris.

ELISABETH BORNE
Ça ne pourra pas être dit comme ça, mais ensuite on peut être astucieux, comme le font certains de nos voisins.

YVES CALVI
Quel est pour vous, aujourd'hui, le dossier le plus structurant de votre ministère ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je vous le dis, la priorité c'est les transports de la vie quotidienne. Je ne peux pas me satisfaire qu'1 Français sur 4 refuse un emploi parce qu'il n'a pas de solution pour se rendre à son travail, et la bonne nouvelle c'est qu'on a beaucoup d'innovations, les gens le voient, on a toute une série de nouvelles solutions, l'autopartage, le covoiturage, les vélos en libre-service, les nouvelles applications qui vous permettent de vous déplacer facilement, c'est toute cette innovation qu'on doit mettre au service des transports de la vie quotidienne des Français.

YVES CALVI
On est d'accord aussi pour dire qu'on ne va pas emmener tous les Français travailler en covoiturage et en vélo électrique ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que dans les territoires ruraux, vous savez, vous n'avez pas d'autre solution que de prendre votre voiture et d'être propriétaire d'une voiture, vous pouvez ne pas avoir le permis de conduire, vous pouvez ne pas avoir d'argent pour vous payer une voiture, donc il faut qu'on trouve des solutions, le covoiturage en est une, le transport à la demande en est une. Utiliser ce qui existe dans ces territoires, les transports scolaires, les transports sanitaires, et arriver à mutualiser toutes ces solutions, c'est à ça qu'on va réfléchir et c'est sur ça qu'on va écouter les Français sur leurs attentes et leurs besoins.

YVES CALVI
Merci beaucoup Elisabeth BORNE, ministre des Transports, on a compris que vous aviez du pain sur la planche, que vous dégagiez 100 millions pour l'état de nos routes, et que les discussions avec les transporteurs routiers continuent aujourd'hui même dans votre ministère.

ELISABETH BORNE
Absolument.

YVES CALVI
Bonne journée à vous.

ELISABETH BORNE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 septembre 2017

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