Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à BFM TV/RMC le 25 septembre 2017, sur les élections législatives en Allemagne et sénatoriales en France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à BFM TV/RMC le 25 septembre 2017, sur les élections législatives en Allemagne et sénatoriales en France.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvvernement;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité est Christophe CASTANER, porte-parole du gouvernement. Bonjour.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais aussi secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement. Nous allons parler des sénatoriales mais je voudrais commencer avec l'Allemagne, avec cette victoire. Quatrième mandat pour Angela MERKEL, avec qui va-t-elle gouverner ? Elle a baissé dans les votes, elle a obtenu 32 %, elle faisait un peu plus de 40 % auparavant lors des dernières législatives. Mais surtout, il y a l'arrivée au pouvoir de l'AFD, cette extrême droite allemande. Les chefs de l'AFD vantent les mérites de la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale. Est-ce que vous êtes inquiet franchement ce matin ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord, il faut saluer la victoire d'Angela MERKEL, c'est la quatrième. Et en France, quand on voit un chef de gouvernement gagner quatre fois, on est assez admiratif. Ensuite, oui, on voit bien que sa victoire est amère. Elle est amère parce qu'elle voit monter une extrême droite très violente, très dure, très radicale. Et en Allemagne, plus qu'ailleurs encore, c'est marquant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de gouvernement pour l'instant. Quelle coalition ? C'est aussi une des grandes questions pour l'avenir des relations franco-allemandes.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est essentiel pour nous. Le président de la République a échangé hier longuement avec elle. Vous savez qu'il y a cette culture de la coalition en Allemagne que nous n'avons pas forcément en France. Elle va prendre le temps, elle va se tourner vers les libéraux, vers les Verts.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle va se tourner vers les libéraux et les Verts.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui. Dans un premier temps, elle l'a annoncé hier soir, et vers les Verts pour proposer les conditions d'un accord participatif à l'action gouvernementale. Ça ne va pas être simple, elle le sait, mais elle a aussi suffisamment d'expérience pour qu'on puisse lui faire confiance. Mais c'est essentiel, vous l'avez dit, dans la relation franco-allemande qui est ce moteur qui va permettre de changer les choses au niveau européen. Et Emmanuel MACRON, qui a travaillé avec elle, présentera demain une feuille de route pour transformer en profondeur l'Europe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelle est l'idée principale ?

CHRISTOPHE CASTANER
L'idée, elle est simple. Elle est de considérer que si justement on veut lutter contre les nationalismes, les populismes dans chacun de nos pays, il faut une Europe puissante, une Europe forte, une Europe qui protège, une Europe qui libère. Ça n'est pas le cas aujourd'hui donc il faut réinventer l'Europe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, c'est beau mais tout le monde dit ça. Réinventer l'Europe, ça fait des années que j'entends ça.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais si vous voulez lutter contre le dumping social, c'est assumer que nous faisons cela. Je vais vous prendre un seul exemple très récent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une fiscalité commune, c'est-à-dire des règles sociales communes, c'est cela ?

CHRISTOPHE CASTANER
Un exemple très simple. On parle beaucoup de la fiscalité des GAFA, ces grands opérateurs numériques qui ne payent pas l'impôt en France et en Europe. Bruno LE MAIRE, depuis quelques semaines, travaille avec l'ensemble des pays européens sur une position qui permet de les taxer sur le chiffre d'affaires produit dans chaque pays. Aujourd'hui, ils sont 19 à avoir rejoint la position de la France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur 28.

CHRISTOPHE CASTANER
Nous allons continuer l'effort et c'est à cette échelle-là qu'on pourra lutter contre la fraude fiscale ou l'évasion fiscale organisée par quelques-uns.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les sénatoriales en France, un échec pour la République en marche franchement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Un échec, oui bien sûr. Je ne vais pas vous dire le contraire. Il y avait 29 sénateurs République en marche, il y en a 28 aujourd'hui, mais un échec attendu. Ceux qui ont voté sont ceux qui ont été élus en 2014 et en 2015, à un moment où la République en marche n'existait pas. Ils représentent les anciens partis et les anciens partis ont voté pour les candidats des anciens partis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment va faire le président de la République pour ces réformes constitutionnelles si le Sénat est d'opposition ? Comment va-t-il faire ? Il y a quoi comme réforme possible ? Limitation du cumul des mandats dans le temps.

CHRISTOPHE CASTANER
Je pense qu'elle est nécessaire parce que c'est une volonté des Français. La particularité du Sénat, c'est qu'ils sortent un peu, même s'ils appartiennent à un groupe, des systèmes dogmatiques fermés. C'est toujours un peu à géométrie variable, le Sénat. Je pense que Gérard LARCHER le sait bien. On voit très régulièrement des prises de position qui ne sont pas celles des appareils politiques. Et donc il va falloir travailler et ce sera aussi ma responsabilité comme secrétaire d'Etat en charge des Relations avec le Parlement. Il va falloir travailler à la constitution de ces coalitions, peut-être un peu comme en Allemagne, mais des coalitions sur un certain nombre de sujets. La modernisation de nos assemblées parlementaires est, à mon avis, quelque chose qui est attendu par les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Limitation du cumul des mandats dans le temps, ce sont les promesses d'Emmanuel MACRON. Moi, je regarde. Accélération de la procédure législative, c'est très important. Rduction du nombre de parlementaires, dose de proportionnelle. Il faut une réforme constitutionnelle pour tout cela. Il faut réunir les trois cinquièmes du Parlement. Difficile. Référendum ?

CHRISTOPHE CASTANER
Le président de la République ne l'a pas exclu. Il a annoncé ses objectifs quand il a réuni le Congrès à Versailles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il serait prêt à organiser un référendum sur ces mesures-là s'il n'a pas de majorité parlementaire ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il l'a dit lui-même. C'est un engagement qu'il a pris comme candidat à la présidence et nous souhaitons le tenir. Il a confié une responsabilité aux deux présidents de chambres ainsi qu'au président du Conseil économique, social et environnemental que nous voulons réformer aussi, de travailler sur une année avec la garde des Sceaux, et il a évoqué la possibilité d'aller au référendum.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour quand cette réforme constitutionnelle ?

CHRISTOPHE CASTANER
Une année, comme il a lancé le chantier début juillet. Il faut se fixer l'objectif qu'à fin juin 2018 on puisse y voir clair sur les points de blocage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc 2018, soit il y a une réforme votée par le Parlement, soit référendum.

CHRISTOPHE CASTANER
On ne l'exclut pas parce qu'effectivement c'est un engagement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc référendum en 2018, ce n'est pas impossible ?

CHRISTOPHE CASTANER
Rien n'est impossible sur la modification et la modernisation de notre démocratie dans ce pays. Je pense que c'est nécessaire. Est-ce qu'il est utile d'avoir autant de députés, autant de sénateurs sur des circonscriptions qui relèvent d'une époque où on se déplaçait lentement, alors qu'aujourd'hui l'essentiel de la communication se fait par texto ou par les réseaux sociaux ou par mail ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc référendum sur des réformes institutionnelles.

CHRISTOPHE CASTANER
Le président l'assume et il a posé cela dans le débat lors du Congrès de Versailles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Les conducteurs routiers manifestent aujourd'hui. Ils protestent avec des mobilisations, avec parfois des blocages. Est-ce que bloquer l'économie française, c'est la solution.

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord, il faut entendre les chauffeurs routiers. Il y a de vraies inquiétudes, ils les expriment. Il faut qu'on les rassure, notamment par rapport aux ordonnances sur le travail qui, sur certains sujets, portent des inexactitudes ou des contre-vérités. Il faut qu'on rappelle que le temps de travail n'est pas modifié, que le temps de pause n'est pas modifié, que le salaire n'est pas modifié et évidemment il faut qu'on les rassure. Mais en même temps, il faut qu'on protège les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sauf que le treizième mois sera négocié dans l'entreprise ; sauf que les primes seront négociées dans l'entreprise.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais aujourd'hui le régime de prime déjà est aussi négocié dans l'entreprise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas le treizième mois par exemple.

CHRISTOPHE CASTANER
Après, il y a le rapport entre la branche…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les conditions de travail.

CHRISTOPHE CASTANER
Je vais répondre à votre question parce qu'on va parler aux Français. Pour faire simple, la particularité c'est qu'on a des entreprises qui sont différentes des autres, parce que les chauffeurs et les salariés ne sont pas dans l'entreprise, ils sont sur la route tout le temps. Et donc les conditions du dialogue social dans l'entreprise ne sont pas les mêmes que dans une TPE où tous les jours on se voit. On se dit « Bonjour » le matin, on travaille ensemble. Ça veut dire qu'il faut qu'on leur apporte des garanties et le gouvernement est prêt à continuer la discussion. On l'a ouvert la semaine dernière avec eux, le dialogue est permanent avec les syndicats et nous voulons le poursuivre. Ensuite, il y a votre question. Les Français ne peuvent pas être empêchés de travailler, d'aller étudier, de vivre par des blocages.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous condamnez les blocages ?

CHRISTOPHE CASTANER
Evidemment. Nous avons d'abord pris des mesures pour empêcher les blocages. Les 200 entrepôts qui maillent la France sont pleins, les 11 000 stations-service…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y aura pas de pénuries d'essence ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne peux pas vous garantir cela, vous savez pourquoi ? Parce qu'il y a un effet panique. Le pire, c'est l'effet panique. C'est-à-dire que tout le monde se dit : « Mince ! Il faut que j'aille faire mon plein au cas où », et vous avez d'un coup une multiplication quelquefois par cinq de l'utilisation non pas d'essence mais des stations-service. Et donc du coup, si tout le monde débarque d'un coup, l'effet panique accentue la panique. Donc moi j'invite chacun à la responsabilité, à commencer par les camionneurs qui sont légitimes à s'exprimer mais ils ne doivent pas bloquer la France. Notre pays et notre économie en particulier n'en ont pas besoin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas de pénurie d'essence, vous ne pouvez pas me dire. Nous verrons bien. C'est en fonction des développements.

CHRISTOPHE CASTANER
Je vais être honnête avec vous. Si je vous dis « Pas de souci », vous savez bien que ce n'est pas moi qui peux empêcher le blocage d'un point d'accès. Ce que je veux vous dire, c'est qu'il y a 200 aujourd'hui entrepôts qui sont pleins, qui maillent tout le territoire et qui n'ont pas vocation à être bloqués. Mais je sais aussi la responsabilité des chauffeurs routiers, certains nous écoutent. Je pense qu'ils doivent aussi accepter de discuter, d'échanger et nous voulons les rassurer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez les recevoir ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ils ont été reçus deux fois la semaine dernière et, s'ils le souhaitent, ils seront évidemment reçus à nouveau.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La réforme du code du travail, les ordonnances devront être ratifiées par le Parlement, on le sait. Quand ?

CHRISTOPHE CASTANER
On est en train de chercher ce qu'on appelle une niche dans le temps. La discussion à l'Assemblée débutera fin octobre, début novembre je pense.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et la ratification ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ensuite, il faudra que ça aille au Sénat, que ça revienne à l'Assemblée. On sera en début d'année. On n'arrivera pas à faire examiner le texte de loi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elles ne seront pas ratifiées avant la fin de l'année.

CHRISTOPHE CASTANER
En fait pour une raison simple : c'est que le dernier trimestre de session au Sénat comme au Parlement est essentiellement consacré aux lois de finances au pluriel. Et donc du coup, ce qu'on appelle des temps d'action gouvernementale, des niches gouvernementales, il y en a peu. Ensuite, à partir de novembre, il n'y en a plus au Sénat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un moment important tout à l'heure : le Premier ministre va annoncer le plan d'investissement promis par le candidat Emmanuel MACRON. Ce plan est sur tout le quinquennat, j'imagine. Quel montant ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je vais vous donner le montant que le Premier ministre confirmera – enfin, annoncera tout à l'heure, mais je vais vous le proposer maintenant. Ce sera 56,3 milliards d'euros. C'est plus que l'engagement du président Emmanuel MACRON qui portait sur cinquante milliards.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur le quinquennat.

CHRISTOPHE CASTANER
Sur le quinquennat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
56 milliards 300 millions d'euros sur le quinquennat, on est bien d'accord.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et dès 2018, combien ?

CHRISTOPHE CASTANER
Dès 2018, des actions très concrètes y compris celles qui ont été présentées par Nicolas HULOT par exemple la semaine dernière pour aider les publics, les Français les plus fragiles à changer leur chaudière au fioul avec une prime de 3 000 euros, si je ne prenais que cet exemple. C'est de l'investissement, c'est de l'investissement pour l'avenir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez d'autres exemples sur l'investissement dès 2018 ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il y en a de nombreux mais le Premier ministre va les présenter tout à l'heure. Je ne vais pas tous les balayer. Je vais vous parler par exemple aussi de la volonté d'agir pour habiter mieux, pour les passoires thermiques dans les maisons. Nous nous fixons l'objectif de rénover 75 000 logements dès l'année prochaine, dès l'année 2018, avec un financement là encore exceptionnel pour les particuliers les plus fragiles. Ce sont des mesures sociales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quel financement ? Quel montant ? Comment ça va fonctionner, dites-moi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ce sera présenté tout à l'heure mais il y aura des demandes d'aide et la possibilité d'aides directes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que je veux rénover mon logement, je demande – je ne sais pas à qui d'ailleurs, à qui…

CHRISTOPHE CASTANER
Il y aura un site Internet dédié qui vous permettra de faire cette demande.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un site Internet dédié et j'aurai quoi ? Un crédit d'impôt ? J'aurai une aide ?

CHRISTOPHE CASTANER
On veut faire mieux que le crédit d'impôt parce que le crédit d'impôt, c'est justement quand vous payez de l'impôt, vous avez une déduction fiscale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Exactement, exactement.

CHRISTOPHE CASTANER
Là, on veut transformer justement le crédit d'impôt en chèque direct, mais pour une raison simple là encore.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un chèque direct.

CHRISTOPHE CASTANER
Un chèque direct. Quand vous faites les investissements d'isolation qui sont nécessaires et qui sont conformes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quel montant ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est très différent selon l'investissement que vous faites donc je ne peux pas ventiler tout ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et quel pourcentage ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ça va jusqu'à 25 % mais le chèque direct, et la vraie différence c'est alors qu'avant c'était une déduction fiscale, là ce sera un chèque direct. Ça veut dire que les 50 % de Français les plus fragiles qui justement ne payaient pas de fiscalité et faisaient ces travaux sans avoir cet avantage l'auront immédiatement. C'est encore un effort social important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
56 milliards sur le quinquennat, combien en 2018 ?

CHRISTOPHE CASTANER
L'idée est de ventiler sur – alors il y aura un temps de départ mais l'idée est de ventiler ça sur cinq ans et d'avoir un cinquième qui soit mobilisable chaque année.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un cinquième, c'est pas mal quand même, un cinquième.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est un montant très important mais investir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça fait 10 milliards. Ça fait 10 milliards dès 2018.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais je vais prendre un autre exemple. Investir aujourd'hui, c'est préparer les économies de demain. Investir dans l'administration numérique pour faire en sorte qu'on puisse demain « économiser » entre guillemets des emplois de fonctionnaires qui seront mobilisés sur d'autres fonctions et sur les priorités essentielles du gouvernement, c'est un investissement qui rapporte. C'est un peu ça l'idée. Investir sur les économies d'énergies, c'est un investissement qui rapporte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le budget sera présenté mercredi. Vous allez me dire si vous confirmez ou pas, l'augmentation des taxes sur les carburants et notamment sur le diesel. + 7,6 centimes.

CHRISTOPHE CASTANER
Je vous le confirme. C'est la volonté d'avoir une convergence entre l'essence et le diesel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
+ 7,6, donc une augmentation des taxes de 10 % l'année prochaine.

CHRISTOPHE CASTANER
De 7,6 centimes qui est inférieure au prix de la baisse du pétrole que l'on a connue ces derniers mois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
+ 3,9 sur l'essence, vous le confirmez aussi ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est la convergence dont je parlais.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ces deux chiffres ?

CHRISTOPHE CASTANER
On est dans ces eaux-là. Je ne vais pas vous dire que vous vous trompez.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Présentation du budget 2018 donc mercredi. Vous venez de me parler de plan d'investissement. Pour l'agriculture, est-ce qu'il y aura une partie de cet investissement qui sera consacrée à l'agriculture ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, c'est essentiel. Et si je ne devais prendre qu'un seul sujet, c'est celui sur lequel le Premier ministre vient de trancher, c'est la question du glyphosate, vous savez, ce produit dont on craint qu'il ait des conséquences nocives sur la santé mais qui, en même temps aujourd'hui, est indispensable pour nos agriculteurs. La Commission européenne envisage de prolonger l'autorisation du glyphosate pendant 10 ans, nous le refusons. La position de la France sera hostile à cela, mais par contre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous voterons contre.

CHRISTOPHE CASTANER
Nous voterons contre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ? Quand aura lieu le vote ?

CHRISTOPHE CASTANER
Dès le vote qui doit avoir lieu dans les semaines qui viennent, la position de la France sera claire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas le 2 ou 3 octobre, c'était prévu le 2 ou 3 octobre.

CHRISTOPHE CASTANER
L'Europe va le faire, mais on veut aller plus loin. On veut investir massivement et c'est à peu près 5 milliards d'euros qui seront mobilisés pour la modernisation de nos pratiques agricoles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dès l'année prochaine les 5 milliards d'euros ? Non, sur le quinquennat.

CHRISTOPHE CASTANER
Sur le quinquennat. Et donc, on veut donner les moyens aux agriculteurs mais aussi aux scientifiques de trouver des produits de substitution au glyphosate. Et le Premier ministre a arbitré et ce sera communiqué dans les heures qui viennent. Il a arbitré pour faire en sorte que ce produit soit interdit en France ainsi que tous ceux qui leur ressemblent et qui menacent la santé des Français d'ici la fin du quinquennat. Et de faire en sorte que par ces investissements massifs, on puisse trouver des produits de substitution.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant la fin du quinquennat, c'est-à-dire avant quatre ans et demi, le glyphosate sera interdit pour tous les usages.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Usage domestique évidemment, il sera interdit à partir de janvier 2019 pour les particuliers. Evidemment usage par les collectivités territoriales mais par les agriculteurs aussi.

CHRISTOPHE CASTANER
Aussi, avec cette volonté d'investir et de trouver des produits de substitution. Nous savons que nous pouvons le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc avant la fin du quinquennat, il n'y aura plus de glyphosate dans ce pays.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est l'engagement qu'Edouard PHILIPPE confirmera dans les heures qui viennent et l'arbitrage qu'il a rendu ce week-end.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Jean-Luc MELENCHON, j'ai vu que vous aviez réagi aux propos tenus par Jean-Luc MELENCHON. Ce sont des propos d'estrade ? Selon vous, c'est quoi cette brutalité dans les propos ? Pourquoi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Elle ne me surprend pas, cette brutalité. Elle est constante dans le discours très radical de Jean-Luc MELENCHON. Au fond, il est dans le déni de réalité. J'ai vu qu'il m'avait répondu sur Facebook, donc je vais profiter de l'antenne pour lui dire : Monsieur MELENCHON, vous avez perdu l'élection présidentielle et Emmanuel MACRON ne l'a pas volée. Ils ont tenté de faire un procès d'illégitimité à Emmanuel MACRON. Non, il a été élu et les députés qui siègent à l'Assemblée ont été confortés et ont confirmé la victoire d'Emmanuel MACRON. Il y a 17 députés de la France Insoumise qui ont été élus, ils sont légitimes, je les respecte. Par contre effectivement, l'amalgame un peu honteux qui a été fait entre tous ceux qui ont…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Honteux ?

CHRISTOPHE CASTANER
Honteux, oui. L'amalgame entre les nazis et Alain JUPPE sur le CPE ou Emmanuel MACRON avec les ordonnances, même si c'était dans une longue liste de réformes qui ont été faites dans ce pays…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut se méfier des anaphores…

CHRISTOPHE CASTANER
Je pense que c'est une erreur politique a minima, et je pense que, il y avait de l'emportement de tribune, peut-être que le fait que la place de la République ait été coupée en deux parce qu'elle n'était pas pleine à ce moment-là, pour faire un effet de densification, a amené Jean-Luc MELENCHON à cet excès-là…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Emmanuel MACRON parle du peuple comme de la racaille, dit Jean-Luc MELENCHON, jamais auparavant, personne n'avait parlé au peuple français de cette façon !

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais vous voyez bien qu'il fait un amalgame, racaille, de mémoire, c'était un autre président de la République, et jamais ce mot n'a été utilisé par Jean-Luc MELENCHON. Alors, vous savez, je crois que lui, qui aujourd'hui nous explique surtout, non, il n'a pas parlé des nazis, finalement, on l'avait mal compris, devrait éviter de faire des raccourcis historiques, quelquefois, mais aussi sémantiques, comme ceux que vous venez de me rappeler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, les prochaines mesures importantes, on le sait, mesures, réformes de la formation professionnelle et de l'apprentissage, je voulais vous en dire un mot parce que c'est pour quand, la fin de l'année, avant la fin de l'année ?

CHRISTOPHE CASTANER
On va chevaucher, mais le débat va commencer tout de suite, dans quinze jours, la ministre, parce que les ordonnances, c'était une étape de cette transformation en profondeur du marché du travail, mais les sujets que vous abordez, vous avez raison de les aborder, sont majeurs, je pense à la formation professionnelle, je pense à l'apprentissage, nous parlions de l'Allemagne tout à l'heure, l'Allemagne est un bon exemple sur la question de l'apprentissage…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, l'Allemagne et la Suisse par exemple…

CHRISTOPHE CASTANER
Et là où en France, on regarde avec un peu de mépris l'apprentissage en disant : c'est pour être boucher alors que c'est un métier formidable, en Allemagne, on dit : oui, c'est pour être boucher, mais c'est aussi pour être ingénieur électronique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, je voulais vous parler de la formation professionnelle, pour terminer, est-ce que vous allez revoir tout le système, par exemple, pousser la porte des organisations de formations, des organismes de formations, qui sont souvent gérés par les syndicats patronaux ou de salariés, vous allez aller voir ce qui se passe un peu ?

CHRISTOPHE CASTANER$
Vous êtes en train de nous annoncer qu'on va avoir de nouvelles crispations, vous avez raison. Il y a des mauvaises habitudes qui peuvent exister, il faut tout mettre à plat, aujourd'hui, on mobilise…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez tout mettre à plat sur la formation professionnelle ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a trente-deux milliards d'euros qui sont mobilisés, vous vous rendez compte le montant, et est-ce que c'est efficace ? Est-ce que ça permet de former les chômeurs en particulier ? Non. Et donc notre objectif, c'est effectivement de tout mettre à plat, et d'utiliser les ressources pour ceux qui en ont le plus besoin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous allez remettre à plat le financement des syndicats ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il faut l'assumer, il faut discuter, on sait que la formation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez remettre à plat le financement des syndicats ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais il faut faire ça dans la clarté, on a besoin de syndicats puissants, ils ont besoin de ressources. Eh bien, plutôt que de devoir travailler par bande (phon), sur leur financement, même si c'est parfaitement légal, mais travailler…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous pensez qu'ils sont prêts à plus de clarté et de transparence ?

CHRISTOPHE CASTANER
Si vous leur garantissez l'action et les conditions de leur action, je crois qu'ils ont prêts, que ce soit le MEDEF ou que ce soit les syndicats de salariés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous n'hésiterez pas à mettre ce sujet sur la table ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais vous savez bien que si vous le posez, c'est un vrai problème, donc vous avez raison de le poser, ce serait une faute de l'exclure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Christophe CASTANER d'être venu nous voir ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 septembre 2017

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