Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à France-Inter le 28 septembre 2017, sur les priorités dans l'enseignement, notamment l'apprentissage des savoirs fondamentaux à l'école primaire. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à France-Inter le 28 septembre 2017, sur les priorités dans l'enseignement, notamment l'apprentissage des savoirs fondamentaux à l'école primaire.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-michel.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti :


NICOLAS DEMORAND
Invité de France Inter jusqu'à 9h00, le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel BLANQUER, bonjour.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Bienvenue sur France Inter. On est heureux et curieux de vous recevoir pour comprendre quelle vision de l'école vous défendez. La presse vous présente comme l'homme d'une école classique, en rupture avec ce qui est présenté comme une idéologie pédagogiste ou égalitariste, est-ce que vous vous reconnaissez dans ce portrait ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, pas du tout, et d'ailleurs j'invite chacun à écouter ce que je dis et lire ce que j'écris plutôt que de se fonder sur les commentaires parce qu'il y a souvent beaucoup de caricatures et de transformations. Mon positionnement n'a rien à voir avec ce que vous venez de dire. Mon positionnement c'est que l'école doit accomplir la devise républicaine, Liberté, Egalité, Fraternité, et que l'essence même de l'éducation c'est de faire que chaque élève accède à de plus en plus de liberté au fil de son parcours. C'est ça ma philosophie de l'éducation, et je suis déterminé pour une égalité réelle de tous les élèves, et c'est pour cela qu'il y a un tel volontarisme des mesures de rentrée vis-à-vis des Réseaux d'Education Prioritaire, de façon à ce qu'on en finisse avec des élèves qui sont dès le début dans un mauvais départ scolaire à cause de fragilités pédagogiques. Donc, ma grande motivation, ma grande ambition, commence par l'école primaire, et elle est de donner à tous les savoirs fondamentaux.

NICOLAS DEMORAND
Liberté, Egalité, Fraternité, en même temps, quand on a dit ça, c'est inscrit aux frontons des écoles, on a dit la base, on a peut-être dit l'horizon, mais on n'a pas dit grand-chose. On peut difficilement être contre la devise de la République.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est bien de commencer par quelque chose qui réunit, qui rassemble, je pense que c'est donc important de le rappeler parce que parfois il y a de la division sur l'école, or mon premier propos est de dire que nous devons créer, recréer, une école de la confiance, pour une société de la confiance. On doit recréer de la confiance dans les acteurs, et je commence par le faire, en tant que ministre, en disant tous les jours, et de façon concrète, ma confiance aux professeurs, et de façon générale aux acteurs de l'éducation. Et j'espère un cercle vertueux de cela parce que ça doit finir, à la fin, par une confiance des élèves en eux-mêmes. Ça c'est mon approche si vous voulez. Après ça se traduit de façon concrète par des priorités, qui sont très claires, et la première d'entre elles c'est celle des savoirs fondamentaux, je le dis souvent, lire, écrire, compter, respecter autrui, ça aussi ça devrait rassembler tout le monde, j'observe que ça agace certaines personnes.

NICOLAS DEMORAND
Pour quelle raison alors, parce que vous faites rupture avec quoi en disant ça, en disant il faut apprendre à lire, écrire, compter, le plus tôt possible, il faut effectivement que chacun se respecte, adieu le prédicat retour du complément d'objet. Enfin en disant tout ça, en défendant tout de même, ne vous cachez pas Jean-Michel BLANQUER, en défendant tout de même les classiques de l'école, si vous ne voulez pas dire l'école classique, vous êtes bien dans une autre époque de l'éducation, non ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, pas du tout. Dans l'éducation, tout est affaire d'équilibre si vous voulez, dans l'éducation il y a des choses qui sont éternelles et puis il y a des choses qui changent sans arrêt, il y a les deux à la fois, et donc dans les choses éternelles il y a évidemment les fondamentaux. Est-ce qu'il faudrait abandonner lire, écrire, compter, sous prétexte qu'on disait ça déjà il y a un siècle ? Non, c'est absurde. On doit au contraire être extrêmement vigilant sur ce point, parce que si on n'a pas ça, on n'a pas le reste, c'est une sorte d'évidence. Il est exact que Jules FERRY disait exactement ce que je suis en train de vous dire. Est-ce que je ne vais pas le dire parce que Jules FERRY l'a dit ? Non. Je n'ai jamais cherché à faire moderne, je crois que je le suis, mais je n'ai jamais cherché à faire moderne, donc attention…

NICOLAS DEMORAND
Mais est-ce que vous cherchez à faire classique ? C'est ça la question.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça ne me gêne pas non plus, mais je ne cherche pas non plus à faire classique, je le suis par certains côtés et j'en suis fier, je n'ai aucun problème avec ça. Il faut être et classique, et moderne, selon les sujets dont on parle. On doit évidemment tenir compte du monde dans lequel nous entrons, qui est en pleine mutation, donc il y a évidemment une sorte de nouvelle école dans une nouvelle société qui est à créer, mais plus on rentre dans quelque chose de nouveau, plus on a besoin de donner des racines, des savoirs fondamentaux aux élèves. On rentre dans un monde ultra technologique, ce monde ultra technologique on doit le prendre en compte, et notamment d'ailleurs au collège et au lycée, raison de plus pour que nos élèves aient une vraie culture générale, qu'ils sachent bien lire, écrire, compter, qu'ils se respectent entre eux, qu'ils aiment la République, etc., etc. Autrement dit, plus on rentre dans cette nouvelle civilisation, plus il faut s'adapter, mais en même temps plus il faut avoir des bases fondamentales. Voilà, c'est le résumé de ce que j'ai à dire et à la fin c'est une philosophie de la liberté, parce que mon but c'est que…

NICOLAS DEMORAND
Plus que de l'égalité ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et donc de l'égalité.

NICOLAS DEMORAND
Liberté, donc égalité.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Exactement, on n'oppose pas les deux, c'est parce qu'on a plus de liberté, autrement dit plus de responsabilité des acteurs, et parce qu'on fait plus attention à ceux qui en ont besoin le plus, exemple les élèves de cours préparatoire, de REP+ cette année et de REP dès l'année prochaine, eh bien plus on fait attention aux élèves les plus fragiles, plus on réalise, pour de vrai, l'égalité.

NICOLAS DEMORAND
Peut-être l'avez-vous entendu, il était à ce micro avant-hier, Michel LUSSAULT, le président démissionnaire du Conseil Supérieur des Programmes, vous reprochait ici-même de servir les bas instincts d'une clientèle politique, c'est-à-dire de mener une guerre idéologique à travers des médias qu'il a cités comme Closer ou Valeurs Actuelles. La charge est rude, elle n'est pas que polémique, elle est aussi idéologique, qu'est-ce que vous répondez à ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il aurait pu citer aussi l'Observateur, Libération, j'ai parlé dans de nombreux journaux…

NICOLAS DEMORAND
Vous avez parlé partout.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Donc s'il faudrait ne s'adresser qu'à l'hémisphère qui convient à monsieur LUSSAULT, je pense qu'il y aurait même un problème démocratique, donc je parle à tout le monde, et d'ailleurs j'accepte volontiers de parler avec différents interlocuteurs, et notamment ceux qui ne pensent pas comme moi. Je pense que là il y a même…

NICOLAS DEMORAND
Mais vous êtes devenu le héros de l'autre hémisphère Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Peut-être grâce à monsieur LUSSAULT d'ailleurs.

NICOLAS DEMORAND
Pourquoi ? Expliquez-nous pourquoi.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parce que, quand on a des visions aussi binaires des choses, telles qu'elles ont été exposées hier, évidemment on crée, on recrée du clivage dans le système, ce qui n'est absolument pas mon but. Mon but, je vous le dis, c'est une position d'équilibre, l'école doit rassembler…

NICOLAS DEMORAND
Mais vous ne défendez pas la même école, Jean-Michel BLANQUER, vous et Michel LUSSAULT.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, j'ai le sentiment de défendre une école qui est celle que veulent l'immense majorité des Français, c'est-à-dire une école reposant sur ses deux pieds, qui ne cherche pas la provocation pédagogique, qui dit des évidences…

NICOLAS DEMORAND
C'était le cas de Michel LUSSAULT, ou disons de ce qui vous a précédé.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je pense que ce monsieur a cherché…

NICOLAS DEMORAND
On veut comprendre, encore une fois !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il a cherché à se donner beaucoup d'importance avec ce qui s'est passé hier, ne comptez pas sur moi pour lui en donner davantage en faisant des longs commentaires.

NICOLAS DEMORAND
Mais sur le fond ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Maintenant c'est déjà un sujet de… on doit tourner cette page, on passe à autre chose, et donc sur le fond, vous avez raison, sur le fond, ce qui compte c'est cette position d'équilibre, cette position de pragmatisme. Cette position, aussi, où on se respecte. Il n'est pas normal, dans une institution, de tenir des propos outranciers, ce qui est normal c'est d'essayer d'avancer en s'éclairant. Vous savez, moi j'évolue, j'évolue en écoutant, je fais attention à ce que disent les interlocuteurs, je parle avec les organisations syndicales, j'écoute ce qui se passe ailleurs dans le monde, et ça c'est un de nos problèmes en France aussi. Beaucoup de gens qui s'affirment modernes sont incroyablement tournés sur eux-mêmes et sur leur seul pays, on doit regarder ce qui se passe de bien dans le monde et faire évoluer le système français à la lumière de cela. Et quand on a cette approche ouverte, je peux vous dire qu'on réussit à faire des progrès, sans oublier d'où on vient.

NICOLAS DEMORAND
Qui va succéder à Michel LUSSAULT à la tête du Conseil Supérieur des Programmes ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est trop tôt pour le dire, je vais surtout d'abord aller à la rencontre des membres du Conseil Supérieur des Programmes, dont je pense qu'ils sont un petit peu étonnés du ramdam provoqué, et je vais…

NICOLAS DEMORAND
Quel profil ? Vous devez avoir en tête un profil. L'idéal c'est quand même de marcher main dans la main avec le Conseil Supérieur des Programmes, entre lui et vous, donc quel profil ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Quelqu'un de serein.

NICOLAS DEMORAND
C'est tout ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Quelqu'un d'ouvert.

NICOLAS DEMORAND
Donc le CSP reste, vous n'allez pas le dissoudre ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On doit clairement, en ce début de quinquennat, avoir une réflexion sur l'ensemble des institutions du ministère, et donc…

NICOLAS DEMORAND
Vous pourriez le dissoudre ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'ai l'intention de discuter avec les membres, que je respecte beaucoup, je respecte l'institution aussi, bien entendu, pour regarder ensemble comment on forge l'avenir…

NICOLAS DEMORAND
Donc le chantier est ouvert, vous pourriez dissoudre le CSP ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le chantier est ouvert. Je suis cohérent avec ce que je vous disais juste avant, c'est-à-dire j'écoute, j'ai besoin d'entendre leur manière de voir. Vous savez, les programmes ont été conçus de manière extrêmement rapide, dans les deux années qui viennent de passer, c'est d'ailleurs pour ça que j'ai dit en arrivant que je ne les changerai pas brutalement parce que j'ai trop conscience du fait que les professeurs, et les élèves eux-mêmes, et leurs familles, en ont un petit peu assez des zigzags du système, j'ai tout à fait conscience de ça. J'ai donc l'intention de faire évoluer ce qui doit évoluer, mais de le faire sans précipitation et en discutant, et avec le cadre institutionnel…

NICOLAS DEMORAND
En tout cas la question est posée et le dossier est ouvert.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Heureusement.

NICOLAS DEMORAND
Il est 8h30, je l'ai dit, on se retrouve juste après la revue de presse


source : Service d'information du Gouvernement, le 3 octobre 2017

Rechercher