Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, à France Info le 28 septembre 2017, sur le budget militaire, les industries d'armement, l'arme nucléaire en Corée du Nord, la vente d'avions Rafale et sur la démission du chef d'Etat major des armées Pierre de Villiers. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, à France Info le 28 septembre 2017, sur le budget militaire, les industries d'armement, l'arme nucléaire en Corée du Nord, la vente d'avions Rafale et sur la démission du chef d'Etat major des armées Pierre de Villiers.

Personnalité, fonction : PARLY Florence , APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre des armées;

ti :
BRUCE TOUSSAINT
Florence PARLY, la ministre des Armées, est l'invitée de France Info.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Florence PARLY.

FLORENCE PARLY
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le gouvernement a présenté hier le budget pour l'année 2018, votre budget, Florence PARLY, celui des Armées, augmente, 1,7 milliard de plus par rapport à l'année précédente. Le budget que la France va consacrer à ses armées va atteindre 34,4 milliards d'euros. A quoi va servir ce surplus notamment, acheter du matériel neuf parce qu'il y en a besoin, c'est ça ?

FLORENCE PARLY
Alors, c'est un budget en effet de remontée en puissance, cela faisait de nombreuses années que le budget du ministère de la Défense était en décroissance, alors même que ces dernières années, l'intensité d'utilisation de nos forces était plutôt croissante.

JEAN-MICHEL APHATIE
En hausse, bien sûr…

FLORENCE PARLY
Du fait, bien sûr, du contexte dans lequel nous vivons, la montée des menaces et la lutte contre le terrorisme. Donc en 2017, l'arrêt de la déflation des effectifs avait été décidé, mon prédécesseur avait obtenu quelques mesures nouvelles complémentaires, 600 millions de plus, c'était significatif. Mais cette année, c'est vraiment la remontée en puissance, puisque ce premier budget du gouvernement Edouard PHILIPPE et du président MACRON est un budget où nous aurons 1,8 milliard d'euros de moyens supplémentaires.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et on lit qu'il y a beaucoup de matériels très obsolètes dans l'armée, des chars Leclerc qui ne fonctionnent plus, des avions Mirage qui sont en bout de course, des véhicules d'avant blindé – alors, nous, ça ne nous parle pas beaucoup, mais les militaires savent que pour leur sécurité, c'est vital – qui sont moins blindés qu'ils ne devraient. L'armée française est dans un sale état, Florence PARLY ?

FLORENCE PARLY
Alors, nous avons, au fond, deux défis à relever, nous avons le défi du court terme…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais elle est dans un sale état ou pas ?

FLORENCE PARLY
Le défi du court terme, où compte tenu du très fort engagement des armées françaises, notamment sur les théâtres extérieurs, mais aussi avec l'opération Sentinelle, les matériels s'usent de façon accélérée, et donc nous devons, avant toute chose, reconstituer le potentiel de ces matériels. Et puis…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a un péril, c'est un outil quand même – excusez-moi de nous arrêter un instant là-dessus, parce qu'on dépense beaucoup d'argent pour l'armée – c'est un outil aujourd'hui qui est mal en point, qui est vieillissant ; il y a une forme de péril aujourd'hui sur le fonctionnement même de cet outil militaire ?

FLORENCE PARLY
C'est un outil qui a été très sollicité au cours des dernières années…

BRUCE TOUSSAINT
Trop sollicité peut-être, pardon de vous couper, mais…

FLORENCE PARLY
Qui a été probablement sollicité plus ce que les moyens du budget du ministère permettaient de faire. Et c'est donc ce hiatus, ce gap que nous allons redresser, corriger, puisque, précisément, cette année, enfin, cette année, en 2018, nous aurons un budget qui correspond au niveau d'utilisation de nos forces, et c'est, je crois, un message très important qui est adressé à l'ensemble de la communauté militaire. Mais au-delà de ces questions de très court terme, qui sont réelles, et qui comptent beaucoup évidemment dans la sensibilité de nos soldats et dans leur perception de leur quotidien, il y a des sujets de moyen et de long termes, parce que le budget du ministère des Armées est un budget d'équipements, c'est le premier budget d'investissement de l'Etat, avec 18,5 milliards de crédit d'investissement. Et ce sont donc des programmes qui sont décidés sur de très longues périodes, aujourd'hui, au fond, nous percevons dans nos armées des équipements qui parfois ont été décidés il y a vingt ans ou il y a trente ans. Donc notre mission, c'est aussi de préparer l'avenir…

JEAN-MICHEL APHATIE
D'anticiper.

FLORENCE PARLY
Préparer le futur, anticiper, et assurer dans les meilleures conditions possibles le lancement de la nouvelle loi de programmation militaire, qui couvrira les années 2019 à 2025.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et l'objectif, c'est toujours de parvenir à 2 % du PIB, 2025, c'est ça ?

FLORENCE PARLY
Et l'objectif, en effet, l'objectif, c'est de parvenir à un effort en faveur de la Défense de 2 % du PIB en 2025, c'est l'engagement qu'a pris le président de la République, et je crois que ce qui est important de noter, c'est que, non seulement, hier, a été annoncée la croissance des moyens du budget 2018, mais a également été annoncée la trajectoire qui va nous permettre, d'ici 2022, de nous approcher, année après année, de cet objectif de 2 %. Et cette trajectoire, c'est une trajectoire régulière…

JEAN-MICHEL APHATIE
Quand on est militaire, on le sait, les trajectoires ne sont jamais respectées par les gouvernements. Ça, on le sait, quand on est militaire…

FLORENCE PARLY
Alors, précisément, cette trajectoire, elle est pour la première fois inscrite dans une loi de programmation des finances publiques…

JEAN-MICHEL APHATIE
En 2020 ou 2021, nous ne serons peut-être pas là, ni vous ni moi, pour savoir si elle est respectée ou pas !

FLORENCE PARLY
Et donc jusqu'en 2022, cette loi de programmation des finances publiques indique une croissance de 1,7 milliard par an.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a aussi, dans l'enveloppe, vous voulez améliorer la vie des familles des soldats, si on est un peu complet…

FLORENCE PARLY
Alors, une des priorités que nous avons souhaitée mettre en avant dans ce budget, c'est, d'une manière générale, la protection du soldat. La protection du soldat et des équipements, qu'il s'agisse du renouvellement par exemple des gilets pare-balles ou des casques, qui sont des éléments très importants pour le quotidien de nos forces, mais aussi la protection de nos équipements, on parlait par exemple des véhicules, nous allons vers une plus grande blindisation, si je puis dire, de nos véhicules, et c'est nécessaire, on le voit bien régulièrement en Afrique ou au Sahel. Par ailleurs, il est important que nos soldats, leur famille, vivent dans la sérénité, il n'y a pas de soldat efficace sans famille heureuse, et c'est la raison pour laquelle, le président de la République m'a demandé de faire des propositions d'ici quelques semaines pour améliorer la vie des familles et des militaires.

JEAN-MICHEL APHATIE
De quelle façon l'améliorer ?

FLORENCE PARLY
Alors, nous allons travailler sur plusieurs axes, aujourd'hui, je suis en pleine période de concertations, puisque je travaille avec le Conseil supérieur de la Fonction militaire, les associations, pour faire remonter les besoins. Mais clairement, les militaires aujourd'hui subissent les conséquences de déménagements extrêmement fréquents, liés à la mobilité géographique, les conséquences du fait que, pour le conjoint ou la conjointe, ces mobilités géographiques sont aussi potentiellement des obstacles à la carrière professionnelle…

JEAN-MICHEL APHATIE
Qu'est-ce qu'il peut y avoir des emplois réservés aux conjoints alors ?

FLORENCE PARLY
Et par ailleurs, nous voulons agir dans le domaine des conditions de logement, conditions de logement qui ne sont pas toujours homogènes sur l'ensemble du territoire. Donc nous ferons…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous pourriez réserver des emplois aux conjoints, qu'est-ce qui est prévu ?

FLORENCE PARLY
Nous voulons faciliter, d'une façon générale, la vie des conjoints, et je révélerai mes propositions d'ici quelques semaines.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un peu général, effectivement.

BRUCE TOUSSAINT
Florence PARLY, vous restez avec nous.

/// Journal ///

JEAN-MICHEL APHATIE
Emmanuel MACRON est président de la République depuis quatre mois, donc c'est assez frais, il a découvert une chose, il a découvert qu'il pouvait exister des pressions pour maintenir le budget militaire au niveau où il était, voire pour l'augmenter, et il l'a dit dans une phrase du Point assez énigmatique que nous aimerions commenter avec vous, Florence PARLY, je cite Emmanuel MACRON au Point, c'était début septembre, « J'ai été surpris que personne ne relève que des journaux financés par les contrats de défense ont mené une campagne de plusieurs semaines pour protéger ces contrats, la consanguinité entre une partie des industriels du secteur et la presse pose question ». C'est un problème pour vous cette consanguinité ? Alors on va décoder, c'est le Figaro qui est visé, propriété de Serge DASSAULT évidemment marchand d'armes et l'un des gros, enfin, l'un des gros fournisseurs de l'Etat, je cherchais le mot. C'est un problème pour vous cette consanguinité entre la presse et les industriels ?

FLORENCE PARLY
Je pense que ce qui est important c'est que le ministère des Armées entretienne une relation saine avec l'ensemble des industriels qui contribuent à la production et à la conception des équipements.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas le cas visiblement d'après ce que dit Emmanuel MACRON.

FLORENCE PARLY
C'est un des objectifs que je me suis fixée en lien avec le nouveau délégué général à l'Armement, c'est de moderniser considérablement la manière dont nous gérons nos grands équipements militaires sur une très longue durée et ça comprend bien sûr la relation que nous avons avec l'ensemble des industriels.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez souffert des campagnes de presse, ça vous a compliqué la vie ?

FLORENCE PARLY
Les campagnes de presse sont parfois compliquées à gérer, au cas particulier, ce qui m'importe moi c'est l'avenir, et avec le budget que le président de la République et le Premier ministre ont arbitré, c'est avec confiance et sérénité que je l'aborde et par ailleurs infiniment de détermination parce que vous l'avez compris, le contexte dans lequel la France, l'Europe évoluent dans le monde contemporain est un contexte difficile avec beaucoup de menaces.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je m'abrite derrière les propos du président de la République, il le dit lui-même, j'ai été surpris que personne ne relève que des journaux fassent des campagnes et la consanguinité est un problème, j'ai été surpris, et vous non plus, vous ne voulez pas le relever ce matin ? Est-ce qu'il y a un problème ou pas avec le secteur de l'armement, est-ce que le fait que monsieur DASSAULT fasse pression par l'intermédiaire du Figaro, ça vous a posé problème ou pas ?

FLORENCE PARLY
Ce qui est relevé au cas particulier, c'est un fait, c'est un fait qui est connu depuis très longtemps.

JEAN-MICHEL APHATIE
Qu'on n'évoque jamais.

FLORENCE PARLY
Il n'y a rien de nouveau.

JEAN-MICHEL APHATIE
Si, si il y a du nouveau, mais en général on ne le dit pas. Ça vous a posé des problèmes qu'il le dise ?

FLORENCE PARLY
Absolument pas.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous aviez repéré la phrase ?

FLORENCE PARLY
Je l'ai lu.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous l'avez lu, et vous vous en êtes dit quoi quand vous l'avez lu ?

FLORENCE PARLY
Je me suis dit que c'était un fait qui était mis en lumière, qui est connu de tout le monde.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, mais bon.

FLORENCE PARLY
Il est connu de tout le monde.

JEAN-MICHEL APHATIE
Enfin il est connu, on n'en parle jamais.

FLORENCE PARLY
Chacun sait que le Figaro appartient à la famille DASSAULT. Mais par ailleurs…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et d'après Emmanuel MACRON c'est un problème, ça pose question dit-il, alors je ne sais pas comment on répond à la question qui est posée, mais personne n'a la réponse pour l'instant.

FLORENCE PARLY
On y répond comme je l'ai indiqué il y a un instant, par une modernisation des relations qu'on entretient avec les industriels de défense et le groupe DASSAULT n'est pas le seul fournisseur en équipement militaire. Il y a de très grands groupes qui fournissent les armées, il y a aussi de très nombreuses PME, il y a 165.000 emplois dans le secteur de la défense et le groupe DASSAULT ne les accapare pas tous. Donc ce qui est important, c'est que nous puissions avoir non seulement une relation fluide et transparente avec l'ensemble de ces groupes, mais que nous puissions aussi faciliter l'émergence de PME, que nous puissions également promouvoir l'innovation dans ce secteur et nous savons aussi aujourd'hui que l'innovation passe beaucoup par les petites entreprises, les start-up, il en existe dans le monde civil, et ces start-up également irriguent le monde de la défense. Donc c'est l'ensemble de notre chaine de relations avec le monde industriel qu'il nous faut revoir.

JEAN-MICHEL APHATIE
La Corée du Nord pose un problème particulier au monde entier avec les essais nucléaires qui sont aujourd'hui effectués par ce pays, est-ce que d'une manière ou d'une autre l'armée française peut être concernée par cette situation ou pas, le Pentagone américain dit qu'il étudie des possibilités de frappes militaires sur la Corée du Nord, est-ce que, puisque les Américains sont nos alliés , vous y êtes associé, vous en êtes informé, comment ça se passe ?

FLORENCE PARLY
Alors les provocations nucléaires de la Corée du Nord sont un problème, une menace non pas seulement pour la région asiatique, mais également pour l'ensemble du monde, parce que ce que ces tirs ont révélé, c'est au fond la capacité probable de ce régime à atteindre potentiellement l'Europe, c'est-à-dire sur des distances beaucoup plus importantes que ce que nous pensions auparavant. Alors notre devoir, c'est d'être solidaire de l'ensemble de nos partenaires, de nos alliés et cette solidarité, elle s'exprime d'abord dans le fait que nous devons faire pression sur la Corée du Nord tous ensembles et c'est l'esprit des sanctions qui ont été décidées par l'ONU récemment et c'est aussi l'action que mène la France au sein de l'Union européenne pour que ces sanctions soient non seulement reprises par l'Union européenne, mais également amplifiées.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais comment on doit se préparer, au pire, quand on est dans la situation de diriger, quand on dirige un pays, on doit savoir se préparer au pire, est-ce que c'est quelque chose, est-ce que des frappes militaires peuvent être envisagées et de quelle manière ?

FLORENCE PARLY
Alors nous n'en sommes pas là, nous en sommes à mettre en place un processus qui permettra peut-être, je l'espère, d'aboutir à une négociation, parce que la Corée du Nord est un Etat qui au fond cherche à préserver sa propre sécurité dans un dialogue qui est conflictuel avec le reste du monde. Et donc sur ce sujet, comme sur beaucoup d'autres, c'est la négociation qu'il faut privilégier.

BRUCE TOUSSAINT
Il n'y a pas de négociation avec la Corée du Nord.

FLORENCE PARLY
Il n'y en a pas pour l'instant.

JEAN-MICHEL APHATIE
Kim JONG-UN, négocier avec lui, ça ne doit pas être facile.

FLORENCE PARLY
Mais précisément le jeu des sanctions qui est mis en place et l'accroissement de la pression que nous faisons avec d'autres, portée sur la Corée du Nord, est un processus qui devrait, je l'espère, déboucher sur une négociation.

BRUCE TOUSSAINT
On a compris que la priorité était donnée à l'axe diplomatique, y a-t-il néanmoins oui ou non un scénario militaire de coopération avec les Américains par exemple ? Est-ce que c'est quelque chose qui existe ou non ?

FLORENCE PARLY
Il ne peut pas y avoir de scénario militaire, la Corée du Nord est un Etat qui a développé un arsenal nucléaire en s'abstrayant des règles de non prolifération, nous, nous sommes un Etat nucléaire, nous disposons d'une dissuasion nucléaire ancienne, nous n'allons pas à ce stade imaginer des solutions militaires, nous imaginons des solutions qui sont des solutions diplomatiques et je pense que c'est préférable pour la sécurité du monde.

JEAN-MICHEL APHATIE
Quand les Américains disent, les dirigeants américains disent, on envisage des options militaires, vous ne les croyez pas ?

FLORENCE PARLY
Les Américains envisagent ce qu'ils veulent envisager, nous ne sommes pas les Américains.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça ne m'a pas échappé. Vous espérez vendre des avions rafale en Belgique ?

FLORENCE PARLY
Nous espérons vendre des avions Rafale, dans un certain nombre de pays, nous l'avons fait en Inde. Nous sommes également en discussion avec d'autres pays et notamment la Belgique. La Belgique à laquelle nous avons proposé un partenariat large permettant non seulement de vendre des avions, mais aussi de nous mettre d'accord sur les conditions de formation et d'entretien de ces avions. Donc ce n'est pas simplement un contrat de vente de matériel militaire, c'est aussi un contrat de partenariat entre deux pays qui ont une longue tradition commune.

JEAN-MICHEL APHATIE
Les Belges veulent renouveler des F16 américains, ils ont l'air très tenté, c'est l'étude de leur appel d'offres qui nous a fait dire ça, de racheter des F16 américains. C'est une rupture à l'idée européenne, si la Belgique plutôt que d'acheter des avions fabriqués en Europe et notamment les Rafale, achetait des avions américains ?

FLORENCE PARLY
En tout cas, c'est un cas d'école. C'est un cas d'école au moment où l'Europe de la défense reprend de l'élan, il est très important que nous puissions utiliser avec nos partenaires européens l'ensemble des arguments nous permettant de mettre en lumière ce que sont les atouts de cet avion Rafale, qui a fait ses preuves puisqu'il est au combat sur un grand nombre de théâtres et c'est vrai que nous préférerions que ces affaires restent au sein de l'Union européenne, ce serait un bon exemple.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il faut le dire aux Belges, nous ne sommes pas Américains, vous l'avez dit tout à l'heure et donc nous ne sommes pas Américains, nous sommes européens.

BRUCE TOUSSAINT
Vous restez avec nous Florence PARLY.

/// Journal ///

JEAN-MICHEL APHATIE
C'était le 13 juillet dernier, le président de la République intervenait au ministère de la Défense, au ministère des Armées, devant les dirigeants militaires français, il n'était pas content, Emmanuel MACRON. On l'écoute.

EMMANUEL MACRON, HOTEL DE BRIENNE, LE 13 JUILLET
Il n'est pas digne d'étaler certains débats sur la place publique. J'ai pris des engagements, je suis votre chef, les engagements que je prends devant nos concitoyens et devant les armées, je sais les tenir. Et je n'ai, à cet égard, besoin de nulle pression et de nul commentaire.

JEAN-MICHEL APHATIE
La colère du président était assez spectaculaire, le chef d'état-major a démissionné quelques jours après, Pierre de VILLIERS, qu'est-ce qui reste dans les armées de cet épisode difficile, sans doute encore un traumatisme, Florence PARLY ?

FLORENCE PARLY
Eh bien, c'est d'abord, que les engagements en effet ont été tenus, je les ai rappelés tout à l'heure, ces engagements…

JEAN-MICHEL APHATIE
Engagements budgétaires…

FLORENCE PARLY
Oui, mais c'est très important, c'est très important parce que la remontée en puissance, ce n'est pas simplement de l'argent inscrit dans un budget, ce sont des moyens qui sont mis au service de la Défense, au service de nos forces, pour remplir des missions qui sont en effet très intenses et nombreuses.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous pensez qu'elle est oubliée, cette crise ou qu'elle a créé un traumatisme qui est encore présent parmi les dirigeants de l'armée et les militaires, en général ?

FLORENCE PARLY
Le chef d'état-major des armées, donc Pierre de VILLIERS, a pris la décision de démissionner, c'est la sienne, nous avons maintenant un nouveau chef d'état-major des armées…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il s'était quand même fait sévèrement gronder.

FLORENCE PARLY
Nous avons un nouveau chef d'état-major des armées, et maintenant, nous travaillons en complète confiance l'un avec l'autre, et avec le président de la République, naturellement. Moi, ce qui m'intéresse, c'est l'avenir, ce n'est pas de revenir sans cesse sur un épisode passé. Et ce qui m'importe, c'est, avec l'ensemble des militaires et l'ensemble des agents du ministère des Armées, que nous puissions aller de l'avant, et nous avons tous les moyens pour le faire. C'est ça qui est important…

BRUCE TOUSSAINT
Mais c'est encore tout frais, c'était il y a deux mois et demi…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, deux mois…

BRUCE TOUSSAINT
Et deux mois et demi, ce n'est rien, donc est-ce qu'il y a aujourd'hui encore un problème ? Est-ce que vous reconnaissez que ça a été un choc, un problème ?

FLORENCE PARLY
Vous savez, moi, quand je vais dans les forces, quand je me rends sur les théâtres des opérations extérieures, ce n'est pas de ça dont on me parle, ce dont on me parle, c'est ce sur quoi vous m'avez questionnée, c'est qu'est-ce que l'on peut faire pour rendre la mission à la fois plus efficace, plus sûre pour les soldats, c'est ça qui préoccupe nos soldats. Il n'y a aucune…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ils ont quand même vécu une crise assez inédite…

FLORENCE PARLY
Il n'y a aucun doute…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas anodin ce qui s'est passé…

FLORENCE PARLY
Sur le fait que la mission doit être accomplie.

JEAN-MICHEL APHATIE
On nous apprend à l'école que pour bien comprendre et préparer l'avenir, il faut connaître le passé, et se l'approprier. Donc…

FLORENCE PARLY
Absolument, mais le passé ne s'arrête pas au 13 juillet…

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc c'est ce que nous essayons de faire dans cette émission…

FLORENCE PARLY
Le passé de l'armée française remonte bien au-delà.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous n'avez jamais eu, Florence PARLY, d'expérience militaire, pourquoi Emmanuel MACRON a-t-il fait appel à vous pour diriger ce ministère ?

FLORENCE PARLY
Eh bien, ça, c'est une question qu'il faudrait lui poser directement…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous lui avez posée quand il vous l'a proposé ?

FLORENCE PARLY
Je lui ai demandé s'il pensait que j'étais capable de remplir cette mission, je pense qu'il savait que, il y avait aussi une dimension économique et budgétaire importante dans ce ministère, j'ai rappelé le poids du budget des équipements, le fait que nous investissions plus de dix-huit milliards par an, poids de cette industrie aussi dans l'ensemble de l'économie française en termes d'emplois, et puis, la préservation des moyens des armées est évidemment un enjeu fort, et nous l'avons rappelé à l'instant, c'est ce qui nous a occupés pendant toutes ces semaines, et j'espère que les compétences que j'ai pu acquérir dans le passé seront pendant les prochains mois mises au service de ce ministère, qui le mérite, parce que les soldats sont pleinement engagés.

BRUCE TOUSSAINT
C'est intéressant ce que vous dites, c'est que cette compétence budgétaire, donc qui est peut-être, qui a été importante dans le choix de vous nommer à ce poste, ça veut dire qu'aujourd'hui, c'est votre priorité ?

FLORENCE PARLY
Aujourd'hui, ma priorité, c'est en effet de donner aux armées les moyens de leur intervention, et c'est ce dont les armées ont souffert pendant les années précédentes, c'est de ce décalage entre une intervention, des interventions croissantes et des moyens qui étaient en diminution. Il faut avoir en tête qu'au cours des 10 dernières années ce ministère a perdu plus de 65.000 emplois, donc lors que je dis que c'est un budget de montée en puissance, c'est réel, parce que non seulement la suppression des effectifs est arrêtée, mais que nous aurons des créations nettes d'emplois dans le budget 2018. Donc, c'est un ensemble de signes qui se déclinent aussi bien sur les aspects personnels, les crédits d'équipements, ce que nous allons faire pour l'innovation, ce que nous allons faire en matière de recherche et de développement. Et c'est l'ensemble de ces signaux qui se rallument au vert et qui doivent nous permettre d'envisager l'avenir avec confiance, tout en traitant les questions d'aujourd'hui, qui sont des questions très pratiques, et que je ne veux surtout pas éluder car ce sont elles qui conditionnent l'efficacité de nos interventions.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et nous avons évoqué ces conditions aujourd'hui, vous aurez l'occasion, vous l'avez dit aussi, au mois d'octobre, de préciser ce que vous voulez faire pour l'entourage du soldat, car il n'y a pas de soldat heureux si les familles ne le sont pas, c'est ce que vous nous avez dit. Nous voulions profiter de votre passage pour utiliser précisément vos compétences anciennes de secrétaire d'Etat au Budget, je vous propose d'écouter ceci.

/// Extrait chanson de Florent PAGNY « Ma liberté de penser » ///

JEAN-MICHEL APHATIE
Florent PAGNY nouvel exilé fiscal au Portugal, il dit « vraiment ras-le-bol de la France, vu ce qu'on nous taxe, je m'en vais, au revoir. »

BRUCE TOUSSAINT
La chanson était déjà un premier coup de gueule du chanteur il y a une quinzaine d'années, contre le FISC.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors, Florence PARLY, membre du gouvernement, aujourd'hui ministre des Armées, mais dans une autre vie secrétaire d'Etat au Budget, vous en dites quoi ?

FLORENCE PARLY
D'abord que chacun fait ses choix, je pense que ceux qui aiment leur pays restent en France et pour ma part je n'ai pas envie de commenter ce cas que je trouve un peu indigne.

BRUCE TOUSSAINT
C'est quand même un commentaire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc d'un mot, le commentaire est fait, voilà.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Florence PARLY, merci d'avoir été notre invitée ce matin sur France Info.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 octobre 2017

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