Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, à Cnews le 29 septembre 2017, sur l'enquête après la disparition de la petite Maëlys, la lutte contre le terrorisme, le mécontentement chez les policiers, la violence au cours des manifestations et sur la vie politique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, à Cnews le 29 septembre 2017, sur l'enquête après la disparition de la petite Maëlys, la lutte contre le terrorisme, le mécontentement chez les policiers, la violence au cours des manifestations et sur la vie politique.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti :

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Soyez le bienvenu, Gérard COLLOMB, monsieur le Ministre d'Etat. Merci d'être avec nous. On a l'impression que toute l'actualité est faite pour vous. D'abord, depuis plus d'un mois, tout le pays est bouleversé par ce qui se passe avec la petite Maëlys. Une enquête très serrée certes est conduite, avec un suspect qui se contredit et ne dit pas tout ce qu'il sait, toutes les polices sont mobilisées. D'abord, est-ce qu'elles le resteront jusqu'à la vérité ?

GERARD COLLOMB
Il est clair que nous irons jusqu'au bout. Je discutais encore hier avec des gendarmes que je voyais lors d'un déplacement avec le président MACRON et ils me disaient : « Nous ferons tout pour que cette histoire soit éclaircie. »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il n'y a pas de traces, il n'y a pas de pistes pour le moment.

GERARD COLLOMB
En ce moment, avec la gendarmerie scientifique, avec les techniciens, ils sont en train d'explorer tout, absolument tout. A un moment donné, ce qui se trouve comme trace va parler.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce qu'il y en a qui émergent.

GERARD COLLOMB
Forcément. Il y en a dans la voiture, il y en a autour de la maison où il y avait cette fête. On va faire parler et je pense qu'on arrivera à une issue.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'issue, c'est la vérité. On ne sait pas si la petite Maëlys est encore en vie.

GERARD COLLOMB
Ça, on ne sait pas aujourd'hui effectivement si elle est en vie. J'entendais ce matin ses parents qui pensaient qu'elle était en vie, qu'il y avait encore beaucoup d'espoir. J'espère que leurs espoirs ne seront pas déçus.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ecoutez la maman. Elle a été bouleversante hier.

JENNIFER DE ARAUJO, MERE DE MAËLYS
Elle est généreuse, elle aime aider les autres et elle est toujours prête à faire la fête. Elle nous manque terriblement. Nous pensons à elle chaque jour, chaque seconde, et nous espérons que cet appel sera utile et aidera l'enquête.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce matin, le Ministre de l'Intérieur comprend-il la douleur, la souffrance, l'impatience et l'appel de détresse des parents ?

GERARD COLLOMB
Perdre un enfant, c'est toujours ce qu'il y a de pire, et le perdre dans des circonstances pareilles, c'est tout à fait horrible. Oui, je me projette, je regarde. Si mes petites-filles, tout d'un coup, étaient enlevées, j'imagine dans quel état de détresse nous serions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Monsieur le Ministre, dans quelques heures et jusqu'à demain soir, les Juifs de France vont célébrer Yom Kippour, c'est-à-dire le Grand Pardon. Selon le grand rabbin de France, Haïm KORSIA, que vous connaissez bien, la ferveur est aujourd'hui teintée d'inquiétude. Est-ce que vous allez renforcer la sécurité des lieux de culte ?

GERARD COLLOMB
Elle est toujours renforcée. Cela fait maintenant depuis quelques années que nous prenons des mesures absolument extraordinaires. La communauté juive a eu peur à un moment donné qu'avec le changement du dispositif Sentinelle, il n'y ait plus de militaires qui gardent les différents lieux de culte. C'est totalement faux. Il y aura toujours des gens pour garder ces lieux de culte et particulièrement dans cette période de fête.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Là, vous les rassurez. Vous cherchez à les rassurer. A la fois policiers et gendarmes et militaires.

GERARD COLLOMB
Non seulement je les rassure mais je serai avec eux ce soir et je ferai avec eux Kippour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La fin de l'état d'urgence est prévue pour le 31 octobre. Est-ce que d'abord la date sera respectée ? Ou il y aura un retard, pas de retard ?

GERARD COLLOMB
Je crois qu'on sera à peu près dans cette date-là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire ? Début de la fin d'état d'urgence et le nouvel état le 1er novembre.

GERARD COLLOMB
Oui. Nous avons donc préparé ce texte qui a été adopté hier par l'Assemblée, que nous allons voter de manière solennelle mardi. Ça veut dire que fin octobre, on aura une nouvelle loi qui nous permettra de nous protéger.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et d'ici-là, il n'y aura pas de flottement ? C'est-à-dire plus de risques pour la protection des Français ?

GERARD COLLOMB
Je ne crois pas. Je pense que nous avons assuré aujourd'hui la période qui fait un peu la transition. Nous y travaillons déjà depuis trois semaines donc tout se passera bien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pendant le débat qui a été passionné, houleux et parfois violent, vous avez été accusé d'un côté d'être liberticide, et de l'autre côté d'être peut-être trop laxiste. Le chemin était étroit. Ce qui a frappé, c'est qu'il y a eu à la fois la droite de la droite qui a accusé la gauche de la gauche qui l'accusait, et au-dessus ou à côté, Marine LE PEN qui tapait tantôt l'un, tantôt là-bas. Vous, on vous a presque oublié par moment.

GERARD COLLOMB
Evidemment, lorsque vous avez une position équilibrée, c'est toujours difficile parce que vous essayez d'écarter les extrêmes, ceux qui ne veulent aucune mesure de sécurité et ceux qui pensent toujours que vous êtes attentatoire à la liberté. Mais finalement, on y est parvenu. Vous connaissez ce proverbe latin : « Ad augusta per angusta », « vers les voies célestes par des voies étroites. »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Amen. Une fois sortis de l'état d'urgence, votre loi va introduire dans le droit commun des pouvoirs qui étaient jusqu'ici dépendants de l'état d'urgence. Est-ce que la France va moins respecter les droits de l'homme ? Est-ce que la France sera aussi plus fragilisée ?

GERARD COLLOMB
Non, je ne crois pas. On va respecter totalement les droits de l'homme. Je vous donne quelques exemples. Dans l'article 1 par exemple, on peut mettre en place des périmètres de protection. Ça veut dire que lorsqu'on organise de grandes fêtes, le marché de Noël de Strasbourg ou bien chez moi la fête des lumières, on va pouvoir avec les policiers essayer d'examiner le terrain, mettre des blocs de béton pour qu'il n'y ait pas de percussion.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ça, dès cette année par exemple, pour comme vous l'avez dit Lyon ou Strasbourg.

GERARD COLLOMB
Dès cette année, ça se mettra en place, absolument. Et donc on organisera ces grands événements. Ça veut dire qu'on rendra de la liberté à celles et ceux qui n'osaient plus organiser, participer à ces grands événements.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais hier a été voté un article qui étend les contrôles de police autour des frontières intérieures de Schengen, ce qui concerne – j'ai compté – 373 gares, ports, aéroports et autour, et 118 points de passage. D'autre part, est-ce que vous demandez aux policiers de ne pas se livrer quelquefois, comme ça a lieu, à ce qu'on a appelé le délit de faciès ?

GERARD COLLOMB
On ne contrôlera absolument pas au faciès. C'est fait pour les terroristes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais comment on distingue un terroriste ?

GERARD COLLOMB
On a un certain nombre de données. Les gens qui commettent l'attentat à Barcelone, ils essayent ensuite de se réfugier en France. On met immédiatement un dispositif en place de trois mille gendarmes de manière à boucler toute la zone. C'est grâce à des articles comme celui-là qu'on peut effectivement mettre en place ce dispositif.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Là vous dites « quand ils ont fait un attentat » à Barcelone ou à Londres, quand ils l'ont fait. Mais s'ils vont le faire, comment on les repère ? S'ils en ont le projet ?

GERARD COLLOMB
Ça, c'est plus difficile. Cela demande du renseignement étranger et c'est pour cela d'ailleurs qu'est faite cette loi. Parce qu'il y a des choses qu'on ne peut pas judiciariser, tout simplement parce que les informations nous ont été données par des services étrangers.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A propos du terrorisme islamique, en ce moment il règne un drôle ou un étrange silence. Est-ce que c'est un calme qui précède des attaques qui seraient d'envergure et qui seraient imminentes en France à brève échéance ?

GERARD COLLOMB
Ce qu'il faut bien voir, c'est qu'évidemment Daesh aujourd'hui est presque réduit à rien dans ses territoires et donc ils ont moins la capacité de téléguider de l'étranger des actions parfaitement organisées. Non, ce qui aujourd'hui nous crée quelques difficultés et peut amener à des attentats, c'est la personne qui dans son quartier tout d'un coup se radicalise et décide de passer à l'acte avec des attentats low cost, au couteau, au marteau, à la voiture. Et ça, ça ne coûte rien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça, vous ne pouvez pas les empêcher. Vous dites « dans les quartiers », mais ces quartiers sont surveillés ?

GERARD COLLOMB
On surveille 18 400 personnes aux fiches…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Fichés S.

GERARD COLLOMB
FSPRT. Nous avons 18 000 personnes. En plus, leur service de renseignement qui est dans les quartiers nous fait remonter tout ce qui est déviation, information à basse intensité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je n'ose pas dire que vous avez bien infiltré ces quartiers.

GERARD COLLOMB
On va dire que nous les connaissons assez bien. C'est la grande différence par rapport aux attentats du Bataclan où on ne savait pas, à l'époque, qu'on allait avoir affaire à des terroristes. Et donc tout d'un coup, on était dans un état de sidération. On va arrêter partout, 3 340 personnes perquisitionnées à ce moment-là. Aujourd'hui, on en a plus que 39 qu'on perquisitionne parce qu'on connaît tout le monde.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc on a fait des progrès ?

GERARD COLLOMB
On a fait de grands progrès.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez révélé récemment que depuis le début de l'année, il y a douze attentats qui ont été déjoués.

GERARD COLLOMB
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les terroristes avaient quelle cible ?

GERARD COLLOMB
Ils avaient plusieurs cibles. Certains étaient sur les attentats politiques, d'autres sur…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Politiques, c'est-à-dire ? Visant des personnalités ?

GERARD COLLOMB
Visant des personnalités. Des meetings par exemple, des bureaux de vote aussi lors des présidentielles. Certains autres visaient des établissements, par exemple à Paris, des établissements de nuit. Bref, la cible était diverse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Les métros, et cætera.

GERARD COLLOMB
Les métros, pas encore. On n'a pas vu de métro qui était exactement visé.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous le surveillez peut-être encore avec plus de vigilance.

GERARD COLLOMB
Bien sûr. On surveille à la fois les métros, les trains puisqu'on avait vu passer une petite note indiquant comment on pouvait faire un attentat. Avec ma collègue, on a tout simulé pour voir si ça marchait. On a vu que ça ne marchait pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Gérard COLLOMB, il paraît que vous voulez faciliter l'expulsion des illégaux, souvent qui sont passés par l'Allemagne quand ils sont entrés massivement, avec différentes mesures radicales pour éloigner surtout les immigrés clandestins. Comment vous allez faire ?

GERARD COLLOMB
Nous faisons la distinction très nette entre réfugiés, ceux qui viennent des théâtres de guerre et donc d'affrontement politique, et puis les migrants économiques. Ce que nous essayons de faire avec nos amis allemands, maintenant avec nos amis italiens, c'est tracer une frontière de l'Europe qui serait à peu près à Agadès, c'est-à-dire au sud de la Syrie.
Nous essayons de stabiliser la Syrie d'une part et au sud de la Syrie, nous faisons un vrai verrou où toutes celles et tous ceux qui viennent de l'Afrique occidentale française ne peuvent plus passer, et nous essayons de les renvoyer chez eux de manière à limiter toutes celles et tous ceux qui voudraient venir de l'autre côté de la Méditerranée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais comment vous allez les renvoyer, les expulser ?

GERARD COLLOMB
Nous mettons en place avec le HCR un certain nombre de mesures pour qu'ils puissent repartir chez eux avec un petit pécule.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Manu militari ?

GERARD COLLOMB
Avec un petit pécule de manière à ce qu'ils puissent ouvrir des activités. Et donc, nous pensons plutôt au développement collectif que évidemment migrations qui sont toujours extrêmement aléatoires et qui, quelquefois, conduisent à la mort.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce qu'il y a trop d'irréguliers ou de déboutés du droit d'asile et qui sont là, qui ne partent pas.

GERARD COLLOMB
Bien sûr. Vous avez, par exemple, les passeurs qui vont chercher au Sénégal, en Côte d'Ivoire, en Guinée Conakry, et qui vous disent : « Vous allez voir, on va vous amener jusque de l'autre côté de la Méditerranée. » Et en fait, c'est un grand voyage de souffrance, de pillage…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et parfois vers la mort et les naufrages.

GERARD COLLOMB
Oui, ils aboutissent à la mort.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Gérard COLLOMB, depuis quelques mois, combien de femmes et d'enfants de combattants djihadistes sont entrés en France ?

GERARD COLLOMB
Finalement assez peu par rapport à ce qu'on pensait. On est à 343 pour ceux qui sont retournés et on a 54 enfants à peu près.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les femmes, ce sont les femmes quand elles rentrent.

GERARD COLLOMB
Les femmes quand elles rentrent, il y en a très peu. Parce qu'en général, elles ne rentrent pas lorsqu'effectivement leur mari a été tué là-bas. Nous avons très peu de cas de femme qui rentre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Et alors elles, elles sont directement prises par la justice.

GERARD COLLOMB
Voilà. Là-bas sur place.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les enfants ?

GERARD COLLOMB
Les enfants, justement, il faut qu'elles signent comme quoi elles abandonnent leur enfant, ou en tout cas elles s'en déchargent pour que la France les rapatrie et à ce moment-là nous les rapatrions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et qu'est-ce que vous en faites ? Parce qu'on a vu des vidéos d'enfants de sept à dix ans qui ont assisté à des crimes ou qui ont parfois tué. Est-ce que vous les mettez dans des écoles ou il faut les mettre dans des centres spécialisés ?

GERARD COLLOMB
Nous les mettons dans des centres spécialisés ou bien chez les personnes qui effectivement sont chargées de leur suivi psychologique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est un souci, ça.

GERARD COLLOMB
C'est un souci, oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. On ne peut pas les mettre n'importe où.

GERARD COLLOMB
Il est clair qu'on ne peut pas les lâcher dans la nature et les perdre de vue parce que ces gens, ces enfants sont potentiellement dangereux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce sera un des grands problèmes à régler bientôt. A Lyon, chez vous et avec vous, le président de la République a fait hier une visite. Il paraît que vous avez marché le long des quais du Rhône, que vous avez eu des entretiens avec les policiers. Il devait prononcer un discours, il ne l'a pas prononcé. Je crois qu'il le fera le 18 octobre.

GERARD COLLOMB
Le 18 octobre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce qu'il voulait annoncer ? Et est-ce que les deux, vous allez rassurer les policiers ? Parce qu'on voit, on assiste à des trucs inouïs : c'est que les policiers manifestent, ou leurs femmes manifestent.

GERARD COLLOMB
Je crois que c'est à peu près réglé. J'ai rencontré et je vais rencontrer les organisations syndicales. C'étaient les CRS exactement qui manifestaient, deux CRS et je crois que le problème va être derrière nous. Je les rencontre le 6 octobre et je pense que les choses vont bien se passer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On sait ce qu'ils réclament. Ils réclamaient que leurs indemnités de déplacement ne soient plus fiscalisées.

GERARD COLLOMB
Ce n'est pas exactement ça parce que ç'avait été effectivement fiscalisé mais, depuis, on avait donné une compensation, ce qui fait qu'ils étaient à l'équilibre. Non, ce qu'ils demandent aujourd'hui, c'est de ne plus avoir une seule feuille de paie mais deux feuilles de paie de manière à ce que leurs primes soient sur l'autre feuille de paie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce sera accordé ?

GERARD COLLOMB
On est en train de voir avec le Ministre des Comptes publics si on peut le faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais si vous vous en occupez, c'est pour que ça soit fait. Sinon, on va encore assister à des défilés.

GERARD COLLOMB
Si je suis intervenu auprès du ministre, c'est pour qu'on puisse prendre en compte.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'ai dit tout à l'heure toute l'actualité, c'est vous aujourd'hui. Selon Le Figaro, vous préparez de nouvelles stratégies du maintien de l'ordre contre ce qu'on appelle les casseurs. L'ordre qui est souvent malmené par des émeutiers qui seraient de plus en plus organisés et de plus en plus violents. Qu'est-ce que vous faites ?

GERARD COLLOMB
On avait vu lors des dernières manifestations se former un phénomène Black blocs. C'est-à-dire que les gens cagoulés étaient devant, ceux qui voulaient en découdre, et donc il y avait une espèce de barrage entre les policiers et puis les manifestants. Et donc nous, nous ne sommes plus devant eux, nous sommes un peu sur les côtés pour essayer de les encercler et finalement de les séparer des manifestants.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que vous pouvez mieux les identifier, peut-être les filtrer avant même la manif ?

GERARD COLLOMB
Juste au début de la manif.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et comment y parvenir, j'ai envie de vous dire sans bavure, sans dérive ?

GERARD COLLOMB
On regarde quelles sont les évolutions de leur tactique et on s'adapte à la tactique. Et donc le préfet de police, par exemple, en a isolé certains, faisant usage pour la première fois de l'eau pour séparer un petit groupe et donc faire en sorte qu'il ne soit pas dans la manifestation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc eux ils sont plus durs et au fur et à mesure, vous vous adaptez.

GERARD COLLOMB
On est obligé de s'adapter. J'ai vu par exemple à la tête d'Hambourg quelqu'un qui organisait la manoeuvre et qui était un Français de la ZAD de Nantes. Voilà, oui, on a les intellectuels qui organisent la manoeuvre et donc on est obligé nous-mêmes de faire preuve d'intelligence pour essayer de contrer cette manoeuvre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais Gérard COLLOMB, l'homme de gauche, est soucieux de l'ordre public avec fermeté et rigueur. On va dire encore : « Il est à droite. »

GERARD COLLOMB
Oui, soucieux de l'ordre public mais en même temps soucieux des vies humaines. Lorsque j'étais très jeune, c'étaient les événements de 68 et il y avait un préfet de police de Paris qui s'appelait GRIMAUD…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Maurice GRIMAUD.

GERARD COLLOMB
Et qui avait évité que pendant toute cette période il y ait un seul mort. C'est ce que nous voulons faire. Même lorsque nous nous trouvons avec des casseurs, nous essayons de faire en sorte qu'il n'y ait jamais de mort parmi nos rangs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les routiers sont mécontents. Ils vont recommencer à manifester. Là, vous les avez un peu tenus lundi, mardi. Vous allez recommencer ?

GERARD COLLOMB
D'abord, la ministre va essayer de discuter avec eux. J'espère qu'elle va y parvenir. Et puis, il faut que l'ordre puisse régner et donc moi, je suis malheureusement là pour pouvoir faire régner l'ordre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Romain [Desarbres] disait tout à l'heure l'information, vous avez dit : « Encore ça tombe sur moi ! »

GERARD COLLOMB
Oui. Nous, toujours. Quoi qu'il arrive dans le pays, ça tombe sur nous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Hier sur France 2, il y a eu un débat vif, courtois et respectueux entre Edouard PHILIPPE et Jean-Luc MELENCHON. Chacun avait intérêt à être respectueux de l'autre. Les Français découvrent qu'ils ont un Premier ministre, ils vont découvrir Edouard PHILIPPE. Comment il est pour vous qui travaillez avec lui tout le temps ?

GERARD COLLOMB
Très bien. Je dois dire que chaque semaine, je passe ma matinée avec le président de la République et mon après-midi avec Edouard PHILIPPE. J'ai les deux et nous travaillons avec les deux sur des sujets, les uns de fond et les autres comment on met en forme un certain nombre de politiques. Je trouve qu'Edouard PHILIPPE fait très bien son travail.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. S'il ne le faisait pas bien, vous le diriez ?

GERARD COLLOMB
Oui, bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous êtes sensible au bruit, vous ?

GERARD COLLOMB
Non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non ? Parce qu'il va y avoir des bruits de casseroles paraît-il tout le week-end, ou en tout cas samedi.

GERARD COLLOMB
Ici ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, pas ici, dans le pays. Parce que Jean-Luc MELENCHON a demandé à ses militants de faire du bruit contre votre réforme.

GERARD COLLOMB
Alors il reprend des vieilles méthodes. C'était au Chili que l'extrême droite tapait sur les casseroles sous ALLENDE. Il ne devrait pas se tromper de référence historique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voulez dire qu'il se trompe.

GERARD COLLOMB
Il est à contre-courant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il utilise les méthodes de l'extrême droite, ça va lui faire plaisir. A la Toussaint, est-ce que vous irez à Saint-Martin ?

GERARD COLLOMB
Le Premier ministre y va d'abord. J'irai ensuite parce que je veux voir effectivement la reconstruction.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous irez avant la fin de l'année.

GERARD COLLOMB
J'irai, j'irai.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour dire aux habitants de Saint-Martin. Le Monde vous a consacré un portrait hier qui est plutôt élogieux, avec quelques piques mais plutôt élogieux. « Gérard COLLOMB a construit son succès dans une ville de droite, se revendiquant plus du pragmatisme que du socialisme et du macronisme. » C'est ça ?

GERARD COLLOMB
Moi, je me réclame d'un socialisme qui dans les temps anciens était plutôt constructif. Des gens, des grands penseurs comme FOURIER, comme PROUDHON, comme SAINT-SIMON étaient des gens qui pensaient le socialisme comme quelque chose de constructif et non pas comme ensuite dans la tradition de MARX, comme destructive d'une société.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous restez socialiste ? La plupart de ceux qui sont de droite et qui viennent de la droite disent : « On est de droite », et il n'y a pas beaucoup de monde qui dit : « Nous, on est de gauche », enfin d'une certaine gauche.

GERARD COLLOMB
Moi, je reste socialiste parce que je trouve que le socialisme, c'est la générosité, c'est aussi toute ma famille. Moi, je suis d'une famille modeste. J'aurais l'impression, si effectivement je changeais de pensée, de les trahir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Par fonction, et c'est ma dernière question, le ministre de l'Intérieur reçoit quelquefois des applaudissements, souvent des reproches. Et la question qui est souvent posée à votre propos – on est en train de vous observer, et cætera – on dit : « Gérard COLLOMB, est-ce que c'est un tendre ou un dur ? Ou alors un tendre qui force sa nature ? »

GERARD COLLOMB
Je suis les deux en même temps.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Macroniste jusqu'au bout ! « En même temps » !

GERARD COLLOMB
Je vois bien les souffrances de la société et donc tout ceci, comme dirait l'autre, me fend le coeur. Mais en même temps, vous êtes bien obligé d'avoir une position ferme face aux déviances de la société et essayer de les résoudre. Je ne les résoudrai pas toutes, je sais qu'il faut faire des choses sur l'emploi, sur le logement, et cætera, et cætera.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Tous les jours, tous les jours. La matraque et l'ordre et peut-être le sourire.

GERARD COLLOMB
Voilà, on va essayer de faire comme ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu.

GERARD COLLOMB
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 octobre 2017

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