Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec Cnews le 9 octobre 2017, sur la politique gouvernementale, le référendum en Catalogne et sur la construction européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec Cnews le 9 octobre 2017, sur la politique gouvernementale, le référendum en Catalogne et sur la construction européenne.

Personnalité, fonction : LOISEAU Nathalie, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre des affaires européennes;

ti :

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonjour, bienvenue Nathalie LOISEAU. Merci d'être avec nous. La semaine sera sociale et européenne. La semaine ? L'année ?

NATHALIE LOISEAU
Le quinquennat sera européen, je pense.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Vous êtes optimiste. Le séminaire a eu lieu hier, il a duré jusqu'à quelle heure ?

NATHALIE LOISEAU
Ça dépend, certains sont partis après moi. Moi, je suis partie à 22 heures, donc on a passé une après-midi et une soirée ensemble.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A quoi ça sert un séminaire de plus ?

NATHALIE LOISEAU
Il faut en faire souvent parce qu'en fait, on est tous dans notre couloir très occupés avec nos dossiers. C'est essentiel de voir un peu l'image plus large de ce que font les autres ministres, la cohérence qui se met au fur et à mesure.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et qu'est-ce que le Premier ministre vous a demandé à tous d'améliorer ou de corriger ?

NATHALIE LOISEAU
On fait tous un peu nos leçons apprises. On regarde si le rythme des réformes, de l'action, de la concertation est satisfaisant, s'il y a une bonne coordination. Il y a me semble-t-il, mais ça n'est pas forcément à moi de le dire, très peu de couacs dans ce gouvernement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y en a quelques-uns.

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, particulièrement peu.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non. La rencontre d'hier n'avait pas pour objet simplement d'éviter les couacs je suppose.

NATHALIE LOISEAU
Non. C'est travailler sur le collectif. Il y a très peu de sujets qui finalement ne concernent qu'un seul ministre, qu'une seule personne. Donc monter des projets à plusieurs, on le fait. Parfois, ça ne se voit pas alors qu'on le fait au quotidien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors le Premier ministre a défini lui-même cette longue, longue réunion de Matignon. Ecoutez-le.

EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE
Un gouvernement, c'est un orchestre. Et pour qu'un orchestre joue bien, il faut que chacun joue sa partition et puis il faut aussi que chacun sache quelle partition joue l'autre. Et donc ce séminaire, comme celui que nous avions organisé à la fin du mois d'août, comme celui que nous avions organisé au début du mois de juillet, a pour objet de faire en sorte que les ministres s'écoutent, qu'ils sachent exactement qui va faire quoi et à quel moment.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà, et en plus en tenue sport. Rééquilibrer une politique et une image qui sont dégradées, qui ont été jugées trop favorables au capital et aux possédants. Un gouvernement qui a été jugé comme ayant basculé complètement à droite.

NATHALIE LOISEAU
Ça, c'est vous qui le dites.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non. C'est la presse, c'est les politiques.

NATHALIE LOISEAU
La presse, c'est vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est la perception que l'on a.

NATHALIE LOISEAU
Non, c'est ce que dit l'opposition parce qu'il faut bien qu'elle s'oppose et la presse aime bien s'emparer d'un mot d'ordre et puis le répéter un peu à l'envi. Evidemment, je ne partage pas du tout cette lecture-là. C'est frappant de voir que les mesures qui vont à destination des plus démunis ou de ceux qui ont le plus besoin de protection passent souvent inaperçu. Quand on augmente l'indemnité pour les adultes handicapés, quand on augmente le minimum vieillesse, personne n'en parle. Bon, c'est comme ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On en parle mais ça ne passe pas assez. C'est-à-dire qu'il faut donc accorder, expliquer davantage et mieux la politique sociale du gouvernement. Ça, vous avez tous du mal à le faire passer.

NATHALIE LOISEAU
Je ne crois pas mais on a commencé un travail sur la formation professionnelle qui va être extraordinairement ambitieux. Quinze milliards d'euros sur la formation professionnelle sur le quinquennat, on n'a jamais vu ça. La logique de ce gouvernement, c'est plutôt que de réparer ce qui va mal dans un pays d'essayer d'empêcher que ça n'arrive. Pendant trop longtemps, les politiques gouvernementales c'était : « Il y a des chômeurs, c'est une fatalité, on les indemnise. Il y a des malades, c'est une fatalité, on les soigne. » Bien sûr qu'on protège ceux qui ne vont pas bien, mais il faut d'abord commencer par se demander comment on crée de l'emploi, comment on prévient en matière de santé. C'est tout de même plus dynamique, plus porteur d'espérance.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, surtout s'il y a des résultats. Alors vous avez parlé au cours ce votre séminaire sans doute du climat social. Nous sommes à la veille des grèves et des manifestations d'unité syndicale sur les fonctionnaires. Est-ce que ça vous préoccupe ? Est-ce que vous avez le sentiment que ça inquiète le Premier ministre et le gouvernement ?

NATHALIE LOISEAU
Le droit de grève, le droit de manifestation sont des droits très importants.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Evidemment.

NATHALIE LOISEAU
Bien sûr, ceux qui veulent se mobiliser ont parfaitement le droit de le faire. Ce que je pense, c'est qu'aujourd'hui le gouvernement est déterminé. Déterminé à avancer sur un agenda de réforme très ambitieux, très dense. C'est aussi pour ça qu'on a besoin de séminaire. C'est qu'il y a tellement de projets qu'il faut qu'on fasse un point ensemble. Ce gouvernement vient d'une élection, les Français ont envie que le pays bouge, pas que le pays reste à l'arrêt.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous n'êtes pas impressionnée par le climat social et les manifs ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, il y a ceux qui manifestent parce qu'ils ont peur pour leurs droits acquis et puis il y a ceux qu'on n'entend pas et qui aimeraient bien acquérir quelques droits, notamment celui d'avoir un emploi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Votre partition, c'est l'Europe, comme le président de la République que vous accompagnez quelquefois dans ses voyages où Jean-Yves LE DRIAN. Ça va bien avec lui d'ailleurs ?

NATHALIE LOISEAU
C'est formidable, oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi ?

NATHALIE LOISEAU
Parce que c'est un homme compétent, qui connaît sa partition, avec lequel c'est très facile de travailler. C'est un Européen convaincu mais il a beaucoup de choses à faire aussi sur les autres sujets.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors en Catalogne, les anti-indépendantistes longtemps silencieux et peut-être même apeurés par le climat général sont descendus en masse hier dans tout Barcelone. Est-ce que ça veut dire que la majorité silencieuse sort du silence, s'exprime et que ça peut faire changer les choses ?

NATHALIE LOISEAU
A l'évidence, on ne peut pas résumer la Catalogne à la consultation que les indépendantistes avaient organisée il y a maintenant une dizaine de jours. Ce serait faire une erreur de lecture. D'abord cette consultation était contraire à la constitution et puis il n'y a eu aucun moyen d'en vérifier la qualité. Ni les listes d'électeurs, ni le déroulement du scrutin, ni le dépouillement n'ont été vérifiés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça veut dire que les indépendantistes sont dans l'illégalité pour l'Europe et pour la France.

NATHALIE LOISEAU
Pour la constitution espagnole. A partir de là, nous n'avons pas de raison de penser différemment de ce que pense la constitution espagnole. Nous sommes des partenaires, des alliés de l'Espagne et l'Espagne est une grande démocratie. Donc il ne s'agit pas de s'immiscer dans les affaires intérieures de l'Espagne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais la France a pris position et a choisi l'Espagne unie. L'Allemagne, l'Union européenne, le FMI aussi. Comment persuader ou dissuader le président de la Catalogne d'annoncer demain qu'il choisit unilatéralement l'indépendance de la Catalogne tout en respectant l'indépendance et la souveraineté des pays.

NATHALIE LOISEAU
Ce qui est important, c'est que cette crise – puisque c'est une crise – puisse être surmontée par le dialogue avec toutes les forces politiques espagnoles. S'il devait y avoir une déclaration d'indépendance, elle serait unilatérale, elle ne serait pas reconnue et chacun le sait, Carles PUIGDEMONT aussi bien que les autres.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça isolerait la Catalogne.

NATHALIE LOISEAU
Donc ce serait une fuite en avant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce que l'on a remarqué, c'est que l'intransigeances des pro-indépendance ont sonné le réveil des anti-indépendance, on l'a vu hier. C'est donc camp contre camp. Est-ce que ça représente un certain danger ?

NATHALIE LOISEAU
Ce qu'il faut, c'est que cette opposition-là puisse s'exprimer pacifiquement. C'est le cas jusqu'à présent. Il y a aussi beaucoup de responsabilité, beaucoup de dignité dans tout ce qu'on a vu. Les images d'hier étaient très dignes. Maintenant, il faut apaiser les tensions et il faut faire en sorte de revenir à la raison. Qu'est-ce que c'est la raison aujourd'hui ? Est-ce que vous pensez qu'une région en Europe pourra régler les problèmes et les attentes de ses citoyens là où tous les défis auxquels on est confronté sont à l'échelle du continent et même pas des Etats nations ? C'est évidemment déraisonnable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Vous voyez bien que la région toute seule n'aurait pas sa place dans l'Union européenne.

NATHALIE LOISEAU
Elle en sortirait. Si son indépendance était reconnue, ce qui n'est pas ce dont on est en train de parler, la première conséquence : automatiquement, elle sortirait de l'Union européenne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il faut encourager les banques et les entreprises y compris françaises à se délocaliser et à ne pas rester en Catalogne ?

NATHALIE LOISEAU
Sûrement pas. Il ne faut pas intervenir. Ce qu'on constate, c'est qu'un certain nombre d'entreprises espagnoles, catalanes, se délocalisent parce qu'elles sont inquiètes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Certains évoquent une médiation. Le Premier ministre de l'Espagne, RAJOY, n'en veut pas. Comment on peut les encourager à dialoguer ? Est-ce qu'une médiation est possible entre l'Etat et une province qui se rebelle ?

NATHALIE LOISEAU
Vous l'avez dit. Le Premier ministre espagnol ne veut pas de médiation. Pour être une médiation acceptée, il faut l'être par les deux parties. Ça n'est pas le cas. Aujourd'hui, souvenons-nous d'une chose, c'est que les pouvoirs de ce qu'on appelle les generalitats, les provinces en Espagne, sont particulièrement forts. Ça n'a rien à voir avec nos régions françaises. Donc il y a une autonomie qui est déjà considérable. N'allons pas réinventer un système institutionnel dans un pays qui a déjà fait beaucoup pour que ses régions puissent décider de manière autonome pour leur destin.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà pour la Catalogne qui va être encore dans l'actualité aujourd'hui et demain et pendant quelques jours. Demain, le président de la République Emmanuel MACRON et la chancelière MERKEL vont inaugurer ensemble la célèbre Foire du livre de Francfort. C'est la place de la culture et de l'art dans l'Europe. On a envie de dire que c'est formidable mais ça ne suffit pas, mais déjà ça a son importance que des livres, romans ou essais des deux pays, soient traduits et qu'ils circulent dans les deux langues.

NATHALIE LOISEAU
Vous savez ce qu'avait dit Jean MONNET sur la construction européenne ? Il avait dit : « Si c'était à refaire, je commencerais par la culture. » Il faut que l'Europe de la culture soit encore davantage une réalité qu'elle ne l'est, c'est-à-dire les questions de traduction, les questions de droits d'auteur. Erasmus, qui est un programme magnifique que tout le monde connaît, doit et peut être élargi à un Erasmus des professionnels de la culture pour que quand on s'occupe de culture, on ne soit pas enfermé dans son petit périmètre national, qu'on sache ce qui se passe ailleurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça, c'est formidable la culture. Mais est-ce que la France ne serait pas plus crédible si elle ne réduisait pas le budget de la culture dans le budget 2018 ? Elle le réduit, elle le laisse stable.

NATHALIE LOISEAU
Il y a très peu de pays qui font autant au niveau national, public, pour la culture que la France. Il y a une politique culturelle qui est extrêmement vivace dans notre pays et puis il y a des acteurs locaux – les régions, les villes – et il y a du mécénat privé. Ça ne se résume pas à un budget ou à une partie d'un budget d'un ministère.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, on l'a dit, la culture oui mais ça ne suffit pas. Le président de la République va-t-il insister à Francfort, avec celle qui était chancelière et qui le sera sans doute bientôt, comme il L'a fait à la Sorbonne devant les ambassadeurs et, si je me rappelle bien, à Athènes, sur le projet de la refondation de l'Europe ? Mais comment on peut refonder l'Europe quand on voit que dans tous les domaines elle a l'air de se désagréger ou de se disloquer ?

NATHALIE LOISEAU
Non. Il y a des pays européens qui sont en difficulté et puis il y a un événement que l'on a observé qui est le départ du Royaume-Uni programmé pour fin mars 2019. Mais je dirai que ce Brexit n'est pas une bonne nouvelle, pour le Royaume-Uni sûrement pas et pour l'Europe pas forcément, à donner un coup de boost aux 27 autres Etats membres de l'Union européenne. Le sentiment qu'il faut plus d'Europe et une Europe plus efficace, plus proche des citoyens, qui réponde davantage aux besoins. Il y a un élan européen aujourd'hui qui est très fort, qui a été renforcé par l'élection d'Emmanuel MACRON et une attente de France en Europe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais on ne voit pas tellement cet élan dans toute l'Europe.

NATHALIE LOISEAU
Je ne suis pas d'accord.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais regardez la situation en Italie, la situation en Espagne, les difficultés de la Grèce, de l'Europe centrale. Vous venez de Pologne ?

NATHALIE LOISEAU
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous allez, si je suis bien renseigné, jeudi en Hongrie.

NATHALIE LOISEAU
Vous êtes bien renseigné.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous allez parler sans doute de différents sujets, on va en parler dans un instant, mais vous voyez bien qu'il y a des résistances ou des réticences. Que, par exemple, en Autriche dans quelques jours il va y avoir une élection et que le favori est un jeune ambitieux sans limites d'après ce qu'on dit, qui est foncièrement anti-européen, Sebastian KURZ, de 31 ans.

NATHALIE LOISEAU
D'abord, Sebastian KURZ est déjà au pouvoir aujourd'hui. On verra ce que sera le résultat de l'élection et le programme d'un gouvernement autrichien. Contrairement à votre lecture un peu pessimiste, ce que je constate en travaillant tous les jours avec les autres Européens, c'est une envie de travailler ensemble.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est la vision optimiste.

NATHALIE LOISEAU
Non, ce n'est pas la vision optimiste, c'est le pragmatisme du quotidien. Regardez par exemple la manière dont l'Europe est en train de s'organiser pour faire face à ce qu'on appelle les GAFA, Google, Amazon, Facebook, Apple.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous obtiendrez une augmentation de la fiscalité ou une fiscalité qui toucherait GOOGLE, AMAZON, FACEBOOK, MICROSOFT ?

NATHALIE LOISEAU
On a commencé en franco-allemand parce que c'est un moteur franco-allemand qui fait avancer l'Europe, à réfléchir à la manière de taxer les géants de l'Internet qui, sinon, font une concurrence déloyale aux acteurs européens. On a commencé à deux, aujourd'hui il y a 19 Etats membres de l'Union européenne qui soutiennent…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous pensez que vous y parviendrez.

NATHALIE LOISEAU
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce que c'est capital pour la plupart des pays européens.

NATHALIE LOISEAU
C'est totalement capital et ça ne peut pas être traité à niveau national vu l'importance de ces acteurs de l'Internet. C'est une réponse européenne dont on a besoin et elle est en marche.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et éviter la domination du monde par les GAFA.

NATHALIE LOISEAU
Et, en tout cas, s'assurer que la concurrence, qui est quelque chose d'important, soit loyale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous n'avez pas l'impression qu'il y a un nationalisme ou un populisme qui est en train de gagner dans différents pays de l'Europe ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, l'élection présidentielle française est un bon exemple.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'ai envie de dire presque le seul.

NATHALIE LOISEAU
Il y avait au deuxième tour le choix entre un candidat pro-européen, qui se consacre à l'ouverture de la France sur l'Europe et sur le monde, et puis une candidate anti-européenne vivant dans l'illusion qu'on pouvait résoudre les problèmes de la France derrière des frontières ou des barrières. C'est le pro-européen qui a gagné.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Mais en Allemagne il n'y a pas longtemps, il y a 93 députés d'extrême droite qui vont entrer au Bundestag.

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, ça n'est pas à nous à donner des leçons à l'Allemagne parce que l'extrême droite est présente en France depuis longtemps. Il n'y a plus d'exception allemande. Il y a ce populisme, il y a cette façon de manipuler les inquiétudes et les mécontentements qu'on retrouve partout, qu'on retrouve ailleurs dans le monde. D'ailleurs, la question c'est de ne pas y être insensible, de répondre aux interrogations, aux mécontentements, aux inquiétudes des peuples, mais pas en leur racontant n'importe quoi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous n'avez pas l'impression que le message pro-européen d'Emmanuel MACRON arrive tard ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, heureusement qu'il arrive.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voulez dire qu'il arrive au bon moment.

NATHALIE LOISEAU
Il arrive au bon moment. Je peux vous garantir qu'il y a un élan, un souffle européen en ce moment sur le continent et la prise de conscience que les grands enjeux, le changement climatique, la lutte contre le terrorisme – on entendait ce matin qu'avait été appréhendé en Italie quelqu'un qui est soupçonné d'avoir participé à la préparation de l'attentat de Marseille. C'est de la coordination, c'est de la coopération européenne. On ne peut rien faire enfermé derrière ces barrières nationales.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et le président de la République voulait proposer ou a proposé à la Sorbonne et à Athènes des conventions démocratiques dans chaque pays comme sur le modèle de La République En Marche.

NATHALIE LOISEAU
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous croyez que ces pays qui ont les troubles dont on parlait tout à l'heure ont la capacité justement d'organiser chez eux des conventions libres et démocratiques ?

NATHALIE LOISEAU
Mais c'est non seulement la capacité mais je dirai que c'est une obligation. L'Europe a péché parce qu'elle n'a pas assez écouté les peuples. Elle s'est contentée, une fois de temps en temps, après avoir réuni des gens très intelligents pour proposer des réformes, de faire des référendums un peu brutaux extrêmement simplistes avec des réponses par oui ou par non. C'est le contraire de ce qu'on veut faire aujourd'hui. Aujourd'hui, on veut qu'il puisse y avoir des initiatives citoyennes partout en Europe, des débats qui permettent de savoir ce que les Européens attendent de l'Union européenne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et sur les migrants, est-ce qu'il y a une politique ou une législation européenne en matière d'accueil et en même temps de droit d'asile ? Vous pensez que vous y arriverez assez vite ?

NATHALIE LOISEAU
On travaille à l'harmonisation du droit d'asile. Elle est indispensable parce que, pour le moment, la politique migratoire européenne fait des progrès mais elle est encore trop morcelée, trop désordonnée et pas assez cohérente.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Mais en même temps, on voit qu'il y a un durcissement général qui est en train de se faire. Madame MERKEL vient d'accepter des quotas plus sévères pour l'accueil des migrants. Ce n'est plus la Merkel d'avant sa réélection.

NATHALIE LOISEAU
Oui, après avoir accueilli un million trois cent mille réfugiés, ce qui est absolument…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Auxquels elle n'a pas donné forcément l'asile.

NATHALIE LOISEAU
Pas tous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas tous.

NATHALIE LOISEAU
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et on les retrouve ici parfois en France.

NATHALIE LOISEAU
Et aujourd'hui, une des questions qui nécessite qu'on harmonise le droit d'asile, c'est précisément qu'est-ce qu'on fait de quelqu'un qui a été débouté du droit d'asile dans un autre pays ? C'est là-dessus que l'Europe travaille, c'est là-dessus qu'elle doit être efficace, performante, cohérente.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Nathalie LOISEAU, vous avez parlé tout à l'heure de Theresa MAY et du Brexit. Est-ce qu'elle sera là en janvier 2018 ?

NATHALIE LOISEAU
Ce n'est pas à moi de faire des prédictions sur la politique intérieure d'un autre pays de l'Union européenne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais vous les connaissez, vous les voyez.

NATHALIE LOISEAU
Ce qui est frappant aujourd'hui, c'est qu'il y a 27 Etats membres de l'Union européenne qui négocient grâce à Michel BARNIER qui fait un travail formidable et qui sont extrêmement unis, et en face il y a un gouvernement britannique dont le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il est très divisé.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un mot. Cette semaine et peut-être aujourd'hui, l'UNESCO va voter pour choisir le ou la responsable. Il y a quatre candidats : un Qatari qui a beaucoup d'argent, une Egyptienne, un Chinois qui a beaucoup d'argent et une Française, Audrey AZOULAY…

NATHALIE LOISEAU
Qui a beaucoup de talent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais qui va gagner ? Le talent ou l'argent ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, c'est la plus compétente des quatre candidats. Il n'y a absolument aucun doute là-dessus. La France a une politique culturelle internationale très forte et donc il y a toute raison de soutenir la candidature d'Audrey AZOULAY.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand vous étiez patronne de l'ENA, vous avez publié une bande dessinée, sur la République, la démocratie.

NATHALIE LOISEAU
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous en préparez une autre là où vous êtes ?

NATHALIE LOISEAU
Alors j'ai assez peu de temps libre, pour être honnête. Quand on est ministre, on est dédié à sa tâche toute la journée mais j'aimerais bien en faire une sur l'Europe, oui bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, sur l'Europe ?

NATHALIE LOISEAU
Pour l'expliquer aux jeunes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors prenez le temps de la faire. Merci d'être venue.

NATHALIE LOISEAU
Merci.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonne journée. Et demain, je recevrai le futur successeur de Jean-Claude MAILLY.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 octobre 2017

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