Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Inter le 12 octobre 2017, sur la politique de l'environnement et la politique agricole. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Inter le 12 octobre 2017, sur la politique de l'environnement et la politique agricole.

Personnalité, fonction : HULOT Nicolas.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire

ti :


NICOLAS DEMORAND
Léa SALAME votre invité ce matin est ministre de la Transition écologique et solidaire.

LEA SALAME
Et ministre d'Etat, bonjour Nicolas HULOT.

NICOLAS HULOT
Bonjour.
LÉA SALAME
Votre parole est rare, merci d'avoir choisi France Inter. Beaucoup, beaucoup de sujets à aborder avec vous, mais d'abord depuis que vous êtes au gouvernement vous avez coutume de citer Nelson MANDELA : « soit je gagne, soit j'apprends », est-ce qu'on peut dire que depuis six mois vous apprenez beaucoup ?

NICOLAS HULOT
J'apprends et je gagne sur certaines choses. Vous venez d'évoquer la perspective qui a été donnée hier par le président MACRON sur les Etats généraux de l'alimentation, moi si je reviens en arrière dans l'histoire je ne sais pas si un président comme Jacques CHIRAC - que j'aime par ailleurs beaucoup – aurait tenu ce langage aux agriculteurs, il a tracé une sacrée perspective sur le changement en profondeur du mode alimentaire et agricole...

LÉA SALAME
Suffisant, ce que je veux dire c'est que ces Etats généraux de l'alimentation Nicolas HULOT vous en aviez rêvé pendant la campagne...

NICOLAS HULOT
Oui.

LÉA SALAME
Vous en avez fait une condition de votre entrée au gouvernement...

NICOLAS HULOT
Effectivement.

LÉA SALAME
Et vous rêviez d'une grande réflexion sur l'agriculture et l'environnement ?

NICOLAS HULOT
Cette grande réflexion elle est partie. Franchement la méthode est très importante, vous savez plus qu'au-delà des objectifs la méthode, c'est-à-dire ne pas stigmatiser, que chacun fasse preuve d'intelligence et d'ouverture d'esprit, et je crois que ce qui est en train de se passer... C'est normal que les calages soient difficiles au départ, parce que d'abord on a affaire pour une partie du monde agricole à un monde en détresse et donc, si vous les agressez d'emblée, effectivement il n'y a pas de dialogue et moi dans tous les sujets que je porte je pense que le temps est le meilleur allié ; et puis, après, on définit quelque chose, un objectif, et qui va atterrir d'ailleurs par une loi. Franchement depuis hier je suis très rassuré et je pense que ça aussi c'est une avancée et donc, oui, j'apprends mais aussi nous avançons, pas plus que pas à pas, ce qui est très important c'est de ne pas avoir des petites ambitions, des grandes ambitions, quitte parfois à prendre un petit peu plus de temps pour y parvenir.

LEA SALAME
Emmanuel MACRON a donc annoncé qu'il va légiférer par ordonnance pour mieux rémunérer les agriculteurs, est-ce que dire la vérité ça veut dire que oui les prix du lait, du porc, des fruits et légumes vont augmenter l'an prochain ?

NICOLAS HULOT
Mais oui ! D'abord je pense qu'il faut une sincérité sur tout, il faut dire les choses dans un premier temps, le temps que les filières s'organisent, parce que ce n'est pas une fatalité. Si on veut une agriculture de qualité, de proximité, si on veut rétablir la confiance entre le monde agricole et les consommateurs, si on veut encourager effectivement les nouvelles filières - qui d'ailleurs émergent spontanément au départ sans même qu'il y ait eu de soutien – et moi je pense que...

LÉA SALAME
Il faut payer plus.

NICOLAS HULOT
Il faut dans un premier temps probablement le faire, mais le temps que les filières s'organisent et qu'on change d'économie d'échelle.

LÉA SALAME
Emmanuel MACRON, candidat, avait promis que d'ici 2022 il y aurait au moins 50 % de produits biologiques, label de qualité ou local dans les cantines françaises...

NICOLAS HULOT
Il a réitéré son engagement hier et on va créer vraiment les conditions pour y parvenir. Ce qui est très intéressant...

LÉA SALAME
Ça veut dire combien de bios, parce que bio label de qualité ou local ça ne veut pas dire la même chose, c'est-à-dire combien de bios dans les cantines françaises ?

NICOLAS HULOT
Non, non, non. Ecoutez, moi je m'en tiens aux 50 % de bio. Mais franchement après on peut regarder à la virgule, c'est comme les 50 % de nucléaire, ce qui est important c'est d'inverser les tendances - c'est ça qui est très important – et de changer d'échelle, c'est-à-dire changer d'échelle dans les énergies renouvelables, changer d'échelle dans l'agro-écologie, changer d'échelle dans le bio, on sera à 48, on sera à 47, on sera 50, on sera peut-être à 55 %, mais moi ce qui m‘importe c'est que les dynamiques partent et qu'elles soient irréversibles.

LÉA SALAME
Et est-ce que ce n'est pas incohérent de promouvoir le bio dans les cantines au moment où l'Etat supprime les aides au maintien de l'agriculture biologique ?

NICOLAS HULOT
Ecoutez ça peut sembler incohérent mais enfin, pardon de vous le dire, mais quand il y a eu un transfert d'un pays à l'autre l'idée c'était d'aider toutes les autres formes d'agriculture, pas simplement le conventionnel, il y a aussi l'agriculture de montagne ; et puis, encore une fois, moi ce qui m'importe c'est ce qui va être décidé dans les Etats généraux de l'alimentation et ce qui va conditionner après la politique française dans la réforme de la Politique Agricole Commune, c'est pour ça que j'attache beaucoup d'importance aux Etats généraux parce que pour moi c'est ce qui va être le plus structurant sur les 20 prochaines années.

LÉA SALAME
Nicolas HULOT, Le Parisien a annoncé hier en une que vous réfléchissiez à taxer les bétonneurs qui construisent sur des espaces naturels – notamment les centres commerciaux qui s'implantent de plus en plus sur les terres agricoles – une taxe, une nouvelle taxe, pour financer la biodiversité, est-ce que vous confirmez ?

NICOLAS HULOT
Ce que je confirme, parce que ce qui est extraordinaire c'est que dans beaucoup de domaines en ce moment j'apprends beaucoup de choses que je suis censé faire, que j'ai même réalisé par les journaux et, comme je n‘ai pas beaucoup le temps de lire les journaux, ça m'intéresse particulièrement. La seule chose que je peux vous confirmer c'est que je veux lutter contre l'artificialisation des sols qui est une plaie, qui est un fléau, lutter contre cette gourmandise qu'on a à sacrifier des terres agricoles pas toujours d'une manière justifiée, donc on est en train de réfléchir à une stratégie.

LÉA SALAME
Est-ce qu'une taxe béton ça pourrait être l'option ?

NICOLAS HULOT
On peut penser à l'incitatif et du dissuasif, d'ailleurs dans ma discussion que j'ai eue hier soir avec le président je pense que sur la fiscalité écologique il faut qu'on ait un dispositif beaucoup plus fin que ce qu'on a. Il faut de l'incitatif, il faut du dissuasif et il faut du progressif - il y aura probablement un instrument – mais on est en train d'y travailler et, ça...

LÉA SALAME
Donc, vous ne confirmez pas cette taxe béton ?

NICOLAS HULOT
Je ne confirme pas en l'état, ce que je confirme c'est qu'on va mettre en place un dispositif et qu'effectivement si la France veut avoir – notamment une souveraineté en matière alimentaire – il faut qu'elle conserve suffisamment de terres agricoles pour pouvoir acquérir cette souveraineté

LÉA SALAME
Puisque vous parlez de souveraineté, autre sujet brûlant, l'Union européenne doit décider dans les prochains jours si elle autorise la reconduction pendant 10 ans du glyphosate, cet herbicide jugé dangereux – la France votera contre cette autorisation ça on le sait déjà – mais est-ce que vous pouvez nous confirmez ce matin que le glyphosate sera interdit avant la fin du quinquennat d'Emmanuel MACRON ?

NICOLAS HULOT
D'abord c'est là que vous voyez... vous me dites, vous m'avez sorti la phrase de MANDELA sur ce que je gagne et ce que je perds...

LÉA SALAME
C'est vous qui la sortez.

NICOLAS HULOT
Non, non, mais parce que je l'adore cette phrase, d'ailleurs tout ce que dit MANDELA, quand il dit : « nous réduire ne rend pas service au monde », je l'ai suggéré au président hier dans son discours, il ne l'a pas repris, mais nous réduire sur les ambitions de... ce n'est pas rendre service à l'agriculture. Bon ! Bref. C'était quoi la question ?

LÉA SALAME
La question, c'est est-ce le glyphosate sera interdit d'ici la fin du quinquennat...

NICOLAS HULOT
Ah ! Oui.

LEA SALAME
Vous souhaitez deux – trois ans.

NICOLAS HULOT
Là aussi où je gagne, si je n'étais pas intervenu, on s'apprêtait – ce qui est une folie absolue – à ré-autoriser le glyphosate pour 10 ans et je peux vous dire qu'on se revoit dans 10 il ne se passait rien. Alors entre le ré-autoriser sans assorti d'aucune autre condition et puis l'interdire brutalement demain matin sans autre réflexion, je pense qu'il y a un juste milieu. Ce que je peux simplement vous dire dans ce domaine, comme dans d'autres, tout ce qui est en dehors du quinquennat ne m'intéresse pas, ça ne sert à rien d'être là...

LEA SALAME
Donc, vous demandez clairement que ce soit fait avant la fin du quinquennat ?

NICOLAS HULOT
Il y aura... évidemment avant la fin du quinquennat – et nous sommes en train d'y travailler – mais tout ça assorti d'un certain nombre de dispositifs, on va évidemment mettre des moyens très importants sur la recherche, mais feindre d'ignorer maintenant ce faisceau de présomption qui converge sur cette substance et sur d'autres, mais même les jeunes agriculteurs sont prêts à l'entendre, d'abord parce que moi je suis là pour protéger en priorité les agriculteurs, mais c'est comme tous les sujets que je porte, on ne peut pas non plus être totalement brutal parce qu‘on ne peut pas ignorer les difficultés dans lesquelles ils sont, mais dire qu'il n'y a aucune alternative ce n'est pas non plus totalement vrai.

LEA SALAME
Je retiens donc que vous voulez que ça se fasse avant la fin du quinquennat. Ségolène ROYAL, qui était au micro de France Inter il y a quelques jours, propose de réserver exclusivement les allégements fiscaux de l'ISF aux investissements verts, à la croissance verte, est-ce que c'est une bonne idée que vous avez suggérée à Emmanuel MACRON, qu'il la reprenne ?

NICOLAS HULOT
Pareil, je ne savais pas qu'elle avait fait cette proposition. Moi je prends toutes les propositions pour les évaluer, parce que je pense qu'il va falloir qu'on soit très créatifs en matière de fiscalité, il ne faut pas que la fiscalité...

LÉA SALAME
Donc, pourquoi pas l'ISF, aller dans la croissance verte ?

NICOLAS HULOT
Non, mais je suis en train de vous dire que vous m'apprenez, donc je ne vais pas me jeter sur une idée comme ça...

LÉA SALAME
D'accord.

NICOLAS HULOT
Mais je suis preneur de toute idée, je pense que nous ne sommes pas créatifs, suffisamment créatifs en matière et de financement innovant et de fiscalité écologique, et j'insiste bien pour sortir de ce vieux préjugé de dire que la fiscalité écologique elle n'est que punitive, elle doit être incitative et elle doit être dissuasive, mais d'une manière progressive.

LÉA SALAME
Encore deux autres questions de fond. D'abord l'Assemblée nationale a adopté largement mardi votre projet de loi sur la fin...

NICOLAS HULOT
Pas mal non plus, non ?

LEA SALAME
C'est vous qui le dites.

NICOLAS HULOT
Moi je vous le dis.

LÉA SALAME
Sur la fin de la recherche et de l'exploitation des hydrocarbures en France d'ici 2040, comment expliquer que vous prôniez une sortie des énergies fossiles d'ici 20 ans et que dans le même temps vous renouvelez il y a trois semaines l'autorisation exclusive de forage à TOTAL en Guyane ? Comment c'est possible ? Elle est où la cohérence ?

NICOLAS HULOT
Mais c'est excessivement cohérent, parce que ça aussi c'est assez symptomatique – je suis le premier à être très exigent – j'aurais eu la possibilité d'interdire le renouvellement, mais là on rentre dans des contentieux...

LÉA SALAME
Ségolène ROYAL l'avait interdit.

NICOLAS HULOT
Oui. Mais, attendez, moi je fais une loi et ce que je veux c'est que cette loi ne soit pas retoquée par le Conseil constitutionnel, il y a des droits acquis avec des droits de suite, j'aurais pu d'autorité dire : « on arrête » et puis je sais que ma loi aurait été fragilisée, donc là on va focaliser sur les petits peu qui vont passer après 2040, mais on ne voit pas quand même le geste fort qui donne crédibilité et autorité à la France qui est le premier grand pays à interdire l'exploitation de ses hydrocarbures dans son sol. Très sincèrement je ne dis pas que c'est l'alpha et l'omega de la transition énergétique mais je suis le premier souvent à râler le soir, mais là je peux vous dire que je suis assez satisfait.

LÉA SALAME
Nicolas HULOT, Notre-Dame-des-landes, la construction ou pas de l'aéroport, on attend le rapport des médiateurs qui va arriver...

NICOLAS HULOT
Moi aussi.

LÉA SALAME
Vous l'attendez, d'ici deux mois, vous dites : « je me plierai à la décision du gouvernement ». Question très claire : si les médiateurs disent : « oui, il faut construire l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes » est-ce que Nicolas HULOT reste dans le gouvernement ?

NICOLAS HULOT
Ecoutez, chaque chose en son temps, mais ce n'est pas une langue de bois. Vous savez moi je bosse 18 heures par jour, j'ai ce point focus en fin d'année, mais je le regarderai quand le problème arrivera ; et quand le problème, enfin le problème, la solution, je ne sais pas quel...

LEA SALAME
Ce n'est pas une ligne rouge ? Ce n'est pas une ligne pour vous ?

NICOLAS HULOT
C'est un sujet important, parce que pour moi c'est presque… c'est plus qu'un symbole...

LÉA SALAME
C'est un marqueur ?

NICOLAS HULOT
Mais je ne veux pas… Comment vous dire les choses ? C'est parce que c'est plus que symbolique, c'est pour moi encore une fois... mais je ne veux pas m'exprimer sur Notre-Dame parce que je vais encore me faire engueuler, on va me dire : « tu n'es pas neutre », donc on connait ma position, chaque chose en son temps...

LEA SALAME
C'est-à-dire que vous êtes lié à un des trois médiateurs ?

NICOLAS HULOT
D'ici fin décembre j'ai tellement de choses à faire et puis, croyez-moi, j'assumerai mes responsabilités quand la décision sera prise.

LÉA SALAME
Bien ! Allez, dernière question : « le temps venu n'est pas encore là, j'évaluerai mon utilité au gouvernement », avez-vous dit, est-ce que le temps venu c'est décembre et c'est Notre-Dame-des-Landes ?

NICOLAS HULOT
Moi je suis au jour d'aujourd'hui et je me sens très utile, voilà, et puis en décembre vous me reposez la question.

LEA SALAME
Je vous repose la question en décembre, on a compris vous restez au gouvernement, vous êtes heureux, parce qu'il n'y a pas un jour qui passe sans un article sur les états d'âme de Nicolas HULOT : il est malheureux...

NICOLAS HULOT
Oui, mais ça alors c'est très marrant parce que ça fait partie des rumeurs urbaines et je les découvre, et je découvre y compris mes propres états d'âme - donc je suis ravi d'être informé – mais tout va bien.

LÉA SALAME
Tout va bien Nicolas HULOT, belle journée à vous, merci.

NICOLAS DEMORAND
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 octobre 2017

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