Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à RTL le 13 octobre 2017, sur l'économie numérique et la couverture numérique du territoire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à RTL le 13 octobre 2017, sur l'économie numérique et la couverture numérique du territoire.

Personnalité, fonction : MAHJOUBI Mounir, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Secrétaire d'Etat au numérique;

ti :


YVES CALVI
Bonjour Elisabeth MARTICHOUX.

ELISABETH MARTICHOUX
Bonjour Yves, bonjour à tous !

YVES CALVI
Vous recevez ce matin Mounir MAHJOUBI qui est secrétaire d‘Etat chargé du Numérique.

ELISABETH MARTICHOUX
Eh oui, il est le geek du gouvernement ! Il veut numériser la France, fini la paperasserie et lancer les start-up à l'assaut de la Silicon Valley. Qu'est-ce que ça changer pour le quotidien des Français ? Réponse à suivre.

YVES CALVI
Une interview à suivre en vidéo sur rtl.fr, à tout de suite et bienvenue à tous les deux.

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YVES CALVI
Sept heures quarante-six, excellente journée à vous tous qui nous écoutez, Elisabeth MARTICHOUX, vous recevez donc Mounir MAHJOUBI, secrétaire d'Etat chargé du Numérique.

ELISABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être dans ce studio, Mounir MAHJOUBI, bonjour !

MOUNIR MAHJOUBI
Bonjour !

ELISABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce que vous dites à ceux qui présentent Emmanuel MACRON comme le président de ceux qui réussissent, qui est plus à l'aise avec les startupers, CAC 40, qu'avec ceux qui rament pour s'en sortir ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je vais vous répondre avec ce qu'on fait au quotidien et comment chaque jour ce qui est essentiel pour nous c'est d'assurer cet équilibre, une France qui est performante, une France qui va loin, des entreprises qui réussissent mais surtout personne qui est laissé sur le côté. Donc dans la politique numérique qu'on mène par exemple on a deux volets, un numérique performant d'un côté et un numérique d'inclusion de l'autre.

ELISABETH MARTICHOUX
On va y venir mais quand il évoque ceux qui « foutent le bordel » il désigne des salariés ! On ne l'a jamais entendu vitupérer de cette manière par exemple contre le MEDEF, ses coups de gueule publics semblent toujours être orientés sur les mêmes cibles…

MOUNIR MAHJOUBI
Je ne suis pas d'accord avec vous, au quotidien ce qui compose nos discussions au Conseil des ministres, qui compose nos discussions entre ministres c'est toujours de se poser la question « comment nos politiques publiques, comment est-ce qu'on fait au quotidien ? » ça apporte et ça amène avec nous tous les Français. L'ordonnance Travail l'objet c'était comment on fait pour que les PME recrutent plus.

ELISABETH MARTICHOUX
Donc c'est l'actualité qui est un miroir déformant, ces phrases qu'on a entendues et qui ont saturé l'espace public depuis plusieurs semaines, ce n'est pas Emmanuel MACRON…

MOUNIR MAHJOUBI
Ce qui est certain c'est qu'il y a une tension aujourd'hui, que les Français les plus faibles se posent des questions et que c'est pour eux qu'on doit être capable aujourd'hui de se mobiliser et que c'est pour eux aujourd'hui qu'on travaille. Ecoutez tout ce qu'annoncera madame BUZYN aujourd'hui notamment sur les territoires où on n'a plus accès aux soins, ces Français-là quand on n'a pas Internet, quand on n'a pas le médecin et quand on n'a pas l'école évidemment qu'on se sent un peu à part. Toute la politique de notre gouvernement c'est d'aller dans ces territoires, dans les quartiers populaires et de dire « on est là ! ».

ELISABETH MARTICHOUX
Et là on est dans vos sujets justement puisque vous y faites allusion, aujourd'hui Agnès BUZYN va annoncer un plan de lutte contre les déserts médicaux. La solution de la télémédecine par exemple ça ne peut pas être la solution miracle parce que les déserts médicaux sont souvent des déserts numériques et là on est dans vos sujets !

MOUNIR MAHJOUBI
Complètement et là où vous avez raison de le rappeler, un des piliers ce sera la télémédecine mais ça ne peut pas être le seul ! C'est pour ça que le plan qui sera annoncé a plusieurs pieds, il y a un pied sur comment est-ce qu'on a plus de médecins qui s'installent sur place, comment on a plus de personnel médical qui s'installe sur place et comment on accède facilement à des lieux où on a un peu de télémédecine, où on a un peu de services paramédicaux, où on a des services médicaux, ce qui est essentiel c'est qu'on ait ces lieux partout sur le territoire. Vous parlez de la fracture numérique, oui, c'est les mêmes territoires qui n'ont pas Internet, qui n'ont pas les médecins, qui n'ont pas les écoles et ça c'est terrible.

ELISABETH MARTICHOUX
Je le disais, ça c'est vos sujets. Par parenthèses vous êtes un peu essoufflé parce que je dois dire aux auditeurs que vous avez monté les escaliers quatre à quatre et que c'est difficile de récupérer.

MOUNIR MAHJOUBI
Ou que je suis passionné !

ELISABETH MARTICHOUX
Exactement ! La télémédecine et surtout les déserts numériques on va en parler, d'abord où est-ce qu'on en est, par exemple le téléphone portable on le capte sur quelle proportion du territoire ?

MOUNIR MAHJOUBI
Aujourd'hui, vous savez, le plus grand problème c'est le thermomètre, si je vous donne un chiffre tout le monde le contestera et ils auront bien raison. C'est la première fois aujourd'hui qu'on a une carte qui a été faite par l'ARCEP, c'est l'Autorité de contrôle, où on voit…

ELISABETH MARTICHOUX
C'est le gendarme des télécoms on va dire.

MOUNIR MAHJOUBI
C'est un peu le gendarme des télécoms, le régulateur des télécoms, il a publié une carte qui est une carte avec à la fois des simulations et des déclarations des opérateurs. A peine ai-je publié sur mon compte Twitter que derrière des gens me disaient « non, très exactement cette zone-là moi je vous envoie ce que moi je capte, il n'y a pas de barre ».

ELISABETH MARTICHOUX
Mais quand on dit qu'à peine 60 %, c'est le chiffre de l'ARCEP, globalement du territoire est couvert de façon confortable, vous êtes d'accord ?

MOUNIR MAHJOUBI
En fait ce qui est important ce n'est pas les chiffres c'est les Français, aujourd'hui les gens n'en peuvent plus, si vous n'êtes pas dans une ville dense vous n'avez pas les quatre barres en permanence, vous n'avez pas une 4G de qualité, vous n'avez pas de la donnée de qualité. Si vous partez en vacances, si vous travaillez, si vous allez d'un lieu à un autre vous voyez bien quand vous êtes en dehors de ces métropoles que ça ne fonctionne pas. C'est pour ça qu'on a…

ELISABETH MARTICHOUX
Objectif, 100 % de couverture en 2020, a dit le président, mais que faire…

MOUNIR MAHJOUBI
De qualité.

ELISABETH MARTICHOUX
Oui, de qualité, mais que peut faire l'Etat parce que ça dépend essentiellement des opérateurs en fait !

MOUNIR MAHJOUBI
Oui mais l'Etat est aussi là parce qu'il représente les Français, donc on peut dire aux opérateurs l'exigence des Français et l'exigence des Français c'est d'avoir un réseau mobile de qualité…

ELISABETH MARTICHOUX
Dire seulement ?

MOUNIR MAHJOUBI
…et puis après on a différents outils de discussion. C'est vrai que c'est un marché libre et régulé par un régulateur indépendant mais l'Etat peut faire plusieurs choses, il peut donner les conditions dans lesquelles il attribuera les fréquences dans quelques années, il peut dire ce qu'attendent les Français dans le cadre de ces attributions. Quand on reçoit le droit d'exploiter la voirie, d'exploiter un lieu, d'exploiter les ondes il y a des obligations qui viennent avec et ces obligations dans les précédentes attributions elles n'étaient pas au niveau des usages d'aujourd'hui. Les opérateurs vont vous répondre « nous on respecte toutes les obligations qu'on nous avait demandé de respecter », ils ont raison parce qu'à l'époque on ne s'était pas dit que 100 % des Français allaient utiliser leur mobile pour aller sur Internet tous les jours. Aujourd'hui c'est une réalité, donc il faut que ce soit maintenant une réalité.

ELISABETH MARTICHOUX
Pour Internet il y a encore beaucoup de zones grises ou blanches ?

MOUNIR MAHJOUBI
Encore des zones grises, blanches, des zones où il n'y a pas le très haut débit, donc c'est pour ça qu'on a un deuxième objectif, couverture mobile d'un côté mais aussi couverture en haut débit dès 2020 et le très haut débit dès 2022. Vous savez, s'il n'y a pas les réseaux on ne peut pas faire tout ce qu'on a dit, on ne pourra pas faire des start-up, on ne pourra pas aider nos TPE-PME à se transformer, on ne pourra pas faire les services publics numériques.

ELISABETH MARTICHOUX
On ne pourra pas lutter, c'est un enjeu de justice sociale et territoriale considérable !

MOUNIR MAHJOUBI
Essentiel.

ELISABETH MARTICHOUX
On l'a évoqué, on ne peut pas lutter contre la désertification dans les zones rurales quand on peut ni téléphoner correctement ni travailler avec l'Internet !

MOUNIR MAHJOUBI
Complètement, ça fait partie de ce volet d'inclusion, ça ne sert à rien que je raconte partout qu'on va faire 100 % de démarche publique numérique en 2022 si tout le monde n'a pas accès à Internet. Mais vous savez qu'il y a une deuxième discrimination numérique qui n'est pas celle des réseaux, qui est celle des usages, on a 13 millions de Français aujourd'hui, presque 20 % des Français qui ne savent pas ou pas bien utiliser Internet.

ELISABETH MARTICHOUX
Pourquoi, les personnes âgées, les personnes handicapées ?

MOUNIR MAHJOUBI
L'âge, le handicap, la non-maîtrise de la langue…

ELISABETH MARTICHOUX
Qui n'utilisent pas les réseaux sociaux, oui.

MOUNIR MAHJOUBI
…mais aussi, vous savez, si vous avez été employé toute votre vie, qu'il n'y avait pas d'internet au bureau, que vous n'avez pas eu d'enfants à la maison les 20 dernières années il se peut qu'à aucun moment vous ayez été formé à utiliser Internet. Et ça ce sont les mêmes personnes quand elles vont à la Caisse d'allocations familiales ou quand elles vont dans un autre service public et qu'on leur dit « prenez rendez-vous en ligne, c'est bon », c'est le début du cauchemar, donc pour ces 13 millions de Français-là il faut aussi qu'on ait une politique publique.

ELISABETH MARTICHOUX
Il y a un frein, c'est la sécurité, par exemple il y a beaucoup de personnes âgées qui ont peur de se faire voler tout simplement leurs données, comment se protéger ?

MOUNIR MAHJOUBI
Il y a un premier enjeu c'est comprendre et connaitre, c'est pour ça que sur ces 13 millions et sur ces personnes qui ont peur il faut former et deuxièmement c'est protéger, c'est pour ça qu'on a une vraie politique de cyber-sécurité et c'est le mois de la cyber-sécurité.

ELISABETH MARTICHOUX
C'est aussi le lancement du plan « Action publique 2022 », c'est la numérisation que vous lancez ce soir avec le Premier ministre et Gérald DARMANIN de tous les services administratifs, par exemple qu'est-ce qui va changer et à quelle échéance ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ce n'est pas la numérisation de tous les services, « Action publique 2022 » c'est encore plus grand. « Action publique 2022 » c'est poser la question du pourquoi, c'est-à-dire se poser à chaque fois la question dans les services publics qu'on rend aux Français pourquoi est-ce qu'on le rend et de quelle manière on le rend et comment on pourrait le rendre encore plus humain, encore plus performant et plus utile pour les personnes et un des moyens d'y arriver c'est le numérique. Pensez à la justice par exemple, la justice aujourd'hui c'est majoritairement une procédure papier, lourde, où les Français attendent beaucoup trop. Grâce à la numérisation, et c'est le troisième pilier qu'a annoncé madame BELLOUBET, on va pouvoir saisir en ligne, continuer sa procédure en ligne et aller du début jusqu'à la fin savoir quand seront nos prochaines dates, échanger les pièces entre les avocats, avoir une véritable procédure qui facilite la vie des Français. Ce sera le cas aussi dans les procédures plus quotidiennes sur le renouvellement des papiers. Imaginez…

ELISABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas un peu survendu, on a l'impression que parfois le politique se défausse sur la technique comme si effectivement la numérisation de tout il n'y aura pas d'embouteillages judiciaires, ce sera la fin des difficultés budgétaires, il n'y a pas un côté remède miracle franchement ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous êtes un peu dure, je viens de vous dire qu'on posait la question du pourquoi et justement vous avez raison, le numérique s'il n'y a pas de valeur ça ne sert à rien, le numérique qu'on porte c'est un numérique à la française, un numérique à l'européenne avec nos valeurs, performance, inclusion, on est là pour les deux.

ELISABETH MARTICHOUX
Il y a beaucoup de créations de start-up en France, vous lancez ce matin, maintenant, la revue des start-up, vous traduisez…

MOUNIR MAHJOUBI
Revue des start-up c'est se dire comment on fait pour que nos start-up aujourd'hui en France elles restent en France, elles grandissent en France, elles créent plein de nouveaux services en France et comment on fait pour identifier ce qui les freine aujourd'hui.

ELISABETH MARTICHOUX
Pour éviter qu'elles se fassent racheter à un moment de croissance où elles auraient pu passer un ticket…

MOUNIR MAHJOUBI
Ou en tout cas que jamais elles puissent dire « c'est à cause de la France qu'on n'a pu grandir ou on ne pouvait pas faire ça en France ».

ELISABETH MARTICHOUX
C'est quoi la revue ?

MOUNIR MAHJOUBI
J'en ai déjà fait deux épisodes, je suis allé à Rennes, je suis allé à Lille, le but c'est de rencontrer des entrepreneurs et de leur demander chacun dans leur sous-secteur « qu'est-ce qui vous bloque, est-ce qu'il y a un règlement qui vous bloque, est-ce qu'il y a une loi qui vous bloque, est-ce qu'il y a un processus administratif qui vous bloque ? » Et après une fois qu'on aura récolté toutes ces informations on se posera la question des chantiers prioritaires de simplification pour les start-up.

ELISABETH MARTICHOUX
Avec des solutions quand ?

MOUNIR MAHJOUBI
Avec des solutions dès le premier semestre 2018.

ELISABETH MARTICHOUX
Sur la base de cette revue que vous lancez…

MOUNIR MAHJOUBI
De cette revue que nous démarrons dès maintenant.

ELISABETH MARTICHOUX
Que vous démarrez maintenant et qui est une forme de consultation géante de toutes les start-up en France. Est-ce qu'on peut mesurer le montant du manque à gagner fiscal de l'optimisation à outrance des GAFA, GOOGLE, AMAZON, FACEBOOK, etc., depuis qu'elles font des bénéfices en France ?

MOUNIR MAHJOUBI
On ne peut pas la mesurer mais on sait qu'elle est très importante et qu'elle est insoutenable mais ce n'est pas illégal, c'est juste insoutenable pour les Français.

ELISABETH MARTICHOUX
C'est scandaleux, quand GOOGLE par exemple échappe à un redressement de plus d'un milliard d'euros d'impôts non payés en France grâce à sa convention fiscale avec sa filiale irlandaise, c'est scandaleux ?

MOUNIR MAHJOUBI
Comment vous voulez que je passe mon temps à aller à travers la France pour aider les PME à se numériser qui paient 33 % d'impôts et leur dire que GOOGLE ne les paie pas. Aujourd'hui il y a un vrai sujet sur cette imposition, vous avez vu qu'avec Bruno LE MAIRE on a mené une initiative européenne, on a réussi à réunir une majorité de pays avec nous, on ira jusqu'au bout. Mais, vous savez, ces plateformes les Français les aiment et les utilisent !

ELISABETH MARTICHOUX
Ni la France ni l'Europe n'a encore trouvé la solution pour contraindre ces entreprises à payer…

MOUNIR MAHJOUBI
Non mais c'est la première fois qu'on est 20 à y croire, donc c'est le début d'une solution. Et puis surtout ces plateformes les Français aiment les utiliser, donc ça sera à eux de dire « moi j'aime votre produit mais si vous ne payez pas plus d'impôts, si vous ne participez pas plus à la communauté peut-être que je vais vous aimer moins et peut-être que je vais moins vous utiliser ». Et ça ces plateformes elles vont devoir l'entendre parce que leurs clients, leurs consommateur ce sont aussi des citoyens.

ELISABETH MARTICHOUX
Elles ne vont pas finir par dirigez nos vie ? C'est une question un peu futuriste mais…

MOUNIR MAHJOUBI
En tout cas je ferai toujours tout pour que ces plateformes ne soient pas partout dans nos vies mais que ce soit les citoyens qui décident ce qu'elles font avec ces plateformes.

ELISABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup Mounir MAHJOUBI…

MOUNIR MAHJOUBI
Merci.

ELISABETH MARTICHOUX
…qui est arrivé essoufflé mais qui nous a donné beaucoup d'informations sur la numérisation en France, merci à vous d'avoir été dans ce studio.

MOUNIR MAHJOUBI
Bonne journée.

YVES CALVI
13 millions de Français ne savent pas utiliser Internet, « ces Français doivent être protégés et aidés, vient de nous dire le secrétaire d'Etat chargé du Numérique, et c'est ce que nous allons mettre en place à l'horizon 2022 ».


source : Service d'information du Gouvernement, le 17 octobre 2017

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