Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec France Info le 16 octobre 2017, sur la politique économique du gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec France Info le 16 octobre 2017, sur la politique économique du gouvernement.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti :

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le président de la République est intervenu hier soir sur TF1 pendant un peu plus d'une heure, pas vraiment d'annonces, il y en a peut-être une ou deux, on verra bien ça, mais plutôt une explication de l'action menée depuis cinq ans (sic), et l'espoir selon le…

BRUCE TOUSSAINT
Cinq mois…

JEAN-MICHEL APHATIE
Comment ?

BRUCE TOUSSAINT
Cinq mois.

JEAN-MICHEL APHATIE
Cinq mois, pardon, cinq mois, bien sûr, évidemment…

BRUNO LE MAIRE
Bientôt cinq ans, mais bon…

JEAN-MICHEL APHATIE
Le temps passe vite, mais tout de même, il est effectivement élu à l'Elysée depuis cinq mois. Et l'espoir que d'ici 18 ou deux ans, la politique contre le chômage commence à porter ses fruits. On écoute Emmanuel MACRON

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE (HIER SOIR SUR TF1)
Le taux de chômage est en train progressivement de baisser, il baissera, la plénitude des réformes qui sont en train d'être conduites par le gouvernement, vous les verrez dans un an et demi, deux ans.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il baissera, un an et demi, deux ans, vous partagez ce pronostic, j'imagine, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, je le partage, c'est-à-dire que ça prendra du temps, parce que, comme nous changeons de modèle, et que nous passons d'un traitement social du chômage, où, en gros, on dit : il n'y a pas d'emplois, mais ce n'est pas grave, on va les subventionner, on va faire beaucoup d'emplois aidés, beaucoup de dépenses publiques, un traitement économique, qui consiste à aider les entreprises à embaucher, à investir, à innover, pour avoir des emplois qui soient plus solides, plus nombreux, forcément, cette transformation prend du temps. Donc je pense que ça prendra un an et demi, deux ans, peut-être même un peu plus avant qu'on voie les résultats, simplement, ces résultats, ils seront solides, ils seront stables, et surtout, ils ne pèseront pas sur les finances publiques. Donc ils n'affaibliront pas la situation de la France.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce quinquennat devra être donc regardé, quant à son efficacité, sur l'inversion de la courbe du chômage, comme le précédent finalement ?

BRUNO LE MAIRE
Pas seulement, non, ce n'est pas le seul critère, mais je suis ministre de l'Economie et des finances, il est évident que mon rôle, c‘est d'accomplir cette transformation économique pour que notre économie crée plus d'emplois, elle n'en crée pas assez aujourd'hui, qu'elle le fasse dans les entreprises du secteur privé, et puis, mon autre rôle, c'est d'accomplir aussi la transformation de la zone euro, on en a peu parlé hier, mais les deux vont ensemble. Si on veut que la transformation économique de la France réussisse, donne de vrais résultats sur le long terme, il faut également que nous ayons une zone euro qui soit plus rassemblée, qui défende mieux ses intérêts économiques, et qui crée des emplois.

JEAN-MICHEL APHATIE
On lit ce matin dans le journal Les Echos que vous avez le projet de pénaliser, donc on est toujours dans la même discussion, les entreprises qui licencieraient plus fréquemment que d'autres ou qui auraient recours de manière plus fréquente que d'autres à des contrats courts, est-ce que vous pouvez nous en dire un mot, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Je crois que c'est une question de justice, donc sur le principe, oui, je ne peux pas vous en dire plus parce que la négociation est dans les mains de la ministre du Travail, de Muriel PENICAUD, mais sur le principe, oui, il y a une question de justice. Nous, nous aidons les entreprises, nous libérons leurs capacités de production. Nous allons alléger massivement cette semaine, au cours de l'étude du projet de loi de Finances, la fiscalité du capital, celle qui pèse sur les entreprises. Nous allons baisser l'impôt sur les sociétés, eh bien, il faut que d'un autre côté, les entreprises aient un comportement qui soit favorable à l'emploi. On ne crée pas de conditionnalités, parce que ça, je n'y crois pas, mais nous créons un cadre qui est à la fois efficace et juste.

BRUCE TOUSSAINT
Il est question d'un bonus-malus pour ces entreprises, vous confirmez, il y aura donc des deux côtés…

BRUNO LE MAIRE
Je vous confirme que, il est parfaitement envisageable de fixer un certain nombre de critères qui font que les entreprises qui embauchent de manière plus durable, et qui tiennent compte des avantages qui leur ont été accordés, de la politique qui a été menée pour elles, puissent être récompensées, mais c'est Muriel PENICAUD qui négocie cela…

BRUCE TOUSSAINT
Ou sanctionnées ?

BRUNO LE MAIRE
Ou sanctionnées, bien sûr.

BRUCE TOUSSAINT
Ou sanctionnées.

BRUNO LE MAIRE
C'est normal qu'il y ait l'aspect positif et puis l'aspect plus contraignant.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est une réforme qui doit être menée dans le courant de l'année prochaine, celle-là aussi ?

BRUNO LE MAIRE
Ça fait partie de tout le train de réformes qui va être engagé maintenant. Le premier point, c'est un point absolument capital à mes yeux, c'est la réforme de la formation, parce que vous ne pouvez pas réussir la transformation technologique actuelle si vous n'accompagnez pas les salariés pour qu'ils puissent changer d'emploi plus facilement et s'adapter à ces révolutions technologiques. Ensuite, il y aura la réforme de l'assurance-chômage, et puis, une annonce importante, qui a été faite hier par le président de la République, il y aura l'année prochaine, au printemps 2018, un projet de loi sur la transformation des entreprises, qui est un projet de loi que je porterai avec Benjamin GRIVEAUX, et qui revêt une importance considérable parce qu'il vise à mieux associer les salariés aux résultats des entreprises.

JEAN-MICHEL APHATIE
Transformation, ça veut dire quoi, dans les conseils d'administration, il y aura plus de places pour les salariés par exemple ?

BRUNO LE MAIRE
Transformation, ça veut dire d'abord, de manière plus globale, avoir des entreprises qui soient capables d'exporter, passer d'un réseau de petites et moyennes entreprises, qui n'ont pas la capacité à exporter, à des entreprises de taille intermédiaire, plus puissantes, capables d'exporter, et donc de créer de la richesse et des emplois en France. Ça veut dire…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous ne voulez pas modifier la gouvernance ou des choses comme ça ?

BRUNO LE MAIRE
Si, on peut regarder aussi les propositions qui sont faites par certaines organisations syndicales, je pense à la CFDT, qui a fait beaucoup de propositions sur la gouvernance. Nous pouvons regarder ces propositions…

JEAN-MICHEL APHATIE
Faire rentrer des salariés en nombre plus important dans les conseils d'administration ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne vais pas anticiper sur le débat, nous lancerons cette semaine les consultations préparatoires à ce projet de loi. Il y aura des députés, des sénateurs, des chefs d'entreprise qui y seront associés, des spécialistes du droit des entreprises. Donc nous allons ouvrir tout grand les négociations jusqu'au début de l'année 2018, pour préparer ce projet de loi. Mais tout sera sur la table.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous souhaitez qu'il y ait plus de salariés qui participent à la définition de la politique de l'entreprise ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, je souhaite que les salariés soient davantage associés, oui, c'est ma vision de l'entreprise. Des entreprises qui se développent, des entreprises qui innovent, des entreprises qui ont le capital nécessaire pour investir et avoir les produits toujours les meilleurs possibles, mais des salariés qui ne regardent pas ça comme on regarde passer des trains, c'est eux la première richesse de l'entreprise, c'est normal qu'ils soient davantage associés. C'est normal qu'ils puissent faire plus de propositions, et c'est surtout normal, Jean-Michel APHATIE, qu'ils puissent bénéficier des fruits de leur travail. Si une entreprise est rentable, c'est d'abord grâce aux salariés, je souhaite que grâce à l'intéressement et à la participation, ils en touchent davantage les fruits.

JEAN-MICHEL APHATIE
On écoute le président à ce propos.

EMMANUEL MACRON
Quand ça va mieux, je veux aussi que les salariés puissent avoir leur part de la réussite.

DAVID PUJADAS
Donc être intéressés aux bénéfices ?

EMMANUEL MACRON, SUR TF1 HIER SOIR
Et donc je souhaite qu'on puisse revisiter cette belle invention Gaulliste de l'intéressement et de la participation. Et je veux, à cet égard, qu'en 2018, on puisse avoir un vrai débat sur ce point. Je veux aussi que tous les salariés aient leur juste part quand les choses vont mieux.

JEAN-MICHEL APHATIE
On en parle depuis longtemps de la participation, alors, elle est actuellement d'ailleurs en vigueur dans les entreprises de plus de 50 salariés. Qu'est-ce que vous voulez apporter de plus concrètement, parce que là, on n'a pas bien compris ?

BRUNO LE MAIRE
Il y a des choses très simples, Jean-Michel APHATIE, d'abord, vous le dites très bien, les entreprises de plus de 50 salariés, et les petites, et les très petites entreprises, les entreprises de 5, 10 salariés…

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc vous voulez l'étendre ?

BRUNO LE MAIRE
Mettons cette question sur la table…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, mais, vous souhaitez que ça soit étendu ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, je souhaite que ce soit étendu…

BRUCE TOUSSAINT
A toutes les entreprises ?

BRUNO LE MAIRE
Je souhaite que toutes les entreprises puissent, d'une manière ou d'une autre, qui soit simple, pas pénalisante pour les entreprises, récompenser plus facilement les salariés grâce auxquels l'entreprise se porte bien. C'est une question de justice ! Une entreprise ne tourne pas toute seule, elle tourne parce que les salariés travaillent, sont compétitifs, font preuve de professionnalisme dans leur activité, eh bien, c'est normal que ce soit récompensé. Ils ont des idées sur leur entreprise, vous savez, j'ai visité suffisamment d'entreprises au cours des cinq dernières années, je me souviens d'une très belle entreprise qui fait des chauffages électriques en Vendée, qui avait décidé de mieux associer ses salariés, qui faisait des propositions sur la chaîne de production, sur l'innovation, sur les exportations, sur la commercialisation de leurs produits, mais elle se portait encore mieux cette entreprise, les salariés ont des idées, ils doivent aussi être associés et pouvoir faire part de leurs idées de manière plus concrète au chef d'entreprise et à la direction de l'entreprise…

BRUCE TOUSSAINT
Et pour les entreprises de plus de 50 salariés, qui ont déjà la participation, ça changera aussi ?

BRUNO LE MAIRE
Ce qui peut changer, c'est que le dispositif reste compliqué, la différence intéressement/participation – tout ça – peut être simplifiée de façon à ce que plus de salariés, plus facilement, puissent avoir accès à ce que le président de la République dit très bien, d'un dispositif Gaulliste, pour le Gaulliste que je suis, vous comprendrez que ça puisse me plaire.

BRUCE TOUSSAINT
Vous restez avec nous, Bruno LE MAIRE, il est 08h41, l'essentiel de l'info.

/// Journal ///

Le ministre de l'Economie et des finances, Bruno LE MAIRE, est l'invité de France Info ce matin. Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc nous avons parlé de l'intéressement, et puis, les choses vont tellement vite qu'on oublie quelquefois de les vérifier. Vous êtes ministre de l'Economie et des finances, Bruno LE MAIRE. La promesse d'Emmanuel MACRON d'un retour de l'exonération des heures supplémentaires, elle est totalement oubliée ?

BRUNO LE MAIRE
Elle n'est pas totalement oubliée…

JEAN-MICHEL APHATIE
Plus personne n'en parle…

BRUNO LE MAIRE
Ça ne fait pas partie…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et il faut dire les choses, le président de la République disait hier soir : il faut nommer les choses. Donc vous n'en parlez plus, donc vous ne le ferez pas ?

BRUNO LE MAIRE
Parce que nous faisons les choses en temps et en heure, là, la priorité absolue, ça a été, d'abord, de libérer un certain nombre de contraintes qui pesaient sur le marché du travail, c'est fait. La deuxième priorité, c'est celle que je vais porter avec Gérald DARMANIN, dans les semaines qui viennent, c'est alléger la fiscalité sur le capital pour qu'une entreprise puisse se financer. On se plaint tellement que nos entreprises n'arrivent pas à se financer, que nos PME ne trouvent pas le capital, que les banques n'ont pas l'argent, qu'on dépend trop des capitaux étrangers, il serait peut-être temps d'en tirer les conséquences, c'est ce que nous faisons. La troisième étape, c'est la formation. Après, un quinquennat dure cinq ans.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais l'exonération des heures supplémentaires, elle n'est plus du tout dans les radars ?

BRUNO LE MAIRE
Je vous dis qu'un quinquennat dure cinq ans…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous ne voulez pas l'enterrer officiellement, mais…

BRUNO LE MAIRE
Non, je ne veux pas l'enterrer officiellement, parce que, un quinquennat dure cinq ans…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais visiblement, personne n'en parle…

BRUNO LE MAIRE
Attendons de voir d'abord les premiers résultats de notre politique.

JEAN-MICHEL APHATIE
Emmanuel MACRON a refusé hier soir toute excuse ou tout regret sur les mots qui ont visiblement beaucoup fait cogiter les citoyens, qu'il s'agisse des fainéants ou qu'il s'agisse du bordel. Vous croyez que c'est une bonne stratégie de rester droit dans ses bottes et peut-être que des excuses ou des regrets auraient été bienvenu ?

BRUNO LE MAIRE
Je crois, Jean-Michel APHATIE, que la bonne stratégie, c'est d'avoir un cap, et que ce que j'ai vu…

JEAN-MICHEL APHATIE
Je vous parle de mots…

BRUNO LE MAIRE
Mais je vais vous répondre, j'ai vu hier un président de la République qui avait un cap très clair et qui n'en dévie pas. Ça change de ce qu'on a pu connaître par le passé, et c'est exactement, je crois, ce qui sera bon pour le pays. Ensuite, chacun a son vocabulaire, chacun a ses mots, et je pense que c'est la liberté de chaque responsable politique d'employer les mots qu'il souhaite, c‘est au peuple français…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais est-ce qu'on ne doit pas convenir à un moment qu'on a fait une erreur, que les mots n'étaient pas appropriés ?

BRUNO LE MAIRE
Vous savez, c'est ni les journalistes ni les autres responsables politiques, encore moins un membre du gouvernement, de juger cela, c‘est aux Français.

BRUCE TOUSSAINT
Oui, ce n'est pas votre vocabulaire, on vous connaît un peu…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous n'employez pas souvent le mot de fainéant !

BRUNO LE MAIRE
Mais ce qui fait… oh, si le mot de fainéant, il m'arrive de l'employer, surtout quand je parle à mes enfants…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah oui, mais pas en public, oui, c‘est ça…

BRUNO LE MAIRE
Voyez…

BRUCE TOUSSAINT
C'est eux qui prennent ce matin !

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est ça, c'est ça.

BRUCE TOUSSAINT
Et croquignolesque, vous l'utilisez aussi ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
Croquignolesque, c'est joli comme mot.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui ? Vous connaissez Croquignol, oui ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, je connais

JEAN-MICHEL APHATIE
Très bien. Filochard et Ribouldingue, on renvoie…

BRUNO LE MAIRE
Exactement…

BRUCE TOUSSAINT
« Les Pieds Nickelés » !

JEAN-MICHEL APHATIE
Au site Internet France Info. GENERAL ELECTRIC, à Grenoble, projette de supprimer 350 emplois sur un peu plus de 800, ce qui fait que GENERAL ELECTRIC ne tient pas du tout sa promesse de création d'emplois faite il y a deux ans, au moment du rachat de certaines branches d'ALSTOM. Et on a l'impression que le gouvernement regarde ce dossier sans pouvoir faire quelque chose.

BRUNO LE MAIRE
GENERAL ELECTRIC tiendra ses engagements.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bon, il n'est pas parti pour ?

BRUNO LE MAIRE
Il tiendra ses engagements, Jean-Michel APHATIE…

JEAN-MICHEL APHATIE
Là, il parle de supprimer des postes, pas d'en créer…

BRUNO LE MAIRE
GENERAL ELECTRIC devra tenir ses engagements, qui sont la création de 1.000 emplois nets à la fin de l'année 2018, voilà l'engagement qui a été pris…

JEAN-MICHEL APHATIE
Comment le contraindrez-vous ?

BRUNO LE MAIRE
Par GENERAL ELECTRIC vis-à-vis de l'Etat français…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais il est toujours valable cet engagement ?

BRUNO LE MAIRE
Cet engagement est toujours valable, et nous nous assurerons que cet engagement soit tenu.

JEAN-MICHEL APHATIE
Comment ?

BRUNO LE MAIRE
En revanche, l'engagement ne portait pas sur site par site…

JEAN-MICHEL APHATIE
Comment vous vous en assurerez ?

BRUNO LE MAIRE
Mais vous savez, on a des discussions, Benjamin GRIVEAUX va recevoir aujourd'hui la direction de GENERAL ELECTRIC à Bercy. Une entreprise ne vit pas dans un univers totalement neutre avec l'Etat à côté, qui n'aurait aucune capacité d'influence. L'Etat a une capacité d'influence, il a une capacité de décision. Et croyez-moi, nous sommes déterminés à l'exercer dans le domaine économique dans toute la mesure de ce qui permettra à notre économie de se développer, mais les engagements…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous laissez GENERAL ELECTRIC à Grenoble ?

BRUNO LE MAIRE
Mais ça n'empêche pas de regarder aussi la réalité des choses, de quoi parle-t-on ? GENERAL ELECTRIC à Grenoble, l'activité qui est menacée, c'est celle de la production de turbines hydroélectriques, il se trouve que le marché de l'hydroélectrique aujourd'hui, il est saturé, largement saturé, il peut peut-être rester ici ou là une ou deux possibilités, mais pas forcément de quoi faire tourner l'atelier qui est concerné. Est-ce qu'on peut réinvestir ? Est-ce qu'on peut le développer ailleurs ? Est-ce qu'on peut faire autre chose ? Certainement. C'est là-dessus que nous allons travailler, mais ne faisons pas croire que, un atelier va pouvoir continuer à se développer de la même manière alors que les perspectives de débouchés aujourd'hui ne sont plus les mêmes, c'est ça aussi savoir s'adapter à la réalité du marché. Et nous veillerons à ce que les engagements de GENERAL ELECRIC soient tenus, nous recevrons les salariés de Grenoble qui sont légitimement inquiets et qui veulent savoir de quoi leur avenir sera fait. Nous verrons quels sont les investissements qui peuvent être faits dans l'entreprise pour ouvrir de nouveaux débouchés. Il n'est pas question de laisser tomber GENERAL ELECTRIC Grenoble, au contraire, nous aiderons, nous soutiendrons, nous trouverons des solutions.

JEAN-MICHEL APHATIE
Nous savons depuis vendredi qu'AIRBUS est soupçonné par les autorités américaines d'avoir eu des pratiques peut-être, ce sont des allégations, vous les avez qualifiées comme ça, de corruption, pour la conclusion de certains contrats, les sanctions financières pourraient être lourdes. Est-ce que vous pensez que les Etats-Unis, par le biais de la justice, cherchent à affaiblir AIRBUS face à BOEING ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne fais de procès d'intention à personne. Simplement, il y a les faits…

JEAN-MICHEL APHATIE
C‘est ce qui est écrit partout…

BRUNO LE MAIRE
Il y a des allégations de versements illégaux dans le cadre de contrats à l'étranger, c'est inacceptable. C'est bien pour ça que j'ai convoqué…

JEAN-MICHEL APHATIE
Qu'AIRBUS semble avoir reconnu ?

BRUNO LE MAIRE
AIRBUS est dans une procédure judiciaire que je ne vais pas commenter. Ce que je peux vous dire simplement, c'est que dès que j'ai eu vent de ces allégations, j'ai convoqué le président du conseil d'administration d'AIRBUS, monsieur RANQUE, je lui ai demandé des comptes, je lui ai demandé la transparence, je lui ai demandé quelles étaient les mesures qu'il comptait prendre pour remédier à ces allégations, et s'il y avait derrière ces allégations une réalité, il m'a fait un certain nombre de propositions il y a deux jours…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et ces réponses, elles vous ont satisfait ?

BRUNO LE MAIRE
Ses propositions, aujourd'hui, nous sommes en train de les étudier, mais nous irons jusqu'au bout du sujet pour voir exactement ce qui s'est passé, en tirer toutes les conséquences, et de garantir que, AIRBUS se porte bien, et reste la grande industrie aéronautique européenne qu'elle est aujourd'hui…

JEAN-MICHEL APHATIE
Les réponses que vous a faites le PDG d'AIRBUS vous ont satisfait ?

BRUNO LE MAIRE
Nous les examinons.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a eu des faits de corruption ?

BRUNO LE MAIRE
Nous les examinons, mais je ne peux pas vous dire aujourd'hui sur ce plateau, dans le cadre d'une enquête judiciaire, je vous dis simplement que je prends les choses très au sérieux, pas au sérieux, très au sérieux.

JEAN-MICHEL APHATIE
Laurent FABIUS, ancien ministre des Affaires étrangères, doit-il s'expliquer sur le maintien de la présence de LAFARGE en Syrie, après le début du conflit dans ce pays, LAFARGE est par ailleurs soupçonné d'avoir financé Daesh et une ONG demande à l'ancien ministre des Affaires étrangères, Laurent FABIUS donc, de s'expliquer. Est-ce que vous pensez que Laurent FABIUS doit des explications sur ce point ?

BRUNO LE MAIRE
Là encore, c'est à la justice de trancher, et c'est au président du Conseil constitutionnel de décider lui-même, je n'ai aucun conseil ou recommandation à faire. Mais qu'est-ce que montre cette affaire ? C'est qu'il y a, dans la lutte contre le financement du terrorisme, des failles, qui sont inacceptables. Nous avons donc décidé avec mon homologue américain, il y a trois jours à Washington, de renforcer les moyens de lutte contre le financement du terrorisme, il y a un organisme international qui s'occupe de ça, le GAFI. Nous voulons lui donner une personnalité juridique plus forte, avec un secrétariat général incarné, qui puisse avoir tout le poids politique nécessaire pour lutter avec plus d'efficacité contre le financement du terrorisme. Nous voulons creuser davantage les failles, et nous voulons avoir un dispositif de sanctions renforcé contre tous ceux qui jouent avec le financement du terrorisme. Et nous sommes avec notre homologue américain totalement déterminés à aller jusqu'au bout de ce sujet-là.

BRUCE TOUSSAINT
Vous restez avec nous, Bruno LE MAIRE.

/// Journal ///

Le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno LE MAIRE, est l'invité de France Info ce matin. Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes confronté à un problème difficile, avec l'annulation par le Conseil constitutionnel d'une...

BRUNO LE MAIRE
Je vous le confirme.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'une taxe de 3 % sur les dividendes des entreprises. Quel est le coût total de cette annulation pour les finances publique, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
A moins 9 milliards d'euros. Et ça prouve une chose, c'est qu'il faut arrêter de faire n'importe quoi avec les comptes publics, n'importe quoi avec la fiscalité. On ne joue pas avec la fiscalité. Quand on joue avec la fiscalité, ça retombe sur le dos du contribuable, des comptes publics français et ça affaiblit la Nation toute entière. Parce que c'est vrai que, voilà, maintenant il faut trouver 9 milliards d'euros, au minimum, pour rembourser les entreprises qui ont eu à payer une taxe qui a été jugée illégale par le Conseil constitutionnel. Alors, nous avions...

JEAN-MICHEL APHATIE
9 milliards d'euros, c'est le remboursement et le manque à gagner, les deux.

BRUNO LE MAIRE
C'est les deux, c'est le remboursement...

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous allez remboursement combien, alors, du coup ?

BRUNO LE MAIRE
Nous sommes en train d'étudier tout cela. Ce que je peux vous dire, c'est que nous avons provisionné dans le budget, 5,7 milliards d'euros, sur la durée du quinquennat...

JEAN-MICHEL APHATIE
Budget 2018.

BRUNO LE MAIRE
Non, dans le budget pour le quinquennat.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le quinquennat.

BRUNO LE MAIRE
5,7 milliards d'euros ont été provisionnés dans la perspective de l'annulation de cette taxe sur les dividendes, et donc du remboursement que l'Etat aurait à faire. Donc, nous avons fait une provision. Cette provision, vous le voyez bien, n'est pas suffisante, c'est pas 5,7 qu'il faut trouver, c'est 9 milliards, Donc nous allons regarder toutes les possibilités, l'étalement, bien entendu, pour gagner du temps, que ça ne pèse pas immédiatement...

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous ne rembourserez pas tout, tout de suite.

BRUNO LE MAIRE
Si on rembourse tout, tout de suite, Jean-Michel APHATIE, on court le risque considérable de ne pas sortir de la procédure pour déficit public excessif.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais ça, les entreprises s'en moquent.

BRUNO LE MAIRE
Donc à nouveau ne pas être dans les clous.

JEAN-MICHEL APHATIE
Les entreprises veulent sans doute récupérer rapidement, il y a plusieurs grands groupes d'ailleurs, des sommes importantes en jeu, récupérer rapidement un argent qu'elles ont versé indument.

BRUNO LE MAIRE
Les entreprises ont le sens des responsabilités aussi. Je discute avec elles, elles ont parfaitement conscience qu'avoir une France qui reste en dehors des clous budgétaires européens, c'est bon pour personne. Y compris pour elles, donc nous allons regarder si un étalement est possible, et puis regarder après s'il y a besoin de faire un prélèvement exceptionnel, une participation exceptionnelle...

JEAN-MICHEL APHATIE
Auprès de qui ?

BRUNO LE MAIRE
... c'est les grands groupes qui sont les premiers concernés. Cette taxe a été très concentrée sur les groupes qui ont plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires, donc c'est un petit nombre de groupes, avec lesquels je suis en discussions pour leur expliquer de manière très sincère, moi je suis sincère avec eux, je leur dis : voilà, cette taxe vous l'avez payée de manière indue, c'est normal qu'on vous rembourse, mais nous, Etat, nous avons notre difficulté qui est que nous devons respecter les règles européennes, et il n'est pas question de dévier de cette trajectoire...

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais elles s'en moquent les entreprises, de ça.

BRUNO LE MAIRE
Elles doivent comprendre aussi, ça rejoint notre discussions préalable, que tout le monde est comptable de l'intérêt général, pas uniquement l'Etat, mais les entreprises elles aussi, les grandes entreprises françaises, elles ont aussi une responsabilité vis-à-vis de la Nation française, elles ne peuvent pas dire « la Nation française, on s'en moque », elles ne peuvent pas dire « L'Etat on s'en moque », elles sont aussi comptables...

JEAN-MICHEL APHATIE
Et elles pourraient être taxées, pour vous permettre de les rembourser. C'est curieux comme procédure.

BRUNO LE MAIRE
Elles sont aussi comptables du succès de la Nation française.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous pourriez les taxer, pour aider au remboursement.

BRUNO LE MAIRE
Une contribution exceptionnelle est envisageable.

JEAN-MICHEL APHATIE
De quelle manière ?

BRUNO LE MAIRE
Nous le verrons, mais une contribution exceptionnelle est envisageable, si je vous disais le contraire, vous me diriez à juste titre : si je fais 9 milliards d'euros, moins 5,7, il vous reste quand même un peu d'argent à trouver. C'est vrai. Mais une contribution exceptionnelle est envisageable, mais je veux en discuter avec les entreprises et éviter toute précipitation en la matière, parce que quand on se précipite en matière fiscale, en général, ça donne de mauvais résultats. Ça ne sera donc pas dans le projet de loi de finances, pour être tout à fait précis, que nous regarderons les solutions, ce sera dans un projet de loi de finances rectificative, au mois de novembre, pour nous donner le temps d'étudier les choses sereinement et d'avoir une réponse solide.

JEAN-MICHEL APHATIE
Très bien. On revient à l'interview du président de la République...

BRUNO LE MAIRE
Si vous voulez.

JEAN-MICHEL APHATIE
... sur des sujets qui ne sont pas économiques. Le président de la République a interrogé sur la PMA, et alors-là, quelle prudence. On l'écoute.

EMMANUEL MACRON – HIER SUR TF1 ET LCI
Le politique ne doit pas imposer un choix, en brutalisant les consciences, des convictions profondes que je respecte chez chacune et chacun, et donc je souhaite sur durant l'année 2018, nous puissions avoir ce débat de manière apaisée. Quand il s'agit de la procréation, de la filiation, etc., je souhaite que nous ayons un vrai débat.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors, pendant la campagne, le président de la République, candidat, s'était dit favorable à la PMA, mais il avait dit « on va attendre l'avis du Conseil national consultatif, d'éthique », qui est tombé, qui a dit « on est favorable à la PMA », et puis là, le président dit : « Ben, on va continuer à discuter ». Ça ne se fera jamais en fait.

BRUNO LE MAIRE
Moi je trouve qu'il a été sage de dire que les responsables politiques doivent respecter des consciences de chacun. Sage.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais il faut décider aussi.

BRUNO LE MAIRE
En la matière, on n'est pas obligé de décider du jour au lendemain, de prendre le temps de consulter, d'écouter les convictions des uns et des autres, les réserves des uns et des autres. On voit bien que lorsqu'on passe en force sur ce genre de sujet, pour en faire un coup politique, ce qu'avait fait son prédécesseur avec le mariage homosexuel, on perd de tous les côtés. Se donner du temps sur les matières qui touchent les consciences intimes de chacun, je pense que c'est de la sagesse.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un coup politique ou ce sont des convictions. L'ancien président de la République l'avait annoncé pendant sa campagne électorale, puis il l'a fait pendant son quinquennat.

BRUNO LE MAIRE
Il n'a écouté personne, Jean-Michel APHATIE...

JEAN-MICHEL APHATIE
L'actuel président de la République a annoncé...

BRUNO LE MAIRE
... Il n'a pas discuté...

JEAN-MICHEL APHATIE
... quelque chose pendant sa campagne, là il dit...

BRUNO LE MAIRE
... si on veut chercher le contre-modèle de ce qu'il faut faire en la matière, c'est-à-dire sur des sujets qui touchent à la vie humaine, aux consciences les plus profondes de chacun, le contre-exemple absolu, c'est ce qu'a fait le prédécesseur d'Emmanuel MACRON, avec le mariage homosexuel, en étant incapable d'écouter les uns et les autres, en considérant que toute opposition était par définition illégitime et irrecevable. On a vu ce que ça a donné, souvenez-vous du niveau de tension dans la société française, sur un sujet qui aurait pu rassembler. Eh bien je regrette cette méthode-là, et je préfère de loin, la méthode sage du nouveau président de la République.

BRUCE TOUSSAINT
Sur la PMA, quelle est votre conviction ?

BRUNO LE MAIRE
Justement, ma conviction est que je n'y suis pas favorable. On le sait, j'ai des réserves sur ce sujet-là, je trouve que ça touche à des sujets fondamentaux, liés à la vie, à la possibilité de donner la vie, tout cela ne se traite pas facilement. J'ai des réserves.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça pourrait être un cas de rupture pour vous ?

BRUNO LE MAIRE
Non, puisque je suis rentré dans ce gouvernement, en sachant parfaitement quel était le projet du président de la République, ça fait partie des deux ou trois réserves que je pouvais avoir sur ce projet, et je n'ai pas changé d'avis sur le sujet. Ma ligne rouge n'est pas du tout sur la PMA, je suis rentré dans ce gouvernement en connaissance de cause, et je remercie le président de la République, de faire attention aux consciences des uns et des autres, ma ligne rouge elle est sur la GPA, qui, elle, pour le coup, est une ligne rouge pour moi.

JEAN-MICHEL APHATIE
Tout le monde a remarqué et scruté ce week-end sur Twitter, cet #balancetonporc. Des femmes ont raconté les formes de harcèlement dont elles sont victimes, d'où ma question simple, Bruno LE MAIRE : connaissez-vous aujourd'hui un homme politique dont on dira dans dix ans « nous savions qu'il était un harceleur. Nous le savions ».

BRUNO LE MAIRE
Non.

JEAN-MICHEL APHATIE
Sinon vous le dénonceriez.

BRUNO LE MAIRE
Non.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est compliqué.

BRUNO LE MAIRE
C'est compliqué, mais la dénonciation ne fait pas partie de mon identité politique.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et après, on dit : « On savait tous ».

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, je vous dis simplement que la dénonciation n'a jamais fait, et ne fera jamais partie de mon identité politique.

JEAN-MICHEL APHATIE
De toutes les façons, vous n'en connaissez pas.

BRUNO LE MAIRE
Et de toute façon, je n'en connais pas.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE, merci d'avoir été l'invité de France Info ce matin.

BRUNO LE MAIRE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 octobre 2017

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