Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes à Public Sénat le 17 octobre 2017, sur les violences faites aux femmes, le harcèlement de rue et les égalités entre les femmes et les hommes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes à Public Sénat le 17 octobre 2017, sur les violences faites aux femmes, le harcèlement de rue et les égalités entre les femmes et les hommes.

Personnalité, fonction : SCHIAPPA Marlène, VIGUIER Cyril .

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes;

ti :

CYRIL VIGUIER
Bonjour à ceux qui nous rejoignent. C'est l'invité politique de Public Sénat avec la presse quotidienne régionale, les télés locales de France, les indés radios - 130 radios, nos partenaires sur tout le territoire français – et avec TV5 Monde. Aujourd'hui c'est Marlène SCHIAPPA. Bonjour.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Merci. Vous êtes secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes. La sémantique est importante : les femmes et les hommes.

MARLENE SCHIAPPA
Bravo.

CYRIL VIGUIER
Merci d'être notre invitée ce matin. Pour vous interroger à mes côtés, Oriane MANCINI de Public Sénat chargée entre autre des opérations spéciales.

ORIANE MANCINI
Bonjour Cyril, bonjour madame SCHIAPPA.

CYRIL VIGUIER
Et Stéphane VERNAY qui dirige le bureau parisien de Ouest France, le premier quotidien français. Marlène SCHIAPPA, une semaine après la polémique des Inrocks consacré à Bertrand CANTAT, le magazine Elle a choisi de consacrer son édito à Marie TRINTIGNANT. Ça sort ce matin, on le voit sur cet écran. Morte le 1er août 2003 sous les coups de l'ancien chanteur de Noir Désir. « On ne t'oublie pas » insiste ce texte en forme de plaidoyer contre les violences faites aux femmes. Quelle est votre réaction face à cet édito du magazine Elle ce matin ? Je sais que vous aviez réagi aux Inrocks.

MARLENE SCHIAPPA
Je pense que c'est évidemment une excellente initiative. Je pense à elle et je pense à ses enfants.

ORIANE MANCINI
Est-ce que vous diriez Marlène SCHIAPPA, quand on voit cet édito, quand on voit ce qu'il est en train de se passer aujourd'hui, que l'on est à un tournant dans la société sur ce sujet des violences faites aux femmes ?

MARLENE SCHIAPPA
Je le souhaite. En tout cas ce que j'observe, c'est que les femmes parlent de plus en plus et que la société les écoute de plus en plus. Parce que les femmes, en réalité, ont toujours parlé mais souvent on ne les a pas écoutées. Et là, elles se mettent ensemble, elles parlent en groupe et, du coup, je pense que la société s'indigne de plus en plus, laisse de moins en moins passer des choses de l'ordre du sexisme, du harcèlement sexuel, des agressions sexuelles ou des coups menant à la mort dans le cas de Marie TRINTIGNANT.

STEPHANE VERNAY
Quel regard est-ce que vous portez sur le hashtag #balancetonporc qui s'est diffusé sur les réseaux sociaux ? Est-ce que vous pensez que c'est une bonne méthode ?

MARLENE SCHIAPPA
Je pense que tout ce qui peut permettre aux femmes de parler est une bonne méthode et je pense qu'il faut vraiment, de mon point de vue, se garder de dire aux femmes comment elles devraient parler ou ne pas parler, parce que ça n'est pas là l'essentiel. L'essentiel, c'est le fond de ce qu'elles disent et je comprends qu'être derrière un écran soit plus facile pour dire des choses qui sont extrêmement dures à verbaliser. Maintenant, bien évidemment Twitter ça ne remplace pas un tribunal, ça ne remplace pas une action en justice mais c'est déjà un premier pas et peut-être un pas majeur pour beaucoup de femmes que de parler de ce sujet.

STEPHANE VERNAY
Ça libère clairement la parole, mais est-ce que ça ne peut pas être source aussi de pression ou de problématique judiciaire en fait. On ne sait pas jusqu'où ça peut aller.

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, on verra. J'ai l'impression que, pour l'instant, d'après ce que j'observe, il n'y a pas de dérives, d'après ce que j'en ai vu en tout cas. Je pense que Twitter n'est pas plus que rien d'autre qu'une zone de non-droit, donc je pense qu'il n'y aura pas de dérive sur ce sujet. Je le souhaite ; en tout cas, on y sera vigilant.

ORIANE MANCINI
Il y a quand même des noms, en tout cas, qui sont donnés sur Twitter. Est-ce que il n'y a pas un risque de dérapage du fait que des noms soient donnés, soient balancés clairement sur le réseau social sans que la justice n'ait pu faire son travail ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais la justice peut faire son travail justement. D'abord, d'une part, quand les femmes décident de déposer des plaintes pour les faits qu'elles dénoncent. Quand elles donnent des noms, c'est qu'elles sont prêtes peut-être à, en tout cas, en parler. Et d'autre part, la diffamation n'est pas autorisée en France, donc si diffamation il y a, il y aura un procès de la même manière.

ORIANE MANCINI
Justement, vous parliez de la justice mais est-ce que le fait que la parole se libère comme elle s'est libérée sur Twitter ces derniers jours, ce n'est pas aussi le signe d'une défaillance des institutions et notamment des institutions judiciaires ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est un signe effectivement qu'on regarde avec attention. La question que nous devons nous poser, nous les pouvoirs publics, c'est effectivement de se dire pourquoi les femmes préfèrent parler ou parlent en tout cas plus sur Twitter qu'en allant dans un commissariat de police ? Effectivement, c'est pour ça que nous avons ouvert cette grande consultation pour faire une loi citoyenne pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles.
J'étais hier soir avec notamment la garde des Sceaux mais aussi le président de l'Assemblée nationale, des ministres, Brigitte MACRON et beaucoup de parlementaires. Nous étions à un débat après un spectacle d'Andréa BESCOND sur le sujet des violences sexuelles et sexistes. L'idée, c'est que chaque citoyenne et chaque citoyen puisse participer à l'écriture de cette loi et nous dire, par exemple, pourquoi ils ne vont pas déposer des plaintes ou pourquoi les plaintes n'aboutissent pas. Donc on met les experts, la justice, les magistrats mais aussi les victimes de ces faits dans l'écriture de cette loi.

STEPHANE VERNAY
Sur la prise en compte des plaintes et la parole des femmes, notamment devant la justice ou les services de police, les choses se sont quand même beaucoup améliorées ces dernières années.

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

STEPHANE VERNAY
Il y a encore des progrès significatifs à faire ?

MARLENE SCHIAPPA
Effectivement, vous avez raison de souligner que les choses se sont améliorées. D'abord c'est une profession, la police, qui s'est considérablement féminisée dans les dernières années. Et ensuite, il y a un certain nombre de formations qui ont été mises en place. Je pense à ce que fait la MIPROF, la Mission interministérielle de protection des femmes qui est dirigé par Elisabeth MOIRON-BRAUD qui fait un énorme travail, justement en interministérialité avec le ministère de l'Intérieur, pour créer des kits de formation. Je rappelle qu'il y a en France 1 281 fonctionnaires qui sont mobilisés sur le territoire dans le cadre des brigades familiales et des référents territoriaux pour lutter contre les violences faites aux femmes, les violences sexistes, sexuelles et intrafamiliales.

ORIANE MANCINI
Vous parliez de cette grande consultation citoyenne que vous avez lancée pour mettre en place de votre taxe contre les violences sexuelles et sexistes. Comment concrètement vous allez faire pour élaborer une loi issue d'une consultation citoyenne, puisque c'est assez original comme démarche ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, absolument. C'est original, on l'assume. Ça fait partie de l'identité du mouvement politique auquel j'appartiens, La République En Marche, la consultation citoyenne, l'intelligence collective. Là, nous avons lancé un tour de France de l'égalité entre les femmes et les hommes le 4 octobre dernier. C'est le Premier ministre Edouard PHILIPPE qui a marqué son top départ et nous faisons des ateliers partout en France qui sont organisés par les services déconcentrés des droits des femmes. Vous savez qu'en France, il y a une administration centrale des droits des femmes. Il y a des services déconcentrés dans les régions, dans les départements. Elles organisent et ont organisé des ateliers et, au cours de ces ateliers, chacun prend la parole et fait part de son sentiment. Le premier sur la question de cette loi a eu lieu hier soir dans les circonstances que je vous rappelais tout à l'heure.

STEPHANE VERNAY
Vous souhaitez que la société dans son ensemble redéfinisse ce qu'elle accepte ou pas ? On voit bien que c'est une démarche très transverse qui s'appuie sur ces consultations. Est-ce que vous avez l'adhésion, la solidarité de tous les ministères concernés ? Puisqu'on a parlé de l'intérieur, de la justice mais aussi l'Education nationale par exemple. Est-ce que tout le monde au sein du gouvernement est mobilisé vers ce même objectif autour de vous ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, complètement. Je pense que très honnêtement hier les associations qui étaient présentes saluaient le fait qu'il y ait des ministres en nombre, le président de l'Assemblée nationale, je le disais. Il y avait Benjamin GRIVEAUX par exemple qui est secrétaire d'Etat à Bercy et qui était lui aussi engagé et mobilisé, d'autres ministres qui se sont fait représenter ou qui étaient présents. Le fait que la garde des Sceaux et moi nous ayons présenté ensemble hier, main dans la main, ce projet de loi c'est quelque chose de très fort. Et nous travaillons, bien évidemment, avec le ministre de l'Intérieur puisque les forces de l'ordre sont en première ligne pour beaucoup de ces sujets.

ORIANE MANCINI
Une des mesures de ce texte, ce sera la pénalisation du harcèlement de rue. Concrètement, comment fait-on pour pénaliser le harcèlement de rue ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est une vraie question. D'abord, on définit le harcèlement de rue. Nous avons installé avec justement le ministre de l'Intérieur et la ministre de la Justice un groupe de travail de cinq députés de tous bords politiques, de gauche, de droite, du centre, d'En Marche. Ces cinq députés ont pour mission de définir, de fabriquer la définition juridique du harcèlement de rue ou de l'outrage sexiste, selon le terme qui est retenu, et de dire comment on pourra le verbaliser. Mais le président de la République l'a dit dans son intervention télévisée sur TF1, il a dit que la police de la sécurité quotidienne aurait, parmi ses priorités, la sécurité des femmes et notamment la lutte contre le harcèlement de rue, dans la rue et dans les transports.

CYRIL VIGUIER
Quand ça passe par la voix, comment ça va se passer concrètement ? Il faudra qu'il y ait des témoins, plusieurs témoins ? Vous avez une petite idée ?

MARLENE SCHIAPPA
L'idée, ce serait qu'on soit sur du flagrant délit. C'est-à-dire qu'à chaque fois qu'il y aurait - pas à chaque fois - mais quand il y aurait du harcèlement de rue, les policiers et les policières qui seraient en patrouille verraient le harcèlement de rue et interviendraient en flagrant délit en mettant une amende. On est conscient qu'il n'y aura pas justement à chaque fois un policier ou une policière derrière chaque phénomène de harcèlement de rue, mais je pense que c'est très important et que c'est aussi le rôle de la loi de dire ce qui est permis et ce qui n'est pas permis. Et je pense que ça aura valeur d'exemple et valeur de pédagogie. Quand je vois à quel point la parole sur le harcèlement de rue s'est libérée ces derniers mois sur ce sujet, je pense qu'on est en train de faire des progrès sur justement l'abaissement de notre seuil de tolérance à ces phénomènes.

ORIANE MANCINI
Mais juridiquement, Marlène SCHIAPPA, pour qu'il y ait harcèlement il faut qu'il y ait à répétition. Là même s'il y a du flagrant délit, si ce n'est qu'une fois, est-ce que ce sera considéré comme du harcèlement ? Est-ce que vous allez changer la définition du harcèlement du coup ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors d'abord, la Cour de cassation a ajouté des précisions au harcèlement quand ça peut être considéré comme du harcèlement juridiquement, y compris quand ça n'a lieu qu'une fois mais qu'il y a un caractère, je crois, d'intimidation majeur. Donc il y a une interprétation selon les cours de justice mais ensuite, vous avez raison, il y a ce caractère répétitif à la base. Pourquoi les femmes ont appelé ça « harcèlement de rue » ? Parce qu'il y avait un caractère répétitif mais de plusieurs personnes différentes. C'est là qu'est la difficulté dans la caractérisation dans la loi ; c'est pour ça qu'on étudie la possibilité de parler peut-être aussi d'outrage sexiste pour enlever le terme de harcèlement, mais c'est quelque chose qui est encore à l'étude avec les cinq députés du groupe de travail.

ORIANE MANCINI
Il y a déjà des lois, de nombreuses lois qui existent sur ce sujet. Est-ce que vous ne craignez pas, comme le disent certaines associations féministes, que ça ne soit qu'une loi de plus qui ne soit pas forcément efficace ?

MARLENE SCHIAPPA
Non. Alors moi, j'ai entendu beaucoup d'associations au contraire saluer cette prise de parole et saluer cette loi. Je pense qu'elle sera efficace et je pense qu'on ne peut pas souhaiter qu'il n'y ait pas de loi. On ne peut pas souhaiter que reste permis en France de suivre, de harceler des femmes dans l'espace public. Je pense que c'est le rôle de la République française de dire très clairement ce qui fait partie de son cadre républicain, de son jeu social ou pas.

STEPHANE VERNAY
Est-ce que finalement on n'est pas à la fois dans la symbolique et que la symbolique de cette loi compte autant que sa mise en oeuvre ? Ce sera difficile quand même.

MARLENE SCHIAPPA
Si, si, complètement. Je l'assume complètement. Il y a deux volets. Il y a un volet réel de flagrant délit et je pense qu'il y aura du flagrant délit. Je pense que les forces de l'ordre verbaliseront pour du harcèlement de rue, mais il y a effectivement cet aspect pédagogique qui fait partie de ce que nous voulons faire.

CYRIL VIGUIER
Marlène SCHIAPPA, la secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, est notre invitée politique ce matin. Marlène SCHIAPPA, l'ouverture de procréation médicalement assistée aux couples de femmes : Emmanuel MACRON est resté un peu flou durant son interview à la télévision, « favorable à titre personnel mais sans heurter les consciences » a-t-il dit. Est-ce que le risque là aussi, ce n'est pas que ce soit très, très difficile sur le plan législatif ?

MARLENE SCHIAPPA
Qu'est-ce qui serait difficile ?

CYRIL VIGUIER
De rédiger quelque chose, de rédiger une loi. Est-ce que vous ne pensez pas qu'il va y avoir une difficulté là-dessus ?

MARLENE SCHIAPPA
Non. Honnêtement, je ne pense pas. Au demeurant…

CYRIL VIGUIER
Vous attendez des contributions pour pouvoir avancer dans ce domaine ?

MARLENE SCHIAPPA
Honnêtement, je ne pourrai pas vous répondre puisque la PMA, je n'en ai pas la responsabilité comme je l'ai toujours dit. C'est la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès BUZYN qui porte cette loi sur la PMA.

CYRIL VIGUIER
Mais vous avez un avis là-dessus ?

MARLENE SCHIAPPA
J'ai bien évidemment un avis que j'ai donné à de nombreuses reprises. Je suis favorable à l'ouverture de la PMA pour toutes les femmes, qu'elles soient en couple avec des femmes ou célibataires, mais le président de la République a insisté sur le fait : il est très attaché au consensus, à ne pas heurter les consciences comme il l'a dit, et il s'attache à ce qu'il y ait des états généraux de la bioéthique qui permettent à chacune et à chacun de s'exprimer, de donner son point de vue, son ressenti pour pouvoir justement construire cette loi dans l'apaisement et sans que le débat ne déborde.

ORIANE MANCINI
Vous n'avez pas la responsabilité de la PMA, en revanche vous avez la responsabilité de l'égalité femmes hommes. Et sur ce sujet, Emmanuel MACRON a dit qu'il était pour reconnaître des droits égaux. Comment on reconnaît des droits égaux en autorisant la PMA pour les couples de femmes et en interdisant la GPA pour les couples d'hommes ? Je sais que vous n'aimez pas l'expression de droit à l'enfant, mais est-ce que ce droit à l'enfant doit être égal pour les femmes et pour les hommes ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, non. Ce n'est pas que je n'aime pas l'expression de droit à l'enfant, c'est que je n'y crois pas en fait. Ce n'est pas que je ne l'aime pas, c'est que je ne pense pas - mais ça, c'est ma conviction personnelle ; c'est un débat quasiment philosophique - mais je ne pense pas qu'il existe un droit à l'enfant. Ce n'est pas au nom du droit à l'enfant que je suis favorable à l'ouverture de la PMA, c'est parce qu'il y a une discrimination actuellement entre les femmes en couple hétérosexuelles et les femmes en couple homosexuelles ou célibataires qui a été relevé par notamment le défenseur des droits à la Cour européenne et d'autres instances.

ORIANE MANCINI
Mais du coup, sur cette question du droit à l'enfant, est-ce qu'il n'y aura pas une discrimination entre les couples de femmes et les couples d'hommes ?

MARLENE SCHIAPPA
Non. Ecoutez, je pense que le mot de discrimination, j'y suis extrêmement attachée et je lutte véritablement contre toutes les discriminations. J'étais maire adjointe à l'égalité et la lutte contre les discriminations précédemment mais je pense que là, en l'espèce, il ne s'agit pas d'une discrimination. Il s'agit d'une iniquité éventuellement, d'une différence, mais si on considère que c'est une discrimination, ça veut dire que le fait que les femmes accouchent et que les hommes n'accouchent pas serait une discrimination en soi. Ça n'est pas le cas. C'est une différence mais qui n'est pas une différence discriminante, je pense.

ORIANE MANCINI
Emmanuel MACRON souhaite un débat apaisé sur ce sujet de la PMA. Est-ce que vous pensez vraiment qu'on peut avoir un débat apaisé sur ce sujet ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, je le pense.

STEPHANE VERNAY
Il y a un autre point que j'aimerais aborder avec vous. On vous entend beaucoup en ce moment sur les sujets qu'on vient d'évoquer ; par contre, sur un sujet récurrent et très important qui est celui de l'égalité salariale entre les hommes et les femmes, on ne vous entend pas sur ce point précis. Est-ce que c'est quelque chose qui est dans votre agenda, que vous y travaillez, où vous estimez que la situation en la matière aujourd'hui en France est satisfaisante ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors j'ai fait énormément. Ç'a été les premières actions que j'ai menées quand j'ai été nommée, l'égalité salariale, et j'en ai encore parlé lors des questions au gouvernement dernièrement. C'est un des thèmes phares du Tour de France de l'égalité entre les femmes et les hommes. Une de mes premières actions, ça a été de faire le name and shame pour les entreprises qui ne respectent pas l'égalité professionnelle.
Dans l'égalité professionnelle, il y a bien sûr l'égalité salariale. Nous sommes en train de travailler avec le Conseil supérieur de l'égalité professionnelle que je préside en tant que secrétaire d'Etat, qui mène un travail justement pour le calcul, entreprise par entreprise, des inégalités de salaires. Il y a un logiciel en Belgique qui s'appelle Logibe qui fait cela, qui calcule les pourcentages d'écart de salaires et qui permet aux entreprises de rééquilibrer.
J'étais en visite à Bordeaux il y a quelques semaines, j'ai visité l'entreprise CDiscount qui a justement entrepris de rehausser tous les salaires des femmes qui étaient inférieurs à ceux des hommes à poste égal ou équivalent pour arriver à une parfaite égalité salariale. Ça nous prouve que c'est faisable et que c'est possible quand il y a une volonté dans l'entreprise.

ORIANE MANCINI
Alors là aussi des lois existent sur ce sujet de l'égalité salariale et professionnelle notamment sur la loi SAUVADET, est-ce qu'il n'y a pas des failles dans leur application ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument. Il y a des failles dans leur application, vous avez raison de le souligner, il y a des trous dans la raquette, si vous me permettez l'expression un peu familière, mais la loi SAUVADET - dont vous parlez – par exemple elle prévoit 90 000 euros de pénalité financière par unité d'emploi montant, c'est-à-dire à chaque fois qu'on n'atteint pas le quota de 40 % et qu'il n'y a pas de primo nomination de femme haut fonctionnaire, il y a cette pénalité qui est prévue ; or, nous nous sommes aperçus qu'il n'existe pas de canal, il n'existe pas de dispositif qui permette d'affecter au budget de l'Etat cette pénalité financière qui serait versée ou prélevée par le fonction publique elle-même. Donc c'est ce que nous sommes en train de construire, nous sommes en train de construire ce dispositif pour permettre de réaffecter au budget de l'Etat cette somme, au demeurant le ministère de l'Action et des Comptes publics m'a dores et déjà reversé 500 000 euros au titre de ce qui pourrait être prélevé pour l'année à venir.

CYRIL VIGUIER
Vous parliez de la Belgique, il y a des pays qui font beaucoup mieux que nous ?

MARLENE SCHIAPPA
Sur l'égalité salariale ?

CYRIL VIGUIER
Oui.

MARLENE SCHIAPPA
Il y a des cultures très différentes. J'ai été à Londres, j'ai rencontré mon homologue il y a quelques semaines, on a des problèmes à peu près similaires sur l'égalité salariale, on est sur le même taux d'écart de salaire, mais paradoxalement il y a des pays dont on peut penser qu'ils seraient moins à la pointe et qui en fait ont beaucoup moins d'écart de salaire entre les femmes et les hommes que nous. Donc effectivement c'est véritablement un enjeu culturel. Mais vous savez je pense que tout est lié. Je pense qu'on ne peut pas dire aux femmes qu'elles doivent briser le plafond de verre, aller négocier des augmentations de salaire si elles doivent craindre pour leur sécurité dans la rue, sur le trajet dans les transports en commun, sur le trajet qui les mène sur leur lieu de travail, et qu'elles arrivent terrifiées après avoir passé une demi heure à raser les murs et à avoir peut en regardant derrière elles, et elles ne peuvent pas arriver comme des conquérantes et des wonder women négocier leur augmentation.

ORIANE MANCINI
Alors le sénateur et secrétaire national du Parti communiste, Pierre LAURENT, a demandé hier le retour d'un ministère plein des Droits des femmes. Que répondez-vous ?

MARLENE SCHIAPPA
Je lui réponds que c'est très gentil de demander une promotion, je lui remercie vraiment, et il ne m'est pas apparu que je faisais moins avec un secrétariat d'Etat qu'on a pu faire auparavant avec un ministère plein et entier puisque la différence entre secrétariat d'Etat et le ministère c'est principalement le statut de la personne en charge du portefeuille et au demeurant sa rémunération, mais je suis rattachée à Matignon ; ça veut dire que j'ai davantage de moyens qu'on n'en a jamais mis. Au demeurant le budget de l'égalité entre les femmes et les hommes augmente, le budget des Droits des femmes atteint près de 30 millions, ce qui est le seuil le plus haut qui n'est jamais été atteint, et il sera exécuté intégralement, il est sanctuarisé pour toute la durée du quinquennat. J'ai beaucoup entendu des gens raller sur le gel du budget 2017, je n'ai pas entendu beaucoup de salutations et de félicitations au Premier ministre pour cet arbitrage rendu sur un budget historiquement …

ORIANE MANCINI
Peut-être parce que certes c'est le budget le plus haut, vous l'avez dit près de 30 millions d'euros, mais il ne représente quand même que 0,006 % du budget des ministères….

MARLENE SCHIAPPA
On a augmenté un petit peu.

ORIANE MANCINI
Alors peut-être 0,007, mais en attendant Pierre LAURENT lui dit par exemple qu'il faudrait 1 milliard pour vous permettre de réaliser vos actions. Vous en avez 30 millions, même si c'est le budget le plus haut vous manquez de moyens ? Lui il estime d'après des calculs qu'il a fait …

MARLENE SCHIAPPA
Sur quoi son calcul se base-t-il ?

ORIANE MANCINI
Lui il estime, d'après des calculs qu'il a fait qu'il faudrait 3,7 milliards pour lutter contre les violences…

MARLENE SCHIAPPA
Et il en ferait quoi ?

ORIANE MANCINI
Il demande 1 milliard. Ça vous lui demanderez ce qu'il veut en faire. En attendant il demande 1 milliard pour votre ministère, mais au-delà de ce que demande Pierre LAURENT est-ce que 30 millions c'est suffisant ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez les 30 millions vous savez ils servent quasiment intégralement à subventionner des associations, à subventionner des actions. Pour le reste ce sont les autres ministères qui sont mis à contribution et on retrouve ça dans le DPT, le document de politique transversale, qui permet de voir qu'en réalité on est au-delà de 30 millions. Je vous donne un exemple, tout ce qui concerne la mise en oeuvre du téléphone grave danger, du téléphone d'alerte, eh bien c'est la justice qui en grande partie prend en charge sa mise en oeuvre. Là nous sommes en train de construire avec le Service national et civil, nous allons construire, dès lors que la ministre des Armées aura décidé qu'il faudra commencer à le faire, une journée de formation à l'égalité entre les filles et les garçons au moment de ce service. Le financement ne sera pas fait par mon secrétariat d'Etat. Au demeurant je suis rattachée à Matignon, ça veut dire que par exemple le tour de France de l'égalité entre les femmes et les hommes, dont je parlais tout à l'heure, qui a été lancé par le Premier ministre c'est Matignon qui le prend en charge en très grande partie financièrement.

CYRIL VIGUIER
Merci Marlène SCHIAPPA, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, d'avoir été l'invitée de cette matinale d'info.

MARLENE SCHIAPPA
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 octobre 2017

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