Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, avec Sud Radio le 17 octobre 2017, sur la politique de la ville et sur le Grand Paris. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, avec Sud Radio le 17 octobre 2017, sur la politique de la ville et sur le Grand Paris.

Personnalité, fonction : MEZARD Jacques.

FRANCE. Ministre de la cohésion des territoires

ti :


PATRICK ROGER
Bonjour Jacques MEZARD.

JACQUES MEZARD
Bonjour.

PATRICK ROGER
On va parler dans un instant de l'appel des maires de banlieues, mais avant cela, un mot sur la perception peut-être d'Emmanuel MACRON de la France, du pays que vous connaissez bien, le président qui… c'est le président de la France qui va bien, vous, vous êtes chargé de celle qui va mal, en tout cas, c'est la perception qui est donnée, certains territoires ruraux à l'abandon, des quartiers populaires en déshérence. Est-ce que vous faites passer le message auprès du président ?

JACQUES MEZARD
Bien sûr, vous savez, je le fais passer, et j'ai commencé à le faire passer au cours de la campagne électorale, mais c'est un message qui passe, et d'ailleurs, dimanche, vous avez entendu, les Français ont entendu le président avoir des mots spécifiques concernant les quartiers fragiles, concernant les territoires les plus ruraux. Mon devoir d'ailleurs, c'est de faire passer au sein du gouvernement ce message important sur deux éléments de la nation aujourd'hui qui posent problèmes, qui sont les plus en difficulté, un certain nombre de quartiers dits prioritaires, fragiles, et aussi une partie des territoires ruraux qui ont ce sentiment d'abandon, qui les amènent…

PATRICK ROGER
Mais on n'a pas l'impression vraiment quand même que le président entende bien ce message, si ?

JACQUES MEZARD
Je vous assure que le président entend…

PATRICK ROGER
Maintenant, il faut agir, quoi !

JACQUES MEZARD
Voilà, et il faut réaliser un diagnostic, que nous avions déjà fait, d'ailleurs, s'il y a un ministère de la Cohésion des territoires, c'est bien que ce problème a été analysé pendant la campagne électorale, au cours de ces mois de campagne, il a bien entendu ce qui remontait du terrain, mais on ne règle pas en quatre mois, moi, je suis dans ce ministère après un bref passage à l'Agriculture…

PATRICK ROGER
A l'Agriculture…

JACQUES MEZARD
Depuis quatre mois, on ne règle pas ces problèmes d'un coup de baguette magique. Nous avons un certain nombre de mesures, dont certaines viennent d'être prises, certaines sont en cours d'examen, mais ce sujet, nous le prenons à bras le corps, et j'entends parfaitement, moi, ce qui remonte, ce qui a été exprimé…

PATRICK ROGER
Eh bien, oui, parce que vos oreilles ont dû siffler quand même hier un peu avec ce cri d'alarme et une énorme interpellation des maires de banlieues et de quelques-uns même qui sont venus également à leur secours, si je puis dire, Anne HIDALGO, Valérie PECRESSE, réunis pour les premiers états-généraux. Ils disent notamment qu'ils veulent dix mesures d'urgence, dont le maintien des contrats aidés, qu'est-ce que vous leur répondez ce matin ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez, d'abord, je pense que, moi, je ne tomberai pas dans de la polémique par rapport à ça. Que ceux qui ont depuis longtemps…

PATRICK ROGER
Oui, mais les contrats aidés, ce n'est pas une polémique…

JACQUES MEZARD
Non, non, mais il ne s'agit pas de… quand je parle de polémique, c'est que chacun, je dirais, tous les exécutifs, depuis des années, ont une responsabilité dans ce qui se passe dans tous ces territoires fragiles. Quand je dis ça, c'est une constatation et je m'y mets avec, tous les responsables politiques. Aujourd'hui, nous avons un certain nombre de mesures à prendre. Les contrats aidés, j'ai indiqué la semaine dernière, en collaboration avec la ministre du Travail, que nous demandions aux préfets de flécher particulièrement les contrats aidés sur 2018, sur ces quartiers prioritaires, comme la même consigne a été donnée sur les territoires ruraux. Surtout, dans ces quartiers, nous avons besoin, beaucoup besoin de formations, nous avons pris un certain nombre de mesures déjà, je pense au dédoublement des classes dans les réseaux d'éducation prioritaire…

PATRICK ROGER
Oui, mais votre annonce de la semaine dernière n'a pas calmé quand même les esprits hier, donc vous dites des contrats fléchés, en fait, c'est-à-dire des aides fléchées, mais combien de contrats vont être maintenus ?

JACQUES MEZARD
La situation de ces quartiers ne relève pas simplement du nombre de contrats aidés, dans ces quartiers, il y a une accumulation de difficultés, quand j'y vais, et j'y vais une fois par semaine à peu près, dans un quartier différent, et ce qui me remonte, c'est une demande de droit commun, c'est-à-dire que ces quartiers ont l'impérieuse nécessité d'avoir des équipements, d'avoir des services au niveau sécurité, au niveau éducation, au niveau santé, comme tout le monde. Et nous avons, dans une partie de ces quartiers, parce que dans la politique de la ville, il y a 1.500 quartiers, il n'y a pas 1.500 quartiers qui sont en très grande difficulté, il y en a quelques dizaines qui ont des difficultés…

PATRICK ROGER
Ils disent, oui, ils veulent cent millions pour cent quartiers à peu près, cent millions d'euros…

JACQUES MEZARD
Ecoutez, nous avons, là-dessus, pris déjà des décisions dans les difficultés budgétaires actuelles, qui me paraissent extrêmement importantes. D'abord, la sanctuarisation des crédits politiques de la ville, sur le quinquennat, le milliard qui a été fléché, annoncé, sur la rénovation, sur les dossiers ANRU. Et les efforts concrets, j'ai parlé du dédoublement des classes, on en a ouvert en septembre 2.500 dans ces quartiers-là. Ce sont ces mesures-là qui comptent, parce que, faire des additions, moi, je veux bien, on peut toujours demander plus, je me suis battu pour que ces budgets soient sanctuarisés, mais au-delà de ça, j'entends, moi, le cri des maires qui sont dans les quartiers les plus difficiles…

PATRICK ROGER
Oui, qui sont au contact de ces populations difficiles…

JACQUES MEZARD
Ce sont eux, ces maires qui subissent le plus de difficultés. Ils sont pour la plupart…

PATRICK ROGER
Ils disent que c'est toujours une cocotte-minute…

JACQUES MEZARD
Voilà, ils ont raison. Ce sont eux qui, au contact de leurs concitoyens, voient certaines dérives, des difficultés dans certains quartiers de plus en plus lourdes au niveau de la sécurité, au niveau de l'emploi, il y a effectivement un décrochage dans un certain nombre de quartiers, j'entends que ces quartiers, nous puissions faire davantage pour eux, mais il y faut les efforts de tout le monde, des collectivités, aussi…

PATRICK ROGER
Mais qu'est-ce que vous pouvez faire très précisément, Jacques MEZARD justement, ministre des Cohésions des territoires, est-ce que, il faut relancer des zones franches par exemple, comme ça avait été lancé il y a quelques années, et on sait que ça a été un échec, mais certains réclament en fait le retour de ces zones franches ?

JACQUES MEZARD
Il y a cent zones franches, avec certains aspects positifs et d'autres qui le sont moins, c'est-à-dire des boîtes aux lettres qui sont dans les zones franches pour profiter de l'activité du système…

PATRICK ROGER
Mais qui ne créent pas d'emplois…

JACQUES MEZARD
Mais qui ne créent pas d'emplois…

PATRICK ROGER
En tout cas dans les quartiers…

JACQUES MEZARD
Donc il faut revisiter le système, nous attachons, nous, une importance particulière, je l'ai dit, à l'éducation, même si ça demande du temps, mais l'effet est déjà immédiat sur le primaire. A la police, sécurité de proximité qui va être mise en place, et…

PATRICK ROGER
Combien de policiers sur cette police de proximité ?

JACQUES MEZARD
Je ne suis pas le ministre de l'Intérieur, mais en tout cas, ces quartiers…

PATRICK ROGER
Non, mais vous travaillez avec lui…

JACQUES MEZARD
Ces quartiers sont une priorité. Donc ça, et surtout, sur la formation, nous voyons bien un déficit de formations pour accéder à l'emploi, il faut avoir des qualifications, de la formation, et là-dessus, c'est vraiment pour nous une priorité. Donc il y a un ensemble de mesures, mais l'Etat ne fera pas tout, tout seul, dans ces quartiers, nous avons le devoir d'aider les maires qui sont vraiment au premier rang dans la difficulté…

PATRICK ROGER
Au premier rang, oui…

JACQUES MEZARD
Mais aussi, de réunir toutes les collectivités, parce qu'on a besoin de tout le monde, aussi le monde économique, parce que je crois qu'il est nécessaire d'attirer…

PATRICK ROGER
Jacques MEZARD, il y a eu une critique quand même assez dure hier, qui vous visait, vous, et Julien DENORMANDIE, en disant : on a besoin d'un ministre en tant que tel de la politique de la ville.

JACQUES MEZARD
Ecoutez, il y a un ministre de la Cohésion des territoires…

PATRICK ROGER
Mais est-ce qu'il faut un ministre spécifique de la Ville ?

JACQUES MEZARD
Moi, je suis, pardon…

PATRICK ROGER
Ça vous fait un peu tousser, parce que ce n'est pas forcément la meilleure des demandes !

JACQUES MEZARD
Non, mais écoutez, la cohésion des territoires, si on ajoute derrière et de la ville et du logement et des territoires ruraux, ça n'a guère de sens, le mot cohésion des territoires a un sens, dans ce pays, nous avons un certain nombre de territoires qui ont décroché, je ne pense pas qu'on puisse en imputer directement la responsabilité à ce gouvernement depuis cinq mois, c'est une constatation, et…

PATRICK ROGER
Oui, bien sûr, c'était auparavant, oui…

JACQUES MEZARD
Enfin, mais là-dessus, je suis clair, moi, je considère que c'est une responsabilité collective de tous les décideurs.

PATRICK ROGER
Allez, question de Christophe BORDET et Michael DARMON.

MICHAEL DARMON
Vous dites : le président entend la suppression des départements de la Petite Couronne, qui est prévue, provoque une levée de boucliers donc chez les élus, pour faire le Grand Paris, est-ce que le gouvernement va reculer à ce sujet ?

JACQUES MEZARD
Non, mais là, vous partez du principe qu'il y aurait déjà une décision sur le Grand Paris.

MICHAEL DARMON
Il y a une décision sur la suppression des départements de la Petite Couronne, telle que le président l'a expliquée aux élus locaux.

JACQUES MEZARD
Ecoutez, pour l'instant, il n'y a pas eu… la conférence du Grand Paris n'a pas eu lieu, j'ai reçu personnellement, mais le Premier ministre, le président de la République et le ministre de l'Intérieur ont reçu aussi pratiquement tous les intervenants élus du Grand Paris, quelles sont les constatations ? Première constatation, tout le monde dit : le système est trop compliqué, le système ne fonctionne pas, il faut le changer. Là, c'est unanime. Ensuite, quand on demande les propositions pour changer le système, il y avait quand même une large tendance à considérer que ceux qui sont dans une strate de collectivité vous expliquent que la leur fonctionne bien, et que donc, il faut aller supprimer l'autre. Une fois qu'on a dit ça, ça ne résout pas grand-chose. Bien sûr, nous avons besoin de faire évoluer le Grand Paris, je parle de la ville monde, qui a…

MICHAEL DARMON
… Qui est de supprimer les départements autour…

JACQUES MEZARD
Alors, mais, il ne s'agit pas aujourd'hui de dire : on supprime les départements autour, on supprime ceci ou cela, il y a la nécessité d'une conférence, d'un dialogue, qui est en cours, on écoute, et ce qui est certain, c'est qu'il faudra une décision, parce que, moi, je me suis bien rendu compte que, il y a beaucoup de propositions, beaucoup de propositions contradictoires et qui n'ont d'ailleurs…

MICHAEL DARMON
Et quand est-ce que cette discussion va arriver ?

JACQUES MEZARD
Qui sont…

MICHAEL DARMON
Il y a une date de fixée, oui, pour cette décision ?

JACQUES MEZARD
En tout cas, d'ici la fin de l'année, nous y verrons plus clair. Cette conférence du Grand Paris a été annoncée, elle doit servir à ça, et nous avons, là-dessus, des propositions qui sont tellement contradictoires, parce que, il y a des habitudes aussi…

MICHAEL DARMON
Et vous, qu'est-ce que vous pensez, en un mot, il faut faire ce Grand Paris et supprimer les départements ?

JACQUES MEZARD
Oui, il faut… je ne dis pas… aujourd'hui, vous ne me ferez pas dire qu'il faut supprimer ceci ou cela, je dis très clairement : il faut un Grand Paris qui ait une capacité d'action, et à partir des grands projets, des grands projets de déplacements, des grands projets économiques, nous voyons avec les grandes capitales que s'il n'y a pas une grande politique du foncier, une grande politique du déplacement, pour permettre à cette ville monde, non seulement, de conserver, mais de développer son rang, je pense que ce serait un manque pour la France.

MICHAEL DARMON
Merci.

PATRICK ROGER
Question de Christophe BORDET.

CHRISTOPHE BORDET
Alors justement, puisqu'on parle du Grand Paris, Jacques MEZARD, la Seine-Saint-Denis met les pieds dans le plat, ne veut plus payer le RSA au mois de décembre prochain. Vous allez faire quoi ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez…

CHRISTOPHE BORDET
Si le département ne paie plus le RSA, vous faites quoi ?

JACQUES MEZARD
Dans cette République, il y a des lois, donc je ne pense pas qu'il soit opportun que telles collectivités disent : je n'exécute plus la loi. Par contre, que le gouvernement entende les difficultés des départements…

CHRISTOPHE BORDET
Non, mais si la Seine-Saint-Denis n'a plus un sou ?

JACQUES MEZARD
Je ne pense pas qu'on puisse dire aujourd'hui que la Seine-Saint-Denis n'a plus un sou. Ce n'est pas ce que me disent d'autres…

CHRISTOPHE BORDET
Mais c'est un peu ce que dit le président de la Seine-Saint-Denis…

JACQUES MEZARD
Mais que chaque président dise qu'il a de grandes difficultés, et la Seine-Saint-Denis connaît un certain nombre de difficultés et de responsabilités particulières, mais qu'est-ce qui s'est passé sur les départements ? Il s'est passé que, ils ont une compétence sociale très lourde, et que, une partie de leurs dépenses, finalement, n'a pas été compensée depuis des années. Il y a aujourd'hui un dialogue, et je ne suis pas le ministre des collectivités locales, même si je les reçois souvent, il y a un dialogue…

PATRICK ROGER
Oui, Cohésion des territoires…

JACQUES MEZARD
Oui, mais bon. Collectivités locales, c'est à l'intérieur, ce que tout le monde n'entend pas. Mais le congrès des départements de France a lieu jeudi, à Marseille, ces éléments, et moi, je les ai reçus, sont exprimés, il y a des demandes sur justement ces différentes allocations, RSA, APA, il y a des demandes de fonds d'urgence…

CHRISTOPHE BORDET
Mais vous allez arriver les mains vides !

JACQUES MEZARD
Comment ?

CHRISTOPHE BORDET
Vous allez arriver les mains vides au congrès.

JACQUES MEZARD
Vous savez, moi, je n'arrive pas les mains vides au niveau des conseils départementaux, parce que je suis certainement un des parlementaires qui a le plus oeuvré pour défendre efficacement les départements ces dernières années.

PATRICK ROGER
Merci Jacques MEZARD, ministre de la Cohésion des territoires, d'avoir répondu en direct ce matin à nos questions sur Sud Radio. Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 octobre 2017

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