Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à Public Sénat le 19 octobre 2017, sur les manifestations contre la réforme du Code du travail, la suppression de l'impôt sur la fortune et les relations avec les élus locaux. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à Public Sénat le 19 octobre 2017, sur les manifestations contre la réforme du Code du travail, la suppression de l'impôt sur la fortune et les relations avec les élus locaux.

Personnalité, fonction : PHILIPPE Edouard, VIGUIER Cyril .

FRANCE. Premier ministre;

ti : CYRIL VIGUIER
Nous recevions à plusieurs reprises le député-maire du Havre, aujourd'hui, nous accueillons le Premier ministre. Bonjour Edouard PHILIPPE.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Merci d'être avec nous en direct sur le plateau de cette matinale d'infos. Cette émission sera relayée sur le site Internet de la presse quotidienne régionale ce matin, sur les télés locales de France, nos partenaires, sur TV5 Monde à l'international, et, bien sûr, sur les Indés Radios, les 130 radios partenaires de cette matinale sur tout le territoire français. Pour vous interroger, à mes côtés, ce matin, Michaël SZAMES, le rédacteur en chef politique de Public Sénat. Bonjour Michaël.

MICHAËL SZAMES
Bonjour à tous.

CYRIL VIGUIER
Et Nathalie MAURET. Bonjour Nathalie.

NATHALIE MAURET
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Vous représentez le groupe EBRA, c'est neuf journaux, du Progrès de Lyon, en passant par Le Dauphiné ou Le Républicain Lorrain. Merci d'être sur ce plateau. Voilà, dans cette première partie, Monsieur le Premier ministre, nous allons nous intéresser aux questions de politique nationale. Et en deuxième partie, avec Stéphane VERNAY, de Ouest France et Yves HARTE, de Sud-Ouest, nous regarderons les questions liées aux territoires, alors que s'ouvre le Congrès de l'assemblée des départements de France à Marseille, où vous vous rendez demain. Edouard PHILIPPE, tout d'abord, nouvel appel à manifester de la CGT et Solidaires aujourd'hui contre la réforme du code du travail. Vous leur dites quoi ce matin, pour vous, est-ce que c'est toujours un sujet d'abord ?

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien, moi, d'abord, j'écoute, vous me posez la question de savoir ce que je dis aux syndicalistes, et à ceux qui appellent à la grève, eh bien, pour l'instant, je ne dis pas grand-chose, mais j'écoute, parce que la liberté de manifester est une liberté constitutionnelle. La liberté de faire grève est une liberté constitutionnelle. Vous savez que je suis attaché aux libertés, et il est parfaitement respectable et admissible, bien entendu, que des citoyens, qui ne sont pas d'accord avec une réforme, puissent le dire, l'exprimer dans le respect de la loi, bien entendu, mais…

CYRIL VIGUIER
Ça sert encore à quelque chose, c'est ça la question ?

EDOUARD PHILIPPE
Où est-ce qu'on en est du point de vue juridique ? Les ordonnances sont en vigueur, elles ont été signées, elles ont été publiées, elles sont en vigueur, après, le débat qui a eu lieu au Parlement sur la loi d'habilitation, qui a autorisé le gouvernement à prendre ces ordonnances, et avant un autre débat, qui interviendra dans les mois qui viennent, le plus rapidement possible, sur la loi de ratification, qui vient autoriser, d'une certaine façon, ces ordonnances à prendre valeur législative. Donc le processus, il est engagé, il a d'ailleurs été conduit exactement dans les conditions que nous avions annoncées, que j'avais annoncées avant les élections législatives, que le président de la République avait annoncées avant les élections présidentielles. Et nous déroulons cette procédure. Et j'observe que les syndicats qui, pour certains d'entre eux, sont critiques sur ce texte, ont participé au processus que nous avions mis en place, et que je les ai vus pour le deuxième processus que nous mettons en place…

MICHAËL SZAMES
Alors, justement, Monsieur le Premier ministre…

EDOUARD PHILIPPE
Sur la formation professionnelle, sur l'apprentissage, sur l'assurance-chômage. Et donc, il y a, de mon côté – je le dis sans barguigner – beaucoup de respect pour les organisations syndicales, et j'assume d'avoir des désaccords avec elles, c'est parfaitement respectable d'avoir des désaccords avec elles, mais je les respecte…

MICHAËL SZAMES
Justement, vous êtes en train de finir ce round de négociations, comme on dit, il y a une proposition…

EDOUARD PHILIPPE
Je ne le finis pas, je le commence…

MICHAËL SZAMES
Une première partie en tout cas. Il y a une proposition qui cristallise en tout cas la polémique, si on peut dire ainsi, celle du MEDEF, qui veut un contrôle quotidien sur les chômeurs notamment. Est-ce que vous trouvez cette proposition décente ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne me prononce pas sur telle ou telle proposition alors que nous sommes en train d'engager la deuxième phase, qui me semble essentielle, sur le fond, pour le rebond de notre économie et pour la sécurisation…

MICHAËL SZAMES
Le président de la République lui-même a dit qu'il faudrait des contrôles renforcés.

EDOUARD PHILIPPE
Et pour la sécurisation des parcours professionnels. Pour le dire en un mot, le premier volet de la réforme que nous avons engagée, celui relatif aux droits du travail, a – et ça a été noté, parfois, critiqué, parfois applaudi – mais, a introduit une forme de flexibilité et de capacité d'adaptation au sein de l'entreprise grâce aux droits, flexibilité. Le deuxième volet, il nous permet, avec les organisations syndicales, avec les régions aussi, de réfléchir à apprentissage, formation professionnelle, assurance-chômage. Et il doit amener de la sécurisation, de la sécurisation des parcours professionnels, de la sécurisation grâce à la compétence et grâce à la capacité à apprendre à se former et à faire face aux évolutions professionnelles que chacun d'entre nous, nous avons à connaître dans la vie. Donc ce qui m'intéresse…

MICHAËL SZAMES
Vous vous éloignez un peu de ma question…

EDOUARD PHILIPPE
Oui, mais je vais y revenir, non, mais je vais y revenir, parce que la question, elle est importante, il faut la mettre dans la grande image. Donc notre objectif, c'est, avec les organisations syndicales et patronales, avec les régions aussi, de faire en sorte que l'apprentissage fonctionne mieux, que la formation professionnelle fonctionne mieux, et que l'assurance-chômage prenne en compte un certain nombre d'évolutions, d'engagements qui ont été pris par le président de la République, mais aussi d'évolutions. Telle ou telle idée, j'entends tel ou tel responsable d'organisation patronale parler d'un contrôle quotidien, personne ne conteste l'idée qu'il faille avoir sur des dispositifs un certain nombre de contrôles, c'est vrai…

NATHALIE MAURET
Sauf que là, ils sont quotidiens…

EDOUARD PHILIPPE
C'est vrai pour ceux-là comme pour d'autres. Tout ce qui relève de la fraude est à proscrire. La fraude fiscale aussi. Mais beaucoup plus que de savoir s'il faudrait être tatillon trois fois par jour, ce qui m'intéresse, c'est le sens qu'on donne à la réforme entière. Je vais prendre un autre exemple, un certain nombre de gens pensent qu'il faut mettre en place un système de bonus-malus sur les contrats de travail pour essayer de favoriser les entreprises qui, au sein d'une branche, ont plus recours aux contrats à durée indéterminée qu'aux contrats à durée déterminée.

MICHAËL SZAMES
Vous y êtes favorable ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais, je vais vous faire exactement la même réponse, l'instrument en tant que tel existe, peut exister, il peut être intéressant, il n'a de sens que si on le prend tous ensemble, et si on avance tous ensemble sur une réforme qui a un équilibre. Je voudrais le dire autrement, ce qui importe, c'est, dans une réforme où vous prenez cinq, dix, quinze, vingt, vingt-cinq mesures, c'est l'équilibre que ces mesures dessinent entre elles, ça, ‘c'est essentiel. Et notre objectif dans cette réforme – formation professionnelle, apprentissage, assurance-chômage – c'est prendre en compte les transformations du monde, sécuriser les parcours professionnels, faire en sorte que des dispositifs essentiels – pour arriver à plus d'emplois…

MICHAËL SZAMES
Oui, des portes sont ouvertes, Edouard PHILIPPE ?

EDOUARD PHILIPPE
Apprentissage, formation professionnelle – fonctionnent mieux. C'est ça le grand défi…

NATHALIE MAURET
Monsieur le Premier ministre…

EDOUARD PHILIPPE
… Le reste, ça peut être parfois des points de vue formulés avec plus ou moins de provocation, ce n'est pas ce qui m'intéresse le plus.

NATHALIE MAURET
Un des sujets du jour aujourd'hui, ça va être à l'Assemblée nationale, la suppression de l'article sur l'ISF, c'est un article qui va être examiné en priorité. Deux Français sur trois, 70 % des Français, y sont opposs. Est-ce que c'est de nature… à votre avis, pour les Français, est-ce que c'est une bonne nouvelle pour les Français de supprimer cet ISF ? Est-ce que vous pensez qu'ils peuvent le croire ?

EDOUARD PHILIPPE
Alors, je n'ai aucun doute sur le fait que c'est assez peu populaire, si la seule chose qui m'intéressait était la popularité, je ne serais pas parti sur cette mesure…

NATHALIE MAURET
Sauf que c'est difficile à faire expliquer…

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien, c'est exactement ce que je vous dis, c'est assez peu populaire.

NATHALIE MAURET
Donc c'est un problème ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, non, parce que vous ne pouvez pas définir une politique globale en fonction de la popularité qu'elle suscite, vous devez la définir en fonction de l'intérêt pour le pays que vous attribuez à cette mesure. La suppression de l'ISF, l'ISF, ça a été introduit en France en 1981, on ne parle pas d'un instrument dont personne ne saurait vraiment très bien s'il produit des effets et comment il produit des effets. Ça fait longtemps…

NATHALIE MAURET
Sauf que c'est un marqueur fort…

EDOUARD PHILIPPE
Oui, oui, ça, c'est un marqueur…

MICHAËL SZAMES
Vous irez jusqu'au bout, Monsieur le Premier ministre ?

EDOUARD PHILIPPE
Attendez, eh bien, je vais essayer d'aller jusqu'au bout de ma réponse, d'abord…

MICHAËL SZAMES
Oui, jusqu'au bout de votre phrase, mais est-ce que vous irez jusqu'au bout de l'ISF ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, mais je vais d'abord aller jusqu'au bout de ma réponse. Il existe depuis 1981, on connaît ses effets, un prélèvement pour les gens les plus riches, et un départ massif de ceux-là mêmes pour ne pas payer l'ISF. On peut critiquer les gens qui partent de France pour ne pas payer l'ISF, on peut dire qu'on les comprend, ça n'est même pas mon problème. Ce qui est certain, c'est que depuis un peu plus de dix ans, on va dire quinze ans, il y a près de 10.000 contribuables français assujettis à l'ISF qui sont partis de France, et ils ne sont pas partis simplement pour ne plus payer l'ISF, ils sont partis pour ne plus payer l'ISF et pour ne plus payer, Madame, aucun impôt en France. Le patrimoine total de ces un peu moins de 10.000 personnes, 10.000 contribuables, fortunés, qui sont partis de France, c'est de l'ordre de trente-cinq milliards d'euros. Ça veut dire que quand ils partent, ils cessent de payer l'ISF, mais ils cessent de payer l'impôt sur le revenu, ils cessent de payer les cotisations sociales, ils appauvrissent l'économie française dans sa globalité. Donc comme le président de la République l'avait dit pendant sa campagne, car il n'y a rien de neuf, pendant sa campagne, le président de la République a indiqué qu'il souhaitait supprimer l'ISF et le remplacer par l'impôt sur la fortune immobilière…

MICHAËL SZAMES
Il y a quelque chose de neuf, Monsieur le Premier ministre…

EDOUARD PHILIPPE
Pour la partie immobilière de cet impôt sur la fortune. Comme nous l'avons dit avant les élections législatives, nous faisons cette réforme, dont j'ai parfaitement conscience qu'elle n'est pas forcément la plus populaire, mais que j'assume, comme j'assume toutes les autres mesures de ce paquet, qu'est le budget, et qui doit nous permettre la transformation du pays…

MICHAËL SZAMES
Il y a quelque chose de neuf, Monsieur le Premier ministre, c'est cette image qui colle à la peau du président de la République de président des riches. Est-ce que ça vous pose un problème ?

EDOUARD PHILIPPE
Moi, j'entends, et c'est, à mon avis, une mauvaise habitude française, que sur la présentation du budget, on dit : président des riches ou cadeau… ce qui m'intéresse quand je fais un budget, et quand je le présente au Parlement, c'est de faire un budget pour la France. Ceux qui dénoncent la suppression de l'ISF oublient, en général, d'évoquer les autres mesures du budget, ils n'ont pas une vision équilibrée, et je pense, à certains égards, qu'il leur arrive d'avoir une vision qui n'est pas objective, mais après tout, c'est le jeu politique, je ne le découvre pas, je m'y attendais. Ce que moi, j'essaie de faire, ce n'est pas de stigmatiser telle ou telle catégorie de Français, c'est d'essayer de faire un budget qui permet la transformation du pays, et le rebond de notre économie. Et je suis convaincu que pour permettre le rebond de notre économie, il faut à la fois libérer l'économie d'un certain nombre de carcans, faire en sorte que le capital circule mieux, ça n'est pas un grand mot, et protéger les plus faibles, et c'est ce que fait ce budget, et tous ceux qui l'abordent avec une vision, je dirais équilibrée, voient bien qu'il y a, à la fois, des mesures qui libèrent, et d'autres qui protègent les plus faibles. Et j'observe que souvent, on ne voit que les unes et on oublie de citer les autres.

CYRIL VIGUIER
C'est Edouard PHILIPPE, le Premier ministre, qui est l'invité de cette matinale d'infos, « Territoires d'Infos ». Edouard PHILIPPE, François HOLLANDE, dont Emmanuel MACRON était ministre de l'Economie, ne se cache même plus pour critiquer votre politique. 120 parlementaires de gauche signent une tribune pour vous demander des comptes. On peut se demander si vous n'avez pas réussi l'exploit de ressouder l'opposition contre vous.

EDOUARD PHILIPPE
Ecoutez, je ne sais pas, et pardon de vous dire que ça m'intéresse assez peu…

CYRIL VIGUIER
Vous le savez, vous êtes le chef de la majorité…

MICHAËL SZAMES
Le président de la République (sic) qui vous critique, qui critique votre gouvernement…

EDOUARD PHILIPPE
Non, l'ancien…

NATHALIE MAURET
L'ancien…

MICHAËL SZAMES
Critique votre politique, ça ne vous intéresse pas ?

EDOUARD PHILIPPE
L'ancien président de la République…

MICHAËL SZAMES
L'ancien président, oui…

EDOUARD PHILIPPE
Oui, pardon, mais ce n'est pas exactement la même chose pour moi…

MICHAËL SZAMES
Non, l'ancien président de la République…

EDOUARD PHILIPPE
L'ancien président de la République…

CYRIL VIGUIER
Dont l'actuel président a été le ministre de l'Economie…

EDOUARD PHILIPPE
Dont j'ai observé d'ailleurs qu'il formulait des critiques acerbes et acides sur la politique française depuis l'étranger.

MICHAËL SZAMES
Ça vous a choqué ?

NATHALIE MAURET
Il ne devrait pas dire ça ?

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien, écoutez, moi, je ne sais pas, mais un certain nombre de journalistes qui m'accompagnent savent que lorsque je suis à l'étranger, je m'interdis tout commentaire sur la politique nationale. Pas du tout parce que je pense qu'elle n'est pas intéressante, mais parce que c'est une règle que j'ai observée chez un certain nombre de présidents de la République qui m'ont beaucoup impressionné, et que manifestement monsieur HOLLANDE ne règle pas pour lui, et puis, j'observe que si monsieur HOLLANDE voulait être critique sur la fiscalité, sur les mesures qui sont prises par ce gouvernement, il aurait pu peut-être faire preuve d'une forme d'humilité, je vous rappelle que, il y a quelques jours, le Conseil constitutionnel a censuré une mesure qui a été prise en 2012, en juillet 2012, par la majorité précédente, sur la commande du président de la République de l'époque, qui a un impact pour les finances publiques françaises de l'ordre de dix milliards, c'est-à-dire que nous allons devoir rembourser à des entreprises, à des entreprises, dix milliards d'euros, dix milliards d'euros, qui ont été indûment prélevés, inconstitutionnellement prélevés…

MICHAËL SZAMES
Avec une taxe…

EDOUARD PHILIPPE
Inconstitutionnellement prélevés…

NATHALIE MAURET
Ça veut dire…

EDOUARD PHILIPPE
Inconstitutionnellement prélevés…

MICHAËL SZAMES
Une nouvelle taxe ?

EDOUARD PHILIPPE
On va voir, mais on va voir, parce que c'est une mauvaise nouvelle pour tout le monde…

MICHAËL SZAMES
Ce n'est pas décidé encore ?

CYRIL VIGUIER
Et vous pointez la responsabilité de François HOLLANDE…

MICHAËL SZAMES
Ce n'est pas décidé encore ?

CYRIL VIGUIER
Vous pointez la responsabilité de François HOLLANDE ?

EDOUARD PHILIPPE
Attendez, attendez, allons jusqu'au bout, j'aimerais que ceux qui aujourd'hui, à 10.000 kilomètres, alors qu'ils ne se sont pas présentés aux élections pour défendre leur bilan, commentent de façon acide et acerbe ce que nous faisons aujourd'hui pour réparer le pays, prennent une certaine forme d'humilité sur ce qu'ils ont fait hier et sur les responsabilités qu'ils ont dans les dérèglements de l'économie française. Ça vaut pour l'ancien président de la République, je le dis sans aucune animosité, ça vaut aussi pour un certain nombre d'anciens responsables ministériels, je pense à monsieur SAPIN ou à monsieur ECKERT, qui sont toujours prompts à donner des leçons, mais qui assument manifestement moins bien la part qu'ils ont eue dans les problèmes que nous vivons…

NATHALIE MAURET
Mais vous déciderez quand s'il y a une nouvelle taxe ou pas ? Vous avez un calendrier ?

EDOUARD PHILIPPE
D'abord, on est en train de regarder ce que la décision du Conseil constitutionnel implique pour les finances publiques…

NATHALIE MAURET
Mais ce n'est pas exclu en tout cas ?

EDOUARD PHILIPPE
Moi, vous savez, avant d'avoir terminé ma réflexion, je ne ferme aucune porte, donc je regarde, je constate que c'est une mauvaise nouvelle pour l'économie française, dix milliards, c'est beaucoup d'argent, c‘est beaucoup d'argent, et je suis obligé d'avoir à l'esprit le fait que nous voulons, avec le président de la République, fixer une trajectoire budgétaire et financière qui soit claire et qui permette le rebond du pays. Et c'est mon objectif. Donc il faut réussir à prendre en compte cette mauvaise nouvelle, cette très mauvaise nouvelle, sans perturber le travail de réparation et de redémarrage du pays dans lequel nous sommes engagés.

MICHAËL SZAMES
Dans cinq jours, Monsieur le Premier ministre, vous serez certainement exclu de votre ancienne famille Les Républicains, déjà, personnellement, est-ce que ça vous touche, et deuxièmement, si vous êtes exclu, allez-vous prendre votre carte La République En Marche, comme Bruno LE MAIRE ?

EDOUARD PHILIPPE
Ecoutez, moi, je ne saisis pas si ça me touche, vous parlez de mon exclusion d'un parti que j'ai fondé…

NATHALIE MAURET
Justement !

CYRIL VIGUIER
Ça doit vous toucher…

EDOUARD PHILIPPE
Avant que le parti Les Républicains s'appelle le Parti Les Républicains, il s'appelait l'UMP, et son premier président, c'était Alain JUPPE, vous l'avez évoqué dans la séquence qui précédait cette émission, et j'étais son directeur général, j'étais le premier directeur général de cette formation politique. Donc j'ai consacré deux années et demie de ma vie à en organiser les rouages, et à faire en sorte qu'elle fonctionne. Et puis ensuite, j'ai été élu adjoint au maire, et puis, maire, et puis, député

MICHAËL SZAMES
Allez-vous prendre votre carte ?

EDOUARD PHILIPPE
Donc j'observe ces discussions internes, qui m'intéressent assez peu, mais je les regarde avec beaucoup d'intérêt, mais en même temps, avec beaucoup de distance. J'ai un engagement politique, il est clair, la réussite du président de la République.

NATHALIE MAURET
Mais on peut être chef de la majorité sans parti ?

EDOUARD PHILIPPE
La réussite du président de la République, je suis, comme on le dit couramment, chef de la majorité, je crois en tout cas être engagé d'une façon extrêmement claire et totale, totale dans la réussite de cette majorité et de ce président de la République. Le reste…

MICHAËL SZAMES
Donc pas besoin de prendre votre carte, c'est ça ?

EDOUARD PHILIPPE
Le reste, les engagements partisans, je vais regarder ça avec beaucoup de distance.

CYRIL VIGUIER
Edouard PHILIPPE, vous restez avec nous pour la deuxième partie de cette matinale d'info, on va parler territoires, du lien qui s'est distendu avec les élus et les collectivités locales, un petit mot, vous avez lu tous les livres sur l'enfer de Matignon avant d'y aller ?

EDOUARD PHILIPPE
Je n'ai pas lu tous les livres, je sais que la chaire est triste, hélas, mais je n'ai pas lu tous les livres.

CYRIL VIGUIER
Il y ait décrit une vie impossible, c'est le cas ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne crois pas au terme d'enfer, en tout cas, si c'est le sens de votre question, je sais qu'il y a ce reportage et ce livre fameux sur l'enfer de Matignon, je ne crois pas au terme d'enfer, c'est une mission exigeante, difficile, peut-être redoutable à certains égards, je ne crois pas qu'elle soit plus difficile que ce que font des millions de Français qui nous regardent, qui se sont levés très tôt pour aller bosser, voilà, donc c'est une mission difficile et je la fais avec beaucoup de concentration, mais aussi beaucoup d'enthousiasme, parce que c'est assez formidable d'être amené  servir son pays.

CYRIL VIGUIER
On va poursuivre avec vous, Monsieur le Premier ministre, dans un instant, avec nos éditorialistes de la presse quotidienne régionale sur le sujet des territoires. A tout de suite. Deuxième partie de cette matinale d'info avec le Premier ministre, Edouard PHILIPPE, pour vous interroger, à mes côtés, Yves HARTE, le directeur éditorial de Sud-Ouest. Bonjour Yves. Le Premier ministre se rend à Bordeaux vendredi. Et Stéphane VERNAY, le directeur du bureau parisien de Ouest France, le premier quotidien français, et qui est dans l'Ouest. Edouard PHILIPPE, aujourd'hui, débute à Marseille l'Assemblée des départements de France, vous vous y rendez demain, c'est une période de tensions entre le gouvernement et les collectivités locales. Allez-vous recoudre un lien qui s'est distendu depuis plusieurs semaines, vous allez à Marseille dans quel état d'esprit ?

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien, d'abord, j'y vais avec plaisir, parce que j'aime aller à Marseille, avant d'aller voir les présidents des départements de France, j'irai saluer le maire de Marseille…

CYRIL VIGUIER
Claude GAUDIN…

EDOUARD PHILIPPE
Et je le ferai avec amitié et respect, parce que, être maire de Marseille, c'est quand même une sacrée mission, et pour Jean-Claude GAUDIN, est un sacré parcours. Et puis ensuite, j'irai voir les présidents des départements, et j'expliquerai, de façon, à la fois, très directe, très complète, je l'espère, et très calme…

CYRIL VIGUIER
Opération déminage ?

EDOUARD PHILIPPE
Opération déminage, non, on va discuter avec les présidents des départements, j'ai rencontré le président de l'association des départements de France, Dominique BUSSEREAU, la semaine dernière. On a eu une discussion à la fois très directe et très calme et très complète sur toute une série de sujets qui sont d'intérêt commun et sur lesquels nous pouvons avancer…

CYRIL VIGUIER
Et on y va, et on y va, Yves HARTE, Sud-Ouest !

YVES HARTE
On peut imaginer que votre discussion avec Dominique BUSSEREAU ait été très calme et très directe, mais enfin, si on résume un peu la situation, Monsieur le Premier ministre, les collectivités territoriales sont toutes fâchées avec le gouvernement, les régions ont claqué la porte, les maires, que vous connaissez bien, par nature, ne vous parlent plus vraiment, vous n'avez…

EDOUARD PHILIPPE
Non, moi, je ne suis pas du tout d'accord avec votre présentation, pardon, parce que vous êtes en train de…

YVES HARTE
Mais laissez-moi…

EDOUARD PHILIPPE
Non, mais je vais vous laisser terminer…

YVES HARTE
Laissez-moi terminer…

EDOUARD PHILIPPE
Je vais vous laisser terminer, mais je ne peux pas accepter l'idée que vous disiez : les collectivités territoriales, ce n'est pas vrai…

YVES HARTE
Il vous reste un front, que vous n'avez pas les moyens d'ouvrir, c'est celui des départements que vous voyez demain. Qu'est-ce que vous allez accorder aux départements ?

YVES HARTE
Non, mais attendez, déminage, front, ce n'est pas la guerre !

YVES HARTE
Et je ne vous dis pas que c'est la guerre !

EDOUARD PHILIPPE
Non, enfin, attendez, vous utilisez un vocabulaire de guerre ! Front, déminage, ce n'est pas la guerre, en aucune façon…

YVES HARTE
Je vous dis que les collectivités territoriales dans deux instances, ont claqué la porte de la conférence…

EDOUARD PHILIPPE
Ce n'est pas vrai !

YVES HARTE
Ah bon.

CYRIL VIGUIER
Moi, j'ai dit « aller recoudre » !

EDOUARD PHILIPPE
Ce n'est pas vrai, les maires ne sont pas partis de la conférence des territoires…

YVES HARTE
Et les régions…

EDOUARD PHILIPPE
Les régions ont dit qu'elles ne venaient pas, mais…

YVES HARTE
Ah !

EDOUARD PHILIPPE
Mais regardez, cet après-midi, non, ce matin, dans mon bureau, j'ai le président, par intérim, de l'assemblée des régions de France, le président de la région Centre Val de Loire, le président BONNEAU, qui vient discuter avec la ministre du Travail, avec le ministre de l'Education nationale et avec moi, de la position des régions dans la réforme de l'apprentissage, de la formation professionnelle, et de l'assurance-chômage, que nous avons engagée hier avec les organisations syndicales. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que j'ai parfaitement entendu les manifestations de mauvaise humeur, et s'agissant des régions, le claquement de portes annoncé à la conférence nationale des territoires, et j'observe qu'en pratique, j'observe qu'en pratique, les présidents de régions, ils ont beaucoup de choses à discuter, bien légitimement d'ailleurs, avec l'Etat, et l'Etat a beaucoup de choses à discuter bien légitimement avec les présidents de régions, et que cette discussion, elle a lieu, j'observe aussi que, à l'assemblée des communautés de France, vous savez, l'association qui regroupe les communautés de communes, les communautés d'agglomérations, le débat a été non seulement très calme, mais très confiant avec les présidents de ces établissements publics de coopération intercommunale…

YVES HARTE
Il n'empêche que les départements menacent quand même…

EDOUARD PHILIPPE
Qui, permettez-moi de penser…

YVES HARTE
Non, mais vous ne pouvez pas le nier…

EDOUARD PHILIPPE
Permettez-moi de dire que les présidents d'établissements publics de coopération intercommunale, les présidents de communautés d'agglos, communautés de communes, représentent aussi quelque chose sur les territoires. J'observe, pardon, mais allons jusqu'au bout, j'observe que la discussion avec France Urbaine, qui représente les métropoles, se passe également dans de bonnes conditions, ça ne veut pas dire qu'on est d'accord sur tout, mais elle se passe dans de bonnes conditions. Quant à l'AMF, l'Association des Maires de France, j'ai rencontré, il y a peu, à l'occasion d'un déjeuner avec Gérard COLLOMB, le président et le vice-président de l'AMF, et c'est vrai qu'il y a des sujets sur lesquels nous ne sommes pas totalement liés, mais il y a une discussion, et il faut qu'elle s'inscrive dans un cadre qui est rénové, pourquoi ? Parce que depuis la suppression du cumul des mandats, les élus locaux, les présidents d'exécutif, maires, présidents de Conseils départementaux, présidents de Conseils régionaux, ne sont plus au Parlement, ni à l'Assemblée nationale ni au Sénat. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que le Parlement reste compétent pour faire la loi, et ça, ça ne va pas changer. Mais les grandes collectivités territoriales estiment que dans leurs relations avec le gouvernement, elles ne peuvent plus simplement compter sur le Parlement, et elles doivent avoir un nouveau mode de discussion. C'est la conférence des territoires. Et il n'y a pas de grammaire pour ça, il n'y a pas de règle, on est en train d'inventer la façon de travailler ensemble, et c'est forcément pas toujours facile.

STEPHANE VERNAY
La conférence nationale des territoires a été très appréciée par les élus, au mois de juillet ils étaient contents, c'est une nouvelle forme de dialogue, mais deux, trois jours après, ou dans la foulée il y a eu une série d'annonces qui les a braqués, qui était défavorable aux collectivités…

EDOUARD PHILIPPE
Il y a eu beaucoup d'annonces qui ont été faites après la conférence des territoires, qui tenaient notamment à la nécessité de respecter les engagements que nous avions pris, enfin pardon que la France avait pris vis-à-vis de nos partenaires, que ce soit les partenaires européens ou l'Union européenne, et qui n'avaient pas du tout été pris en compte dans le budget. Et ce que vous savez parfaitement d'ailleurs. C'est-à-dire que ce qui est extraordinaire c'est que nos prédécesseurs nous ont laissés un budget totalement déséquilibré, ce n'est pas moi qui le dis seulement, c'est la Cour des Comptes. Après tout, mince, la Cour des Comptes sait ce dont elle parle, et nous avons du prendre des décisions en conséquence.

STEPHANE VERNAY
Monsieur le Premier ministre, il n'y a pas eu des maladresses quand même dans les annonces qui ont été faites, leur succession, ou est-ce qu'il y avait une volonté de bousculer les élus ….

CYRIL VIGUIER
Qu'est-ce que vous allez dire à l'ADF ?

EDOUARD PHILIPPE
Il n'y a aucune volonté de bousculer. Et il n'y a aucune volonté d'antagonisme. C'est pour ça que je n'aime pas le vocabulaire guerrier dont vous avez fait … je vous le dis, vous avez le droit de l'utiliser, moi j'ai le droit de réagir !

YVES HARTE
Vous n'avez toujours pas répondu à ma question, qu'est-ce que vous allez accorder aux départements ?

EDOUARD PHILIPPE
Il y a une volonté de discuter, de travailler, de contractualiser. Ce que nous proposons aux maires, aux présidents de département, aux présidents de région en matière budgétaire c'est une contractualisation telle qu'il n'y en a jamais existée. Qu'est-ce qui se faisait auparavant ? Que dénonçaient les maires, les présidents de Conseils départementaux et les présidents de Conseils régionaux ? Une diminution de la DGF. Au rabot, paf, on casse la DGF pour tout le monde. Qu'est-ce que nous proposons ? Tout autre chose. Nous disons aux maires et aux maires des grandes villes notamment, aux présidents de Conseils départementaux, aux présidents de Conseils régionaux : « nous allons avec vous déterminer les conditions dans lesquelles l'augmentation des dépenses publiques locales, l'augmente à la baisse, l'augmentation des dépenses publiques locales, va être maitrisée ; et si nous respectons ensemble ce chemin, alors il n'y a plus de baisse de DGF ». Mais pardon, c'est bien plus intelligent, c'est plus délicat aussi. Parce que je vais vous dire, la facilité ce serait de faire comme on a fait auparavant. La facilité ce serait de dire à tous les élus « quel que soit, grandes communes, petites communes, vous avez une population qui augmente, vous avez une population qui diminue, hop baisse de la DGF pour tout le monde ». C'est ce qui s'est fait jusqu'à présent. Nous allons faire autrement de façon beaucoup plus intelligente. Mais ce n'est pas facile, il faut en discuter. Et j'observe que notre système – c'est ce que je vais écrire aux maires dans une lettre….

CYRIL VIGUIER
Voilà, vous allez écrire aux maires.

EDOUARD PHILIPPE
Notre système il repose sur une contractualisation avec les 310 collectivités territoriales qui représentent le plus dans la dépense publique. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que pour 35 000 communes, entendez-moi bien, pour 35 000 communes, il n'y aura même pas de mécanisme de contractualisation permettant de calibrer et d'encadrer l'augmentation de la dépense publique locale, nous leur ferons confiance. Indiquez-moi - puisque vous êtes des observateurs attentifs de la vie publique et notamment de la vie publique locale – indiquez-moi la dernière fois qu'une approche aussi respectueuse et aussi confiante des collectivités territoriales a été mise en oeuvre ?

YVES HARTE
Il n'empêche monsieur le Premier ministre que les départements, et vous le savez, vous attendent demain à Marseille avec des demandes extrêmement précises sur les dossiers. Qu'est-ce que vous allez leur répondre ?

EDOUARD PHILIPPE
Voilà bien sûr. Je vais leur répondre un certain nombre de choses sur les questions….

CYRIL VIGUIER
Les mineurs isolés par exemple, monsieur le Premier ministre, qui est une préoccupation dont on entend tout le temps parler dans le journal des territoires.

EDOUARD PHILIPPE
Bien sûr à juste titre. Qu'est-ce que c'est les mineurs isolés, on dit parfois aussi les mineurs non accompagnés. Il s'agit de la mise en oeuvre d'une compétence qui relève des départements et qui leur impose, ou leur confie le soin de s'occuper des mineurs qui ne sont pas placés sous la responsabilité d'un majeur, d'un parent. Et c'est évidemment le cas s'agissant d'un certain nombre de migrants. Pendant très longtemps ça a été un problème relativement restreint si on regarde ce qui se passait il y a quelques années, il y en avait quelques milliers, pas plus…

STEPHANE VERNAY
13 000 l'année dernière, 25 000 cette année.

EDOUARD PHILIPPE
Et 4000 en 2010. Grosso modo ….

STEPHANE VERNAY
Une croissance très forte ;

EDOUARD PHILIPPE
Voilà.

STEPHANE VERNAY
Ça coûte 1 milliard d'euro aux départements.

EDOUARD PHILIPPE
Et je vais terminer ma réponse parce que je pense que le sujet est, comme vous le dites, un sujet délicat pour les départements et délicat pour la France dans son ensemble. Il y avait très peu de mineurs non accompagnés il y a quelques années ; et puis, notamment avec les flux migratoires, il y a eu une augmentation très rapide et assez généralisée, pas simplement dans les villes ou dans les départements destinataires …. Assez généralisée sur le territoire du nombre de … Et donc évidemment une dépense à assumer pour les départements bien supérieure. Les d'épatements sont venus voir l'Etat, il y a déjà quelque temps d'ailleurs, en disant « il faut qu'on trouve une solution ». Et ils ont raison, il faut qu'on trouve une solution parce qu'on ne peut pas les laisser dans cette situation qui s'accroit. Alors la solution elle est d'abord dans le contrôle des flux migratoires. C'est très important de trouver la solution sur le territoire national, mais il faut bien voir aussi que nous devons nous engager pour contrôler, et contrôler mieux les flux migratoires à l'origine, dans ses pays d'origines, et aux frontières de l'Europe ; ça c'est un champ de réformes que nous avons engagé avec le président de la République. Vous savez les initiatives qui ont été prises en la matière. Et puis, il faut faire en sorte que les départements soient en mesure d'exercer leur compétence dans de meilleures conditions. Ça veut dire, et c'est la discussion que j'ai eu avec Dominique BUSSEREAU, et c'est le sens d'un certain nombre d'annonces que je ferai demain, et pas ce matin, mais demain, il faut que nous permettions aux départements de pouvoir se concentrer sur ce qui relève explicitement de leurs compétences, et que l'Etat prenne à sa charge des choses qui relèvent de compétences plus régaliennes, c'est-à-dire d'une capacité à décider notamment de la majorité ou de la minorité, je le dirais, les conditions dans lesquelles nous voulons mettre en oeuvre ces mesures. Mais là encore, entendons-nous bien, ce n'est pas parce qu'on se discute que les choses se passent mal ; moi quand j'ai vu Dominique BUSSEREAU il m'a expliqué ce problème, que je connaissais, vous savez j'ai eu l'amabilité de rappeler que j'ai été maire du Havre, j'ai été même élu du Conseil départemental de Seine Maritime, donc je vois très bien ce que cette question peut faire peser à la fois comme responsabilité humaine, politique et financière sur les départements. Et donc on va essayer de trouver avec eux la bonne façon de régler le problème. La bonne façon de régler le problème ce n'est pas simplement de faire du Bonneteau financier…

STEPHANE VERNAY
Mais l'évaluation vous allez la prendre en charge ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est exactement ce que je suis en train de vous dire. La bonne façon de régler le problème ce n'est pas simplement de faire du Bonneteau financier sur le thème « vous faisiez ça, on va financer ça, on va mettre un tube, tout ça ». Ce n'est pas ça. La bonne question c'est de réfléchir sur la totalité du process, de voire qui est compétent, pourquoi, combien ça coûte, comment on fait pratiquement ? Et c'est cette discussion que j'ai engagée avec le président BUSSEREAU et je pense que nous trouverons des solutions qui sont conformes à ce que souhaitent les départements et conformes à ce que nous souhaitons dans l'intérêt, pardon à la fin de la fin, dans l'intérêt de la politique publique en question, c'est-à-dire de l'accompagnement des mineurs non accompagnés. Et pardon, de dire toujours que même lorsqu'on parle avec les collectivités territoriales, qui sont parfaitement respectables – et Dieu sait que je pense qu'elles sont parfaitement respectables - à la fin, la primauté et l'intérêt général c'est toujours la politique publique qui est considérée et pas ceux qui la pratiquent.

STEPHANE VERNAY
Le RSA, le reste à charge, c'est l'autre problème au niveau des finances des départements, 4,4 milliards qui manquaient en 2016, ce que réclament les départements, qu'est-ce que vous allez faire ?

EDOUARD PHILIPPE
Sur le RSA d'abord je suis heureux d'avoir pu engager la discussion avec le président des Conseils départementaux, enfin pardon avec le président de l'Association des départements de France, parce que la position, je dirais, globale des départements a pu sembler osciller, on va dire, entre ceux qui souhaitaient la recentralisation, la renationalisation, et ceux qui ne la souhaitaient pas. Et vous savez, parce que là encore vous êtes des observateurs attentifs, qu'on a entendu des choses assez contradictoires sur le sujet. J'observe, Dominique BUSSEREAU l'a dit, que après beaucoup de discussions, la position, je ne sais pas si elle est unanime, mais en tout cas majoritaire et officielle de l'ADF, c'est « nous ne voulons pas la recentralisation ».

STEPHANE VERNAY
Vous comprenez ça ?

EDOUARD PHILIPPE
Je comprends parfaitement. J'entends. En tout cas j'entends. Donc je constate que la position est désormais claire, officielle et que ce que les départements veulent c'est que nous réfléchissions avec eux dans ce cadre à des solutions. J'ai indiqué au président ma disponibilité pour travailler sur le sujet, au président BUSSEREAU, ma disponibilité pour travailler le sujet, et j'ai bon espoir que nous arrivions. Et vous voyez bien que la réflexion à mener dans ce cadre n'est pas la même que celle que nous aurions du mener dans un autre cadre.

CYRIL VIGUIER
Vous allez à Bordeaux, vous allez rencontrer Alain JUPPE, demain, Virginie CALMELS a pointé dans le Figaro le fait que vous étiez un des artisans de la défaite d'Alain JUPPE. Il y a une bonne ambiance chez les juppéistes ; qui cesse d'être un ami ne l'a jamais été, c'est le mot de Mario PUZO dans le Parrain, c'est vrai ça ?

EDOUARD PHILIPPE
Si vous citez Le Parrain vous vous placez nos relations dans un registre qui n'a pas lieu d'être. Ecoutez, moi je n'ai aucun commentaire à faire sur ce que dit tel ou tel.

CYRIL VIGUIER
C'est la première adjointe d'Alain JUPPE à Bordeaux.

EDOUARD PHILIPPE
Je n'ai pas besoin d'intermédiaire dans ma relation avec Alain JUPPE. Je le connais depuis longtemps. Je l'aime profondément, j'ai toujours travaillé pour lui et je ne l'ai pas fait en me disant qu'il fallait que je le fasse, je l'ai fait parce que j'ai aimé ça, parce que j'ai aimé travailler avec lui, parce qu'il a cette intelligence, ce sens de l'Etat, cette bienveillance même, même si elle est parfois doublée d'un peu de distance. Mais après tout ça n'est pas grave.

CYRIL VIGUIER
Il n'est pas distant avec vous ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, on a toujours eu des relations d'une très grande affection. Pardon, je le dis, je peux exprimer l'immense affection que j'ai pour lui, l'immense admiration aussi que j'ai pour lui, après il lui appartient de dire ce qu'il pense de moi. Mais ce que je sais c'est que je n'ai jamais indiqué publiquement le contenu de nos conversations avec Alain JUPPE, à la différence de ce que font parfois d'autres, jamais. Et que cette capacité que nous avons eu à travailler ensemble, dans une immense relation de confiance, réciproque, je peux vous le dire, est une des plus belles choses qui me soit arrivée dans ma vie politique.

CYRIL VIGUIER
Merci monsieur le Premier ministre d'avoir été invité de Territoires d'infos ce matin et d'être revenu, on vous avait connu député maire du Havre, vous êtes Premier ministre. Merci à vous.

EDOUARD PHILIPPE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 octobre 2017

Rechercher