Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à CNews le 24 octobre 2017, sur le budget 2018 de la sécurité sociale et les dépenses de santé et le déficit de la sécurité sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à CNews le 24 octobre 2017, sur le budget 2018 de la sécurité sociale et les dépenses de santé et le déficit de la sécurité sociale.

Personnalité, fonction : BUZYN Agnès, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre des solidarités et de la santé;

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JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cette après-midi à l'Assemblée nationale, c'est votre premier grand débat, j'ai envie de dire aussi politique, le budget de la Sécurité sociale, c'est-à-dire la santé de tous les Français. Soyez la bienvenue, Agnès BUZYN. Bonjour et merci d'être là.

AGNES BUZYN
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En 2018, les dépenses de santé vont augmenter de 2,3, c'est-à-dire de 4,4 milliards. Mais comme la Sécurité sociale est toujours en déficit, vous voulez réduire ce déficit de 3 milliards. Comment vous allez faire et quelles économies ?

AGNES BUZYN
La réduction de 3 milliards porte sur l'ensemble du pôle de la Sécurité sociale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Hôpital compris.

AGNES BUZYN
C'est-à-dire dépenses de santé, retraites, allocations familiales. La totalité du pôle de la Sécurité sociale doit réduire son déficit de 3 milliards de façon à aboutir à un pôle Sécurité sociale, c'est-à-dire une Sécurité sociale à l'équilibre en 2020.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire déficit zéro ?

AGNES BUZYN
Déficit zéro, c'est ce que nous devons à nos enfants.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
2020 ?

AGNES BUZYN
En 2020.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le budget global de la santé, qu'est-ce qu'il représente ?

AGNES BUZYN
Autour de 200 milliards, un peu moins, pour la santé et évidemment des économies qui portent aussi sur le budget de la santé. Mais ce ne sont pas des économies que je souhaite faire en fait, je souhaite supprimer les dépenses inutiles parce qu'il y en a.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous avez dit : « 30 % des dépenses de l'Assurance maladie ne sont pas pertinentes. » Quelles dépenses ?

AGNES BUZYN
Les chiffres varient. C'est très difficile évidemment de le quantifier. Un rapport de l'OCDE dit que 25 % des dépenses de santé de notre pays sont inutiles. Les médecins le savent, il y a des actes qui ne servent à rien. Il y a des prises de sang qu'on pourrait éviter, parfois trop d'actes qui peuvent nuire au malade.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc des opérations, des interventions chirurgicales qui ne servent à rien. Vous le confirmez, ça.

AGNES BUZYN
On le sait, certaines opérations chirurgicales. Par exemple, il y a eu une période il y a vingt ans où on opérait tout le monde de l'appendicite et quand vous regardez maintenant, on a réduit les interventions sur l'appendicite de quasiment 70 %. Cela veut bien dire que toutes les opérations n'étaient pas pertinentes. C'est ce que j'essaye de faire avec le corps médical aujourd'hui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire supprimer ce qui est inutile.

AGNES BUZYN
Oui. Et je pense que c'est aux médecins de décider. Evidemment, ce n'est pas le ministère qui va décider de ce qui est utile ou pas. Il faut que ce soit un travail fait par les professionnels eux-mêmes pour un peu normer les prises en charge des maladies chroniques, les parcours les plus pertinents et éviter en fait…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites que 30 % des soins, vous ne les estimez pas utiles au patient. Mais à qui la faute ? Au patient qui réclame plus de soins, plus de médicaments ? Ou aux médecins qui les prescrivent très vite et trop ?

AGNES BUZYN
Probablement à nos habitudes. A nos habitudes de prescription, au fait que les patients parfois réclament des antibiotiques pour une grippe alors qu'on sait très bien que ces antibiotiques ne servent pas à grand-chose, ou réclament des médicaments parce que ça les rassure. Nous savons par exemple que nous consommons beaucoup plus de médicaments que nos voisins européens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et on n'est pas en meilleure santé.

AGNES BUZYN
On n'est pas forcément en meilleure santé, voire parfois on subit quelques effets secondaires de ces médicaments. Donc énormément d'économies faisables évidemment sur les médicaments en utilisant plus de génériques par exemple et en réduisant notre consommation. Et puis également des médecins qui peuvent avoir tendance, en attendant par exemple un rendez-vous de scanner – on le sait bien, on attend parce que le rendez-vous est dans quinze jours et on fait une radio pour attendre. Ça, ce sont des actes inutiles et qui, en plus, exposent les personnes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui va les contrôler ?

AGNES BUZYN
L'objectif, c'est qu'on identifie des parcours optimaux de prise en charge et qu'on mette des indicateurs de qualité de ces parcours. C'est-à-dire qu'est-ce qui fait qu'un parcours est de bonne qualité ? Qu'est-ce qui fait qu'un patient à la fin est bien soigné ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et qui évalue ?

AGNES BUZYN
Aujourd'hui, la Haute autorité de santé est capable, par exemple, d'identifier des parcours utiles pour un malade, notamment dans la prise en charge de l'accident vasculaire cérébral avec des indicateurs de qualité, et ça va nous permettre de juger de la qualité des soins.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va y venir. Le tiers-payant : en 2018, le tiers-payant devait être généralisé ; or, vous indiquez qu'il ne le sera pas. Vous êtes partie d'un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales, l'IGAS, qui vous dit : « Ce n'est pas techniquement possible. » Mais est-ce que ce n'est pas plutôt un abandon déguisé ?

AGNES BUZYN
Moi, je ne suis pas dogmatique sur le tiers-payant. C'est inscrit dans la loi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On a vu que vous avez évolué.

AGNES BUZYN
Et donc ce qu'on souhaite, c'est un tiers-payant généralisable, il doit être généralisable. Ça veut dire quoi en pratique ? Ça veut dire que, d'une part, il soit faisable, et aujourd'hui le rapport de l'IGAS nous montre qu'il n'est pas faisable techniquement. Mais on va avancer avec…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que ça veut dire que vous l'abandonnez ?

AGNES BUZYN
Non. Nous n'abandonnons pas le tiers-payant qui a vocation à être accessible à tous les malades, mais aujourd'hui il n'est pas faisable techniquement. Donc nous faisons avancer avec les professionnels, avec les mutuelles, pour rendre ce tiers-payant accessible et surtout je tiens – alors là, vraiment, j'y tiens énormément – à ce qu'il soit accessible aux personnes qui en ont besoin.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a deux choses si j'ai bien compris. D'abord, le tiers-payant fonctionne déjà pour à peu près 11 millions de personnes qui sont couverts à 100 %.

AGNES BUZYN
Exactement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les femmes enceintes, les maladies chroniques, et cætera. Ça, c'est maintenu.

AGNES BUZYN
Mais évidemment. Il fonctionne pour 11 millions de personnes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça, intouchable. Ça continue.

AGNES BUZYN
Et il est hors de question d'y toucher. Il devait être étendu à toute la population générale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors avant cette éventuelle généralisation, Agnès BUZYN, vous demandez un délai si je comprends bien.

AGNES BUZYN
Nous allons travailler à sa faisabilité technique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est donc un retard et un report ou un abandon ? Vous ne m'avez pas répondu.

AGNES BUZYN
Non. Nous allons y aller doucement parce qu'il faut impérativement – parce que c'est quand même important que les médecins aient du temps médical à donner à leurs malades. Moi, je crois que tout le monde peut comprendre que si un médecin qui a vingt malades en consultation passe deux heures par jour à essayer de remplir des papiers, ce n'est pas son boulot.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce n'est pas son boulot, c'est vrai.

AGNES BUZYN
Donc il faut qu'on le rende accessible et vous voyez que quand c'est accessible, certaines professions parce que ça marche l'ont rendu possible. Je pense aux pharmaciens. Aujourd'hui, ils appliquent le tiers-payant à tout le monde, ils ont réussi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça veut dire que ça se fera ou c'est une mesure qu'on a promise mais qui ne sera pas tenue ? Le candidat MACRON l'avait promis, est-ce que ça veut dire qu'on ne fait pas ce qu'on veut ?

AGNES BUZYN
Non. On avait mis dans la loi un droit qui n'est pas un droit réel. On avait mis ans la loi un tiers-payant généralisé au 1er décembre qu'on ne sait pas faire. Le candidat Emmanuel MACRON a promis un tiers-payant généralisable et nous allons y aller.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avant la fin du quinquennat ?

AGNES BUZYN
Avant la fin du quinquennat.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'on peut dire 2019 si vous n'avez pas pu le faire en 2018, ou 2020 ?

AGNES BUZYN
Techniquement, dès qu'il sera faisable, les patients y auront accès.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans son rapport, l'IGAS explique que généraliser le tiers-payant est irréaliste, la technique…

AGNES BUZYN
Aujourd'hui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais en raison d'une confiance encore trop fragile des professionnels de santé, malgré quelques progrès. C'est-à-dire qu'on ne force pas les médecins ou les puissants syndicats de médecins. C'est-à-dire que la décision est aussi politique.

AGNES BUZYN
Non. Pour les médecins, c'est compliqué. C'est plus compliqué que pour les pharmaciens, par exemple, pour des raisons techniques, et donc il faut qu'on accompagne les médecins pour qu'ils aillent spontanément vers le tiers-payant. Je tiens à rappeler que les pharmaciens qui l'ont mis en place, c'était sans obligation et aujourd'hui, 99 % des pharmacies appliquent le tiers-payant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc est-ce que ça veut dire que vous encouragez les dentistes, les généralistes, les spécialistes qui sont les plus réfractaires au tiers-payant à y aller ? Et est-ce que vous avez les moyens de les séduire, sans doute, mais de les convaincre ?

AGNES BUZYN
En plus, pardonnez-moi d'être un peu longue, mais c'est un peu compliqué. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, nous sommes capables de faire le tiers-payant pour la majorité des actes sur la partie obligatoire. Ce que nous ne savons pas faire aujourd'hui, c'est le tiers-payant sur la partie complémentaire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ça veut dire que, dès que vous saurez le faire, vous l'appliquerez. C'est ça qu'on voudrait savoir.

AGNES BUZYN
Il sera accessible à tous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les hôpitaux. Vous avez dit : « Ils auront un bonus s'ils répondent aux objectifs de qualité des soins. » C'est-à-dire une incitation par l'argent.

AGNES BUZYN
C'est déjà le cas, elle existe déjà.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et qui sera développée.

AGNES BUZYN
Mais qui sera développée de façon à ce qu'on ne pousse pas les hôpitaux à uniquement augmenter leur nombre d'actes. Aujourd'hui, le modèle de tarification des hôpitaux fait qu'ils ne sont financés que s'ils font des actes en plus. Et c'est une forme de cercle vicieux qui fait que, pour qu'un hôpital soit rentable, il doit pratiquer de plus en plus d'actes. Je souhaite qu'on sorte de ce cercle vicieux et je souhaite tarifer et bien valoriser la bonne médecine…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas à l'acte mais une sorte de forfait.

AGNES BUZYN
Oui. La bonne médecine et pas forcément plus de médecine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous l'appliquez aux cliniques privées, aux médecins libéraux aussi ?

AGNES BUZYN
Je l'applique à tout le monde.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est une surveillance ?

AGNES BUZYN
Ce n'est pas une surveillance.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est un encouragement.

AGNES BUZYN
Un encouragement à travailler bien pour les malades, à faire des soins de qualité - je pense que tout le monde le comprend - plutôt qu'un encouragement, aujourd'hui tel que c'est le cas, à faire uniquement plus d'activité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le président de la Fédération des hôpitaux qui était l'invité hier soir de Sonia MABROUK disait ici sur CNews que ce serait bien que l'Etat efface la dette de l'hôpital public. C'est 28 milliards. Il rêve ou c'est faisable ?

AGNES BUZYN
A votre avis, monsieur ELKABBACH ? Effacer 28 milliards de dette, vous savez le faire, vous ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Moi non, mais ce n'est pas mon métier. Vous lui dites quoi ?

AGNES BUZYN
Je vais avoir du mal à réduire le déficit de la Sécurité sociale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors vous qui avez toujours défendu l'hôpital public que vous connaissez si bien – vous y avez travaillé, enseigné, et cætera – vous réclamez 1,6 milliard d'économies. Est-ce que ça ne va pas être au détriment du personnel ou peut-être même des patients ?

AGNES BUZYN
Non, je ne réclame pas… Alors, aujourd'hui nous rajoutons par rapport à l'année dernière plus de 4 milliards en plus sur les soins. Donc le budget des soins aujourd'hui et de la santé augmente de 4 milliards par rapport à l'année dernière. Spontanément, il augmenterait de plus de 5 milliards, et donc nous demandons à ce que cette augmentation soit moins importante.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'on réduise l'augmentation.

AGNES BUZYN
Qu'on réduise l'augmentation, donc ce n'est pas des économies par rapport à ce que nous faisons puisque nous rajoutons 4 milliards d'euros. Par contre, je crois que nous devons faire des efforts particuliers sur certains postes de dépenses. Nous allons faire des économies notamment sur le médicament avec plus de génériques, beaucoup plus. Nous avons énormément de marge de progrès.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais comment vous allez nous forcer à prendre des génériques ?

AGNES BUZYN
Il y a des campagnes d'incitation où on va valoriser les médecins qui le font évidemment. On va favoriser, inciter tout le monde à prendre des génériques. Je crois que c'est un effort collectif de réduire le déficit de la Sécurité sociale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Au Journal du Dimanche, vous dites que vous allez fermer des lits qui ne servent à rien. C'est vrai ? Il y a des lits qui ne servent à rien ?

AGNES BUZYN
Il y a certains endroits où il n'y en a pas assez. Je vois des endroits où il n'y en a pas assez.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Par exemple les urgences. Mais ça veut dire qu'il y a trop de lits sur le plan national ?

AGNES BUZYN
En fait, je n'ai pas fait cet état des lieux aujourd'hui mais ce que je sais, c'est qu'il y a des endroits où il y a des lits qui ne servent à rien, où des patients attendent dans des lits pour des soins alors qu'ils pourraient être pris en charge en ambulatoire. Il y a aussi des endroits – je vois par exemple en pédopsychiatrie, je vois qu'il n'y a pas assez de lits donc je veux qu'on fasse un état des lieux, il me faut le temps de le faire pour savoir où nous avons besoin de lits en plus et où nous avons besoin de lits en plus et où nous aurons besoin de lits en moins.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que ça veut dire que vous allez fermer des hôpitaux ?

AGNES BUZYN
Non, ce n'est pas l'objectif aujourd'hui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On ne modifie pas la carte hospitalière ?

AGNES BUZYN
Aujourd'hui, nous avons déjà réorganisé énormément l'hôpital public avec les groupements hospitaliers de territoires sur les territoires et nous laissons ces groupements hospitaliers se répartir les tâches. Certains hôpitaux feront un certain type de pratiques, d'autres peut-être pourraient se transformer en soins de suite. On en a beaucoup besoin pour les maladies chroniques.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le forfait à l'hôpital, j'ai vu qu'il n'avait pas bougé depuis sept ans.

AGNES BUZYN
2010.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il va augmenter de deux euros pour le patient et vous dites : « Les mutuelles ne sont pas obligées de les répercuter. » Soit. Mais si elles les répercutent, qu'est-ce que vous leur faites ? Est-ce que c'est sans conséquences ou il y a des sanctions ?

AGNES BUZYN
Non, il n'y a pas de sanctions. Aujourd'hui si elles les répercutaient, ça augmenterait le prix des contrats entre 0,5 et 1 %. C'est le calcul que nous avons fait. Mais comme nous commençons une très longue négociation avec les mutuelles sur le zéro reste à charge - parce que ça c'est vraiment un souci des Français, comment accéder au dentaire, à l'optique, aux audioprothèses sans reste à charge – je souhaite que tout cela discuté avec…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais les deux euros ne vont pas être répercutés par les mutuelles ?

AGNES BUZYN
Aujourd'hui, je n'ai pas ce signal de la part des mutuelles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En 2016, l'Assurance maladie – c'est toujours vous qui l'avez dit, j'ai pigé tout ce que vous avez confié à tel ou tel journal – a subi une fraude de 1,2 milliard. Et vous dites : « Cette fraude va augmenter. » Quel est le portrait d'un fraudeur ?

AGNES BUZYN
Sincèrement, monsieur ELKABBACH, je ne connais pas l'échelon individuel, le portrait d'un fraudeur. Je souhaite par contre qu'on multiplie les contrôles parce que cela nuit à la crédibilité de notre système.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc on peut réduire les fraudes ?

AGNES BUZYN
Nous pouvons réduire les fraudes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais un milliard, c'est beaucoup.

AGNES BUZYN
Je ne sais pas si nous arriverons à réduire d'un milliard mais c'est effectivement un vrai sujet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le débat va être passionné à l'Assemblée nationale. Il va durer plusieurs jours, non ?

AGNES BUZYN
Jusqu'à lundi prochain.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jusqu'à lundi prochain, jour et nuit. Les Mélenchonistes, et apparemment ils ne sont pas les seuls, ne sont pas convaincus. On va vous faire entendre l'exemple de Bastien LACHAUD qui est député de Seine-Saint-Denis.

BASTIEN LACHAUD, DEPUTE LA FRANCE INSOUMISE DE SEINE-SAINT-DENIS
Les Français de tous les jours, aujourd'hui ils peuvent ne pas se faire soigner dans les hôpitaux, faire des queues gigantesques aux urgences, être soignés dans les couloirs, le gouvernement n'en a rien à faire. Et donc là, c'est ça que la ministre appelle faire des économies et supprimer les lits inutiles des hôpitaux. C'est THATCHER et REAGAN avec trente ans de retard, donc on sait aujourd'hui que c'est un échec dans tous les pays où on a mené ces politiques. Ce sont des politiques d'échec qui augmentent les maladies, qui diminuent l'espérance de vie et en France, qu'est-ce qu'on fait ? On essaye de faire la même chose. C'est de la pure idéologie et c'est totalement a contrario de ce qu'il faudrait faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà ! Réponse d'Agnès BUZYN.

AGNES BUZYN
C'est de l'instrumentalisation totale de mes propos. Je n'ai jamais dit qu'il fallait fermer des lits aux urgences. Ce serait complètement ridicule, je me ridiculiserais. Evidemment, ce n'est pas le sujet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il dit « idéologie ».

AGNES BUZYN
Alors je suis tout sauf une idéologue. Je suis vraiment quelqu'un qui connaît extrêmement bien le système hospitalier donc je suis bien placée pour savoir là où nous pouvons faire effectivement attention à nos pratiques et là où, au contraire, nous devons poursuivre des efforts pour accompagner les professionnels qui travaillent énormément, et je pense notamment aux urgentistes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est intéressant. Vous dites : « Il faut une révolution douce, il faut une révolution en douceur. »

AGNES BUZYN
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est la voix qui est douce mais le reste, c'est de la fermeté, non, ce que vous nous assénez ?

AGNES BUZYN
Non. Ce sont des convictions parce que je connais très, très bien ce système, que ça fait trente ans que je vis dedans et que je pense que les médecins savent exactement de quoi je parle quand je dis que nous avons moyen de limiter les dépenses inutiles. Je n'ai pas dit faire des économies, j'ai dit arrêter les dépenses inutiles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez provoqué une grande émotion, Agnès BUZYN, à propos des allocations familiales universelles. Votre citation de FREUD a intrigué : « Ni totem, ni tabou. » C'est-à-dire que le principe peut être remis en question. Vous voulez un débat national en 2018 ; pour quel type de mesure en 2019 ou 2020 ?

AGNES BUZYN
Là, c'est vraiment sans idéologie aucune. Je pense que nous avons à repenser notre politique familiale, pourquoi ? Parce que d'une part nous avons des défis qui n'existaient pas au moment où la Sécurité sociale a été mise en place et les allocations familiales. Le premier défi, c'est que notre natalité baisse et que c'est un souci pour notre pays. Nous avons pour la première fois une natalité à 1,9 enfant par femme. C'est insuffisant pour renouveler la génération qui part.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc on ne touche pas aux allocs ?

AGNES BUZYN
Non, non, je n'ai pas dit ça. Donc nous avons le défi de la natalité et notamment si nous souhaitons que nos enfants payent nos retraites, nous avons intérêt à augmenter notre natalité. Et deuxième défi, nous n'avons jamais eu autant d'enfants vivant sous le seuil de pauvreté, trois millions d'enfants. Donc je souhaite mettre à plat la politique familiale pour répondre à ces deux défis. Il n'y a pas d'idéologie. Si à l'arrivée nous pensons tous qu'il est nécessaire de les maintenir, nous les maintiendrons. Quand je dis : « Pas de totem, pas de tabou », ça veut dire qu'on pose les choses sur la table, on en discute, on concerte, on réfléchit et on arrête de faire de l'idéologie et du dogmatisme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que pas d'idéologie d'une manière collective, et cætera. Vous défendez la santé des Français. Des députés Marcheurs réclament une taxe sur le soda ou les boissons sucrées. Personne ne veut encore des taxes mais sur le principe, vous ne leur donnez pas raison ?

AGNES BUZYN
En fait, cette taxe a été transformée dans les discussions et elle me convient maintenant. Elle vise non pas à gagner de l'argent sur la vente des boissons sucrées mais surtout à inciter les industriels telle qu'elle est construire, à inciter les industriels à mettre moins de sucre dans les boissons. Donc c'est une taxe qui vise à être incitative pour l'industrie alimentaire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce qu'il ne faut pas un plan plus global contre le sucre ?

AGNES BUZYN
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le Point disait : « C'est l'ennemi public numéro un. »

AGNES BUZYN
C'est vrai.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous confirmez que le sucre tue ? Chaque année, il tue.

AGNES BUZYN
Il tue énormément. Il est responsable évidemment de l'obésité, du diabète et donc de toutes les complications qui sont liées à ces pathologies. Il tue énormément. Aujourd'hui, les Français consomment en moyenne 100 grammes de sucre par jour mais les adolescents, entre 11 et 17 ans, ils en consomment 242 grammes. Or, l'Organisation mondiale de la santé dit que le sucre devrait représenter moins de 10 % de nos apports caloriques journaliers. On en consomme beaucoup trop. Beaucoup trop.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et il n'y a pas une croisade à lancer non pas contre le sucre, mais contre les excès et les abus de consommation de sucre ?

AGNES BUZYN
Oui. Il faut éduquer, éduquer, éduquer, et donc nous allons relancer un plan.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les industriels aussi.

AGNES BUZYN
C'est l'objectif de la taxe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce que les nutritionnistes réputés que j'ai consultés, ils définissent le sucre comme l'autre poudre blanche.

AGNES BUZYN
Oui, absolument.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les grands spécialistes ou que ce soit Yuval HARARI ou les spécialistes aujourd'hui disent : « Le sucre tue », vous l'avez dit, « et il tue plus que le terrorisme. » Autre chose, il y a donc dans ce gouvernement les ministres des riches et la ministre des pauvres, Agnès BUZYN.

AGNES BUZYN
Non. Je pense que nous avons tous le même objectif dans ce gouvernement, la réduction de la dette. Et je pense que c'est important de rendre à nos enfants un pays en bonne santé. C'est vraiment un objectif que je ressens profondément. Laisser une telle dette à nos enfants, c'est totalement injuste.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et on a l'impression qu'il y a une double face du gouvernement Philippe : la pensée libérale ou la posture libérale et la douceur socialement.

AGNES BUZYN
Non, parce que le chômage de masse, ça doit être notre ennemi public numéro un et ce que fait ce gouvernement aujourd'hui, ce que nous faisons, c'est essayer de relancer une économie pour que le chômage de masse disparaisse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un mot sur le glyphosate. Vous ne vous êtes jamais prononcée.

AGNES BUZYN
Si, je me suis prononcée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah oui ? Qu'est-ce que vous avez dit ?

AGNES BUZYN
Le glyphosate est un cancérigène probable selon l'Organisation mondiale de la santé.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors qu'est-ce qu'on fait ?

AGNES BUZYN
Il est impératif de faire en sorte qu'il ne soit plus utilisé.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Tout de suite ou sur trois ans comme dit Nicolas HULOT ou davantage ?

AGNES BUZYN
Le plus vite possible de façon à être capable d'en sortir, et sans trop pénaliser notre agriculture qui a besoin de trouver des alternatives.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que je me trompe si je dis que vous commencez à prendre goût à la politique, madame BUZYN ?

AGNES BUZYN
Goût à venir vous voir sur ce plateau, monsieur ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, non, non, non. Vous apprenez vite la politique.

AGNES BUZYN
J'apprends – non, ça me fait plaisir de pouvoir expliquer ce que nous faisons.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. D'ailleurs, je pense que les députés vont s'en rendre compte dès cette après-midi que vous avez pris goût à la politique. Merci d'être venue.

AGNES BUZYN
Merci.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A demain.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 octobre 2017

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