Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à France Inter le 24 octobre 2017, sur la directive travailleurs détachés, les transports de la "vie quotidienne" et le futur des lignes et gares TGV. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à France Inter le 24 octobre 2017, sur la directive travailleurs détachés, les transports de la "vie quotidienne" et le futur des lignes et gares TGV.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, FAUVELLE Marc .

FRANCE. Ministre des transports;

ti : MARC FAUVELLE
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Ministre des Transports. Vous avez lancé le mois dernier les Assises de la mobilité pour redessiner la carte des transports de demain, des TGV aux TER en passant par les aéroports ou les autoroutes, vous nous direz dans un instant quelles sont vos premières pistes. Mais d'abord cet accord européen cette nuit à Luxembourg, accord sur les travailleurs détachés, à la demande de la France, notamment, leur mission sera désormais limitée dans le temps, 12 ou 18 mois. Mais, il y a une exception de taille à cet accord, ce sont les transports, les routiers ne sont pas concernés. Pourquoi ?

ELISABETH BORNE
Je voudrais d'abord dire que le président de la République et le gouvernement défendent une Europe qui protège et l'accord qui a été trouvé c'est vraiment l'illustration de cette Europe qui protège, avec plus de droits pour les travailleurs détachés, et donc moins de concurrence faussée pour les salariés Français. Si l'accord a été aussi difficile à trouver c'est bien parce que la France a refusé qu'on exclue le transport routier, le transport routier est bien concerné par les règles du travail détaché, la directive de 96 continue à s'appliquer, et surtout la loi, très protectrice, qui existe en France, continuera à s'appliquer. Par contre, il y a des règles spécifiques, on voit bien que les travailleurs, dans le domaine du transport routier, n'ont pas les mêmes rythmes, ne sont pas sédentaires, par définition, et donc la discussion va se poursuivre dans le cadre du Conseil des ministres Transports, pour définir les règles particulières, les conditions particulières d'application de cette directive au transport routier. Mais dans l'immédiat, je le redis, on a réaffirmé que le transport routier est bien concerné par les règles du travail détaché et que la loi continue à s'appliquer.

MARC FAUVELLE
On ne peut pas lutter, disait tout à l'heure un syndicaliste routier dans le journal de 8h00, contre des chauffeurs payés 200 euros par mois.

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas légal et ça doit faire l'objet de contrôles, ce n'est pas légal de travailler en étant payé 200 euros, en France, dans le transport routier. La loi française prévoit que ces principes, à travail égal, au même endroit, le même salaire, s'applique totalement dans le secteur du transport routier, et ça a été vraiment une des lignes rouges, pour la France, que le secteur du transport routier soit bien concerné par la directive travailleurs détachés.

MARC FAUVELLE
Elisabeth BORNE, hier 12 grandes métropoles, parmi lesquelles Paris, Londres, Los Angeles, Mexico ou Seattle, ont pris l'engagement de réduire à zéro leurs émissions polluantes d'ici 2030. Est-ce qu'aujourd'hui ce sont les villes qui donnent l'exemple, plutôt que les Etats ?

ELISABETH BORNE
Alors je pense que c'est très bien que les villes s'engagent, parce qu'elles sont très concernées par les enjeux de circulation automobile, mais les Etats agissent aussi. Avec Nicolas HULOT on est très mobilisé pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports, Nicolas HULOT a annoncé qu'on voulait sortir des moteurs thermiques en 2040, et puis, dès à présent, on accompagne tous les automobilistes pour qu'ils puissent abandonner des voitures polluantes au profit de voitures moins polluantes, c'est avec une prime notamment de 2000 euros pour permettre cette conversion vers des motorisations plus propres. On développe aussi des alternatives à la voiture, et c'est vraiment tout le sens de la politique que je porte, de permettre à chaque Français d'avoir une alternative à l'utilisation de la voiture particulière.

MARC FAUVELLE
Il y a aujourd'hui 40 % des Français qui n'ont pas d'autre choix que la voiture quand ils partent travailler, qui nous écoutent peut-être au volant ce matin, vous leur dites quoi, il va falloir déménager ?

ELISABETH BORNE
Non, je leur dis qu'il faut qu'on trouve des solutions, moi c'est vraiment la priorité, et tout l'enjeu des Assises nationales de la mobilité que j'ai lancées le mois dernier, c'est de mieux répondre aux besoins de mobilité des Français, notamment leurs besoins de transport de la vie quotidienne, et de faire qu'à la fin du quinquennat il n'y ait plus un Français qui refuse un emploi ou une formation parce qu'il ne sait pas comment s'y rendre. Aujourd'hui c'est 1 Français sur 4 qui est face à cette situation.

MARC FAUVELLE
Sauf à mettre des bus et des lignes de train dans toute la France, Elisabeth BORNE, c'est impossible à tenir comme engagement.

ELISABETH BORNE
Eh bien écoutez non, justement, je pense que… enfin, chacun peut voir que notre secteur est en pleine révolution, il y a des réponses qui n'existaient pas il y a quelques années, comme le covoiturage, l'autopartage, il faut absolument, et c'est tout l'enjeu de la loi que je présenterai au début de l'an prochain, encourager ces nouvelles mobilités. Evidemment les transports tels qu'on les connaît aujourd'hui, les transports ferrés, les transports publics, sont importants, mais il faut aussi permettre, favoriser, toutes ces initiatives, ces nouvelles mobilités, pour répondre aux besoins, de tous les Français, dans tous les territoires.

MARC FAUVELLE
Vous parliez, Elisabeth BORNE, de la prime à la casse pour les voitures. Il y a un signal récent qui a été assez peu apprécié par les écologistes, c'est la suppression de la prime à l'achat des vélos électriques, supprimée, puis remplacée par un dispositif dont on n'a absolument rien compris. Pouvez-vous nous dire ce qui va se passer l'an prochain ?

ELISABETH BORNE
Moi je souhaite vraiment encourager l'utilisation du vélo, tout ce qu'on appelle les mobilités actives, donc cette prime, telle qu'elle existait jusqu'à présent, elle a accompagné l'ensemble du marché…

MARC FAUVELLE
Jusqu'à 200 euros.

ELISABETH BORNE
Voilà, du marché des vélos, il y a beaucoup de collectivités qui ont mis en place aussi des primes. On est en train de réfléchir, dans le cadre des Assises de la mobilité, à la bonne façon de soutenir le développement du vélo, ça peut être d'accompagner l'achat des vélos, ça peut être aussi l'indemnité kilométrique vélo, je sais qu'il y a beaucoup de Français qui souhaitent qu'on élargisse le dispositif, c'est aussi d'accompagner les villes pour qu'elles aménagent des itinéraires protégés pour les vélos, et donc toutes ces mobilités actives sont au coeur, aussi, des Assises de la mobilité.

MARC FAUVELLE
Une nouvelle prime ce serait exclu, ce n'est plus le mode que vous avez choisi ?

ELISABETH BORNE
On va travailler sur le bon dispositif pour encourager, aussi, l'utilisation du vélo.

MARC FAUVELLE
La priorité, Elisabeth BORNE, affirmée lors du lancement de ces Assises de la mobilité, ce sont les transports du quotidien, c'est-à-dire notamment les TER, plutôt que les TGV. Pour parler clairement, est-ce que ça veut dire qu'il faut s'attendre, dans les années qui viennent, à des fermetures de lignes TGV ? Attention, sujet ultrasensible, évidemment.

ELISABETH BORNE
Je n'ai absolument pas annoncé qu'on allait fermer des lignes ou des gares TGV.

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas ma question, je vous le demande là, est-ce qu'il y aura des…

ELISABETH BORNE
Non, non, je pense qu'il n'y a pas des fermetures de lignes TGV, aujourd'hui le TGV doit être absolument un transport pour tous, il y a beaucoup de Français qui trouvent que les billets sont trop chers, en même temps on a beaucoup de dessertes, 70 % des dessertes TGV, qui sont déficitaires, et donc il faut qu'on fasse des choix qui soient cohérents. On ne peut pas vouloir à la fois des TGV qui font partout, des billets qui sont moins chers et aujourd'hui demander au TGV de payer très cher pour circuler sur les lignes à grande vitesse. Donc on a besoin d'avoir une stratégie cohérente dans le domaine ferroviaire, l'Etat doit avoir une stratégie cohérente, ne pas faire des choix sans en assumer les conséquences, et c'est tout le sens de la mission qui est confiée à Jean-Cyril SPINETTA, pour réfléchir, avoir cette approche globale, sur qu'est-ce qu'on veut faire du transport ferroviaire demain, à quels besoins il doit prioritairement répondre. Moi je pense que le transport ferroviaire peut faire beaucoup dans notre pays, et notamment, vous le disiez, les besoins sur les TER sont très importants, on a su faire des RER en région parisienne, pourquoi on n'aurait pas aussi des RER dans les grandes villes en France.

MARC FAUVELLE
Je reviens d'un mot à ce que vous dites. Le TGV coûte très cher aujourd'hui, pour de nombreuses familles, est-ce qu'il faut fermer des gares à défaut de fermer des lignes ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il ne faut pas fermer des gares, en tout cas moi je n'ai pas fait d'annonce dans ce sens, parce que je pense que les Français sont très attachés au modèle d'un TGV qui non seulement circule sur les lignes à grande vitesse, mais qui dessert aussi, non seulement les grandes métropoles, mais aussi des petites villes et des villes moyennes. Et donc, ce modèle, on y est attaché, il faut simplement que ce soit dans une approche cohérente, dans laquelle on ne demande pas en même temps au TGV de payer très cher pour circuler sur les lignes à grande vitesse.

MARC FAUVELLE
Alors, vous n'annoncerez pas de fermetures de lignes ou de gares ce matin au micro de France Inter, a contrario, est-ce que Toulouse, qui attend son TGV depuis 25 ans maintenant, l'aura un jour ?

ELISABETH BORNE
On est en train de travailler pour choisir les bons investissements qui répondent aux besoins de tous les Français et tous les territoires.

MARC FAUVELLE
Alors, ça, ça fait 25 ans que les Toulousains entendent cette phrase, pardon, mais ils ne sont pas plus avancés aujourd'hui.

ELISABETH BORNE
Oui, mais voyez, moi je pense qu'on doit sortir d'une France à deux vitesses, dans laquelle on construit beaucoup de lignes à grande vitesse, on va en inaugurer trois cette année, et dans le même temps 5300 kilomètres du réseau, dit classique, qui est le réseau aussi des transports de la vie quotidienne, fait l'objet de ralentissements faute d'entretien. Donc, on a souhaité réfléchir à notre politique d'investissement, il y a beaucoup de choses qui ont été promises, et qui n'étaient pas financées, donc on a marqué une pause et on va réfléchir aux meilleurs investissements…

MARC FAUVELLE
Je me mets dans la tête d'un auditeur toulousain, Elisabeth BORNE, ça, ça veut dire le TGV je ne l'aurai jamais.

ELISABETH BORNE
Non, ça veut dire qu'il faut qu'on arrive à définir des priorités, aussi qu'on réfléchisse à la façon, peut-être, de trouver des phasages pour les projets, qu'on travaille aussi sur des nouveaux modes de financement, et toute cette réflexion elle est en cours et elle débouchera à la fin de l'année sur une loi de programmation dans laquelle on dira les projets qu'on va faire. Il ne s'agit pas d'investir moins, je le dis, il s'agit au contraire d'investir mieux, le budget d'investissement de mon ministère va augmenter de 10 % l'an prochain, mais donc il faut hiérarchiser, faire des choix.

MARC FAUVELLE
Une pause, la revue de presse de Claude ASKOLOVITCH et toutes vos questions à la ministre des Transports.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 octobre 2017

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