Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec CNews le 25 octobre 2017, sur Les Républicains et sur la politique de l'environnement du gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec CNews le 25 octobre 2017, sur Les Républicains et sur la politique de l'environnement du gouvernement.

Personnalité, fonction : LECORNU Sébastien, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'était une promesse d'être là pour la première fois et pour une première télé, promesse tenue. Merci, bienvenu. Sébastien LECORNU, bonjour.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Exclu ou pas exclu ?

SEBASTIEN LECORNU
Si on fait du droit, et je pense que c'est bien de faire du droit dans un pays comme la France, dans un Etat de droit, je ne suis pas exclu puisqu'il n'y avait pas le quorum hier soir au bureau des Républicains.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc pour vous, le vote d'hier est nul et non avenu.

SEBASTIEN LECORNU
Quand un bureau politique se réunit dans sa formation disciplinaire et qu'on constate qu'effectivement il n'y a pas suffisamment de monde présent, c'est que la sanction n'a pas été prise.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes membre du bureau politique.

SEBASTIEN LECORNU
Je suis membre du bureau politique et je n'ai pas été convoqué hier soir, ce qui est déjà un vice de forme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aucun d'entre vous ?

SEBASTIEN LECORNU
Aucun d'entre nous visiblement, ce qui est déjà un vice de forme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc le bureau politique va se réunir à nouveau, et on l'a dit tout à l'heure, le 31, la semaine prochaine. Vous demandez un nouveau vote ?

SEBASTIEN LECORNU
C'est pitoyable. Très franchement, c'est pitoyable. Je suis militant à l'UMP, puis Républicains, depuis l'âge de 17 ans. J'ai repris la mairie de Vernon dans l'Eure au Parti socialiste, j'avais 27 ans. L'année d'après, j'ai repris le conseil départemental de l'Eure. Pardon de parler un peu de moi, mais comme il s'agit d'une sanction disciplinaire personnelle, j'ai envie ce matin de vous parler un tout petit peu de moi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc ça vous touche personnellement.

SEBASTIEN LECORNU
Evidemment, ça me touche. Je suis un militant. Moi, vous savez, je ne suis pas un héritier. Ma « carrière » politique entre guillemets – je mets des guillemets au mot carrière – je suis allé la chercher avec mon énergie, avec mes convictions, avec ma force de militant, avec mes amis sur le terrain dans l'Eure.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas d'héritage.

SEBASTIEN LECORNU
Ce n'est pas un héritage. Je n'ai pas récupéré les clefs de la permanence de père en fils comme certains. 2015, je reprends le département de l'Eure dans des conditions difficiles au Parti socialiste, en plus dans l'aile Fabiusienne en Normandie ; ce n'était pas simple. Et aujourd'hui, ils veulent me jeter dehors comme un malpropre, d'ailleurs au passage en ne faisant pas tellement attention au droit, aux statuts. Oui, ça me touche et ça me blesse. Et je trouve ça pathétique. Pathétique pas au sens méprisant du terme, Jean-Pierre ELKABBACH. Pathétique au sens triste, au sens pathos. Je trouve ça vraiment triste et moi, je vais vous dire, la tristesse ça ne reste pas là parce que je vais vous dire ce que j'ai sur le coeur ce matin. Entre les deux tours de la présidentielle, il y a eu déjà un vrai manquement, il y a eu déjà une vraie attitude pitoyable – je le dis comme je le pense – en ne sachant pas choisir entre Marine LE PEN et Emmanuel MACRON. Tournant le dos d'ailleurs à ce qu'a toujours la droite de Jacques CHIRAC et de Nicolas SARKOZY. Ça, c'était la première tragi-comédie qui franchement n'était pas drôle et qui prenait un mauvais rendez-vous avec l'histoire de la droite française. Et là, on a le deuxième mauvais rendez-vous. Le deuxième mauvais rendez-vous, la deuxième rupture avec ce qu'a toujours été la droite. C'est qu'on a une minorité de gens, puisqu'on a bien vu hier soir qu'ils sont une minorité, de factieux puisqu'ils ne respectent même pas les statuts des Républicains.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De factieux ? Vous dites que les vôtres sont des factieux ? Ecoutez, Bernard ACCOYER dit : « Le bureau politique a voté les exclusions. »

SEBASTIEN LECORNU
Je n'ai même pas vu mon dossier. Je n'ai même pas eu accès à mon dossier. Mais de qui se moque-t-on, Jean-Pierre ELKABBACH ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bernard ACCOYER, écoutez-le.

SEBASTIEN LECORNU
On va l'écouter !

BERNARD ACCOYER, SECRETAIRE GENERAL DES REPUBLICAINS
Le bureau politique a longuement débattu. Il s'est ensuite exprimé par un vote. Ce vote a montré une très large majorité pour décider non pas de gaieté de coeur mais parce qu'il faut cette clarification pour décider de leur exclusion des Républicains.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et donc vous demandez qu'il y ait un nouveau vote la semaine prochaine.

SEBASTIEN LECORNU
Je ne demande rien du tout. Qu'un ancien président de l'Assemblée nationale ait des problèmes dans la lecture du droit, très franchement ça fout la trouille. Donc moi je le redis : je ne tolère pas cette mauvaise blague. Tout à l'heure, je vais saisir Bernard ACCOYER pour avoir accès à mon dossier. Je n'ai même pas vu mon dossier. Dans n'importe quelle procédure disciplinaire, dans une association, dans une entreprise…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc recours. Commission des recours, c'est ça ?

SEBASTIEN LECORNU
Non. Pour qu'il y ait un recours, il faut déjà qu'il y ait une décision. Ils n'ont même pas pris de décision hier soir. Peu importe, on ne va pas commenter ça pendant des heures. Ce que je dis juste, c'est que ce qui est grave en ce moment, Jean-Pierre ELKABBACH, et c'est la deuxième rupture après ce qui s'est passé entre les deux tours de la présidentielle…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va voir de quoi souffre la droite mais…

SEBASTIEN LECORNU
Oui, mais quand même, parce que j'ai ça sur le coeur Jean-Pierre ELKABBACH. Ils veulent, puisqu'ils l'ont avoué hier soir avec cette tentative avortée d'exclusion, ils veulent que ça échoue. Ils veulent que le quinquennat d'Emmanuel MACRON échoue. Ils veulent l'échec.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui « ils » ?

SEBASTIEN LECORNU
Laurent WAUQUIEZ, ses amis. Soit pour des raisons de vieux réflexes partisans : on vit dans l'opposition et ça nous va très bien – sans très bien savoir pourquoi et sur quelle base idéologique. On n'entend pas beaucoup de propositions de la droite depuis le mois de juin dernier. Soit, pire, pour des calculs politiciens parce que certains pensent déjà à la présidentielle. Ils veulent l'échec du quinquennat. Onze millions, c'est le nombre de voix que madame LE PEN a fait au second tour de la présidentielle. Neuf millions de pauvres, six millions de chômeurs, Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais pourquoi ils vont si vite ? Pourquoi ils vont si vite ?

SEBASTIEN LECORNU
La droite, elle est condamnée – pardonnez-moi cette expression ; moi j'ai envie de dire, voilà, elle se résout pour ma part - mais ils ne savent même pas qu'ils sont condamnés à la réussite d'Emmanuel MACRON, à la réussite du quinquennat.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voulez dire qu'ils sont liés au sort d'Emmanuel MACRON ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais bien évidemment. Tous les Républicains avec un grand R sont liés à la réussite de ce quinquennat. Il y a urgence. Les Françaises et les Français veulent des résultats pour le pays, rien d'autre. Pas des politicailleries d'exclusion, cette tragicomédie que l'on vit depuis maintenant des semaines. Les Françaises et les Français, ils veulent des résultats.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais pourquoi ils vont si vite ? Est-ce qu'avant le congrès du mois de décembre et l'élection du nouveau président, il faut que ce problème soit réglé, que vous soyez tous dehors ?

SEBASTIEN LECORNU
Parce qu'il y a une vraie crise aussi au sein des Républicains. Une crise d'orientation, une crise des valeurs. Tout ce qu'on vit là, est-ce que vous pensez vraiment que ç'aurait été plausible ou possible avec Nicolas SARKOZY ? La réponse est non, on le sait très, très bien. Ç'aurait été plausible ou possible avec Jacques CHIRAC ? La réponse est non. Laurent WAUQUIEZ veut se poser en rassembleur au mois de décembre, c'est un échec. C'est un échec.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Attendez ! Là, vous lui faites un procès d'intention.

SEBASTIEN LECORNU
Oui. Parce qu'il délègue justement ce sale boulot à Bernard ACCOYER et à ses amis.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce que vous voyez la main de Laurent WAUQUIEZ ?

SEBASTIEN LECORNU
Evidemment, on le sait très, très bien. Je vous dis, il y a une minorité de gens qui est en train de prendre le pouvoir sur cette famille politique en tournant le dos à l'héritage de Jacques CHIRAC et Nicolas SARKOZY et en prenant une direction qui n'est pas la bonne. Pas la bonne entre les deux tours de la présidentielle, la rupture des valeurs ; pas la bonne en ce moment en souhaitant l'échec d'un quinquennat pour lequel les Français veulent la réussite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous allez me dire pourquoi et comment mais vous, ils veulent de la clarté : est-ce qu'on peut être dedans et dehors en même temps ? Ils vous chassent parce que vous avez commis la faute majeure.

SEBASTIEN LECORNU
C'est quoi la faute majeure ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous gouvernez avec Emmanuel MACRON. Pour eux.

SEBASTIEN LECORNU
On porte des réformes qui vont permettre de diminuer le chômage. On porte des réformes qui vont permettre de sauver l'hôpital. On porte des réformes qui permettent de faire de la transition écologique. Très franchement, elle est où la rupture ? Qui a fait la rupture ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que vous faites mieux ce qu'ils n'ont pas pu faire eux. C'est ça ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais ce n'est pas mieux. C'est qui fait la rupture avec l'urgence du pays. Onze millions de voix pour madame LE PEN, il faut bien voir ce que disent…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On ne peut pas sortir ça en boucle.

SEBASTIEN LECORNU
En boucle ? Qu'est-ce que disent les militants Les Républicains ? Qu'est-ce que disent les élus locaux des Républicains ? Qu'est-ce que disent les sympathisants des Républicains ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous vous considérez comme peut-être des pionniers ou peut-être des victimes…

SEBASTIEN LECORNU
Mais il n'y a pas que moi. Il n'y avait même pas la majorité hier soir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais eux, ils considèrent que vous avez commis un acte de haute trahison à l'égard de votre parti.

SEBASTIEN LECORNU
Mais c'est une minorité. Il n'y avait même pas la majorité hier soir pour le faire. Parce que ce qu'on ne dit pas, c'est que non seulement il n'y a pas le quorum, ça veut dire qu'il n'y a pas suffisamment de gens qui se sont déplacés. Au passage, il faut interroger certains silences et certaines absences. Elles sont lourdes de sens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais alors il fallait que les silencieux soient là.

SEBASTIEN LECORNU
Je n'ai pas été invité, donc… Je n'ai même pas été invité alors que j'en suis membre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais les autres.

SEBASTIEN LECORNU
Oui mais attendez, quand vous êtes maire d'une commune, Jean-Pierre ELKABBACH…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Attendez, avançons. Est-ce que vous restez au parti Républicains ?

SEBASTIEN LECORNU
Quand vous êtes maire d'une commune et que vous êtes convoqué à ce bureau des Républicains et que vous êtes pris en otage de la sorte, vous n'avez franchement pas envie de venir. Et parmi ceux qui étaient présents hier soir, beaucoup se sont abstenus ou ont voté contre. Jean-Pierre ELKABBACH, je vous réponds comme je le pense. 1 : Je n'ai rien fait de mal. 2 : Je veux pousser le débat jusqu'au bout parce que précisément, je n'ai rien fait de mal. A eux de me dire ce que j'ai fait de mal en le motivant en droit - une fois de plus, je n'accepterai pas qu'on tourne le dos aux statuts - et également sur le fond politique, en me disant ce que je fais de mal aujourd'hui au gouvernement qui soit si fondamentalement contraire à ce qu'est la droite républicaine depuis des années. Et la troisième des choses, je le redis, je ne suis pas certain que nos amis Les Républicains aient la majorité. Je ne parle même pas de la majorité du bureau des Républicains, ça on l'a vu hier soir, mais la majorité même sur la sensibilité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous restez au parti Républicains ?

SEBASTIEN LECORNU
Je suis membre des Républicains, j'ai accepté la main tendue du président de la République et je ne le regrette pas parce que lui, il rassemble. Emmanuel MACRON rassemble le pays pendant qu'eux excluent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous faites partie de la majorité présidentielle.

SEBASTIEN LECORNU
Et je vous confirme que je fais pleinement partie, et je suis fier de l'être, de la majorité présidentielle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous n'allez pas vers En Marche ?

SEBASTIEN LECORNU
Je ne vais pas vers En Marche.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Une question. Si Laurent WAUQUIEZ est élu, puisque vous êtes Républicain, en décembre président du parti Les Républicains, qui est votre chef ? Laurent WAUQUIEZ ou Emmanuel MACRON ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais Emmanuel MACRON, je suis membre de la majorité présidentielle. Le sujet n'est pas là. Emmanuel MACRON, il ne dit pas ni gauche, ni droite, il dit : « Je prends le meilleur des idées de la gauche et je prends le meilleur des idées de la droite. »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quelle droite ? Quelle droite ?

SEBASTIEN LECORNU
La droite raisonnable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, celle-là avec Laurent WAUQUIEZ qui vient de dire et qui répète : « Pas d'alliance, pas de contact avec le Front national. »

SEBASTIEN LECORNU
De toute évidence, ce n'est pas la droite la plus raisonnable puisqu'elle est dans une stratégie d'exclusion et pas dans une stratégie de rassemblement et de volonté de réussite pour le pays. Parce que cette volonté d'échec, c'est une rupture avec le gaullisme, c'est une rupture…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais quel intérêt ils ont à l'échec ? Ou quel intérêt ils auraient à la réussite d'Emmanuel MACRON ?

SEBASTIEN LECORNU
Ce sont les problèmes d'hommes et de femmes qui sont peu de valeur.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quel intérêt ils auraient à la réussite, eux, d'Emmanuel MACRON ?

SEBASTIEN LECORNU
Leur intérêt à eux, vous voulez dire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous leur demandez beaucoup.

SEBASTIEN LECORNU
La réponse est dans la question, Jean-Pierre ELKABBACH. Moi, je ne pense pas à leur intérêt à eux ni même au mien contrairement à ce que je peux lire ici ou là. La réalité, c'est quand je regarde les gens à Vernon droit dans les yeux, Jean-Pierre ELKABBACH, je veux leur dire que chaque minute qui passe au gouvernement avec Emmanuel MACRON et Edouard PHILIPPE, je fais des choses utiles pour le pays. Tout le reste, c'est de la littérature.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment vous expliquez que Sens Commun, qui était déjà aux côtés de François FILLON et qui est favorable à une plateforme avec Marion MARECHAL-LE PEN, ne soit pas même dans votre sort, dans votre situation, ne soit pas mis en cause ?

SEBASTIEN LECORNU
La réponse est dans la question aussi, Jean-Pierre ELKABBACH. Je trouve ça triste, grave. Ce qu'a dit le président de Sens Commun, qui d'ailleurs a été contesté par sa base.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Christophe BILLAN. Il explique dans une vidéo qu'on ne peut être Français sans être chrétien.

SEBASTIEN LECORNU
Oui. D'ailleurs, des équipes de Sens Commun dans les territoires, je le vois chez moi en Normandie, ont contesté d'ailleurs la phrase de son président. Evidemment que le président de Sens Commun doit être exclu, mais j'ai presque honte à le dire puisqu'au moment où on veut m'exclure parce que je travaille avec Emmanuel MACRON pour faire réussir le pays, on ne veut pas exclure le président de Sens Commun. Donc, ce n'est pas à moi de mettre les exclusions à l'ordre du jour du bureau des Républicains.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous dites que c'est normal.

SEBASTIEN LECORNU
Gérald DARMANIN l'a dit hier soir. On voit bien aussi la T-partisation, le recroquevillement des Républicains sur une ligne dure qui n'est pas celle historiquement de la droite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De quoi la droite républicaine est malade ? De quoi elle souffre ?

SEBASTIEN LECORNU
Elle souffre de défaites successives et donc pourquoi il y a eu ces défaite successives ? Il y a eu des résultats pendant le quinquennat de Nicolas SARKOZY qui sont indéniables et ils ont permis de faire progresser la France. Et depuis, il y a des vraies crises de valeurs, il y a des digues qui sautent, on l'a vu une fois de plus entre les deux tours de la présidentielle. Et ces digues-là, mine de rien, elles créent un tsunami qui emporte tout ce qu'il y a de raisonnable sur son passage. Et je veux dire une chose, Jean-Pierre ELKABBACH : si la droite ne fait pas attention, si cette droite-là ne fait pas attention, elle disparaîtra, elle se suicidera.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Arrêtez de me citer. Le président de la République a choisi Christophe CASTANER apparemment qui est candidat, disponible pour la direction du parti. Est-ce le meilleur choix ?

SEBASTIEN LECORNU
Déjà, il y a des statuts à La République en marche et, eux, visiblement l'appliquent à la différence des Républicains.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais c'est le président de la République qui choisit celui qui va être le patron du parti du président.

SEBASTIEN LECORNU
Non, non, il y aura un vote. Je ne suis pas membre d'En Marche mais il y aura un vote.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce le meilleur choix ?

SEBASTIEN LECORNU
Je connais Christophe CASTANER depuis le mois de juin dernier. C'est un homme pour lequel j'ai énormément d'amitié, il a un talent absolument formidable. C'est, comme moi, un ancien maire, il est attaché à la démocratie locale, et je sais qu'il animera bien le principal parti de la majorité présidentielle dont on a besoin pour expliquer, faire de la pédagogie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vers la fin novembre, il peut y avoir un remaniement mini-maxi.

SEBASTIEN LECORNU
Ces choses-là sous la Vème République appartiennent au président de la République et au Premier ministre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on voit bien que la machine à ragots et à rumeurs va commencer à se mettre en marche.

SEBASTIEN LECORNU
Pas à cause de moi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous pensez donc que ça va bouger.

SEBASTIEN LECORNU
Une fois de plus, ça appartient au Premier ministre et au président de la République.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous, vous êtes bien là où vous êtes ?

SEBASTIEN LECORNU
Intellectuellement, politiquement et utilement, je me sens bien avec Edouard PHILIPPE et Emmanuel MACRON.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes secrétaire d'Etat aux côtés de Nicolas HULOT sous l'autorité d'Edouard PHILIPPE qui, lui aussi, se fait jeter par Les Républicains comme Gérald DARMANIN et quelques autres. Aujourd'hui, la Commission européenne décide de l'avenir du glyphosate. Interdiction en sursis avec renouvellement de trois à cinq ans, la France choisit trois ans. On va vers un accord ou pas, à votre avis ?

SEBASTIEN LECORNU
Pour être pédagogue puisqu'aussi tôt ce matin pour les Français, ce n'est pas facile. Glyphosate Roundup, un des pesticides les plus populaires en usage, il y a déjà des régimes d'interdiction connus en France pour les collectivités territoriales depuis le 1er janvier, pour les particuliers au 1er janvier 2019. La question c'est pour les agriculteurs, puisque comme c'est leur principale outil…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eux, ils en ont besoin.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, ils en ont besoin et donc du jour au lendemain, alors que c'est un produit dangereux, on ne peut pas l'interdire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc la France a choisi trois ans.

SEBASTIEN LECORNU
Non. La France a choisi de ne pas faire dix ans. Pardon de commencer par là mais c'est important. Sans Nicolas HULOT, il n'y aurait pas eu cette première victoire. On aurait été sur une reconduction automatique du glyphosate pour dix ans.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il peut y avoir un accord à Bruxelles ?

SEBASTIEN LECORNU
Je pense que oui. Il y a une amitié France-Allemagne-Italie qui permet d'avoir une majorité importante sur le sujet. Ce ne sera vraisemblablement – je ne veux pas me prononcer trop en avance – ce ne sera pas dix ans tout à l'heure, ce qui permet d'avoir un atterrissage.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Trois à cinq.

SEBASTIEN LECORNU
Trois, c'est l'ambition que porte Nicolas HULOT. Cinq, on reste dans les bornes du quinquennat et dans le projet d'Emmanuel MACRON, mais Nicolas HULOT l'a dit, trois ans serait l'ambition la plus absolue.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Allons vite. Si la France est mise en minorité, est-ce qu'elle peut appliquer chez elle les décisions qui sont d'intérêt national ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, parce qu'elle le fait déjà, je vous l'ai dit, c'est pour ça que j'ai voulu commencer par là pour les collectivités territoriales et les particuliers. On le fera en lien avec Stéphane TRAVERT et le monde agricole.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On avance. Je n'oublie pas que vous êtes ministre donc j'avance sur un ou deux sujets comme le climat. Après la COP21 de Paris et la COP22 de Marrakech, avant la COP23 de l'île Fidji qui va avoir lieu à Bonn en Allemagne…

SEBASTIEN LECORNU
Pour des raisons pratiques.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour des raisons pratiques, et cætera, Emmanuel MACRON veut un sommet pour mettre en oeuvre l'accord de Paris. C'est ce qu'il disait et qu'il répétait, et il voulait même que cet accord ait lieu à Paris, que cette conférence ait lieu à Paris. Il avait donné une date le 12 décembre. Est-ce que ce sommet aura lieu ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, 12 décembre. Les deux ans de l'accord de Paris qui traduit la COP21 présidée par la France à l'époque…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui viendra ?

SEBASTIEN LECORNU
Chefs d'Etat, chefs de gouvernement mais pas que. Et c'est ça la vraie nouveauté. Des grands chefs d'entreprise, des ONG, les banques mondiales, les collectivités territoriales – on a vu les initiatives autour du C40 – il faut rendre opérationnelle et concrète l'application de l'accord de Paris et du plan climat.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donald TRUMP ou il enverra quelqu'un pour faire plaisir à son ami ?

SEBASTIEN LECORNU
Vous connaissez la pugnacité du président de la République Emmanuel MACRON à convaincre ses partenaires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Peut-être les Chinois, peut-être les Russes, peut-être Donald TRUMP.

SEBASTIEN LECORNU
C'est au président de la République de dire quels seront ses invités mais je lui fais confiance pour convaincre les uns et les autres. La vraie nouveauté, c'est qu'on aura une fois de plus la puissance privée à ce sommet pour parler des financements de l'accord de Paris et c'est une vraie nouveauté.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que l'Elysée invitera les inspirateurs de la COP21, c'est-à-dire François HOLLANDE, Ségolène ROYAL, Laurent FABIUS ?

SEBASTIEN LECORNU
Il faut demander à l'Elysée et au président de la République.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous, vous y êtes favorable ?

SEBASTIEN LECORNU
Par définition, le combat pour le climat est un combat suffisamment difficile pour qu'on rassemble plutôt qu'autre chose. Mais une fois de plus, c'est au président de la République de décider qui est à la table du sommet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous n'y êtes pas défavorable.

SEBASTIEN LECORNU
Vous avez remarqué à quel point le chef de l'Etat est courtois et respectueux des usages républicains depuis le début de son mandat. On ne peut pas lui faire ce procès-là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le 1er janvier 2018, dans quelques semaines, le président de la République veut lancer et va lancer un grand débat public sur la programmation des énergies à cinq ou dix ans. La feuille de route doit être en préparation et je rappelle que la loi de transition énergétique – c'est encore dans votre domaine – prévoit en 2025, 50 % consacrés au nucléaire. C'est-à-dire que dans huit ans, vous pensez atteindre ce chiffre alors qu'aujourd'hui, on est à plus de 80 % du nucléaire. Comment vous allez faire ?

SEBASTIEN LECORNU
C'est un enjeu majeur sur lequel le gouvernement précédent a dit beaucoup de choses sur les objectifs mais pas beaucoup sur les moyens. Et donc l'enjeu de ce début de quinquennat avec Nicolas HULOT, Brune POIRSON et Elisabeth BORNE c'est d'avancer justement sur les moyens. Il y a un enjeu majeur de décarbonation de notre production d'électricité. Quatre centrales…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, non, mais…

SEBASTIEN LECORNU
Non mais c'est lié, Jean-Pierre ELKABBACH. Quatre centrales à charbon à éteindre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment on passe en huit ans de 83 % à 50 ?

SEBASTIEN LECORNU
Ensuite vous avez un objectif sur le nucléaire qui est de le ramener à 50 %. Contrairement à ce que je lis ici et là, on n'a jamais dit zéro. On vise 50 %.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment fait-on ? Sur les vingt-quatre centrales nucléaires, lesquelles il faut fermer ?

SEBASTIEN LECORNU
J'y viens, Jean-Pierre ELKABBACH. Une fois de plus pour les Français, il faut qu'on explique ces sujets-là, sinon les gens prennent les choses comme ça sans forcément avoir la vision de l'ensemble. On décarbone pour la planète, pour le climat, pour les gaz à effet de serre. Le nucléaire, on en réduit la puisqu'on n'a pas toutes les solutions pour les déchets ultimes. 50 % est un horizon…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça, c'est de la théorie mais comment fait-on ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, non, non, c'est dans la loi. Ce n'est pas de la théorie. C'est dans la loi. 50 %, c'est l'objectif. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on va organiser un boom, une libération des énergies renouvelables. C'est la réponse aux deux premiers enjeux. C'est pour ça que, par exemple, j'ai débuté avec un groupe de travail sur l'éolien qu'il soit terrestre ou qu'il soit offshore.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et j'ai vu que vous avez inauguré une éolienne flottante.

SEBASTIEN LECORNU
C'est la première de son genre en France, la première de sa génération.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire ? Qu'est-ce que ça veut dire qu'elle soit flottante ? Elle ne circule pas comme ça sur la mer mais elle est en profondeur ?

SEBASTIEN LECORNU
Elle ne circule pas toute seule, je vous le confirme. Elle est sur un flotteur qui, d'ailleurs, est de conception française, un grand constructeur français qu'on connaît bien et elle est arrimée au fond de la mer avec des clams. C'est une technologie complètement nouvelle qui rend l'acceptabilité pour les pêcheurs et pour les usagers de la mer beaucoup plus forte. Il faut qu'on organise – c'est libérer protéger, cette affaire – il faut qu'on organise la libération des énergies renouvelables. C'est absolument indispensable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On a du retard.

SEBASTIEN LECORNU
Bien sûr qu'on a du retard, Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On a du retard.

SEBASTIEN LECORNU
On a du retard et c'est bien pour cela qu'on organise cette libération. Je le fais sur le travail sur l'éolien puisqu'on voit bien qu'on doit pouvoir faire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'éolien pas terrestre.

SEBASTIEN LECORNU
Les deux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça ne marche pas parce que même les riverains et les amis de Nicolas HULOT n'en veulent pas. Il y a dix ans, on avait dit « les éoliennes en mer » et on ne les a pas.

SEBASTIEN LECORNU
Non. Vous exagérez un peu. Il y a des territoires qui sont très en avance. J'étais à Charleville-Mézières et dans les Ardennes il n'y a pas très longtemps : il y a un certain nombre de territoires qui sont en avance sur l'éolien terrestre. Il faut améliorer l'acceptabilité pour les élus locaux comme pour les riverains.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On ne fait pas comme madame MERKEL, on ne rouvre pas des mines de charbon ?

SEBASTIEN LECORNU
Non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça, c'est sûr.

SEBASTIEN LECORNU
Vous avez vu le projet de loi sur les hydrocarbures déjà, donc vous voyez le sens que nous donnons à notre trajectoire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un mot pour terminer. Dans moins d'un mois, l'association des maires de France va célébrer ses cent ans. En ce moment vos relations, les relations du président de la République avec les maires se déroulent dans un climat qui est plutôt glacial. Est-ce qu'il se présentera, le président de la République, devant eux ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui. Il leur a dit d'ailleurs, il l'a dit à François BAROIN que j'ai vu d'ailleurs avec Nicolas HULOT en début de semaine. Vous savez les élus locaux – j'ai été maire, président du conseil départemental – les élus locaux, ils sont un tout petit peu convalescents du quinquennat précédent. La méthode un peu brutale, dure…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais la vôtre aussi.

SEBASTIEN LECORNU
Non, non, non. Au contraire. Non, Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous reviendrez parler de la dotation.

SEBASTIEN LECORNU
Avec plaisir parce qu'il y a des ruptures, elles sont importantes aujourd'hui. Stabilité, on ne fera pas le grand soir des modifications territoriales comme la loi NOTRe ou la loi Maptam ou la fusion des régions. Visibilité et prévisibilité sur les recettes, pas de baisse de dotation de l'Etat l'année prochaine, simplification – je vous parlais de l'éolien récemment – pour les maires également. Donc tout ça va dans le bon sens et moi, je vous dis quelque chose, Jean-Pierre ELKABBACH. Vous verrez qu'entre Emmanuel MACRON et les maires de France, ça démarre peut-être glacialement parce qu'il y a cette convalescence mais vous verrez qu'à l'avenir ça se passera bien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez du boulot pour vous rapprocher et vous réconcilier et apaiser le climat. Simplement, vous avez parlé de vous. On sent que vous avez été extrêmement blessé par ce qui s'est produit hier et qui va se produire encore. Chez vous, qui a allumé la flamme ? Vous avez dit à 17 ans, mais qui a allumé la flamme de la politique ?

SEBASTIEN LECORNU
Mon grand-père disparu il y a deux ans, ancien résistant. Je suis arrivé à la politique par l'Histoire, par le monument aux morts familial.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu.

SEBASTIEN LECORNU
Merci Jean-Pierre ELKABBACH.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 octobre 2017

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