Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec BFMTV et RMC le 26 octobre 2017, sur le Traité de libre échange entre l'Union européenne et le Canada, la question de l'herbicide glyphosate et sur la directive relative aux travailleurs détachés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec BFMTV et RMC le 26 octobre 2017, sur le Traité de libre échange entre l'Union européenne et le Canada, la question de l'herbicide glyphosate et sur la directive relative aux travailleurs détachés.

Personnalité, fonction : LEMOYNE Jean-Baptiste, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Europe et des affaires étrangères;

ti :

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité ce matin est Jean-Baptiste LEMOYNE, bonjour.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Trois sujets majeurs : le CETA, le glyphosate et les travailleurs détachés. Nous allons commencer avec le CETA, accord de libre-échange, rappelons-le, entre le Canada et l'Union européenne. Vous partez dimanche pour le Canada, pour aller négocier, discuter avec le gouvernement canadien. Vous dites : « Le gouvernement français sera ferme. » Peut-être ferme, mais le traité est signé. La France peut-elle, Jean-Baptiste LEMOYNE, revenir sur sa signature et ne pas appliquer ce traité ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Il ne s'agit en aucun cas de revenir sur notre signature, vous avez raison, Jean- Jacques BOURDIN. Ce traité a été lancé par Nicolas SARKOZY, il a été poursuivi par François HOLLANDE qui l'a signé et aujourd'hui, le Parlement national dans quelques mois aura à se prononcer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Deuxième semestre 2018 pour la ratification.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le Parlement français devra le ratifier ou pas.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Exactement. Et c'est pourquoi le gouvernement d'Edouard PHILIPPE tient la promesse d'Emmanuel MACRON de faire un audit de ce traité. Il y a eu une commission indépendante, totalement indépendante, et elle a pointé un certain nombre de vigilances et un certain nombre d'absences. Face à cela, nous avons souhaité mettre en place un vrai plan d'action pour que ce traité soit complété par de nouvelles mesures sans rouvrir le traité, de nouvelles mesures qu'on va travailler avec le Canada, qu'on va travailler au sein de l'Union européenne pour garantir par exemple un certain nombre de contrôles, un certain nombre d'audits, de traçabilité. Parce que ce que nous souhaitons, c'est que le consommateur européen, le citoyen européen, ait pleinement confiance dans ces échanges internationaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'était la promesse d'Emmanuel MACRON lorsqu'il était candidat à la présidence de la République. Qu'a-t-il dit, Emmanuel MACRON ? Il a dit sur le CETA : « Nous réunirons une commission d'experts », très bien. Cette commission a rendu son avis et s'inquiète de certains points du traité, on est bien d'accord. Si ces points ne sont pas résolus, il a dit : « Nous ne ratifierons pas ce traité. » On est bien d'accord, c'est ce qu'il avait dit ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, non. Il avait dit, je m'en souviens parce que je l'avais rejoint dès le 15 mars, et donc il avait pris des engagements dans l'entre-deux-tours. Il avait dit commission indépendante et, en fonction, on avisera.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi « on avisera » ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
On tient compte des conclusions de la commission indépendante. Cette commission indépendante, elle a dit en matière climatique, il y a un certain nombre d'absences. Oui, c'est normal, parce que ce traité a été négocié avant l'accord de Paris. Du coup nous, nous souhaitons porter très haut, très fort cette ambition environnementale, climatique. Vous savez que le 12 décembre, Emmanuel MACRON reçoit justement un certain nombre d'interlocuteurs internationaux pour un sommet climat. Et donc moi dimanche, lorsque je pars au Canada, c'est également pour, avec le gouvernement de Justin TRUDEAU, pouvoir avancer en bilatéral sur de nouvelles mesures.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais vous poser trois questions très concrètes, mais vraiment très concrètes. Gaz de schiste, sable bitumineux, le Canada produit, on est bien d'accord. Est-ce qu'aucun de ces hydrocarbures ne pénètrera en France ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Justement sur ce point-là des hydrocarbures, des bitumineux, le Canada de Justin TRUDEAU n'est pas le même que celui du conservateur HARPER qui était climato-sceptique. Je vous donne un cas très concret.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne répondez pas à ma question.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Le projet qu'avait le Canada de mettre en place une infrastructure pour que justement tous les bitumineux aillent vers l'océan Atlantique et traversent l'océan Atlantique, ils viennent d'y renoncer. Et donc c'est pourquoi nous, nous avons justement le souhait de pouvoir travailler avec eux, avec le Canada, à la réduction des émissions liées au transport, au transport maritime, international.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais d'accord, ce n'est pas le transport qui compte. C'est la manière dont est extrait ce pétrole de schiste. Est-ce que ces pétroles de schiste, ce gaz de schiste, seront introduits en France, seront vendus en France ? Oui ou non ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce que je peux vous dire, c'est aujourd'hui rien n'interdit la commercialisation de schiste américain ou canadien, mais le marché international est tel que, compte tenu des prix du pétrole, il n'y a pas de compétitivité, et ces produits-là, du coup, n'ont pas de débouchés en Europe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pourront être…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
N'ont pas de débouchés en Europe, il faut être…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils n'ont pas de débouchés mais enfin, s'il y a des débouchés, ils pourront être vendus en Europe. Ça, c'est la première chose. L'importation du boeuf canadien, 7 600 tonnes par an aujourd'hui. On est bien d'accord ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ? Combien aujourd'hui ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
425 tonnes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais combien après ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Justement, j'ai le document de la Commission européenne parce que j'ai entendu les inquiétudes de la filière bovine. Vous savez, moi je suis élu de l'Yonne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c'est pour mais c'est pour ça que je vous en parle.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Il y a la race charolaise en Bourgogne donc tout ça, j'y suis attentif. Et donc aujourd'hui, le Canada a le droit d'importer, d'exporter 15 000 tonnes de viande bovine. Sur ces 15 000 tonnes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous parlez de toute l'Union européenne ou de la France ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Toute l'Union européenne, toute l'Union européenne. Et sur ces 15 000 tonnes, combien y réalise-t-il ? 425 tonnes. Voilà, j'ai le document.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aujourd'hui. Et demain, libre échange ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Le traité prévoit que ça peut aller jusqu'à 45 000 tonnes, mais vous voyez bien que si aujourd'hui il n'y en a que 425 tonnes, ça veut dire qu'ils sont loin d'avoir saturé leur quota. Et ça veut dire que ce n'est pas demain qu'ils vont passer à 45 000 tonnes. Pourquoi ? Pour une bonne et simple raison…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ils vont augmenter. Tout leur intérêt, c'est d'exporter. Leur intérêt, c'est d'exporter leur viande.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ils n'arrivent même pas à exporter 15 000 tonnes, ils en exportent 425 c'est-à-dire cent fois moins. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que leur outil de production, il n'est pas adapté à notre marché européen. Parce que nous, nous refusons par exemple le boeuf avec hormones ; or leur filière...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bourré d'antibiotiques, d'accélérateurs de croissance.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Justement, nous avons des filières différentes. Le choix européen, c'est la qualité, c'est du boeuf sans hormones et donc comme les Canadiens ne sont pas en mesure de produire ce boeuf sans hormones, ça explique pourquoi ils n'utilisent pas leur quota. Et c'est pour ça que c'est un bon accord, ce traité entre l'Union européenne et le Canada, parce qu'il y a peut-être…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qui va aller les contrôler ? Nos vétérinaires vont aller au Canada contrôler ? Est-ce que nos vétérinaires auront le droit d'aller contrôler au Canada ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais c'est déjà le cas et on va renforcer tout cela. Naturellement, il y a un certain nombre de moyens de contrôle supplémentaires tant au niveau national qu'au niveau européen. Par exemple, au niveau des douanes françaises et d'ailleurs compte tenu du contexte Brexit, nous savons que nous allons devoir renforcer nos moyens sur la côte atlantique et de la Manche, les ports par lesquels arrivent un certain nombre de marchandises. Et par ailleurs, au niveau européen, là aussi renforcement des moyens pour contrôler, parce qu'à partir du moment où il y a plus d'échanges, il faut également plus de contrôles pour s'assurer que le consommateur, il a bien ce qu'il veut. Et je rappelle que le consommateur, au final, c'est lui qui est roi, c'est lui qui est le client.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais encore faut-il qu'il soit informé, le consommateur.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
C'est pour ça Jean-Jacques BOURDIN, vous avez raison, dans ce plan d'action de mise en oeuvre du CETA, il y a également le chantier de l'étiquetage. Parce qu'il faut que le consommateur il sache, quand il fait son choix dans le rayon, ce qu'il achète. Nous nous souhaitons, de ce point de vue-là, prendre des mesures au niveau européen qui permettent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelles mesures allez-vous prendre ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Qui permettent de savoir ce qu'on achète et c'est aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même dans un produit transformé ? Je pourrai savoir si je mange du boeuf canadien dans un produit transformé ou pas ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Là, je pense qu'on peut travailler sur des labels de façon positive.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur le produit transformé, je ne saurai pas.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Si, si, si, si, si, si. Je pense que la politique des labels comme on a le Label rouge peut être intéressante.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Peut être intéressante à développer une fois mis en place le traité.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais vous savez, le traité on le met sous surveillance. Justement, tout ça….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sous surveillance, mais il est entré en vigueur le 21 septembre. Sous surveillance de quoi ? De qui ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Et depuis, je n'ai pas eu l'impression qu'il y ait eu mort d'homme. Justement, on va évaluer ça chaque mois, chaque trimestre, l'impact sur les filières. Très important parce que, honnêtement, justement le président de la République a été élu sur un message résolument pro-européen, mais pour une Europe qui protège, parce qu'on n'est pas naïf. Qu'il s'agisse dans le commerce international, certains pays font des subventions indues, certains pays font du dumping ; nous, on souhaite que cette Europe prenne ses responsabilités et elle régule. Et la France, de ce point de vue-là, est à l'offensive.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Europe et le glyphosate. Là, encore un dossier sur lequel vous peinez à trouver une majorité si j'ai bien compris. C'est bien ça, Jean-Baptiste LEMOYNE ? On est bien d'accord, non ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Attendez. Ça chemine, ça chemine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Où est-ce qu'on en est ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Prenons le dossier à la base. A la base, la question c'est oui ou non doit-on renouveler l'autorisation d'utiliser ce produit pendant dix ans ? Il se trouve qu'aujourd'hui, il n'y a pas vraiment de substitut à ce produit et donc on voit bien qu'au niveau européen…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a des agriculteurs qui font sans.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
On est bien d'accord mais donc au niveau européen, il y a des Etats qui sont pour l'interdiction pure et simple, des Etats qui souhaitent la reconduction pour 10 ans, et là on voit bien qu'hier il y avait l'idée d'arriver à une reconduction très limitée dans le temps, pour permettre justement de travailler sur ces substituts, et donc la décision n'est pas encore prise. Vous avez vu que Nicolas HULOT préconisait, lui, trois ans mais par rapport à dix ans, on vient de loin quand même et c'est ça la force.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a toujours une petite cacophonie gouvernementale. Trois ans, cinq ans, on ne sait plus tellement selon les ministres.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Honnêtement, c'est ça la force de la France qui est quand même de retour au niveau européen. Je l'ai vu avec Nicolas HULOT et Brune POIRSON. Ils sont en train de mobiliser…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La France n'a rien obtenu hier.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Attendez, on n'est plus sur une reconduction de dix ans. Déjà, le débat est plutôt sur trois ans, quatre ans et une décision à venir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut seize Etats d'accord, France comprise, avec notre position et plus de 65 % de la population. On est bien d'accord, c'est cela ? 16 Etats sur 28. On ne les a pas.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais tout ça, ça se construit petit à petit ces majorités. Regardez le travail détaché.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y revenir.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Emmanuel MACRON au mois d'août dernier, il a fait une tournée européenne notamment dans un certain nombre de pays d'Europe centrale et orientale qui ne voulaient pas changer la directive. Bien, il a réussi à convaincre certains de ces pays que ce n'était plus tenable, parce que la directive de 96 elle n'est plus adaptée à la situation de 2017. Et donc ça, ce sont des majorités qui se bâtissent jour après jour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Hier, combien de pays étaient sur la position de la France hier ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je n'étais pas au Conseil environnement donc je ne peux pas vous dire, j'étais sur le CETA.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, non, non, non, c'est la vérité. Tout ça pour vous dire que ce sont des majorités qui se bâtissent pas à pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi, j'ai une autre question à vous poser. La position de la France, c'est quatre ans. On est bien d'accord ? On renouvelle pendant quatre ans.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Pour l'instant, la position est sur quatre ans.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi on interdit au bout de quatre ans ? C'est totalement différent. C'est-à-dire que dans quatre ans, on va encore discuter pour savoir si on renouvelle encore.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non mais je crois que l'état d'esprit, il est que s'il y a une reconduction pour quelques années…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ne pas dire : « On demande l'interdiction dans quatre ans, l'interdiction totale » ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Attendez, s'il y a une décision qui est prise trois ou quatre ans, tout le monde a bien en tête que la situation actuelle n'est pas tenable et qu'il faut trouver un certain nombre de substituts.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc dans quatre ans, interdiction ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Et donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Baptiste LEMOYNE, non, non, non, non. Vous savez, c'est important. Dans quatre ans, interdiction ou pas ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
On est tous signataires des accords de Paris. Tous on sait que maintenant, on doit avoir un modèle justement agricole, environnemental qui soit durable. Et donc on doit, en termes de recherche, en termes d'innovation mettre le paquet pour trouver de meilleurs produits. Voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors est-ce que la position de la France c'est : dans quatre ans, il n'y aura plus de glyphosate à disposition de nos agriculteurs ? Oui ou non ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
La position de la France, le Premier ministre l'a dit, c'est : il faut se mettre en situation de sortir de la dépendance à ce produit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors on se met en situation.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne me dites pas : « Dans quatre ans, plus de glyphosate ». Pourquoi ne me le dites-vous pas ? Parce que vous ne le pensez pas ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Jean-Jacques BOURDIN, parce que je n'ai pas de baguette magique. Parce que diriger un pays, gouverner, ce n'est pas comme ça asséner des vérités qu'on ne sera pas capable de tenir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sont des choix. Justement, gouverner, c'est faire des choix.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
C'est faire en sorte à un moment de trouver un chemin pour sortir. On a l'objectif de sortir de la dépendance à ce produit et donc ce qu'on souhaite, c'est de construire ce chemin. Il faut être réaliste. Il ne faut pas vendre des choses qui ne sont pas réalisables. Et donc, c'est ça aussi toute la complexité de l'action publique. Mais je crois qu'il faut rendre hommage à Emmanuel MACRON, à Edouard PHILIPPE justement eux de ne pas vendre soit du rêve, soit des balivernes. On vend ce qui est réalisable et c'est la force de ce gouvernement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'interdiction dans quatre ans, ce n'est pas réalisable.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
C'est la force de ce gouvernement de pouvoir justement unir des gens qui viennent de tous horizons politiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, on a compris.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Et de faire en sorte qu'un Nicolas HULOT puisse dialogue avec justement un ministre commerce et cætera et converger pour arriver à trouver des solutions pragmatiques concrètes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors les solutions pragmatiques, les travailleurs détachés. Cet accord est-il aussi ambitieux que vous le dites ? Triomphalisme d'Emmanuel MACRON, du gouvernement mais regardons. A travail égal, salaire égal, on est bien d'accord. Je suis Polonais, Portugais, Tchèque, je veux travailler en France. Je vous prends un exemple concret, je touche le même salaire qu'un Français qui fait le même boulot que moi. Primes comprises, remboursement de frais compris – on est bien d'accord – et les charges sociales, patronales et salariales sont payées où ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Travail égal, salaire égal, c'est-à-dire que maintenant, effectivement, il n'y a plus la possibilité d'avoir ce dumping, salaire ou charges, qui seraient très différents, et qui fait que, par exemple, dans le département de l'Yonne, moi j'ai vu, il y a quelques temps, des chantiers, des gros chantiers d'infrastructures, réalisés par des travailleurs venant, soit du Sud de l'Europe, soit de l'Est de l'Europe. Demain, ces chantiers, qui durent parfois de 18 mois à 2 ans, parce que ce sont des grosses infrastructures, ils ne pourront plus se produire dans ces conditions-là, et donc il y a cet aspect…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils pourront durer 12 ou 18 mois.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
12 mois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec une prolongation possible…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Si l'Etat l'accepte, donc c'est pour ça que l'Etat reprend la main aussi, et donc 12 mois c'est important parce que, des chantiers, comme ça, de 18 mois, de 2 ans, ils ne pourront plus voir le jour dans ces conditions-là. Parce que notre bâtiment, le BTP, il a souffert de cette concurrence déloyale, et c'est pour ça que les règles de 96, qui ont été faites quand une Union européenne était à 15, elles ne peuvent pas être les mêmes quand l'Union européenne elle est à 27 ou à 28. Et c'est pourquoi cette directive, on en parlait depuis des années, de la révision, mais ça n'avait pas abouti, et là, à force de persuasion, d'arriver à rapprocher les points de vue, eh bien on a réussi à trouver une majorité, y compris avec des Etats d'Europe centrale et orientale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord, salaire égal…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Salaire égal, travail égal.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les charges sociales seront payées où ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Vous savez que l'idée, justement, c'est qu'un travailleur détaché, désormais, devra avoir cotisé au moins 3 mois à sa Sécurité sociale d'origine, alors que pour l'instant il n'y avait pas de délai…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc les charges sociales seront payées dans le pays d'origine, on est bien d'accord ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais, c'est aussi pour ça que la compétitivité française…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que le travailleur coûtera moins cher quand même !

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais attendez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Puisqu'il n'y aura pas de charges sociales sur son dos.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais c'est pour ça que nous faisons, nous, au niveau français, tout un travail de compétitivité. Quand on augmente la CSG de 1,7 point, c'est pour alléger les charges sociales sur les salariés français, donc c'est pour permettre une compétitivité meilleure de la France. Donc, voyez, tout ça c'est un ensemble…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Si, parce que ce ne sont pas des décisions qui sont saucissonnées, c'est-à-dire qu'il y a une vision d'ensemble. Nous on considère que, il y a une qualité du travail français, et cette qualité du travail français elle doit se faire au meilleur coût sans que ça pénalise le salarié.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le meilleur résultat c'était de faire payer les charges sociales en France, et oui ! Enfin bon… puisqu'on travaille en France. Je suis conducteur routier, alors là je lis Elisabeth BORNE, là les bras m'en tombent : Les règles du détachement s'appliqueront pleinement au secteur du transport. Non, mais, c'est se moquer du monde, d'ailleurs les transporteurs sont fous de rage, les conducteurs routiers sont fous de rage, Jean Baptiste LEMOYNE. Parce que vous ajoutez : compte tenu des spécificités du transport, les modalités d'application seront précisées dans le cadre de la négociation en cours sur le paquet mobilité.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Tout à fait. Donc, ça veut dire quoi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc les règles ne s'appliquent pas aujourd'hui quoi ! ne s'appliqueront pas.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
La directive révisée dit bien que tous les secteurs sont concernés, y compris le transport routier. Maintenant, il y a des modalités pratiques, spécifiques au secteur routier, qui doivent être travaillées, et donc il y a une nouvelle négociation qui s'enclenche, le paquet mobilité auquel vous faisiez allusion. Mais ce que je veux dire c'est que, la France, grâce à la loi Macron, elle a déjà pris des mesures pour encadrer cette concurrence, parfois déloyale. On a interdit, par exemple, le cabotage, enfin, que le cabotage se fasse aux tarifs des pays, par exemple d'Europe de l'Est, et, par exemple, je suis un transporteur roumain, je charge à Lille, je décharge à Montpellier, je fais ça aux tarifs français, et donc ça c'est la loi Macron. Et il se trouve que, justement, grâce aux négociations qui viennent de s'achever – vous savez qu'il y avait un risque la Commission européenne veuille aller chercher des poux dans la tête de la France sur cet encadrement - eh bien la Commission européenne a dit qu'elle ne défèrerait pas ces éléments. Donc, ça permet de garder des protections…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très bien. Mais, en tous les cas, aujourd'hui, ces règles détachement ne s'appliquent pas au transport routier. Aujourd'hui, Jean-Baptiste LEMOYNE, vous pouvez me dire tout ce que vous voulez, aujourd'hui ça ne s'applique pas.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Attendez, il y a un principe qui a été acté, le transport routier est concerné, maintenant il faut trouver des modalités. On ne travaille pas dans le transport routier comme on travaille dans le BTP, c'est différent. Et vous savez, moi j'ai une grande confiance pour le transport routier français. J'étais en déplacement, il y a quelques semaines, à Biarritz, 15 j'ai rencontré les dirigeants d'une formidable entreprise qui s'appelle l'entreprise Olano, ils sont dans le transport routier, et s'ils arrivent à se développer encore, pourquoi ? C'est parce qu'ils ont fait le pari de la qualité, d'avoir un service irréprochable, et aujourd'hui ils se développent à l'international, en Espagne, au Maroc, partout. Et donc, nous avons des transporteurs routiers français, de qualité, qui peuvent tirer leur épingle du jeu, malgré ce contexte de dumping qui peut exister, et nous on se bat contre ça, parce qu'on veut cette Europe qui protège.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, pour l'instant, l'Espagne et le Portugal ne nous suivent pas vraiment sur le transport routier, nous verrons bien. En ce qui concerne l'Espagne, d'ailleurs, peut-être nous sommes très proches finalement de RAJOY dans sa position avec la Catalogne, peut-être que ça a un lien, je ne sais pas Jean-Baptiste LEMOYNE, mais, l'indépendance de la Catalogne, ça, la France ne reconnaîtra jamais cette indépendance ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Vous savez, la Catalogne a une chance immense dans l'Espagne, c'est d'avoir un régime d'autonomie particulièrement favorable, c'est-à-dire que la langue catalane, l'identité catalane…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moins favorable que le régime basque.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Et un certain nombre d'impôts, qui sont collectés, qui restent au niveau de la Catalogne. Il y a un statut qui a été adopté en 2006, le statut révisé de la Catalogne, vous savez, qui donne d'énormes prérogatives au gouvernement catalan, il a été approuvé par 73 % en 2006. Je crois qu'il est un peu inutile aujourd'hui d'aller provoquer des déchirures dans la société, parce qu'on le voit bien, entre eux des Catalans qui souhaitent quitter l'Espagne, et des Catalans qui se revendiquent espagnols, il y a des tensions très fortes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La France ne reconnaîtra jamais l'indépendance de la Catalogne ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais, tout ce processus s'est placé en dehors du cadre constitutionnel espagnol, donc il est hors de question…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc la France ne reconnaîtra jamais…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bien sûr, il est hors de question de reconnaître une démarche qui est illégale. Et, vous savez, on est dans un moment où, aussi, il ne peut pas y avoir d'égoïsme régional ou national, l'Europe, on est tous dans le même bateau, et donc quand un gouvernement, une autonomie, comme la Catalogne, effectivement a des richesses, c'est bien qu'elle en garde sa juste part, mais c'est bien aussi que ça puisse irriguer l'ensemble du territoire espagnol. Voilà, il faut lutter contre les égoïsmes régionaux ou nationaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Jean-Baptiste LEMOYNE.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 octobre 2017

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