Interview de Mme Françoise Nyssen, ministre de la culture à France-Inter le 27 octobre 2017, sur le budget 2018 de la culture, notamment le budget de l'audiovisuel public et celui de France Télévision. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Françoise Nyssen, ministre de la culture à France-Inter le 27 octobre 2017, sur le budget 2018 de la culture, notamment le budget de l'audiovisuel public et celui de France Télévision.

Personnalité, fonction : NYSSEN Françoise, FAUVELLE Marc .

FRANCE. Ministre de la culture;

ti :


MARC FAUVELLE
Bonjour Françoise NYSSEN.

FRANÇOISE NYSSEN
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Voilà 5 mois que vous êtes arrivée au ministère de la Culture, tournant la page des années Acte Sud, la maison d'édition que vous avez dirigée pendant plus de 30 ans. Beaucoup de questions à vous poser ce matin, sur la culture, sur la mise en place du programme d'Emmanuel MACRON, sur la télévision, la radio publique, sur la redevance, également sur le cinéma, et puis si on a le temps, également sur la langue française. Mais d'abord, on vous a peu entendue, depuis votre arrivée à la tête du ministère, en quelques mots, quelle ministre de la Culture serez-vous, quelle est la feuille de route que vous vous êtes fixée ?

FRANÇOISE NYSSEN
La culture, ce n'est pas un supplément d'âme, c'est vraiment quelque chose qui fonde l'être humain, qui permet donc de, d'une certaine manière, de toucher aussi tous ceux qui sont loin de la culture, les exclus de la culture. Et je voudrais vraiment, je veux mener une politique pour l'inclusion de tous ces exclus, qui soit pour des raisons géographiques – je me rends compte, je circule beaucoup sur les territoires – qui soit pour des raisons économiques ou sociales, avec l'idée de « la culture ce n'est pas pour moi. » Il y a un fort travail à faire vers tous ces publics.

MARC FAUVELLE
Alors, vous avez obtenu que votre premier budget soit maintenu pour l'an prochain, c'est même une toute petite augmentation. Est-ce que vous avez l'assurance d'Emmanuel MACRON que ce sera le cas pendant toute la durée du quinquennat ?

FRANÇOISE NYSSEN
C'était une promesse…

MARC FAUVELLE
Il est sanctuarisé, le budget du ministère ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, cette année, pour ce qui est l'activité culturelle, l'action culturelle, il est absolument sanctuarisé, c'était une promesse. Il m'a demandé de venir et de prendre la culture comme facteur, je dirais d'inclusion, de ré-enchantement, pour embarquer les gens dans un changement, comme facteur de confiance, tout ça c'est très important et la culture permet ça.

MARC FAUVELLE
Françoise NYSSEN, depuis que l'affaire WEINSTEIN a éclaté aux Etats-Unis, des actrices françaises affirment elles aussi avoir subi des agressions sexuelles, souvent lors de castings. Combien y a-t-il de WEINSTEIN en France ?

FRANÇOISE NYSSEN
Très important que la parole se libère face à cette histoire absolument monstrueuse, je crois que le terme peut être employé, et nous avons, dès l'annonce, réactivé l'information qu'il existe des numéros auxquels les gens peuvent appeler, au sein du ministère, mais aussi au sein du gouvernement, c'est « Allo Discrim. » Il est important que la parole se libère, et d'ailleurs, je me suis rendue hier dans une école – parce que 37.000 étudiants (sic) étudient dans nos écoles – et tout commence par la pédagogie, et c'est à ce niveau-là qu'il s'agit déjà de solliciter, d'embarquer, de faire comprendre l'importance de la chose – et je me suis rendue dans une école pour leur demander de rédiger une charte par rapport à ces sujets-là. Et c'était incroyable de voir comment la parole se libérait, entre les étudiants, entre les professeurs, entre les hommes, entre les femmes, c'était absolument… Ce qui montre que c'est vraiment important d'être présent et de faciliter cela.

MARC FAUVELLE
Il faut donner les noms des agresseurs présumés, vous demandez aux actrices, aujourd'hui, de les donner publiquement ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ce qui est important c'est que la parole se libère pour les gens, pour qu'ils puissent exprimer…

MARC FAUVELLE
Oui, mais pour l'instant vous savez que c'est anonyme dans la plupart des cas. Est-ce que vous demandez aux actrices de donner le nom des personnes qui les ont agressées ?

FRANÇOISE NYSSEN
Moi je n'ai pas à leur demander de dire, je dis la parole doit se libérer, et il est possible, et elles peuvent s'adresser à la justice et dire, il faut pouvoir dire en toute impunité, et toute liberté.

MARC FAUVELLE
Françoise NYSSEN, si le budget de votre ministère est stable, celui de l'audiovisuel public, en revanche, est en baisse assez nette. L'an prochain, 50 millions d'économies à FRANCE TELEVISIONS, 20 millions ici à Radio France, par rapport à la trajectoire qui avait été prévue par le gouvernement précédent, même la droite n'en n'avait pas fait autant sous Nicolas SARKOZY.

FRANÇOISE NYSSEN
Alors, reprécisons les choses. Il s'agit… l'ensemble du budget de la Culture, dans toutes ses missions, est sanctuarisé, 10 milliards d'euros, celui de l'audiovisuel public a un ajustement de moins de 1 %, sur 3,8 milliards, voilà de quoi on parle. Mais, je crois qu'il est d'abord important de rappeler quels sont l'attachement et l'importance à ces missions de service public, et de soutenir…

MARC FAUVELLE
En termes de preuve d'amour, 50 millions en moins ce n'en n'est pas tout à fait une !

FRANÇOISE NYSSEN
Non, d'abord ce n'est pas 50 millions en moins, c'est 30 millions en moins sur un budget de pratiquement 3 milliards, c'est-à-dire moins de 1 %. C'est, par rapport à des objectifs fixés par le précédent gouvernement, et on ne parle même pas de 50 millions, c'est encore moins que ces chiffres-là, il s'agit d'absolument préserver les missions qui sont évidemment le… c'est une information de référence qui se fait, ici, et dans nos maisons, c'est le soutien à la création, c'est la transformation numérique et c'est le rayonnement international de la France. Après, un dialogue s'engage avec les dirigeants, c'est une entreprise, pour analyser…

MARC FAUVELLE
Vous voulez dire que c'est encore négociable ce chiffre, ou pas ?

FRANÇOISE NYSSEN
Non, le chiffre n'est pas négociable, mais par contre des frais, sur le fonctionnement, sur les organisations, il y a des comparaisons à envisager, enfin donc il y a moyen de réfléchir.

MARC FAUVELLE
Delphine ERNOTTE dit, pour l'instant, « avec les moyens que vous me donnez, je ne peux pas faire, sauf si je taille dans la création, ou dans le cinéma, ou dans la diffusion du sport. » Qu'est-ce qu'il faut supprimer sur FRANCE TELEVISIONS ?

FRANÇOISE NYSSEN
Il ne s'agit pas de dire qu'est-ce qu'il faut supprimer. Je rappelle, ces missions, qui sont fondamentales, il ne s'agit pas de faire de la création une variable d'ajustement.

MARC FAUVELLE
Alors sur quoi on joue ?

FRANÇOISE NYSSEN
Une entreprise, bien sûr c'est des investissements de création, c'est des…

MARC FAUVELLE
Et c'est des emplois.

FRANÇOISE NYSSEN
C'est des emplois, et c'est des frais de fonctionnement. J'ai dirigé assez longtemps une entreprise pour savoir de quoi il s'agit, et une entreprise qui, dans le privé, n'a pas un budget sanctuarisé d'année en année, où le budget est fixé par les aléas de ce qui se passe, et ce n'est souvent pas à 1 % que ça s'ajuste !

MARC FAUVELLE
Il y a trop de monde à FRANCE TELEVISIONS et à Radio France, ou alors il y a trop de chaînes ?

FRANÇOISE NYSSEN
On ne dit pas ça du tout, on dit qu'il s'agit de réfléchir. D'ailleurs, regardez, ce genre de coopération qui s'est mis en route entre FRANCE TELEVISIONS et Radio France, avec France Info, qui en fait un média multicanal, c'est extraordinaire. Au début, craintes, aujourd'hui, tout le monde, l'excellence est reconnue, et tout le monde est content.

MARC FAUVELLE
Alors, est-ce que c'est l'exemple à suivre, est-ce qu'il faut, par exemple, fusionner le réseau France Bleu, c'est-à-dire le réseau des radios locales de Radio France, et son équivalent à la télévision, c'est-à-dire France 3, est-ce que vous le souhaitez Madame la ministre ?

FRANÇOISE NYSSEN
L'exemple a été montré là, de quoi il s'agit, d'une coopération, de synergies, c'est le mot que j'utilise, et c'est ce que je privilégie.

MARC FAUVELLE
Pas fusion ?

FRANÇOISE NYSSEN
Pas fusion.

MARC FAUVELLE
La différence c'est quoi ?

FRANÇOISE NYSSEN
Fusion c'est de tout mélanger, il ne s'agit pas… c'est comme la mondialisation par rapport à la mondialité, il faut respecter les spécificités de chacun, et de ça qu'il s'agit, la diversité à travers les bonnes coopérations pour trouver les meilleurs moyens de fonctionner en rationalisant, voilà.

MARC FAUVELLE
Alors, j'essaye d'être concret. Il se passe un événement à Toulouse, vous envoyez une équipe de France 3, une autre de France Bleu, ou on fusionne les équipes ?

FRANÇOISE NYSSEN
La coopération entre France 3 et Radio Bleu…

MARC FAUVELLE
France Bleu, depuis quelques années.

FRANÇOISE NYSSEN
France Bleu, pardon : elle existe déjà localement, par exemple sur des lieux immobiliers, c'est des choses comme ça auxquelles on demande de réfléchir, ce n'est pas parce qu'on est dans ces missions-là qu'on ne doit pas réfléchir à fonctionner au mieux en faisant des économies qui ne sont pas des économies qui empêchent les missions essentielles du service public.

MARC FAUVELLE
Le risque, vous le connaissez, en tout cas dans la bouche déjà des syndicats ces derniers jours, depuis que ces rumeurs ont commencé à fuiter, c'est le retour de l'ORTF, c'est ce qu'on vous dit dès qu'on aborde la question du rapprochement entre les deux groupes.

FRANÇOISE NYSSEN
Vous parlez de risque ? Tout se réfléchit…

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas un risque, pour vous, l'ORTF, le retour à l'ORTF ?

FRANÇOISE NYSSEN
Je ne peux pas fonctionner par le risque et la peur, ce qui est important c'est de poser les problèmes. Il est normal, dans un budget contraint, que tout le monde participe, d'une manière ou d'une autre, à la réflexion, c'est l'avis-même de tout à chacun. Donc, on réfléchit, on se met autour de la table. Tous ces magnifiques établissements, ont des responsables, on travaille ensemble, on est là pour les accompagner, je ne suis pas là pour dire et imposer.

MARC FAUVELLE
Françoise NYSSEN avec nous jusqu'à 9h00, on a beaucoup de thèmes encore à aborder avec vous, on va parler notamment de la redevance, si vous le voulez bien, du retour de la pub ou non sur les chaînes du service public de télévision, du programme culturel également, que vous avez à mettre en place, notamment le « Pass culture » pour les plus jeunes, la chronologie des médias, faut-il la changer. On attend vos questions dès maintenant au standard de France Inter.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 octobre 2017

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