Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France 2 le 27 octobre 2017, sur l'herbicide glyphosate, l'énergie nucléaire, l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, Nicolas Hulot et sur La République en Marche. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France 2 le 27 octobre 2017, sur l'herbicide glyphosate, l'énergie nucléaire, l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, Nicolas Hulot et sur La République en Marche.

Personnalité, fonction : POIRSON Brune, DARET Guillaume.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

GUILLAUME DARET
Bonjour à tous, bonjour Brune POIRSON.

BRUNE POIRSON
Bonjour Guillaume DARET.

GUILLAUME DARET
« Je ne suis pas le Père Noël », alors, ce n'est pas moi qui vous dis ça, c'est Emmanuel MACRON en arrivant cette nuit en Guyane. Est-ce que ce n'est pas prendre un petit peu à la légère le malaise des Guyanais ? On voit qu'il y a eu des affrontements cette nuit entre manifestants et forces de l'ordre.

BRUNE POIRSON
Je crois que c'est exactement le contraire. Vous savez, quand vous voulez agir et changer les choses, ça commence déjà par ne pas prendre les Français, où qu'ils soient, pour des idiots. Et c'est ce que le président a fait et veut faire. Il veut changer les choses, transformer le pays, et pour ça, ça commence par dire la vérité, dire ce qu'il en est. Vous savez, c'est très facile de faire des promesses, moi aussi je peux arriver quelque part et on peut tous le faire, en annonçant de belles choses, en faisant de belles promesses, mais si on veut travailler sur le long-cours et transformer, comme je le disais, les choses, eh bien on commence par dire la vérité, et c'est ce que le président a fait.

GUILLAUME DARET
Alors justement, parmi les promesses que vous faites où les dossiers sur lesquels vous travaillez, il y a cette question épineuse du glyphosate, cet herbicide qui fait polémique aujourd'hui. Un sondage paru ce matin dans Le Figaro, selon Odoxa 80 % des Français sont pour une interdiction pure et simple du glyphosate. Vous, vous souhaitez qu'il soit à nouveau autorisé pour trois à quatre ans, le temps de trouver une alternative. Pourquoi, si c'est si dangereux, ne pas effectivement l'interdire purement et simplement dès maintenant ?

BRUNE POIRSON
Je crois qu'il faut déjà replacer peut-être des choses un peu dans leur contexte. Le glyphosate, qu'est-ce que c'est ? Le glyphosate c'est l'herbicide le plus utilisé en France, deux tiers des agriculteurs français utilisent le glyphosate. Dans ces conditions-là, ça veut dire que c'est un élément essentiel, clef, pour la viabilité économique de leurs exploitations agricoles. On peut donc...

GUILLAUME DARET
Mais les consommateurs, de l'autre côté, ils ont cette inquiétude, ils disent : on nous dit que c'est dangereux, pourquoi ne pas l'interdire ?

BRUNE POIRSON
Et absolument, et ils ont raison, et il faut que le principe de précaution s'applique, et c'est ce que nous nous attachons à faire au sein du gouvernement, c'est ce que nous avons fait. Vous savez, je crois qu'il faut peut-être revenir sur ce qui s'est passé à Bruxelles.

GUILLAUME DARET
Ce qui s'est passé à Bruxelles, certains pays voulaient une nouvelle autorisation pour 10 ans...

BRUNE POIRSON
Absolument.

GUILLAUME DARET
La France disait trois ans, maximum quatre ans, finalement il n'y a pas eu d'accord. C'est un échec ?

BRUNE POIRSON
Il n'y a pas eu d'accord, ce n'est absolument pas un échec, et je l'ai dit avant. Vous savez, qu'est ce qui s'est passé à Bruxelles ? Il s'est passé que la Commission européenne a convoqué autour de la table des représentants de l'ensemble des pays européens, elle a proposé 10 ans. Il y a eu un premier tour de table, pas de majorité. La Commission européenne a ensuite proposé cinq ans, nouveau tour de table, pas de majorité. Eh bien ce que ça veut dire, c'est que nous nous sommes battus et nous avons mobilisé l'ensemble de nos partenaires européens, pour les alerter sur justement la dangerosité du glyphosate. Et ce que nous avons voulu, et ce que nous avons réussi à obtenir, c'est que nous n'autorisions pas le faisait pour 10 ans et pas non plus pour cinq ans. Et ça, je crois qu'il faut le saluer. Si ce vote il avait eu lieu il y a six mois, eh bien le glyphosate aurait été renouvelé pour 10 ans, ni vu ni connu, hop, ça serait passé.

GUILLAUME DARET
Alors, vous travaillez aux côtés de Nicolas HULOT au ministère de la Transition et énergétique, il y a évidemment aussi cette question du nucléaire. Nicolas HULOT, il souhaite réduire la part du nucléaire, c'est un des objectifs français, il y avait évoqué 17 réacteurs nucléaires d'ici 2025. Est-ce que c'est franchement envisageable ?

BRUNE POIRSON
Je crois que ce qu'il faut faire, c'est enclencher une dynamique. Vous savez, on a une loi, la loi de transition énergétique pour la croissance verte, qui dit que nous devons sortir peu à peu du nucléaire, enfin, pas sortir du nucléaire, mais en tout cas, rééquilibrer notre mix...

GUILLAUME DARET
A 50 % horizon 2025, on est à 75 % aujourd'hui.

BRUNE POIRSON
Absolument. Rééquilibrer notre mix énergétique. Eh bien, ça, ça veut dire, maintenant, nous n'étions pas sur une trajectoire qui nous permettait d'atteindre ça, et donc nous sommes en train de regarder comment...

GUILLAUME DARET
17 réacteurs, c'est réaliste à l'horizon 2025 ?

BRUNE POIRSON
Ce qu'il faut, comme je le disais, c'est enclencher une dynamique et peu à peu voir comment rééquilibrer notre mix énergétique, et c'est ça que nous attachons à faire avec eux.

GUILLAUME DARET
C'est une question sensible, on le sait. Autre question, Notre-Dame-des-Landes, l'aéroport...

BRUNE POIRSON
Oui.

GUILLAUME DARET
Question très simple : vous êtes pour ou contre sa construction ?

BRUNE POIRSON
Moi, je ne pose pas la question pour l'instant. Vous savez, il y a une mission de médiation...

GUILLAUME DARET
Absolument.

BRUNE POIRSON
Qui est en train de faire son travail, ce n'est pas à moi de regarder actuellement ce qu'ils font. Ils vont rendre un rapport...

GUILLAUME DARET
En juin, les habitants avaient voté pour lors d'un référendum.

BRUNE POIRSON
Il y a une mission de médiation qui fait son travail, moi je la laisse faire son travail.

GUILLAUME DARET
Mais vous avez un avis : vous êtes pour ou contre ?

BRUNE POIRSON
Je ne me prononce pas sur la question.

GUILLAUME DARET
Vous n'avez pas d'avis.

BRUNE POIRSON
Non, je n'ai pas d'avis pour l'instant, parce que je n'ai pas les moyens de rendre un avis et de prendre un avis à l'heure actuelle. Il y a une mission de médiation, je le répète à nouveau...

GUILLAUME DARET
C'est ça la nouvelle politique, on...

BRUNE POIRSON
... qui fait son travail.

GUILLAUME DARET
Vous pouvez avoir un avis tranché.

BRUNE POIRSON
Ce n'est pas une nouvelle politique, vous savez, il y a différentes façons de faire de la politique, et une façon de le faire, sur un sujet donné, notamment un sujet comme Notre-Dame-des-Landes qui est particulièrement sensible et même hystérisé, eh bien il faut une méthode fondée sur la concertation.

GUILLAUME DARET
Bon, on n'aura pas de réponse ce matin, vous reviendrez nous le dire quand la médiation sera terminée. Justement, vous travaillez beaucoup avec Nicolas HULOT...

BRUNE POIRSON
Absolument.

GUILLAUME DARET
Plus d'un Français sur deux, toujours selon Odoxa, estime qu'il ne pèse pas assez sur les décisions du gouvernement. Nicolas HULOT, c'est juste un gadget dans ce gouvernement ou pas ?

BRUNE POIRSON
Nicolas HULOT, c'est absolument pas un gadget dans ce gouvernement. On vient de parler du glyphosate, eh bien sans lui, nous étions repartis par exemple vous dix ans de glyphosate. Sans lui, il y a énormément de choses qui ont été mises en place actuellement, comme par exemple des mesures en faveur des plus... de certains des foyers les plus vulnérables pour accélérer la transition énergétique qui ont été mis en place, sans lui, ça n'aurait pas été mis en place. Nous avons...

GUILLAUME DARET
On annonce tous les quatre matins son départ du gouvernement, on dit qu'il se sent mal à l'aise, c'est ce que vous ressentez, vous ?

BRUNE POIRSON
Ça, vous savez, moi je vais reprendre son expression : « C'est une légende urbaine », mais c'est bien, elle tourne, il en faut parfois des légendes, mais moi je travaille avec lui au quotidien, je peux vous dire que Nicolas HULOT, il est fondamentalement utile et il se sent surtout utile.

GUILLAUME DARET
Vous avez rencontré plusieurs, je crois, de vos prédécesseurs, vous avez discuté notamment avec Ségolène ROYAL. Est-ce qu'elle vous a donné des conseils, et si oui, quels conseils ?

BRUNE POIRSON
Elle ne m'a pas vraiment donné de conseils, mais effectivement, elle a été à la place de Nicolas HULOT dans ce ministère-là, et c'est, comme je l'ai dit, une personne de combat, et je crois que dans notre ministère, il y a des combats parfois à mener, et oui, j'ai appris en parlant avec elle.

GUILLAUME DARET
Alors, vous êtes à la République En Marche !...

BRUNE POIRSON
Absolument.

GUILLAUME DARET
Qui aura probablement un nouveau, peut-être pas patron, parce qu'on sait que le patron de la République En Marche ! c'est Emmanuel MACRON, mais un nouveau leader...

BRUNE POIRSON
Ça c'est vous qui le dites.

GUILLAUME DARET
... probablement Christophe CASTANER...

BRUNE POIRSON
Oui.

GUILLAUME DARET
Est-ce qu'il peut être délégué général du mouvement, et en même temps, si j'ose dire, rester au sein du gouvernement ou pas ?

BRUNE POIRSON
Il suffit de se pencher sur notre histoire et de voir que c'est arrivé à plusieurs reprises par exemple le président SARKOZY ou encore François BAYROU, ce serait absolument pas une première, et pour moi, ça serait plutôt un gage d'efficacité.

GUILLAUME DARET
Pourquoi ?

BRUNE POIRSON
Vous savez, Christophe CASTANER c'est quelqu'un qui s'est rendu absolument indispensable au sein du gouvernement. C'est quelqu'un aussi qui fait l'unanimité chez les Marcheurs, il est là depuis le début, il a montré un engagement sans faille pour ce mouvement, et ça, je crois qu'il faut le reconnaître, et que...

GUILLAUME DARET
Vous êtes favorable à ce qu'il reste au gouvernement, tout en étant à la tête du mouvement.

BRUNE POIRSON
Moi, je suis... Absolument, absolument. Je pense que c'est ainsi qu'il sera, qu'il continuera à être le plus utile. Et puis il y a quelque chose aussi...

GUILLAUME DARET
Ce n'est pas un cumul, une sorte, même si ce n'est pas un mandat, une sorte de cumul des mandats ? A un moment où on dit « on veut renouveler la vie politique »...

BRUNE POIRSON
Moi, je parlerais plutôt de cumul d'efficacité, et il y a aussi quelque chose que je voudrais rajouter, et dont on ne parle pas suffisamment. Vous savez, Christophe CASTANER, il a fait campagne pour les régionales dans la région PACA, il a fait campagne nuit et jour, il a été extrêmement impliqué et finalement il a pris la décision extrêmement courageuse de se retirer pour faire barrage au Front national.

GUILLAUME DARET
Et de soutenir Christian ESTROSI, lors des régionales.

BRUNE POIRSON
Et ça... De se retirer pour faire barrage au Front national, et ça, il n'y en a pas beaucoup des hommes politiques qui font ça, et on n'en parle pas suffisamment. Et ça, je crois que c'est aussi un gage de très profonde densité et c'est ce dont nous avons besoin pour diriger un mouvement, par exemple, comme la République En Marche !, et c'est ce dont nous avons besoin aussi au sein du gouvernement.

GUILLAUME DARET
Merci beaucoup Brune POIRSON.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 octobre 2017

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