Déclaration de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, sur la police de sécurité du quotidien, à La Rochelle le 28 octobre 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, sur la police de sécurité du quotidien, à La Rochelle le 28 octobre 2017.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

Circonstances : Lancement de la concertation sur la police de sécurité du quotidien, à La Rochelle le 28 octobre 2017

ti :
Monsieur le Préfet, M. Fabrice Rigoulet-Roze
Monsieur le Préfet délégué pour la Sécurité et la Défense de la Zone Sud-Ouest, M. Cyrille Maillet
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Maire, M. Jean-François Fountaine
Monsieur le Directeur Central de la Sécurité Publique,
Monsieur le Directeur Départemental de la Sécurité Publique,
Monsieur le Général Commandant la formation administrative de Poitou-Charentes, représentant le Directeur Général de la Gendarmerie Nationale
Monsieur le Colonel, commandant le Groupement de Gendarmerie Départementale
Monsieur le Président du Tribunal de Grande Instance,
Madame la Procureure de la République,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,


C'est pour moi un réel plaisir d'être ici, à la Rochelle, pour inaugurer ce nouvel Hôtel de Police.

Je tiens avant toute chose à saluer Monsieur le Maire, cher Jean-François Fountaine, Monsieur le Député, cher Olivier Falorni, ainsi que l'ensemble des élus qui contribuent à faire de cette ville un territoire toujours plus agréable à vivre.

Je veux bien entendu vous saluer vous, fonctionnaires de police, qui exercez désormais dans ces lieux. Car si cette agglomération accueille une population toujours plus nombreuse, si elle attire toujours plus de touristes, c'est aussi parce que vous répondez présent pour garantir ce qui est pour moi la condition de toute action : la tranquillité publique.


Mesdames et Messieurs,

Cette cérémonie d'inauguration marque, j'en ai conscience, l'aboutissement d'un projet au long cours. Car ce nouvel Hôtel de Police était attendu depuis longtemps. Quinze ans, exactement !

Oui, quinze ans se sont écoulés depuis que l'idée d'un transfert des locaux de la place de Verdun a été évoquée pour la première fois officiellement. Quinze ans durant lesquels élus locaux, policiers, habitants, n'ont cessé de souligner la vétusté de l'ancien commissariat, son inadaptation aux exigences des missions d'une police moderne. Il fallut un rapport, celui du contrôleur général des lieux de privation de liberté, puis l'engagement pugnace de quelques élus – et je salue ici Olivier Falorni, pour finalement faire bouger les lignes.

Aujourd'hui, je crois que le résultat est à la hauteur des espérances, à la hauteur de cette trop longue attente. Ce nouveau commissariat central est d'abord une réussite sur le plan architectural. C'est vrai quand on regarde le bâtiment depuis l'extérieur : les lignes épurées, l'alliance des couleurs et des matériaux, dessinent un très bel édifice contemporain. C'est vrai aussi quand on visite l'intérieur, où les salles exiguës et sombres de la place de Verdun laissent place à de grands espaces baignés de lumière qui assurent à l'ensemble des agents un cadre de travail optimal.

Je veux donc saluer le travail de l'agence Ameller Dubois & Associés ainsi que de l'architecte rochelaise, Karine Millet. Ils ont signé ici une réalisation remarquable.

Les locaux sont ensuite extrêmement fonctionnels. Là où les cellules de garde à vue ne garantissaient pas une prise en charge optimale des prévenus, elles sont aujourd'hui aux meilleurs standards. Là où les différents services étaient répartis sur quatre sites, ils sont aujourd'hui regroupés.

Je sais les équipes de ce commissariat d'ores et déjà extrêmement opérationnelles – et je pense notamment aux deux importantes saisies de drogue que vous avez effectuées ces derniers mois. Je suis convaincu que cette nouvelle disposition des bureaux vous permettra de gagner encore en efficacité, en fluidifiant toujours davantage les relations entre fonctionnaires, en accélérant ainsi le déroulement des enquêtes.

Enfin, ce nouveau commissariat est doté des technologies les plus avancées. Je pense bien sûr au centre de commandement, dont nous avons pu percevoir en le visitant toute la modernité. Mais je pense aussi à ce centre de police technique et scientifique qui, doté d'une cuve cyanoacrylate, permettra une détection rapide d'empreintes digitales.


Mesdames et Messieurs,

Un bâtiment esthétique, fonctionnel et équipé en technologies de pointe : ce nouveau commissariat est au fond à l'image du mouvement de rénovation que nous voulons enclencher dans tous les commissariats de France. Je tiens beaucoup à ce grand plan de modernisation. Car il n'est pas acceptable qu'aujourd'hui - et j'ai ici une pensée pour votre collègue de Royan, Sébastien Paris, blessé l'année dernière dans l'incendie d'un véhicule de police à Viry-Châtillon – des fonctionnaires risquant leur vie pour protéger les Français, travaillent dans des immeubles vétustes.

Non je n'accepte pas que les conditions de travail de vos collègues soient, dans certains endroits, plus difficiles encore que celles auxquelles vous étiez confrontés place de Verdun. Voilà pourquoi, dès cette année, une enveloppe de 195 millions d'euros, en augmentation de plus de 5% par rapport à 2017, sera destinée à des travaux immobiliers. Voilà aussi pourquoi les années suivantes, ce financement sera pérennisé, afin d'atteindre un niveau inédit sur la durée du quinquennat. Je crois que nous vous devons cet effort, à vous et à l'ensemble de nos forces de sécurité.

Je veux maintenant évoquer devant vous la deuxième thématique qui nous réunit aujourd'hui : celle de la Police de Sécurité du Quotidien.

Car si, quand je rencontre des policiers sur le terrain, ils évoquent cette question immobilière, ils m'interpellent – vous m'interpellez - aussi sur bien d'autres sujets. Ils me disent - vous me dites - combien vous vous sentez freinés dans vos missions par des procédures trop pointilleuses, des cadres d'action trop rigides. Ils me confient – vous me confiez – que vous vous sentez toujours plus contraints par des tâches administratives vous immobilisant dans vos bureaux quand vous vous êtes engagés pour être sur le terrain, au plus près de nos concitoyens.


Mesdames et Messieurs,

je suis – croyez-moi - pleinement conscient de ces préoccupations et de ces inquiétudes. Et je le suis d'autant plus qu'elles sont pleinement partagées par les Français. Eux aussi pensent que les policiers et gendarmes n'ont pas suffisamment de latitude d'action. Eux aussi ont le sentiment que les policiers et gendarmes ne sont pas assez présents sur le terrain pour dissuader les délinquants, pour protéger les publics les plus fragiles. Je sais combien un certain nombre de femmes qui quittent tard leur travail appréhendent de rentrer seules. Je sais que des personnes âgées hésitent à sortir de chez elles par crainte de se faire agresser. On ne vit pas bien dans une société où il y a de telles inquiétudes.

C'est la conscience aiguë de cette situation qui a conduit le Président de la République à formuler la proposition de créer une Police de Sécurité du Quotidien. Non pas avec l'objectif de faire émerger une nouvelle force, ou de réactiver des solutions dont on a vu les limites par le passé. Mais pour développer toutes les initiatives qui pourraient faciliter l'exercice des missions des forces de l'ordre, accroître leur efficacité, et finalement répondre au légitime désir de sécurité exprimé par les Français.

Cette Police de Sécurité du Quotidien, nous voulons la construire avec vous, policiers, avec vos collègues gendarmes sur le terrain. Et si j'ai fait le choix de lancer officiellement la grande concertation sur ce sujet ici, à la Rochelle, c'est bien parce que nous pensons que c'est en partant de la base qu'il faut mettre en place cette nouvelle politique.

Nous aurions pu en effet nous réunir place Beauvau, avec tous vos cadres, vos représentants syndicaux, avec des parlementaires, avec des associations d'élus locaux, avec des experts. Et ces acteurs seront bien entendus associés à nos réflexions. Mais nous avons une ambition plus grande. L'ambition de susciter parmi les 250 000 personnels des forces de sécurité du pays, parmi les élus, parmi la population, une réflexion large, une puissante mobilisation pour définir les contours de la police de demain. J'ai ainsi fait partir ce samedi une lettre aux préfets pour leur demander de décliner cette consultation dans chaque département sous quinze jours. Un questionnaire sera également envoyé à chaque policier, chaque gendarme du pays. Mais je tenais dès aujourd'hui à détailler devant vous quelques-uns des grands axes autour desquels s'articulera cette concertation.

En soulignant d'abord que la Police de Sécurité du Quotidien devra être une police sur-mesure. Vous le savez bien ici en Charente-Maritime : les enjeux ne sont pas les mêmes selon que l'on se trouve dans une ville comme la Rochelle, marquée par le tourisme et les congrès, ou dans une commune plus rurale du département. C'est pourquoi, d'ores et déjà, les forces de sécurité s'adaptent. À la Rochelle, vous avez par exemple développé la présence de personnels de police la nuit, parce que vous savez que 30% des délits sont commis entre 23h et 6h. Vous avez mis en place des équipes spécialisées géographiquement parce que, dans certains quartiers de politique de la ville, une connaissance fine des rues, des immeubles est nécessaire pour être efficace. Cet après-midi, j'irai voir à Nieul-sur-Mer vos collègues gendarmes, qui ont mis en place, dans cette zone périurbaine, une brigade de contact permettant d'entretenir le lien avec la population. Ce sera une autre façon de faire, correspondant à une réalité différente. Eh bien c'est précisément ce type de mesures que la Police de Sécurité du Quotidien doit permettre de développer. Y compris par la déconcentration de certaines décisions ! Et avec une associatio plus étroite des Maires ! Nous ne devons pas craindre d'être ambitieux.

La Police de Sécurité du Quotidien devra ensuite être mieux équipée. J'évoquais à l'instant la question immobilière. Mais nous devons bien sûr prendre en compte ce qui permet aux forces de sécurité d'exécuter leurs missions et nous veillerons donc à renouveler véhicules, armements, équipements de protection. Je sais par exemple que dans ce commissariat, l'ensemble des dotations allouées l'année dernière vous a permis d'acheter trois véhicules nouveaux, des casques pare-balles, des pistolets mitrailleurs. J'ai conscience aussi qu'il faut aller bien plus loin. C'est pourquoi, dès l'année prochaine, le budget dédié aux équipements dans la police nationale sera augmenté à 150 millions d'euros, contre une moyenne de 100 millions d'euros les années précédentes. Il s'agit là d'un effort significatif. Mais pour le rendre pleinement utile, nous avons là encore besoin de vous. Pour faire remonter les nécessités qui se font jour. Pour valoriser la spécificité de certaines missions, tenir compte des situations dans lesquelles vous agissez et qui parfois nécessitent des équipements particuliers.

La Police de Sécurité du Quotidien sera également – c'est le troisième axe de cette consultation, plus connectée. Je crois beaucoup au virage numérique auquel s'est engagé le Président Emmanuel Macron. Car bien des difficultés qui se posent aujourd'hui peuvent être résolues grâce au digital. Les appels radios incessants vers vos commissariats pour consulter des fichiers alors que vous êtes sur le terrain ? Ils seront supprimés par la consultation directe de ces fichiers sur les tablettes NEO lors d'une interpellation. Les contrôles d'identité multiples créant un sentiment de défiance envers policiers et gendarmes ? Ils seront limités par la consultation sur ces mêmes tablettes de l'historique de ces contrôles. Les soupçons sur de supposées tensions entre forces de police et population ? Ils pourront être levés grâce à l'équipement en caméra-piétons. Oui, la transition numérique, ce sera du temps gagné, une efficacité accrue et un lien de confiance rétabli. C'est pourquoi d'ici 2019, 115 000 tablettes NEO seront déployées pour la police et la gendarmerie.

Quatrièmement, la Police de Sécurité du Quotidien sera plus partenariale. Vous le savez bien, la tranquillité publique est de plus en plus une production collective. C'est par exemple en décelant un changement de comportement d'un jeune suivi par les services sociaux que l'on peut détecter un processus de radicalisation. C'est en recueillant le témoignage d'associations, d'élus locaux, de commerçants sur l'ambiance d'un quartier, que l'on peut repérer l'émergence de trafics. C'est en s'appuyant sur un réseau de voisinage organisé – et je pense ici au dispositif Voisins Vigilants, que l'on peut lutter efficacement contre les cambriolages. C'est en mobilisant l'expertise d'un Maire, que l'on peut prendre les bonnes décisions stratégiques dans la sécurisation ; c'est en travaillant sur les espaces urbains, en s'appuyant sur les réseaux de vidéoprotection municipaux, que l'on peut proposer des solutions complètes de sécurité. Notre volonté est donc de développer partout de la transversalité, de l'horizontalité, des habitudes de travail en commun. Là encore, je tiens à saluer le travail exemplaire mené ici, à la Rochelle, sous l'impulsion notamment de Monsieur le Maire. Les actions que vous développez sont multiples et je ne saurais toutes les énumérer. Mais je veux souligner le nouveau dispositif de sécurisation du Vieux Port, que nous allons découvrir tout à l'heure. Je veux souligner la coopération étroite entre police nationale et police municipale, avec la mise en place d'un système d'interopérabilité radio, de formations communes, et bien sûr l'existence de 5 contrats locaux de sécurité.

Enfin, la Police de Sécurité du Quotidien sera une police plus efficace parce que nous la recentrerons sur ses missions. Je l'évoquais, il est parfois difficile d'être policier aujourd'hui. Il y a bien sûr le risque inhérent à vos fonctions. Mais il y a surtout le découragement que l'on peut ressentir quand on arrête un délinquant qui se trouve relâché quelques heures plus tard, quand on effectue une tâche répétitive alors qu'on a été formé pour enquêter. C'est pour cela que nous sommes en train d'engager une réflexion sur le continuum de sécurité, avec la volonté de mettre fin aux tâches indues. C'est pour cela aussi que je m'engage si fortement, avec ma collègue Garde des Sceaux à procéder à une réforme en profondeur de la procédure pénale. Notre volonté est ainsi de forfaitiser certaines infractions. Car comment justifier qu'aujourd'hui les policiers passent par exemple 1.2 million d'heures sur des affaires de consommation de cannabis, sans aucun effet dissuasif à la clé ? Nous voulons aussi simplifier les cadres d'enquête, numériser un certain nombre de procédures, alléger le formalisme, bref libérer les policiers des tâches administratives pour qu'ils soient à nouveau plus présents sur le terrain, au contact de la population. C'est là une demande des policiers. Mais c'est aussi celle de nos magistrats, qui eux aussi se sentent entravés dans leurs enquêtes.

Sur-mesure, équipée, connectée, partenariale et plus efficace : voilà donc la Police de Sécurité du Quotidien que nous voulons imaginer, la police dont nous voulons doter les Français demain. J'ai volontairement évoqué ces questions sans aborder la problématique des effectifs, car je voulais insister sur le fait que le défi qui est devant nous n'est pas seulement quantitatif, mais surtout qualitatif.

Je tiens toutefois à conclure en vous confirmant que cette Police de Sécurité du Quotidien se mettra progressivement en place dans un contexte de renforcement des effectifs des deux forces. Vous le savez, 10 000 postes de policiers et gendarmes seront créés durant le quinquennat. Parmi ces 10 000, 1 850 le seront dès 2018. Et cela concernera bien sûr la Rochelle puisque d'ores et déjà 20 effectifs ont rejoint cette circonscription à la suite des mouvements de septembre.

Voilà, Mesdames et Messieurs, c'est à partir de la Rochelle, de ce bel hôtel de police que nous lançons ce grand projet de Police de Sécurité du Quotidien. Nous allons, autour de la réflexion qui lui permettra de voir le jour à partir du premier trimestre 2018, mobiliser des dizaines de milliers d'acteurs. C'est un projet bien sûr pour la sécurité, car il vise à lutter contre tous les crimes, tous les délits, toutes les incivilités.

Mais c'est plus globalement un projet de société. Car si nous ne faisions rien, si nous laissions prospérer la violence, alors, sur le terreau de l'insécurité, les divisions grandiraient, le repli identitaire gagnerait. La Police de Sécurité du Quotidien a donc une vocation profonde. Car son véritable but est de construire dans notre pays une société réconciliée, une société rassemblée, une société apaisée.


Vive la République !
Vive la France !

Je vous remercie.


Source https://www.interieur.gouv.fr, le 30 octobre 2017

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