Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec RTL le 31 octobre 2017, sur la pénurie de beurre. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec RTL le 31 octobre 2017, sur la pénurie de beurre.

Personnalité, fonction : TRAVERT Stéphane.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation

ti :

JULIEN SELLIER
Ce matin, nous avons choisi de nous intéresser donc à cette pénurie de beurre, pénurie que vous avez sans doute constatée dans les rayons de vos supermarchés. Ce matin notre invité est Stéphane TRAVERT, le ministre de l'Agriculture, bonjour.

STEPHANE TRAVERT
Bonjour.

JULIEN SELLIER
Vous avez choisi RTL pour appeler ce matin tous les acteurs du secteur à la raison, on rappelle la situation à nos auditeurs, la demande en beurre explose dans le monde entier, la logique n'est pas forcément respectée puisque certaines grandes enseignes refusent d'acheter ce beurre plus cher. Conséquence, il est retenu, ou il est exporté dans des pays qui eux, mettent le prix, et à l'arrivée, le client, il ne trouve plus sa motte dans les rayons. Stéphane TRAVERT, vous avez écrit à l'interprofession hier, est-ce que vous appelez les distributeurs à stopper cette guerre des prix et à acheter plus cher ?

STEPHANE TRAVERT
Ecoutez, c'est une situation inédite à laquelle nous assistons aujourd'hui sur les produits laitiers, il y a une forme de blocage entre à la fois les transformateurs et les distributeurs et bien évidemment je ne peux être que contre cette guerre des prix et nous souhaitons ici que, à la fois l'interprofession puisse entamer une discussion avec les producteurs, avec les distributeurs et les transformateurs pour permettre de sortir de cette situation. Mais nous sommes dans les états généraux et aujourd'hui l'interprofession, elle est en train de travailler sur ces plans de filières et moi en tant que ministre, je souhaite que l'esprit des états généraux souffle sur ces négociations, c'est-à-dire que l'esprit des états généraux, c'est quoi ? C'est de faire en sorte que l'on paye le juste prix, de faire en sorte que tous les maillons de la chaîne soient correctement rémunérés.

JULIEN SELLIER
Parce que là il y a un souci qui est franco-français, la hausse de la demande, elle est mondiale, on est le seul pays touché par une pénurie.

STEPHANE TRAVERT
Il n'y a pas de pénurie à proprement parler, disons que cette pénurie, elle a été aussi faite parce que les consommateurs et je peux le comprendre ont beaucoup acheté de beurre ces dernières périodes pour garder, stocker.

JULIEN SELLIER
C'est 19 % de plus sur une semaine, il y a 15 jours, ça veut dire que la crainte de la pénurie crée la pénurie, il faut aussi appeler les consommateurs à la raison ?

STEPHANE TRAVERT
Oui, je pense la crainte de la pénurie crée la pénurie et ce que l'on voit sur le beurre, il se produit souvent la même chose sur l'essence et le gasoil, beaucoup de consommateurs ont acheté du beurre en supplément par rapport à leurs habitudes de consommation et le stockent. Et moi ce que je veux leur dire c'est que le beurre au congélateur, ce n'est pas forcément meilleur. Et puis moi ce que je demande clairement, c'est que là aussi, et je sais qu'il y a des distributeurs qui ont déjà fait ce choix et qui ont accepté bien évidemment de passer ces hausses auprès des transformateurs, c'est que ces parties s'entendent.

JULIEN SELLIER
Vous avez la sensation que c'est en train de bouger, SUPER U, par exemple, est en train de s'engager à acheter plus cher, ce beurre.

STEPHANE TRAVERT
Mais bien sûr, SUPER U et j'ai eu AUCHAN à travers un mail qui nous a fait savoir qu'il acceptait ces augmentations, eh bien je crois que c'est plutôt de bon augure et j'appelle chacune et chacun à prendre ses responsabilités afin que les consommateurs, mais aussi les industriels qui ont besoin de cette matière première puissent le trouver en quantité suffisante.

JULIEN SELLIER
Pour l'instant les producteurs de lait, eux, nos agriculteurs, ils gagnent toujours aussi peu d'argent, alors même que le cours du beurre a doublé, ça aussi c'est totalement ubuesque.

STEPHANE TRAVERT
Qu'est-ce qui est le prix juste ? Le prix juste, ce n'est pas le prix le plus bas et là aussi, ces états généraux ils ont permis à chacune et à chacun de constater que nous étions arrivés au bout d'un cycle et donc à travers les plans de filières qui nous seront restitués pour le 10 décembre nous avons demandé à ce que chacune et chacun puisse s'engager à faire en sorte que dans les négociations commerciales qui vont démarrer dans les jours prochains, il puisse y avoir de l'écoute, de la concertation.

JULIEN SELLIER
Et vous la comprenez quand même la colère des producteurs qui ont la sensation dans cette crise du beurre d'être un petit peu les sacrifiés sur l'autel de la guerre des prix. Certains ont bloqué par exemple des enseignes LECLERC, il y a quelques jours, vous comprenez ce mouvement de colère ?

STEPHANE TRAVERT
Bien évidemment parce que cela fait déjà plusieurs années que cela dure, aujourd'hui les agriculteurs, ils attendent, ils ont eu beaucoup d'espoir avec les états généraux, ils ont beaucoup d'attentes et nous devons répondre à cette attente à travers la construction du prix. Les états généraux de l'alimentation permettent d'inverser cette construction qui prévalait jusqu'alors et de faire en sorte que demain lorsqu'il y aura des négociations, les producteurs soient mieux représentés pour pouvoir défendre leur position devant les transformateurs et qu'ensuite les transformateurs avec les distributeurs puissent négocier au mieux leurs tarifs, de manière à ce que nous puissions aussi créer de la valeur, là où il y en a besoin, parce que cette valeur elle sera rémunératrices pour tous.

JULIEN SELLIER
Dernière question, cette crise du beurre, finalement, est-ce que ce n'est pas un test grandeur nature pour vos états généraux ?

STEPHANE TRAVERT
Oui, on peut considérer que ça peut être un test grandeur nature, bien évidemment. Ecoutez, il y a là une occasion de démontrer que ce que nous avons voulu faire à travers ces états généraux, eh bien nous pouvions le réussir dans une négociation comme celle-là parce que là aussi il y a des distributeurs, il y a des transformateurs, et il y a des producteurs qui doivent s'entendre sur une juste répartition du prix. Cette juste répartition du prix, elle doit favoriser aussi les consommateurs qui sont celles et ceux qui décident demain du produit qu'ils veulent acheter et aujourd'hui je sais que les consommateurs ils sont attachés à pouvoir acheter du beurre produit dans nos exploitations françaises.

JULIEN SELLIER
Merci beaucoup Stéphane TRAVERT ministre de l'Agriculture d'avoir été ce matin l'invité de RTL, bonne journée.

STEPHANE TRAVERT
Merci, bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 octobre 2017

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