Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec RTL le 31 octobre 2017, sur la lutte contre le terrorisme. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec RTL le 31 octobre 2017, sur la lutte contre le terrorisme.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti :

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous et bonjour Gérard COLLOMB dans ce studio de RTL.

GERARD COLLOMB
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Demain soir minuit fin de l'état d'urgence qui est en oeuvre en France depuis novembre 2015, on apprend ce matin que 32 projets d'attentat ont été déjoués pendant cette période, tous déjoués grâce ou à cause de l'état d'urgence, plutôt grâce ?

GERARD COLLOMB
Avec les mesures qui sont prises dans l'état d'urgence mais aussi grâce à l'action de nos services, en l'espace de quatre ou cinq ans les services se sont professionnalisés et donc nous avons aujourd'hui une capacité à déceler les attentats qui peuvent se produire tout à fait exceptionnels...

ELIZABETH MARTICHOUX
32, c'est première fois qu'on entend ce chiffres, c'est le bilan de tout ce qui a été fait pendant cette période ?

GERARD COLLOMB
Oui, de ce qui s'est passé pendant cette période. Cinq attentats commis, 13 tentatives d'attentat avec des blessés et effectivement 32 attentats déjoués.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mise en oeuvre de la nouvelle loi antiterroriste que vous avez fait voter au Parlement, aussi demain... enfin elle a été promulguée en fait hier avec la signature à laquelle vous avez assistée, celle du président....

GERARD COLLOMB
Oui et elle entre en application aujourd'hui...

ELIZABETH MARTICHOUX
Aujourd'hui même.

GERARD COLLOMB
Par décret paru ce matin au Journal Officiel.

ELIZABETH MARTICHOUX
A quelques modifications près, pas spectaculaires Gérard COLLOMB, c'est un état d'urgence permanent dans lequel on est maintenant ?

GERARD COLLOMB
On va dire qu'on a pris les mesures qui permettaient de continuer à vivre en sécurité et de protéger les Français, vous voyez lorsqu'on regarde les grands thèmes de cette loi on s'aperçoit qu'il s'agit d'abord de pouvoir protéger les grandes fêtes, on va être par exemple dans les marchés de Noël dans quelques temps, donc pouvoir fouiller les gens, mettre des périmètres de protection ; deuxième point...

ELIZABETH MARTICHOUX
Tous pourront être organisés avec un maximum de sécurité ?

GERARD COLLOMB
Oui, ce qu'on a fait par exemple pour l'Euro 2016, c'est grâce à ces mesures qu'on a pu organiser l'Euro sans qu'il y ait de difficultés. Deuxièmement, pouvoir continuer à fermer les mosquées où on inciterait... les lieux de culte où on inciterait finalement à la radicalisation et, donc, c'est quelque chose de tellement totalement nécessaire qui est...

ELIZABETH MARTICHOUX
Une question, une question justement, 11 lieux de culte ont été fermés Gérard COLLOMB sous l'état d'urgence, on imagine donc qu'ils abritaient des prosélytes de l'islamisme radical, avec la nouvelle loi que vous avez fait voter, que vous connaissez par coeur, les 11 vont demeurer fermés ?

GERARD COLLOMB
Nous avons en ce moment donc un examen de toutes les mesures, c'est-à-dire à la fois les lieux de culte, en même temps ceux qui était assignés à domicile...

ELIZABETH MARTICHOUX
En résidence, oui.

GERARD COLLOMB
De manière à voir effectivement...

ELIZABETH MARTICHOUX
41 personnes, c'est ça ?

GERARD COLLOMB
De manière à voir, 41 personnes, de manière à voir ce que nous faisons avec cette sortie de l'état...

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne le savez pas encore ?

GERARD COLLOMB
Si, si, je le sais...

ELIZABETH MARTICHOUX
Eh bien dites-le nous.

GERARD COLLOMB
Nous avons examiné l'ensemble des mosquées...

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc, les 11 lieux de culte vont rester fermés par exemple ?

GERARD COLLOMB
Certains vont rester fermés...

ELIZABETH MARTICHOUX
Pas tous ?

GERARD COLLOMB
Pas tous ! Pas tous, nous avons décidé d'en rouvrir un certain non parce que les choses ont évolué depuis.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais les choses ont évolué ou les règles font qu‘ils ne peuvent plus rester fermés dans l'état de droit nouveau ?

GERARD COLLOMB
Non, non, non, les règles sont absolument les mêmes, vous voyez évidemment nous regardons ce qui s'est passé depuis un certain nombre de mois et un certain nombre vont être rouverts parce que nous avons réussi à avoir d'autres associations...

ELIZABETH MARTICHOUX
Minoritaires, un nombre, combien sur 11, vous pouvez nous le dire ?

GERARD COLLOMB
Ah ! Sur 11 il y a encore trois ou quatre que nous sommes en train d'examiner, mais il y en a d'autres que nous fermons actuellement, c'est-à-dire que ce n'est pas un état statique, ce n'est pas ces 11 qui étaient fermés qui vont le rester et puis ensuite on ne fait plus rien non, non, on regarde chaque fois...

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez un exemple de mosquée-là qui est...

GERARD COLLOMB
Si vous voulez il y en a deux qui ont été fermés au cours des 15 derniers jours et il y en a qu'on s'apprête à fermer parce que nous trouvons qu'il y a effectivement un radicalisme qui est prôné dans ces lieux de culte.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quarante-et-une personnes assignées à résidence vous l'avez dit, combien le seront demain, c'est la même question que je vous pose...

GERARD COLLOMB
Même chose, si vous voulez nous sommes en train de...

ELIZABETH MARTICHOUX
Et là vous pouvez nous donner une indication, vous le savez quand même ?

GERARD COLLOMB
Je le sais...

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes l'auteur de cette loi, vous connaissez chacun des mots, chacune des syllabes...

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, on va peut-être informer donc les personnes qui sont effectivement assignées à résidence pour leur dire quelles sont celles qui peuvent, dans le cadre de la loi, bénéficier d'un autre statut et celles que nous continuons à assigner à résidence.

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce que ça peut être comme autre statut ?

GERARD COLLOMB
Le statut qui est celui d'aujourd'hui. Vous savez que lorsqu'on était assigné à résidence on devait rester le soir chez soi, aller pointer trois fois dans la journée...

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce sera plus qu'une fois !

GERARD COLLOMB
Et donc aujourd'hui ce n'est plus qu'une fois, vous avez le périmètre donc de la commune, donc on voit bien qu'il y a un équilibre qui est cherché entre sécurité et liberté.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc parmi ces personnes certaines ne seront plus assignées à résidence, c'est ce que vous dites ?

GERARD COLLOMB
Un certain nombre ne seront plus assignées à résidence.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quel est le profil de ces personnes d'ailleurs qui sont assignées à résidence, le portrait-robot ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez c'est un certain nombre de personnes dont on soupçonnait qu'elles puissent demain se radicaliser totalement et donc aller vers la...

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a un profil ?

GERARD COLLOMB
De l'attentat.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a des éléments homogènes ?

GERARD COLLOMB
Vous savez il y a absolument... d'abord ce sont effectivement plutôt des éléments endogènes, c'est-à-dire qu'on n'est plus dans le pilotage depuis la Syrie ou l'Irak de ces personnes, ce sont les personnes du territoire en général qui se sont radicalisées, donc évidemment elles vont être libérées, mais nos services continueront à les suivre.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui. Donc un certain nombre de personnes ne le seront plus sur ces 41 assignées à résidence ?

GERARD COLLOMB
Absolument.

ELIZABETH MARTICHOUX
A partir du moment où cette nouvelle loi est en oeuvre. Si par malheur, si par malheur Gérard COLLOMB, il y avait une nouvelle série d'attentats, est-ce qu'il faudrait recourir à nouveau à l'état d'urgence pour être plus efficace ?

GERARD COLLOMB
Si effectivement il y avait demain des attentats qui soient de la même nature que ceux qu'on a connus il y a quelques années, évidemment qu'on pourrait peut-être reprendre les mesures, je vous rappelle qu'à l'époque nous étions par exemple sur les perquisitions...

ELIZABETH MARTICHOUX
Bernard CAZENEUVE dit : « ce serait inutile, tout est dans la loi maintenant, la loi d'exception est dans la loi ordinaire».

GERARD COLLOMB
Si vous voulez nous avions pris des mesures, enfin ils avaient pris à l'époque des mesures de perquisition qui étaient de l'ordre de près de 5.000 alors qu'aujourd'hui les perquisitions que nous faisons c'est quelques dizaines, donc on voit que nous ne sommes plus heureusement dans le même état qu'à l'époque, dans le même état de menace mais nul ne peut dire ce qui se passera demain et le risque zéro n'existe pas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le Conseil constitutionnel n'est pas saisi, le président l'a confirmé, forcément puisque la loi est promulguée - de toute façon il fallait le faire avant - mais quand on modifie le droit, Monsieur le Ministre, le fonctionnement des règles de sécurité est-ce que ne pas saisir le Conseil constitutionnel c'est précisément un fonctionnement normal des institutions pour une loi aussi importante ?

GERARD COLLOMB
Mais, comme vous le savez, tout le monde peut saisir le Conseil constitutionnel. Ce dont je m'aperçois....

ELIZABETH MARTICHOUX
Par le biais de la question, la QPC comme on dit...

GERARD COLLOMB
Oui, voilà, absolument.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais il faut attendre un petit peu de temps pour voir comment ça fonctionne ?

GERARD COLLOMB
Mais si voulez ce dont on s'aperçoit c'est qu'au départ cette loi a été assez critiquée et puis elle a été très, très largement votée et, donc, cela montre qu'on a réussi à convaincre, qu'il y a eu un travail parlementaire pour avoir l'équilibre...

ELIZABETH MARTICHOUX
Ou parce que les parlementaires n'osent pas, n'osent pas affronter l'opinion sur ce sujet aussi, non ?

GERARD COLLOMB
L'opinion sur ce sujet non je ne crois pas, même ceux qui critiquaient - un certain nombre de juristes ont été assez durs au début par rapport à cette loi - et puis on s'aperçoit finalement que plus les débats parlementaires passaient et plus cette loi était intégrée par l'opinion publique ; et puis je dirais les attentats qui se sont produits dernièrement, c'est deux jeunes filles qui sont mortes à Marseille, cela montre effectivement que la menace continue à exister et donc qu'il faut pouvoir protéger les Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Laurent WAUQUIEZ sur RTL dimanche vous a interpellé sur le fait que 110 djihadistes revenus d'Irak et de Syrie sont en liberté, c'est vous-même qui aviez d'ailleurs donné ce chiffre, 240 majeurs depuis 2012 sont revenus, 130 sont en prison, 110 donc sont en liberté, il demande leur enfermement...

GERARD COLLOMB
Oui. Ça veut dire qu'effectivement c'est le procureur de Paris, monsieur MOLLENS, qui décide du statut des uns et des autres - Monsieur MOLLENS les Français le connaissent, ce n'est pas quelqu'un qui est léger dans l‘appréciation qu'il fait - ceux qui restent ensuite en liberté sont évidemment tous suivis par la DGSI et donc...

ELIZABETH MARTICHOUX
Tous surveillés ?

GERARD COLLOMB
Tous surveillés par la DGSI.

ELIZABETH MARTICHOUX
Assignés à résidence par exemple, il y en a ?

GERARD COLLOMB
Non pas forcément, non pas assignés à résidence, mais surveillés par .la DGSI...

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, ils n'ont pas de bracelet électronique non plus ?

GERARD COLLOMB
Ils n'ont pas de bracelet électronique, mais croyez-moi nos services travaillent de manière importante.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous lui répondez donc que la question ou son inquiétude est sans objet à Laurent WAUQUIEZ ?

GERARD COLLOMB
Je lui réponds que nos services travaillent et que je fais confiance à des services que nous avons renforcés et qui justement nous ont permis de déjouer les attentats dont vous parliez tout à l'heure alors que c'était des attentats commis par des personnes que nous n'avions pas dans nos fichiers et donc que nous avons repérés, ceux-là évidemment quand vous avez écrit : « returnees » sur le front vous êtes suivi quand même d'un peu près et donc on vous empêche de faire un certain nombre d'actes et surtout on peut vous judiciarisez à tout moment si par exemple vous reprenez des contacts – c'est dans la loi – avec un certain nombre de personnes susceptibles de commettre des attentats.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'y a pas de naïveté, donc, dans ce dispositif ?

GERARD COLLOMB
Ah ! Il n'y a aucune naïveté, le qualificatif que l'on me donne ce n'est pas celui de naïf en général.

ELIZABETH MARTICHOUX
Sur RTL ce matin Gérard COLLOMB on révèle qu'une vingtaine de familles, de femmes et enfants qui sont actuellement en Syrie, ces familles vous ont écrit ainsi qu'à Emmanuel MACRON pour demander leur rapatriement et aussi la possibilité qu'elles soient jugées en France ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez il y a deux situations, qui sont différentes : il y a celle de l'Irak, l'Irak c'est un état de droit et donc c'est lui qui aura à juger ces familles...

ELIZABETH MARTICHOUX
Là il n'y a aucune négociation possible, elles seront jugées en Irak ?

GERARD COLLOMB
Il peut y avoir des négociations, mais c'est un état souverain avec lequel il faut discuter ; et puis après il y a le cas de la Syrie où il n'y a pas d'état constitué, on voit bien qu'il y a des zones contrôlées par les uns et par les autres, dans ce cas-là le ministère des Affaires européennes et Etrangères a dit qu'il prendrait en charge ces personnes et qu'éventuellement il les ferait rentrer en France.

ELIZABETH MARTICHOUX
Eventuellement il les ferait rentrer en France, donc c'est une possibilité que vous présentez à cette grand-mère d'un enfant de cinq ans qu'on entendait tout à l‘heure à 7 h sur RTL, cet enfant est parti avec sa mère, elle disait : « mais ce n'est pas un combattant, c'est une victime de la guerre, Monsieur le Ministre ne le laissez pas ».

GERARD COLLOMB
Mais c'est très clair, vous avez aujourd'hui un certain nombre d'enfants qui sont revenues en France, en général ils ont moins de 12 ans, donc ils ne sont pas coupables de ce que leurs parents ont fait et donc nous essayons de les protéger pour l'avenir, de les restructurer et de faire que demain ils puissent avoir une vie normale.

ELIZABETH MARTICHOUX
« Si les djihadistes sont tués à Raqqa, disait Florence PARLY, c'est tant mieux », elle disait ça chez nos amis d'Europe 1 il y a quelques jours, vous êtes d'accord, les djihadistes Français ?

GERARD COLLOMB
C'est la ministre des Armées, moi je suis ministre de l'Intérieur.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc, vous ne voulez pas vous prononcer, vous n'avez pas le même sentiment que votre consoeur ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez nous sommes en guerre, donc forcément dans une guerre il y a un certain nombre de morts et cette guerre a été particulièrement cruelle comme vous le savez.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez des contacts avec les familles des deux victimes de Marseille, ces deux jeunes filles tuées ?

GERARD COLLOMB
Je vais les recevoir dans quelque temps, pour pouvoir discuter avec elles, pour leur dire où en est l'enquête précisément parce qu'elles ont droit à la vérité sur la mort de leurs filles.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans quelque temps, dans quelques jours...

GERARD COLLOMB
Dans quelques jours.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous le ferez. Merci beaucoup Gérard COLLOMB d'avoir été notre invité ce matin ce studio de RTL.

GÉRARD COLLOMB
Merci.

YVES CALVI
Sur la fin de l'état d'urgence on a pris des mesures qui permettent de protéger les Français, en particulier dans cette période de fêtes pour les rassemblements - vient de nous dire le ministre de l'Intérieur - deux mosquées ont par ailleurs été fermées ces 15 derniers jours, d'autres restent sous surveillance et nous cherchons un équilibre entre sécurité et liberté, notamment concernant les assignations à résidence car la menace elle continue d'exister nous a dit le ministre. Vous pouvez bien entendu retrouver cet entretien dans son intégralité sur le site rtl.fr.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 octobre 2017

Rechercher