Interview de Mme Annick Girardin, ministre des Outre-mer, avec RTL le 3 novembre 2017, sur la reconstruction à Saint-Martin et Saint-Barthélemy après le cyclone Irma et sur le référendum d'autodétermination en Nouvelle-Calédonie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Annick Girardin, ministre des Outre-mer, avec RTL le 3 novembre 2017, sur la reconstruction à Saint-Martin et Saint-Barthélemy après le cyclone Irma et sur le référendum d'autodétermination en Nouvelle-Calédonie.

Personnalité, fonction : GIRARDIN Annick, CALVI Yves .

FRANCE. Ministre des Outre-mer;

ti :
YVES CALVI
Bonjour Annick GIRARDIN...

ANNICK GIRARDIN
Bonjour.

YVES CALVI
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur RTL, vous êtes ministre des Outre-Mer, on vous retrouve dans un instant, vous serez de retour ce week-end dans les Antilles – à Saint-Martin notamment – avec le Premier ministre, vous assisterez à la rentrée des classes deux mois après le passage de l'ouragan Irma. La situation est-elle redevenue normale sur l'île ? On en parle dans un instant.

(…)

YVES CALVI
Annick GIRARDIN, vous serez donc à Saint-Martin ce week-end avec le Premier ministre Edouard PHILIPPE - je rappelle que vous êtes ministre des Outre-Mer - le retour à la vie normale, qui était la priorité absolue du président MACRON, est-il réussi Annick GIRARDIN ?

ANNICK GIRARDIN
Après deux mois, deux mois que ce cyclone Irma ait frappé Saint-Martin et Saint Barthélémy, la vie a repris, les urgences ont été réglées et aujourd'hui on est dans la partie reconstruction, donc la vie renaît à Saint-Martin. C'est toujours trop lent pour ceux qui vivent sur place, qu'il y a encore des attentes, mais malgré tout c'est 75 % des foyers qui ont aujourd'hui accès à l'eau alors que l'ensemble des réseaux était détruit, c'est une rentrée scolaire qui va se faire en début de semaine avec la présence du Premier ministre, c'est un symbole fort même si tout n'est pas parfait et puis, bien sûr, c'est le retour de la sécurité, de la chaîne juridique, on voit bien ce qui est réorganisé.

YVES CALVI
On va prendre les dossiers un par un si vous le voulez bien ! Mais commençons par cette rentrée scolaire, j'aimerais qu'on parle d'abord des enfants, à Saint-Martin tous les élèves pourront-ils réellement faire leur rentrée des classes ? Est-ce que tout est prêt ?

ANNICK GIRARDIN
Réellement faire leur rentrée des classes, oui, tout est prêt...

YVES CALVI
Dès lundi ?

ANNICK GIRARDIN
Dans un contexte qui est quand même celui de Saint-Martin, c'est-à-dire d'un territoire qui a été en partie détruit et avec des bâtiments qui sont, soit des bâtiments rénovés, soit des bâtiments que nous avons apportés et émis en activité, donc les conditions ne sont pas idéales bien entendu, mais il était important que les enfants - tous les enfants – reprennent le chemin de l'école, ceux qui sont restés à Saint-Martin, parce que des enfants ont été scolarisés hors Saint-Martin également.

YVES CALVI
Un élève sur quatre a quitté l'île après le cyclone, je le rappelle, mais on peut dire aujourd'hui sur RTL : « lundi matin, quelles que soient les conditions dans l'absolu, les enfants seront accueillis, tous les enfants de Saint-Martin seront accueillis », on sait bien compris ?

ANNICK GIRARDIN
Oui ! Et ça fait déjà quelques semaines quand même que certains sont accueillis et, ça, il faut remercier ceux qui ont permis l'accueil des enfants depuis déjà un certain nombre de mois, c'était important – un certain nombre de semaines pardon - c'était important que les enfants très vite retournent à l'école, même si c'était des activités éducatives qui étaient organisées dans les classes et pas obligatoirement dans des conditions idéales mais pour permettre aussi aux familles de reprendre le chemin du travail également.

YVES CALVI
Le problème ce sont les établissements parfois dans leur état général et surtout les professeurs, beaucoup auraient quitté l'île après l'ouragan et sans prévenir, quelle est votre réaction et est-ce que vous nous confirmez les chiffres, on annonce 140 professeurs sur 800 qui ont disparu ?

ANNICK GIRARDIN
C'est possible, j'ai même constaté moi-même en les croisant et en échangeant avec eux des enseignants quittant Lille, c'est quelque chose qui m'a beaucoup choqué. J'ai estimé qu'à partir du moment où on avait protégé sa famille, permettant effectivement aux femmes, aux enfants de regagner la Guadeloupe, la Martinique ou la métropole, les enseignants après quelques jours ou semaines de sas devaient être présents - puisqu'ils sont payés - sur Saint-Martin, remonter leurs manches et faire autre chose peut-être que... accueillir les enfants, c'est-à-dire réhabiliter l'école, enfin je ne sais pas moi...

YVES CALVI
Disons les choses simplement, c'est de l'abandon...

ANNICK GIRARDIN
Moi je suis une fonctionnaire, j'ai été ministre de la Fonction publique, j'estime qu'il y avait un devoir d'être présent.

YVES CALVI
C'est l'abandon de poste ?

ANNICK GIRARDIN
Pour moi c'est de l'abandon de poste pour ceux qui ne sont pas revenus.

YVES CALVI
Vous imaginez qu'il puisse y avoir des mesures qui soient prises, des mesures coercitives contre les professeurs qui ont effectivement abandonné leur poste tout en continuant à percevoir...

ANNICK GIRARDIN
Oui ! Et je ne suis pas la seule à l'imaginer.

YVES CALVI
Ca va prendre quelle forme ?

ANNICK GIRARDIN
Nous verrons, mais tout devra être regardé, c'est à dire qui n'est pas là, pourquoi, dans quelles conditions - il peut y avoir des gens qui pour l'instant ne sont pas prêts à revenir face à des élèves parce que psychologiquement touchés eux aussi, ils ont vécu le cyclone - mais enfin je pense qu'il y a quand même un pourcentage de personnes qui devront avoir une bonne leçon me semble-t-il.

YVES CALVI
Mais je vous ai bien compris, vous envisagez des mesures coercitives les concernant d'une façon ou d'une autre, la réflexion est en cours, et vous pensez qu'on doit donner une suite à ce qu'il faut bien qualifier ce matin d'abandon de poste pour certains professeurs ?

ANNICK GIRARDIN
Je ne suis pas le ministre de l'Éducation nationale…

YVES CALVI
J'entends bien !

ANNICK GIRARDIN
Mais, moi, je plaiderais pour.

YVES CALVI
On ne peut exclure des sanctions en tout cas, c'est comme ça que vous l'exprimer ce matin.

ANNICK GIRARDIN
Tout à fait.

YVES CALVI
Les choses sont claires et on a compris aussi que le dossier est maintenant est sur le bureau de Jean-Michel BLANQUER. On va se retrouver avec quoi, avec des classes où il y aura une cinquantaine d'élèves du coup ?

ANNICK GIRARDIN
Je ne sais pas, on pourra le constater sur place. Vous savez il y a aussi beaucoup, beaucoup, beaucoup de fonctionnaires, et je veux les remercier, plus de 3.000 agents : Etat, collectivités territoriales, qui étaient sur place, qui sont là, qui aident à reconstruire - parce qu'il ne faut pas au vu de quelques-uns qui quelque part ne sont pas au rendez-vous de leur mission d'autres l'ont largement faite - et puis il y a beaucoup de gens bénévolement, moi j'ai encore des demandes de gendarmes, d'enseignants qui m'écrivent et qui me disent : « comment on peut aller à Saint-Martin quelques mois, une année s'il le faut, pour être présent ? », donc il y aura là à cette rentrée en début de semaine un certain nombre d'enseignants, il y en aura d'autres qui arriveront en complément au fur et à mesure des besoins.

YVES CALVI
On entendait en tout cas dans le reportage de Julien FAUTRAT, que nous diffusions dans le journal de 7 h, des élèves qui disaient : « l'essentiel est qu'aujourd'hui on se retrouve et qu'on soit repris dans des structures, on a bien compris que normalement ce sera fait lundi matin ». On va reprendre poste par poste, si je puis dire, les grands dossiers : où en est-on exactement de l'eau potable au moment où nous parlons ?

ANNICK GIRARDIN
L'eau potable c'est 75 % des foyers qui ont aujourd'hui accès à l'eau potable dans le réseau, mais tout ça non pas parce qu'on ne peut pas fournir mais parce que les réseaux sont totalement détruits, c'est-à-dire qu'il faut imaginer que non seulement ce qui est visible a été détruit mais énormément aussi de réseaux enterrés et donc elle est là la difficulté - donc il faut un peu de temps pour mettre les réseaux en état - et ça c'est toujours un peu compliqué, les forces sont là., on sait ce qu'il faut faire, ça a commencé, mais ça prend un peu de temps.

YVES CALVI
L'électricité, on en est où ?

ANNICK GIRARDIN
Sur l'électricité la totalité du réseau aujourd'hui fonctionne, comme d'ailleurs l'ensemble des communications ou les transports qui ont repris normalement.

YVES CALVI
Il y a une question qui est posée, quand on parle de reconstruction, c'est est-ce qu'il faut faire vite ou est-ce qu'il faut faire bien, je suis désolé de les opposer mais en effet ça se pose en ces termes, on en est où ?

ANNICK GIRARDIN
Il y a deux réponses, il faut faire vite dans certains cas et prendre le temps dans d'autres. Nous savons aujourd'hui ces types d'évènements climatiques seront de plus en plus nombreux ou surtout de plus en plus, on l'a vu des vents de 380 km² c'est quand même quelque chose de jamais vu, de jamais anticipé jusqu'à aujourd'hui, donc il est important qu'on prenne ces nouvelles données, moi j'ai travaillé sur la COP21 aux cotés des états insulaires quand j'étais secrétaire d'État au Développement et à la Francophonie et on voyait bien qu'il fallait repenser autrement la construction sur ces territoires, sur ces milieux insulaires. Donc il faut dans certains cas prendre le temps effectivement de regarder comment l'aménagement du territoire sera différent sur Saint-Martin, par exemple ne plus avoir... enfin tout enterrer, les questions d'électricité si les réseaux avaient été enterrés les dégâts auraient été moins importants, donc il faut pouvoir le faire ; ensuite il faut à la fois reconstruire ce territoire qui fera face à des nouvelles conditions météorologiques de ce type mais, en même temps, laisser la possibilité d'un développement économique touristique qui nécessite quelquefois qu'un certain nombre de structures soient assez proches de la mer et, donc, on voit bien...

YVES CALVI
Mais c'est contradictoire, parce que...

ANNICK GIRARDIN
On voit bien que c'est compliqué.

YVES CALVI
Reconstruire vite ça permet de faire revenir les touristes et donc de faire rentrer de l'argent dans les caisses et, en même temps, ce n'est pas aussi simple que ça puisque vous nous dites qu'il y a des travaux de fond qui doivent être faits aujourd'hui. Pour y remédier est-ce qu'on peut envisager une préférence antillaise, dans la reconstruction est-ce qu'on va faire appel à la population directement pour leur fournir du travail, est-ce que vous pouvez agir en la matière et est-ce que vous estimez que c'est nécessaire ?

ANNICK GIRARDIN
Oui on peut agir en la matière, oui c'est important de le faire, d'ailleurs aujourd'hui le Code des marchés publics - le président de la République le rappelait en Guyane - permet de mettre des préférences ou du moins d'inciter le recrutement, le choix d'entreprises locales pour l'emploi local. On a le choix, enfin il faut qu'on assure à la fois la sécurité des habitants et en même temps préserver les intérêts économiques - et c'est là où quelquefois ça prend un petit peu plus de temps – parce que quand on veut faire appel aux entreprises locales, c'est ce que nous faisons sur Saint-Martin, il y a des familles qui me disent : « moi, pour refaire ma toiture, je n'arrive pas à avoir un entrepreneur avant le mois de février » parce de déjà certains – et tant mieux – carnets de commandes sont complets ; et c'est là où il y a cette envie de dire, pour aller plus vite : « il faut qu'il y ait des entreprises qui arrivent de l'extérieur de Saint-Martin » et puis en même temps de se dire : « il faut que ce soit le territoire qui reconstruise et qui se prenne en matin », donc c'est cette notion d'équilibre qu'il faut trouver chaque jour.

YVES CALVI
Une dernière question ! Les Calédoniens sont parvenus à un accord politique sur l'organisation du référendum d'autodétermination, est-ce que vous nous dites ce matin que les conditions sont donc réunies pour que la Nouvelle Calédonie quitte éventuellement le giron de la République ?

ANNICK GIRARDIN
Ecoutez hier c'est une partie des débats qui ont eu lieu, ce comité des signataires après 14 heures de réunion pour moi, 10 heures d'implication pour le Premier ministre, permet de sortir sur un accord, un accord politique des acteurs en présence sur la question de l'inscription automatique...

YVES CALVI
11.000 personnes supplémentaires.

ANNICK GIRARDIN
Automatique des natifs canaques de l'île et aussi des natifs de droit commun, donc des natifs des droits coutumiers et des natifs de droit commun qui sont évalués aujourd'hui à 11.000 personnes, ça peut être un peu moins parce que les gens peuvent s'inscrire entre les deux de manière volontaire, ça peut être un peu plus parce qu'il y a quelques recherches complémentaires à faire, notamment du côté des électeurs à statut spécial coutumier.

YVES CALVI
L'accord est trouvé ?

ANNICK GIRARDIN
L'accord est trouvé sur cette partie, la discussion existe encore sur faut-il une loi organique, on en a besoin ou pas, pour répondre à cette nécessité d'inscrire d'office sur les listes électorales ou la liste électorale spéciale consultation.

YVES CALVI
Merci beaucoup Annick GIRARDIN d'être venue nous voir ce matin sur RTL, je rappelle que vous partez aujourd'hui avec le Premier ministre et que vous serez très rapidement donc dans les Antilles françaises, bonne journée à vous.

ANNICK GIRARDIN
Merci, vous aussi.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 novembre 2017

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