Déclaration de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur l'Institut de la francophonie pour l'éducation et la formation, à Dakar le 12 octobre 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur l'Institut de la francophonie pour l'éducation et la formation, à Dakar le 12 octobre 2017.

Personnalité, fonction : LEMOYNE Jean-Baptiste.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Europe et des affaires étrangères

Circonstances : Inauguration de l'Institut de la francophonie pour l'éducation et la formation, à Dakar (Sénégal) le 12 octobre 2017

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Monsieur le Président de la République, cher Macky Sall, qui nous faites l'honneur et l'amitié de nous accueillir chez vous, à Dakar,
Madame la Secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie, chère Michaëlle Jean, que j'ai grand plaisir à retrouver en cette belle circonstance,
Madame la Présidente de la CONFEMEN, chère Nadine Patricia, qui êtes également Présidente du Comité de pilotage de l'IFEF,
Monsieur le Directeur de l'IFEF Emile Tanawa,
Mesdames et Messieurs, chers amis,


Je suis très heureux d'être avec vous en ce jour, à Dakar, pour joindre la voix de la France au concert des voix francophones, comme toujours nombreuses et fortes, qui se réjouissent de l'arrivée d'une nouvelle institution, à même de porter le combat que nous avons en partage.

Il y a beaucoup de chemins pour entrer dans la Francophonie : par le politique, par l'économie, le numérique, la culture… C'est d'ailleurs, Madame la Secrétaire générale, le meilleur indice de la globalité du fait francophone, qui est une réalité majeure et plurielle du monde contemporain.

Mais il y a un chemin que nous devons privilégier, parce qu'il est à la racine, parce qu'il est celui qui va le plus loin. Je veux bien sûr parler de l'Education. L'Education est un enjeu majeur – pour ne pas dire l'enjeu majeur – de la Francophonie. Singulièrement en Afrique.

Vous le savez, on nous promet 700 millions de Francophones en 2050. C'est une très belle perspective. Mais immédiatement, vient une question : derrière ces chiffres, ces statistiques, quelles réalités ? Tous ces enfants à naître, ces futurs adultes, forces vives de nos pays, seront-ils véritablement francophones ? Auront-ils eu accès à une éducation qui leur garantisse la maîtrise de la langue française ? Qui contribue à leur développement, et leur assure un épanouissement professionnel et personnel ?

La Francophonie n'est que ce que nous en faisons. A nous de l'inventer, pour les générations futures, c'est à mon sens ce qui se joue aujourd'hui, à travers cette inauguration.

Derrière l'Institut de la Francophonie pour l'Education et la Formation, il y a en effet plusieurs défis.

Le premier concerne donc l'accès universel à l'éducation. Cet objectif figurait déjà dans la Déclaration mondiale de l'Education pour tous. Il a été repris dans les Objectifs Développement Durables adoptés par les Nations Unies en 2015. Pour illustrer ce point, et m'en tenir à l'Afrique subsaharienne, l'UNESCO évalue ici à 2,1M le nombre d'enseignants du primaire à former d'ici 2030 pour subvenir à ces besoins de scolarisation massive.

Si le premier défi est quantitatif, le deuxième est bien sûr qualitatif, avec la nécessité de former des professeurs francophones de bon niveau, qui puissent enseigner le français et en français d'une manière conforme à nos légitimes attentes.

Enfin, notre troisième défi concerne l'articulation entre les langues nationales, qui sont de plus en plus employées dans beaucoup de pays d'Afrique, et le français. L'enjeu est ici de trouver le meilleur équilibre, pour garantir l'efficacité de l'éducation, le respect des cultures et notamment des identités nationales, et la diffusion de notre langue commune.

Ces défis, bien sûr, ne se découvrent pas avec cette inauguration. Je veux saluer à cet égard les solutions, souvent innovantes, qui ont déjà été mises en œuvre par les différents acteurs de la Francophonie. Des programmes comme l'IFADEM [1], l'OPERA [2] au Burkina Faso, ou le PAIRE [3] au Gabon, ont permis d'améliorer les méthodes et contenus pédagogiques dispensés. De son côté, le programme ELAN [4] représente déjà un jalon important dans l'articulation des langues maternelles et du français à l'école.

Je veux donc saluer ces initiatives, et tant d'autres, qui doivent bien sûr se continuer. Mais dans l'effort que nous faisons ensemble, l'Institut que nous inaugurons aujourd'hui inscrit cette action dans une nouvelle dimension, au cœur d'un continent d'avenir.

Soutenir cette dynamique en appuyant les programmes déjà en place ; la renforcer en en développant de nouveaux, à la mesure d'enjeux qui évoluent sans cesse : voilà ce que nous attendons de l'IFEF.

Vous me permettrez donc, au nom de la France, de souhaiter que l'IFEF favorise les synergies, le travail en équipe, pour que notre mobilisation sur cette grande cause de l'éducation francophone soit à la fois la plus large et la plus efficace possible. Ce sera notamment tout le rôle du Comité de pilotage, qui assemblera sous votre présidence, chère Nadine Patricia, un grand nombre d'acteurs.

Au-delà même de ceux qui y sont représentés, tous sont invités à participer à la réflexion sur les politiques d'éducation et d'enseignement au sein de l'espace francophone. Je voudrais ici citer le formidable réseau de l'AEFE, mais aussi les Missions Laïques et Francophones, les Alliance française, les Instituts français, l'Alliance Israélite universelle, l'Agence française de développement, ou encore la Fédération Internationale des Professeurs de Français, et tant d'autres acteurs qui ont je crois leur place dans ce nouveau lieu d'échanges et d'action partagée.

La Francophonie a besoin de transversalité. Ce lieu, décentralisé et en même temps au cœur des enjeux, doit y contribuer intensément. J'y insiste, parce qu'en coordonnant nos multiples efforts, en relayant à tous l'information, il peut contribuer de manière décisive à l'émergence d'une voix commune, et la porter plus loin.

Enfin, tout en s'affirmant dès aujourd'hui comme un nouvel acteur majeur, l'IFEF devra aussi trouver sa place, sans imposer de normes trop rigides, en respectant toujours les cultures et contextes locaux. Proposer des axes communs de travail, en termes de pédagogie, d'organisation scolaire, mais qui soient adaptables aux contextes où ils trouveront à s'incarner, voilà le chemin qui se dessine pour l'IFEF et que la France sera très heureuse d'accompagner.

La France est plus que jamais engagée au sein de la Francophonie, et je voudrais conclure par-là.

Le Président de la République française Emmanuel Macron s'est personnellement saisi de ces enjeux majeurs. Il le fait en appui de nos nombreuses actions, et notamment de celles portées par l'AFD, qui a déjà engagé, depuis 2011, près de 20M€ dans le secteur éducatif au bénéfice de programmes de l'OIF. Mais il le fait surtout à travers une ambition nouvelle, celle du plan d'ensemble pour la promotion de la langue française et du plurilinguisme dans le monde, qu'il a annoncé pour le premier semestre 2018.

Ce plan, nous l'imaginerons et nous le porterons ensemble. J'en prends l'engagement devant vous, et j'aurai à cœur d'associer l'OIF comme l'IFEF à sa préparation comme à sa bonne réalisation.

Ce qui nous rassemble ici est une cause qui nous dépasse tous, mais pour laquelle, en même temps, notre mobilisation collective peut être décisive. Le chemin peut être difficile. Mais nous sommes ici animés par une même croyance, celle qui veut que « savoir, c'est pouvoir », qu'il existe un lien indéfectible entre éducation, développement des sociétés, et épanouissement des hommes et des femmes.


Mesdames et Messieurs, chers amis,

« La francophonie, c'est cet humanisme intégral qui se tisse autour de la terre, cette symbiose des énergies dormantes de tous les continents, de toutes les races, qui se réveillent à leur chaleur complémentaire. »

Les mots de Léopold Sédar Senghor résonnent haut et fort dans nos esprits et nos cœurs aujourd'hui. Car l'œuvre à venir de ce magnifique Institut, c'est bien de tisser un peu plus, un peu mieux encore, cette symbiose de toutes les forces vives, pour que l'Education soit le feu qui attise les ardeurs de la Francophonie.


Je vous remercie.


Source https://www.francophonie.org, le 8 novembre 2017

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