Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à France Inter le 13 novembre 2017, sur le traitement judiciaire des djihadistes de retour en France, les suicides de policiers et de gendarmes et le futur du nucléaire dans le mix énergétique. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à France Inter le 13 novembre 2017, sur le traitement judiciaire des djihadistes de retour en France, les suicides de policiers et de gendarmes et le futur du nucléaire dans le mix énergétique.

Personnalité, fonction : PHILIPPE Edouard, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Premier ministre;

Circonstances : 2ème anniversaire des attentats du Stade de France, du Bataclan, et des terrasses de Paris

ti : NICOLAS DEMORAND
Et en ce lundi 13 novembre qui marque le 2ème anniversaire des attentats du Stade de France, du Bataclan, des terrasses de Paris, l'invité de France Inter jusqu'à 9 h 00 est le Premier ministre de la France. Bonjour Edouard PHILIPPE.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
130 morts, 683 blessés, où étiez-vous le 13 novembre 2015, pendant cette nuit d'horreur, de terreur, de violence à Paris ?

EDOUARD PHILIPPE
J'étais au Havre, il se trouve que ma mère était avec mes enfants à Paris. Et je crois que comme tous les Français, je sais exactement… je peux avec précision me souvenir de l'effroi quand j'ai commencé à comprendre… je n'avais aucune source d'information particulière si ce n'est mon fil Twitter et puis les alertes qui arrivaient sur mon téléphone, je me souviens avec beaucoup de précision – et encore une fois comme tous les Français – ce que je faisais, ce que j'ai pensé, la peur que j'ai eue, les premiers contacts que j'ai essayé d'avoir, enfin c'était… Et je me souviens peut-être encore plus d'une certaine façon du lendemain…

NICOLAS DEMORAND
Pourquoi ?

EDOUARD PHILIPPE
Il se trouve que le lendemain, je devais aller à Paris pour une émission de télévision ; et je suis arrivé à Paris en voiture vers 18 h 30, 19 h 00, un samedi novembre normalement Paris est plein, grouillant, vivant et c'était vide, totalement vide. Il n'y avait personne dans les rues, c'était lugubre, abattu et ça m'avait au moins autant frappé. Donc oui, oui, je me souviens malheureusement très très bien de ces deux jours.

NICOLAS DEMORAND
Deux ans après, dans quel état moral vous semble être le pays, la France est-elle sur la voie de la résilience ou au bord de la rupture ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne crois pas du tout que la France soit au bord de la rupture. Je pense qu'elle a subi ce jour-là – mais ça n'était ni la première fois ni malheureusement la dernière – une attaque qui l'a meurtrie, qui l'a frappée, qui l'a très profondément à certains égard déstabilisée. Mais…

NICOLAS DEMORAND
Le pays a tenu !

EDOUARD PHILIPPE
N'y voyez pas le signe d'un optimisme ou d'une naïveté considérable, mais je pense qu'on peut aussi regarder le pays en se disant qu'il a tenu en effet, qu'il a su trouver des réponses à la fois juridiques, militaires à certains égards, mais aussi une forme d'attachement à ce qu'il est, d'attachement résolu et indéfectible à une façon d'être, une façon de vivre, qui ne veut pas être remise en cause. Alors on aurait 2 ans après bien tort d'être insouciant, joyeux et léger mais quand même, quand même je constate que la France c'est toujours la France.

NICOLAS DEMORAND
Précisément, une telle vague d'attentats extrêmement organisée, plus de 20 terroristes impliqués, est-ce qu'un attentat de ce type est encore possible ? Laurent NUNEZ, le patron de la DGSI, ne l'exclut pas ce matin dans Le Figaro, et vous ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est son métier de ne pas l'exclure et je vais vous dire, si le patron de la DGSI l'excluait, je me poserai des questions.

NICOLAS DEMORAND
C'est juste le métier ou c'est…

EDOUARD PHILIPPE
Non, non mais c'est… vous comprenez ma réponse…

NICOLAS DEMORAND
Mais précisez-la.

EDOUARD PHILIPPE
Le niveau de menace reste évidemment élevé, alors les spécialistes distinguent parfois la menace exogène et la menace endogène. La menace exogène c'est la menace qui viendrait de l'extérieur et qui consisterait en l'envoi par Daesh, Al-Qaïda, je ne sais quelle confédération terroriste d'un commando ou d'un individu qui viendrait commettre sur le territoire national un acte terroriste. Et puis la menace endogène, c'est le passage à l'acte d'un homme ou d'un groupe de terroristes qui, déjà sur le territoire national, souhaiterait passer à l'acte. Les deux menaces restent élevées. Ce qui est vrai, c'est que la défaite militaire de Daesh en Irak et en Syrie, le fait que son emprise territoriale au Levant est en train de fondre fait que c'est probablement plus difficile d'organiser de là-bas des actions qui se passeraient chez nous. Donc il y a probablement non pas moins de risques, mais une déstabilisation de ces organisations terroristes sur place. Tant mieux, tant mieux ! C'est l'objectif que nous recherchions en participant à la coalition et en menant le combat sur place. Cela dit, ça peut encore arriver et la menace endogène reste très élevée. Et je vous assure que quand je dis « la menace reste très élevée », ce n'est pas simplement une clause de style, ce n'est pas simplement quelque chose… elle est effectivement élevée, tout le monde… enfin en tout cas j'espère que tout le monde le sait et tout le monde en a conscience.

NICOLAS DEMORAND
Je vous pose la question précisément de cette menace exogène, parce que le procureur de la République de Paris, François MOLINS, a déclaré à propos des jihadistes présents en Syrie, je le cite : il ne faut pas confondre la désillusion et le repentir, on est face à des gens qui sont plus déçus que repentis. Alors que faire de ces déçus du jihad Edouard PHILIPPE, surtout les contenir, les juger sur place, qu'ils ne reviennent sous aucun prétexte en France ?

EDOUARD PHILIPPE
Moi, je souscris tout à fait à l'analyse que vous venez de citer de François MOLINS, parce qu'il ne faut faire preuve d'aucune naïveté. Et j'ai parfois entendu – y compris à la télévision – des Françaises ou Français partis sur place et exprimer une forme de désillusion. Je suis extrêmement prudent et pas naïf sur ce que cela peut vouloir dire.

NICOLAS DEMORAND
Vous n'y croyez pas ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne suis pas naïf et s'agissant de ceux qui reviennent, on estime aujourd'hui… je crois que le patron de la DGSI a donné ces chiffres, on estime aujourd'hui qu'il y a environ 680 français sur zone en Irak ou en Syrie, plus 500 enfants, ça fait du monde. On estime qu'il y a environ 280 français qui ont été tués à l'occasion des combats. Vous imaginez bien qu'on estime parce que c'est difficile d'être absolument sûr, mais enfin on est dans cet ordre de grandeur-là. Le mécanisme des retours, ce qu'on appelle parfois « les returnees », je ne sais pas pourquoi on utilise un terme…

NICOLAS DEMORAND
Oui, les revenants.

EDOUARD PHILIPPE
Les revenants, je ne sais pas comment on le dit, bref ! D'abord c'est en train de se tarir, c'est-à-dire que depuis le début du mois de janvier, on a eu en France 9 retours, c'est assez peu. On a eu au total…

NICOLAS DEMORAND
Dans quel cadre ces retours, vous les avez arrêtés par hasard ou c'était un retour organisé depuis là-bas ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est des gens qui reviennent, c'est des gens qui…

NICOLAS DEMORAND
D'eux-mêmes !

EDOUARD PHILIPPE
Ce n'est pas nous qui organisons le retour, non ça…

NICOLAS DEMORAND
Non, non mais je préfère vous poser la question.

EDOUARD PHILIPPE
Moi je préfère vous répondre clairement aussi, non, non, ce sont des retours de gens qui décident de revenir et passent soit par la Turquie, on a des accords avec la Turquie pour gérer ce genre de situation ; soit par d'autres pays. Mais vous voyez bien que 9 c'est assez peu…

NICOLAS DEMORAND
Et c'est énorme.

EDOUARD PHILIPPE
Et c'est énorme. Ils font systémati…

NICOLAS DEMORAND
…Capacité de nuisance.

EDOUARD PHILIPPE
Ils font systématiquement l'objet d'un traitement judiciaire, parce qu'aller sur place et participer aux opérations sur place, c'est un acte qui relève d'une incrimination. Et c'est donc quelque chose dont doivent répondre les individus devant la justice, ils font systématiquement l'objet d'une procédure pénale. Et un grand nombre d'entre eux, 130 sur les 240 qui sont déjà revenus depuis… mais dès avant 2015 se trouvent en détention, parce qu'ils ont été placés en détention par le juge pénal.

NICOLAS DEMORAND
Je ne vous demande monsieur le Premier ministre de commenter une décision de justice, mais quelle leçon tirez-vous du procès MERAH. Vous l'avez dit, il faut que ces gens soient traduits en justice. Procès emblématique car premier procès de cette vague de terrorisme des années 2000.

EDOUARD PHILIPPE
Je vous remercie de ne pas me demander de commenter une décision de justice, parce que je serai probablement le plus mal placé pour commenter une décision de justice. Ce que j'observe c'est qu'on va se trouver très rapidement à la frontière, dans le champ intellectuellement passionnant mais redoutable du point de vue politique, de la sévérité nécessaire pour conserver entier le tissu national face à des hommes et des femmes qui veulent le remettre en cause ; et le respect des procédures judiciaires et de l'Etat de droit auquel nous sommes particulièrement attachés. Je vous ai dit tout à l'heure Nicolas DEMORAND que la France était restée la France, elle est restée la France parce que nous considérons encore – et pour longtemps j'espère, pour toujours même j'espère – que la procédure judiciaire, le respect de l'Etat de droit sont des éléments qui comptent chez nous, qui sont constitutifs de ce que nous sommes. Et donc le fait que le frère de ce monsieur soit passé en procès, qu'il ait eu droit à un procès équitable, qu'il ait été défendu – et il ne vous a pas échappé que son défenseur présent sur ce plateau avait eu avec vous des échanges que je juge passionnants – …

NICOLAS DEMORAND
Maitre DUPOND-MORETTI.

EDOUARD PHILIPPE
Le fait qu'il ait pu répondre de ce qu'on lui reprochait devant des juges, qu'il ait pu être défendu et avec talent, c'est justement constitutif de l'Etat de droit. Ensuite une décision est intervenue, le Parquet a fait appel de cette décision mais une décision est intervenue et moi, je respecte les décisions de justice quelle qu'elles soient, même quand à certains égards je me dis qu'elles sont difficiles à comprendre. Mais je les respecte quoi qu'il arrive parce qu'on ne peut pas faire autrement.

NICOLAS DEMORAND
Donc pas de justice d'exception pour les terroristes ?

EDOUARD PHILIPPE
Le terme justice d'exception est un terme marqué. Il y a des procédures d'exception, vous le savez parfaitement pour les terroristes, des procédures spécifiques et des compositions spécifiques de juridiction pénale. Donc vous savez qu'il y a déjà une juridiction qui n'est pas une juridiction d'exception mais une juridiction spécialisée pour le terrorisme. Mais je crois que même pour ces actes – et je conçois ce qu'en ce jour où les victimes vont être remises en avant et vont devoir revivre le drame qu'elles ont vécu, je conçois parfaitement ce que dire cela peut représenter pour elles – je pense que faire en sorte que notre pays reste attaché à des garanties, à l'Etat de droit, à des procédures judiciaires parfaites, c'est important.

NICOLAS DEMORAND
Dans ce contexte, on apprend que 8 suicides de policiers et de gendarmes ont eu lieu en une semaine Edouard PHILIPPE, 62 depuis le début de l'année, c'est énorme, c'est considérable. Quelle est votre réponse concrète au malaise des forces de l'ordre ?

EDOUARD PHILIPPE
D'abord il est de mesurer l'incroyable difficulté et l'incroyable pression qui reposent sur les épaules de celles et ceux qui, ayant fait le choix de servir dans la gendarmerie, dans la police ou dans les forces armées se trouvent en première ligne pour défendre notre pays. On l'a vu à l'occasion des derniers attentats ou tentatives d'attentat qui se sont déroulés dans notre pays, c'est bien souvent vers celles et ceux qui portent un uniforme – et singulièrement l'uniforme des forces de l'ordre – que se dirigent les terroristes et qu'ils veulent commettre leurs forfaits. Nous demandons énormément aux policiers, aux gendarmes et aux militaires, énormément. Et on ne peut pas prendre à la légère et loin de moi l'idée de le prendre à la légère les actes que vous venez de mentionner et les suicides. Alors je…

NICOLAS DEMORAND
Que comptez-vous faire ?

EDOUARD PHILIPPE
J'ai vu – et nous en avons discuté avec le ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur Gérard COLLOMB, il va recevoir l'ensemble des organismes, des organisations représentatives des forces de l'ordre, pour voir avec eux pour faire le point sur les procédures qui existent afin de déceler ceux qui, dans une situation de fragilité particulière, pourraient le cas échéant décrocher, voire passer à l'acte. Il y a un travail très fin à réaliser, nous allons le faire car moi je prends personnellement très au sérieux ces chiffres que vous avez cités et, au-delà de ces chiffres, les réalités individuelles qu'ils représentent.

NICOLAS DEMORAND
Suite à la Une consacrée à Tariq RAMADAN, les journalistes de Charlie Hebdo ont une nouvelle fois été menacés de mort. Vous êtes intervenu à l'Assemblée nationale sur le sujet, mais très tard dit Philippe VAL, l'ancien directeur de Charlie Hebdo, comme si (dit-il) on avait déjà oublié quelles conséquences un tel climat, des mots, des choses, des menaces, quelles conséquences donc ce climat pouvait avoir concrètement, des attentats, des morts. Que lui répondez-vous ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne lui réponds pas, j'ai dit sur le fond ce que je voulais dire en réponse à une question qui m'était posée par le président du groupe En Marche d'ailleurs, Richard FERRAND. Je n'ai aucune hésitation sur le sujet…

NICOLAS DEMORAND
Tard dit Philippe VAL, on intervient trop tard comme si au fond tout le monde s'en foutait !

EDOUARD PHILIPPE
Non mais… voilà ! Je n'exclus pas… enfin voilà ! Je n'ai pas envie de polémiquer là-dessus. Ma réponse a été très claire, les mesures prises par les forces de l'ordre – et il le sait, alors vraiment il le sait – sont d'une précision et d'une intensité particulièrement évidente. Donc je ne crois pas que la réponse ait été tardive, je ne crois pas qu'elle ait été autre chose que ferme et claire. Je l'ai dit à l'Assemblée nationale, je le redirai systématiquement, la liberté d'expression et la liberté de caricaturer sont des libertés fondamentales dans notre pays et elles seront défendues.

NICOLAS DEMORAND
Deux questions avant la Revue de presse : Twitter n'est pas en dehors de la République, avez-vous déclaré monsieur le Premier ministre.

EDOUARD PHILIPPE
C'est vrai, rien n'est en dehors de la République.

NICOLAS DEMORAND
Mais ce sont des mots ça. Sur les faits, est-ce que la France va se doter d'une législation comme celle que les Allemands sont en train d'adopter depuis le mois de juin dernier, qui prévoit des amendes jusqu'à 50 millions d'euros contre les plateformes ; des amendes jusqu'à 5 millions d'euros pour ceux qui profèrent sur les réseaux sociaux de telles menaces.

EDOUARD PHILIPPE
Monsieur DEMORAND, ce ne sont pas simplement des mots, ce sont des principes et vous m'en voudriez…

NICOLAS DEMORAND
Comment on les défend.

EDOUARD PHILIPPE
Vous me critiqueriez probablement à juste titre si nous ne commencions pas par dire que ceux qui, sur tel ou tel réseau social, choisissent de se dissimuler derrière un anonymat qu'ils pensent impénétrable, peuvent fouler au pied l'ensemble de notre droit et de ce que nous sommes. Donc nous ne pouvons pas l'accepter.

NICOLAS DEMORAND
Est-ce qu'on va avoir des lois pour traduire cette question de principe ?

EDOUARD PHILIPPE
Nous avons engagé, parce que la question juridiquement est complexe, nous avons engagé des discussions avec ceux qu'on appelle « les grands hébergeurs ». Twitter fait partie de ceux-là mais il y en a beaucoup d'autres, parce qu'ils animent des réseaux sociaux, peuvent voir publier sur leur fil ou sur leur compte ou à cause d'eux des menaces ou des commentaires, par exemple antisémites. La loi française leur impose, dès lors qu'ils ont connaissance de ce que ces messages sont imprimés sur leurs réseaux sociaux, de les masquer ou de les enlever. Nous voulons – et c'est le premier élément de réponse – nous voulons faire en sorte que les grands réseaux sociaux améliorent très nettement le délai de réponse lorsque le signalement a été … fait l'objet.

NICOLAS DEMORAND
Sinon ?

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien sinon, c'est leur responsabilité qui doit être mise en cause et cette responsabilité, elle existe déjà dans le texte de loi, il y a déjà des amendes qui sont prévues. Donc moi je veux faire respecter cette disposition-là….

NICOLAS DEMORAND
50 millions d'euros, là ça commence à devenir légèrement dissuasif.

EDOUARD PHILIPPE
Attendez, laissez-moi terminer. C'est une discussion qui est engagée, elle n'est pas simplement engagée entre la France et ces grands réseaux sociaux, elle est engagée avec nos partenaires, avec Theresa MAY, avec l'Allemagne, parce que bien sûr pour faire pression sur ces grands réseaux sociaux, il faut que la pression soit européenne beaucoup plus que nationale. C'est la première chose. Et il y a une deuxième chose, c'est la mise en cause de la responsabilité personnelle de celui qui se cacherait derrière l'anonymat pour proférer une menace ou un commentaire antisémite. Et celui-là, il doit pouvoir être recherché par la justice s'il y a un dépôt de plainte, s'il y a une procédure qui est engagée. Et il revient normalement à l'hébergeur de donner son adresse IP, c'est-à-dire de faire en sorte…

NICOLAS DEMORAND
…Pas changer dans les semaines qui viennent ou dans les mois qui viennent Edouard PHILIPPE.

EDOUARD PHILIPPE
Je ne crois pas… je ne crois pas…

NICOLAS DEMORAND
…Continuer à appeler au meurtre sur les réseaux sociaux.

EDOUARD PHILIPPE
Non, non, non, vous êtes monsieur DEMORAND – et vous avez raison de l'être – souvent un défenseur acharné des libertés publiques et du respect des procédures. Mais vous comprenez que si vous êtes dans cette position-là, vous ne pouvez pas l'être simplement pour les sujets qui vous arrangent. Et donc nous sommes tenus de faire respecter la loi et de respecter les procédures, y compris là-dedans.

NICOLAS DEMORAND
L'appel au meurtre n'est pas une liberté publique.

EDOUARD PHILIPPE
Non, ça n'est pas une… non, c'est vrai mais la liberté d'expression peut l'être et donc…

NICOLAS DEMORAND
Un journal appellerait au meurtre et il serait trainé devant les tribunaux à juste titre !

EDOUARD PHILIPPE
Bien sûr, mais bien sr, mais bien entendu…

NICOLAS DEMORAND
Une plateforme le fait, non.

EDOUARD PHILIPPE
Et bien entendu, c'est bien pour ça…

NICOLAS DEMORAND
…Plainte en Amérique.

EDOUARD PHILIPPE
Mais monsieur DEMORAND, nous sommes d'accord, c'est bien pour ça que je me suis engagé à faire en sorte que les choses avancent, parce que ça n'est pas acceptable. C'est bien pour ça que j'ai dit que Twitter n'était pas hors de la République, donc nous sommes d'accord. La seule question, c'est comment est-ce qu'on y arrive en respectant la loi, voilà. Mais croyez-moi, il est hors de question que nous acceptions durablement que l'anonymat de ces plateformes puisse permettre à quiconque de dire n'importe quoi, notamment des choses abominables en toute impunité.

NICOLAS DEMORAND
On vous retrouve Edouard PHILIPPE, monsieur le Premier ministre après la Revue de presse de France Inter.

NICOLAS DEMORAND
Vos questions à Edouard PHILIPPE, Premier ministre. Bonjour, Jean-Claude. Bienvenu, on vous écoute.

JEAN-CLAUDE, AUDITEUR
Oui, bonjour. Bonjour monsieur DEMORAND, bonjour monsieur le Premier ministre. Ma question porte sur les Français qui reviennent d'Irak et de Syrie. Je voudrais savoir, au-delà des poursuites qui ont été évoquées par monsieur Edouard PHILIPPE ce matin si on allait s'intéresser aux éventuels actes de crime contre l'humanité qu'ils auraient pu perpétrer sur place, si on se réfère aux nombreux témoignages des populations locales.

NICOLAS DEMORAND
Merci, Jean-Claude, pour cette question. Edouard PHILIPPE vous répond.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour monsieur. Sur le traitement de ces Français qui reviennent de ces zones de combat, je le disais tout à l'heure : ils sont systématiquement soumis à une procédure pénale, parce que le simple fait de partir et d'être sur place est une incrimination pénale, constitue une incrimination pénale. Ensuite, la question peut être de savoir comment est-ce qu'on détermine, au-delà d'être simplement sur place, les actes qu'ils ont commis ? Certains se sont probablement rendus coupable d'actes criminels, compte tenu des images que nous avons pu voir – des images terribles que nous avons pu voir d'exécution -, il n'est pas improbable que des Français se soient rendus coupables de ce genre d'acte.
S'agissant de l'incrimination particulière que vous évoquez de crime contre l'humanité, je n'ai pas de commentaire spécifique à faire. Elle est imprescriptible, on le sait, cette incrimination. Je ne sais pas si un certain nombre de Français relèveront de cette incrimination. Ça, c'est une décision qui appartiendra aux procureurs pour voir si effectivement ils ont, le cas échéant, la possibilité d'aller rechercher la responsabilité pénale de ces individus sur le fondement de tel type d'acte. Je ne peux pas vous en dire plus à ce stade.

NICOLAS DEMORAND
Encore une question de politique étrangère. Craignez-vous, Edouard PHILIPPE, une guerre entre l'Arabie Saoudite et l'Iran au Liban ?

EDOUARD PHILIPPE
Je trouve que la question telle que vous la formulez est un peu brutale, une guerre entre deux pays au Liban.

NICOLAS DEMORAND
Ça décrit un peu la situation tout de même.

EDOUARD PHILIPPE
Je ne suis pas sûr que ça décrive la situation.

NICOLAS DEMORAND
Entre pays interposés si vous préférez.

EDOUARD PHILIPPE
En revanche, je vous rejoins sur le fait qu'il y a dans toute la région une tension très vive, très importante, notamment entre les deux pays que vous avez évoqués, et que cette tension se traduit par des manifestations particulières dans chacun des pays voisins, le Liban étant évidemment un pays soumis à des influences étrangères contradictoires. J'ai observé, comme vous, la démission récente du Premier ministre libanais alors qu'il se trouvait en Arabie Saoudite. Je crois qu'il s'est exprimé récemment dans les médias, qu'il a indiqué son souhait de revenir au Liban dans les jours prochains.

NICOLAS DEMORAND
Il est menacé d'après vous ou pas ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne sais pas. Je n'ai pas de commentaire à faire là-dessus.

NICOLAS DEMORAND
Vos informations ?

EDOUARD PHILIPPE
Ce que je vois, c'est que la tension est vive et qu'elle est croissante. Et donc ce qui me paraît indispensable - c'est d'ailleurs la position de la France - de discuter avec tout le monde et d'essayer de trouver les voies et les moyens pour que les gens se parlent et pour que la tension diminue. Nous aurions tous à perdre, absolument tous à perdre, à un embrasement général dans cette région. Je pense que ce n'est de l'intérêt de personne et donc il faut se garder de ne plus parler à un acteur et essayer de faire en sorte que les gens puissent se parler pour trouver des conditions d'un retour à l'équilibre.

LEA SALAME
Bonjour monsieur le Premier ministre.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour.

LEA SALAME
Est-ce que vous pouvez nous éclairer sur un point que je n'ai toujours pas compris : la réduction de 50 % du nucléaire ? Ce n'est plus pour 2025, on l'a compris la semaine dernière, mais c'est pour quand ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est pour plus tard.

LEA SALAME
C'est-à-dire ?

EDOUARD PHILIPPE
La cible qui a été fixée, c'est quelque part entre 2030 et 2035. En réalité, ce qu'a dit très justement Nicolas HULOT, c'est que l'horizon d'un rééquilibrage du mix-énergétique et l'objectif d'un rééquilibrage du mix-énergétique devaient être un objectif de politique publique. Nous devons faire en sorte de ramener la part du nucléaire dans la production d'électricité à une proportion inférieure à ce qu'elle est aujourd'hui, de l'ordre de 50 %. Et pour arriver à 50 %, il faut se fixer un objectif de temps qui soit crédible.

LEA SALAME
Alors pourquoi vous ne fixez pas de calendrier ? Parce que jusqu'à maintenant, vous dites : “A un horizon entre 2030 et 2035?, c'est flou.

EDOUARD PHILIPPE
Non, je ne crois pas que ce soit flou. Je pense que ce qui était flou, c'était d'afficher un objectif auparavant sans se donner les moyens d'y arriver. Ça, je pense que c'est très flou.

LEA SALAME
C'est la promesse de campagne d'Emmanuel MACRON. Il a eu tort de la prendre ?

EDOUARD PHILIPPE
Non. C'est une disposition qui est fixée dans une loi aujourd'hui, donc ce n'est pas une promesse, c'est un c'est un fait. Et je pense que les façons d'arriver à 50 % en 2025 étaient incroyablement floues, mais c'est dans cette loi que l'objectif est fixé. Et donc il faut arriver à un objectif - je vous dis, ce sera 2030-2035 - qui nous permet de réduire la part du nucléaire dans le mix-énergétique tout en garantissant la sécurité d'approvisionnement en électricité des Français, tout en faisant en sorte que le prix de l'électricité ne subisse pas des augmentations rapides et continues, parce que les Français ne l'accepteraient pas à juste titre. C'est donc un pilotage de la politique énergétique française qui doit se faire en toute transparence, qui doit se faire en toute crédibilité aussi. Vous savez - enfin je pense que vous savez, madame SALAME - que le les conséquences de l'objectif 2025, c'était la fermeture, c'est-à-dire ce que Nicolas HULOT avait dit avant l'été.

LEA SALAME
17 réacteurs sur 58.

EDOUARD PHILIPPE
D'un très grand nombre de réacteurs. Avec une question posée et qu'on ne pouvait pas résoudre de garantie de la sécurité d'approvisionnement des Français.

LEA SALAME
Donc l'objectif de fermer 17 réacteurs, vous ne le retenez plus.

EDOUARD PHILIPPE
Non, ce n'est pas ça. Notre objectif, c'est d'arriver à un mix de 50 %. Ça passera par des fermetures de réacteurs, mais on ne va pas faire des fermetures de réacteurs avant d'être certain que la sécurité est garantie et que l'impact sur les prix de l'électricité soit excessif. Et puis par ailleurs, un mot : la fermeture des réacteurs, elle également liée – pas essentiellement – elle est également liée aux décisions que prendra l'ASN, l'Autorité de sûreté nucléaire, qui est une autorité indépendante, qui doit venir dire si l'exploitation de tel ou tel réacteur se fait dans des conditions de sûreté et de sécurité suffisantes.

LEA SALAME
Une autre question qui n'a rien à voir. On vient de l'apprendre : la ministre de la Justice, votre ministre Nicole BELLOUBET, évoque des pré-plaintes sur Internet pour les violences sexuelles. Des pré-plaintes sur Internet pour les violences sexuelles, ça veut dire quoi ? Est-ce que vous pouvez nous préciser ? C'est-à-dire que si moi je me sens victime d'une agression ou d'un acte de harcèlement, je n'ai plus besoin d'aller au commissariat mais sur Internet, je peux dénoncer mon agresseur ?

EDOUARD PHILIPPE
Nous aurons l'occasion prochainement - je ne sais plus quel est le mois où le où le projet de loi sera inscrit à la discussion du Parlement, mais avant la fin du premier semestre 2018, ça c'est certain - de discuter d'un dispositif qui doit nous permettre de mieux prévenir et de mieux sanctionner les agressions sexuelles et les agressions sexistes. C'est un combat dans lequel et la garde des Sceaux et Marlène SCHIAPPA, secrétaire d'Etat à mes côtés, sont extrêmement engagées à juste titre. C'est une des grandes causes du quinquennat, donc nous allons avancer.

LEA SALAME
Mais les pré-plaintes, c'est quoi ? C'est une piste, c'est acté ? Parce qu'elle le dit. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est la ministre.

EDOUARD PHILIPPE
C'est très bien mais je ne vais pas élaborer sur les contenus d'un dispositif qui n'est pas encore arrêté, puisque nous n'avons pas encore présenté le projet de loi au Conseil des ministres. Mais ce qui est certain, c'est que nous voulons avancer pour plus de rapidité, plus de fermeté et plus de fluidité dans le traitement de ces plaintes. Car nous ne pouvons pas accepter, là encore, cette dérive, cette espèce d'irrésolution de l'âme qui fait qu'au fond on s'habituerait à ces agressions, on détournerait les yeux. Il y a un mouvement qui est en train de s'opérer qui me semble très sain, qui est peut-être un peu conjoncturel. Il est parti d'un scandale et puis, paf ! ç'a ouvert une porte. Tant mieux. Saisissons-le et essayons de faire en sorte que la réponse collective soit beaucoup plus à la hauteur des enjeux.

LEA SALAME
Le hashtag #balancetonporc, vous le soutenez ou ça vous a mis mal à l'aise ?

EDOUARD PHILIPPE
Je n'ai jamais été un grand fan de balancer qui que ce soit, donc je ne peux pas dire que ce soit complètement dans ma nature. Mais encore une fois, j'observe que ç'a permis de libérer une parole et ç'a permis de faire en sorte que, à certains égards, l'angoisse change de camp. Comme elle avait porté pendant très longtemps dans le même camp, je pense que ce rééquilibrage n'est pas vain.

NICOLAS DEMORAND
Une question sur l'application de France Inter, c'est Benjamin qui vous la pose : « Aimeriez-vous voir Alain JUPPE, votre mentor dit Benjamin, rejoindre les rangs de la majorité présidentielle et ainsi légitimer votre action et votre position ? »

EDOUARD PHILIPPE
Ecoutez, tout le monde sait la proximité que je peux avoir avec Alain JUPPE et l'affection que je peux lui porter. La question de savoir s'il adhère ou pas à tel ou tel mouvement politique n'est pas pour moi une question essentielle. Peut-être qu'elle se posera pour lui, peut-être…

THOMAS LEGRAND
Il veut déjà faire une liste commune pour les Européennes en 2019 avec la majorité.

EDOUARD PHILIPPE
Peut-être y répondra-t-il, mais je ne suis plus son porte-parole, et je n'ai aucune envie de m'exprimer pour lui. Ce que je sais, c'est que – parce que ça je peux le dire en mon nom – lorsque j'étais son porte-parole, lorsque j'ai fait la campagne des primaires à ses côtés, j'ai soutenu toute une série d'options, de choix, de visons, d'attitudes, que je retrouve parfaitement dans ce que nous sommes en train de faire sous l'autorité du président de la République, et c'est cette proximité, cette cohérence, qui à mon avis explique les commentaires récents qu'il a pu formuler, notamment sur la question européenne....

NICOLAS DEMORAND
Les listes communes européennes.

EDOUARD PHILIPPE
Notamment sur le fait que l'on voit bien que la question de l'Europe, pas tellement la question des listes, mais la question de l'Europe, de savoir quelle Europe nous voulons, de savoir quel est le positionnement politique que nous adoptons face à l'Europe, est-ce qu'on veut construire cette Europe qui libère, qui protège, cette Europe qui est une garantie de paix, qui est une garantie de prospérité, ou est-ce qu'on veut lui rentrer dedans et faire en sorte de le faire porter tous les péchés et de nos inactions passées ? De ce point de vue-là, j'entends chez Alain JUPPE, comme c'est beaucoup d'autres d'ailleurs, une proximité évidente avec ce que dit le président de la République.

NICOLAS DEMORAND
Les listes communes, c'est un bon outil, non, pour mener ce combat européen.

EDOUARD PHILIPPE
Peut-être faudra-t-il en tirer les conséquences sur le plan politique, mais comme le dit lui-même, Alain JUPPE, on n'en est pas là.

NICOLAS DEMORAND
Claire est au standard, bonjour bienvenue Claire, vous nous appelez de Toulouse.

CLAIRE
Oui, c'est ça. Bonjour. Voilà, je vous appelais au sujet du scandale des « Paradise Papers », et c'était pour exprimer mon écoeurement, mon dégoût, par rapport à ça, et je pense qu'il est ressenti par un bon nombre de Français. Je pense à tous ces gens qui travaillent dur pour ramener des salaires qui ne sont pas mirobolants et pour faire vivre donc leurs familles. Je pense à tout cet argent qui nous est volé dans les services publics, dans les hôpitaux, voilà. Et dont je suis très en colère, je voudrais savoir ce que le gouvernement compte faire par rapport à ça, et je voulais aussi exprimer ma peur que cette colère, qui est ressentie en ce moment, ne se transcrive dans quelques années, dans les bulletins de votes de manière à un peu dramatiques.

NICOLAS DEMORAND
Merci Claire pour cette question. Edouard PHILIPPE vous répond.

EDOUARD PHILIPPE
Oui. Je voudrais dire madame que je comprends assez volontiers votre colère, parce que derrière, derrière tout ce qui relève de la fraude fiscale, il y a une entorse, et quand je dis « une entorse », le mot est sans doute un peu faible, une agression, pourrait-on dire, sur ce qui constitue notre pacte national, notre pacte républicain, c'est-à-dire le fait que nous contribuons, personne physique ou personne morale, à la hauteur de nos moyens, à l'effort national, à l'éducation, aux hôpitaux, à la défense, bref à tout ce qui constitue la colonne vertébrale de notre République. Il faut donc être extrêmement actif contre la fraude. Dans les l'épisode des « Paradise Papers », il y a deux choses. D'abord, vous savez qu'ils viennent après les « Panama Papers ». Ce qui est intéressant, après les « Panama Papers », c'est que la France est probablement un des pays qui a pris le plus d'initiatives après les « Panama Papers », c'est la France qui a fait le plus de demandes d'informations aux autres Etats, c'est la France qui a mis en place le plus grand nombre de procédures après la publication des « Panama Papers ». Donc, même si ça ne se voit pas suffisamment, même si peut-être on n'en a pas suffisamment conscience, même si ça n'a pas interdit les logiques d'optimisation, voire de fraude, la France n'est pas restée inactive face à la publication et aux révélations qui étaient contenues dans ces documents. Ça c'est la première chose, et nous allons poursuivre, c'est-à-dire nous allons continuer, il y a un certain nombre de moyens qui sont mis en oeuvre, de collaboration internationale, qui sont mis en oeuvre, pour obtenir des résultats en la matière.

NICOLAS DEMORAND
Monsieur le Premier ministre...

EDOUARD PHILIPPE
Non mais pardon, c'est un sujet qui est redoutablement technique. Ce que je veux dire à Claire, c'est que pour obtenir des résultats en matière de lutte contre la fraude, voire contre la sur-optimisation fiscale, il faut une volonté, je la partage ; il faut une administration compétente elle existe en France et elle a des moyens, et il faut une coopération internationale, elle s'exprime dans le cadre du G20 du G7, vous avez vu que la France a pris des initiatives avec l'Allemagne, avec d'autres pays pour permettre la fiscalisation de toute une série d'activités qui ne l'étaient pas suffisamment aujourd'hui. Donc, nous avançons, nous avançons sans doute trop lentement, je veux bien le concéder, mais nous avançons avec beaucoup de volonté en la matière.

NICOLAS DEMORAND
Vous aviez parié sur la vertu des Premiers de cordée, Monsieur le Premier ministre, avec le président de la République. Les « Panama Papers », ne vous ont pas déçus, puisqu'on voit quand même que l'échappement à l'impôt, l'optimisation fiscale, est un sport de très très haut niveau chez les premiers de cordée.

EDOUARD PHILIPPE
Je voudrais, et je ne serais pas populaire en disant ça, mais ce n'est pas grave, je vais quand même le dire, je voudrais que nous fassions une différence et que vous acceptiez l'idée qu'il y a une différence entre ce qu'on appelle l'optimisation fiscale et ce qu'on appelle la fraude. Pourquoi ? Parce que l'optimisation, il peut y avoir des cas de sur-optimisation, il peut y avoir des cas où l'optimisation relève de la fraude...

NICOLAS DEMORAND
On l'a vu, là.

EDOUARD PHILIPPE
Oui, oui, mais...

THOMAS LEGRAND
Donc la différence, c'est compliqué, hein.

EDOUARD PHILIPPE
Oui, bien sûr, mais le droit fiscal c'est toujours compliqué, on peut faire comme si c'était très simple, mais la vérité c'est que c'est compliqué. L'optimisation...

NICOLAS DEMORAND
La vertu c'est compliqué aussi.

EDOUARD PHILIPPE
Non, vous avez tort, monsieur DEMORAND, de prendre le sujet à la légère, parce que...

NICOLAS DEMORAND
Je le ne prends pas à la légère.

EDOUARD PHILIPPE
Tout à l'heure, où on disait que la France devait rester la France, que le respect des procédures, le respect de l'Etat de droit, ça comptait, ça compte pour tout le monde y compris pour les contribuables, et il se trouve que l'optimisation fiscale n'est pas illégale, on peut le regretter, mais ça n'est pas illégal, et donc si vous faites comme si quelque chose qui vous choque était illégal, je pense que malheureusement vous basculez dans un régime que vous ne voulez pas et que vous n'appelez pas de vos voeux.

NICOLAS DEMORAND
Et c'est pour ça, je vous posais une question de principe, comme vous le disiez tout à l'heure. Thomas LEGRAND, une dernière question, et puis Sophia ARAM.

THOMAS LEGRAND
Le président de la Seine-Saint-Denis refuse depuis hier soir, de payer les RSA, il dit qu'il n'a plus d'argent, que l'Etat lui doit de l'argent. Aujourd'hui, Emmanuel MACRON est en Seine-Saint-Denis. Que lui répondez-vous ?

EDOUARD PHILIPPE
Au président du Conseil départemental ?

THOMAS LEGRAND
Oui, qui ne paiera pas le RSA, pour tous les...

EDOUARD PHILIPPE
Il se trouve que je l'ai vu vendredi matin, le président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, qu'on a d'ailleurs convenu de se revoir pour discuter ensemble...

THOMAS LEGRAND
C'est une décision d'hier soir.

EDOUARD PHILIPPE
Il ne m'en a pas parlé vendredi matin, c'est pour ça que je me permets de dire que je l'ai vu vendredi matin, il ne m'en a pas parlé, mais nous avons décidé de nous revoir pour parler d'un certain nombre de sujets, je suis certain que celui-là sera à l'ordre du jour. J'attire l'attention sur le fait que les départements formulent des demandes, s'agissant de leurs rentrées fiscales, de leurs ressources budgétaires, je peux les entendre, je les ai entendus à Marseille au moment de l'Assemblée des départements de France et c'est une discussion que nous avons avec eux. Mais régler, ce qui est du par la loi, à des allocataires, ce n'est pas une option, c'est un devoir, et donc je rappelle, le président du Conseil départemental, comme l'ensemble, au respect de la loi et au respect de ce qu'ils doivent faire.

NICOLAS DEMORAND
08h59, on est très en retard, restez avec nous, Edouard PHILIPPE.
(…)

NICOLAS DEMORAND
Merci Monsieur le Premier ministre, d'avoir été l'invité du 7/9 depuis 08h20.

EDOUARD PHILIPPE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 novembre 2017

Rechercher