Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à France 2 le 9 novembre 2017, sur la réforme de l'accès à l'enseignement supérieur et notamment la suppression du tirage au sort pour les nouveaux bacheliers. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à France 2 le 9 novembre 2017, sur la réforme de l'accès à l'enseignement supérieur et notamment la suppression du tirage au sort pour les nouveaux bacheliers.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-michel, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti :

CAROLINE ROUX
Bonjour.

LAURENT BIGNOLAS
Vous recevez justement le ministre de l'Education nationale.

CAROLINE ROUX
Eh oui, on va en parler en particulier, de cette Journée de lutte contre le harcèlement à l'école, mais on va aussi parler des nouvelles règles d'orientation pos-bac. APB, c'est fini.

- Jingle -

CAROLINE ROUX
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Alors, Frédérique VIDAL, ministre de l'Enseignement supérieur, dévoile ce matin dans Le Parisien, la procédure mise en place en juin prochain, pour les nouveaux bacheliers. Le tirage au sort, c'est fini.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui, c'est fini. On, s'y était engagé Frédérique VIDAL et moi, et maintenant c'est terminé, donc c'est je pense une bonne nouvelle pour tout le monde, puisque tout le monde avait compris que le tirage au sort c'était la plus grande des injustices, en fait c'était une forme de sélection, et la sélection la plus absurde, c'est-à-dire par le hasard.

CAROLINE ROUX
Alors, maintenant, ça sera une sélection, par les universités, c'est ça la différence ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, c'est une organisation différente qui permet de mieux faire se rencontrer les demandes des étudiants et les possibilités des universités. Donc c'est un système plus rationnel et plus juste, tout simplement.

CAROLINE ROUX
Mais il y aura une sélection sur dossiers de la part des universités, dans certains cas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si on veut résumer ce que ça va être, c'est un système où maintenant on met de l'humain, plutôt que de mettre de la machine.

CAROLINE ROUX
D'accord.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Donc, mettre de l'humain, ça commence en classe de terminale, avec un deuxième professeur principal en classe de terminale, dès le mois de novembre, autrement dit, chaque élève de terminale de France a désormais deux professeurs principaux, ce qui permet d'avoir une attention personnalisée sur chacun des élèves, puisque les professeurs principaux ont un rôle de conseil en matière d'orientation. Et puis le conseil de classe aussi se met à avoir un rôle, plus important qu'auparavant, c'est-à-dire que dès le premier conseil de classe, fin de premier trimestre, donc fin novembre, courant décembre, eh bien des conseils sont donnés par le conseil de classe, en fonction des premiers désirs que l'élève manifeste. Donc tout commence déjà par une orientation plus réussie, et ensuite, eh bien il y a des procédures à partir du mois de janvier, pour faire des voeux, et ces voeux sont examinés par les universités.

CAROLINE ROUX
10 voeux.

JEAN-MICHEL BLANQUER
10 voeux, oui, 10 voeux maximum.

CAROLINE ROUX
C'était 24.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'était 24, donc là aussi je crois que c'est plus raisonnable, et ensuite les établissements d'enseignement supérieur, eh bien sont en situation de regarder ces candidatures.

CAROLINE ROUX
C'est là qu'il y a un petit sujet, ou pas ? Quand vous dites, les établissements...

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a un bon sujet, un excellent sujet.

CAROLINE ROUX
Alors il y a un bon sujet, un vrai beau sujet. Les établissements supérieurs sont en situation d'examiner, dites-vous. Certains disent : oui, mais on va avoir une sélection sur dossiers, dans les facultés où il y a le plus de demandes.

JEAN-MICHEL BLANQUER
En réalité, le problème ne se pose que dans ce que l'on appelle les filières en tension, c'est-à-dire psychologie, droit et STAPS, donc, l'éducation physique et sportive, et dans ces domaines-là on va créer des places, de sorte qu'il y aura normalement des places pratiquement pour tout le monde.

CAROLINE ROUX
Est-ce que l'élève aura le dernier mot sur son orientation, et est-ce que ça, ça sera écrit dans la loi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr l'élève a le dernier mot, c'est-à-dire que le choix, ce qui est garanti à chaque élève, c'est le fait d'avoir son choix respecté. C'est cela qui est important. Maintenant, on n'ira peut-être pas nécessairement dans l'université précise que l'on a voulue, mais au maximum on fera respecter ces choix, et comme vous l'avez dit dans le reportage, le Rectorat est organisé aussi pour regarder les situations. Ce qui fait que l'on n'aura plus ce que l'on a eu. On aura, si vous voulez, les deux gains fondamentaux, il y en a plusieurs en réalité, mais premièrement, l'élève est mieux orienté, mieux conseillé au moment de la décision.

CAROLINE ROUX
Et ça commence plus tôt.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et ça commence plus tôt, donc ça, c'est important. Deuxièmement, la rencontre étudiants et universités, se passe sur des bases rationnelles, ça c'est un point très important. Et troisièmement...

CAROLINE ROUX
Ça veut dire quoi des « bases rationnelles », pardon ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien c'est-à-dire que si on est bon en maths, c'est normal qu'on soit, qu'on aille avant quelqu'un qui est moins bon, dans une faculté de mathématiques, par exemple, c'est tout à fait normal.

CAROLINE ROUX
Ça veut dire que si on n'est pas bon en maths, on ne peut pas aller en fac de maths, c'est ça que vous voulez nous expliquer.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je vous ai dit que chacun aurait sa position. Mais quand il y a un arbitrage à faire, eh bien évidemment, l'arbitrage se fait sur des bases rationnelles plutôt que le tirage au sort, c'est donc cela qui est important. Mais ce qui est important, c'est que tout le monde à la fin aura une place, donc on ne trouvera plus ces situations que l'on a eues, comme jusqu'à aujourd'hui.

CAROLINE ROUX
Ça, vous vous engagez à ce qu'il n'y ait pas d'étudiants bacheliers qui se retrouvent sur le carreau.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Evidemment, Frédérique VIDAL a fait tout un travail pour cela.

CAROLINE ROUX
Un autre sujet. 324 enseignants ont signé un manifeste, vous l'avez certainement vu passer, dans lequel ils expliquent, ils refusent tout simplement d'enseigner une règle de grammaire que vous connaissez très bien : le masculin l'emporte sur le féminin. Après l'écriture inclusive, la grammaire inclusive. Est-ce qu'ils peuvent s'extraire, parce qu'ils l'ont décidé, d'une règle comme celle-ci ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, bien entendu. Vous savez, la question de l'égalité hommes/femmes, c'est une question extrêmement importante, qui est d'ailleurs prise très au sérieux dans le système scolaire. Tout à l'heure on va parler du harcèlement et ça vient aussi...

CAROLINE ROUX
C'est lié.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est lié à ce sujet, donc c'est une question très importante, et moi je suis très mobilisé sur la question de l'égalité hommes/femmes, et nous avons beaucoup à faire en France et dans le monde sur ce sujet. Et c'est un sujet beaucoup trop important pour qu'il soit, en quelque sorte, abîmé par des polémiques à mon avis totalement inutiles sur le langage, et j'observe que, jour après jour, on essaie de créer des polémiques médiatiques de ce type et qui sont un petit peu absurdes à mes yeux.

CAROLINE ROUX
Mais qu'est-ce que vous leur dites à ces professeurs-là ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien que la grammaire ne se décide pas par un individu. Il y a des règles, et ces règles, elles sont ce qu'elles sont.

CAROLINE ROUX
Non mais pardon, mais ils disent, ils signent un manifeste dans lequel ils disent que de toute façon ils n'appliqueront pas ces règles, et certains ont déjà commencé à le faire.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais ils n'ont pas droit, il y a des... Si vous voulez il y a un système d'inspection à l'Education nationale qui fait que si un professeur de mathématiques dit que le théorème de Pythagore n'existe pas, ou si un professeur de français a dit que telle règle de grammaire n'existe pas, alors qu'elle existe, il se met en faute, évidemment.

CAROLINE ROUX
Donc il prend le risque d'être sanctionné, disons les choses clairement.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il prend le risque, effectivement, de problèmes.

CAROLINE ROUX
De problèmes. On peut dire sanctions ou pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si vous enseignez une matière...

CAROLINE ROUX
C'est important le choix des mots, Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si vous enseignez une matière, et que dans cette matière vous dites autre chose que ce que les programmes disent, et que ce que cette matière indique, oui, vous vous mettez en faux.

CAROLINE ROUX
C'est dit. On parle de la Journée contre le harcèlement à l'école. Est-ce que ce n'était pas l'année où il fallait mettre l'accent sur le harcèlement à caractère sexuel ou sexiste à l'école ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous mettons l'accent sur ce point, y compris d'ailleurs dans le clip qui est réalisé. Cette année, le thème que nous avons retenu c'est celui de témoin, c'est l'idée que le harcèlement peut être combattu si on accepte de témoigner, si tout le monde s'engage, si on n'est pas passif par rapport à cela. C'est pour ça d'ailleurs qu'il y a un numéro vert que vous diffusez, d'ailleurs, j'en profite pour remercier...

CAROLINE ROUX
Le 30 20.

JEAN-MICHEL BLANQUER
... France Télévisions, de jouer pleinement le jeu de cette campagne, puisque c'est un enjeu de communication avec toute la société française, donc il y a ce numéro 30 20 que tout un chacun peut appeler, pas seulement quand on est victime, mais aussi quand on est témoin, quand on a quelque chose à dire sur le sujet. Mais c'est une mobilisation d'ailleurs dans la vie sociale en général et à l'école en particulier, qu'on doit avoir, parce que c'est quelque chose qu'il ne faut absolument pas sous-estimer, ça touche beaucoup d'enfants, vous l'avez dit, on peut dire autour de 10 % ça pollue complètement la vie de ceux qui sont concernés, ça peut avoir des conséquences très graves...

CAROLINE ROUX
Les filles sont plus concernées par le harcèlement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, d'après les enquêtes, elles le sont un peu plus, oui. Tout à fait.

CAROLINE ROUX
Donc, quelles leçons en tirer sur par exemple quelle est la place que vous donnez à l'école sur l'enseignement, par exemple de l'égalité entre les sexes ? Puisque ça ne passe pas par la langue et l'écriture inclusive, par quoi ça peut passer ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça passe par la vie quotidienne, par la façon...par le respect. Vous savez, je dis toujours que ma priorité c'est l'école primaire, et qu'à l'intérieur de cette priorité, il y a : lire, écrire, donc il faut que la grammaire et le vocabulaire soient parfaitement enseignés, compter et respecter autrui. Respecter autrui, ça englobe évidemment cette question de la lutte contre le harcèlement. On doit tout simplement se respecter, quels que soient nos sexes, nos origines, etc. Et donc la...

CAROLINE ROUX
Mais vous considérez que l'école a un rôle particulier à jouer dans ce domaine-là ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ah mais bien entendu, je pense que, encore une fois, l'égalité garçons-filles doit se vivre au quotidien et l'ensemble des adultes qui travaillent dans l'établissement, pas seulement les professeurs, sont responsables dans la vie quotidienne, y compris dans la cour de récréation, de la lutte pour cette cause qui est fondamentale.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 novembre 2017

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