Déclaration de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, sur le secteur de la mode, à Paris le 10 novembre 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, sur le secteur de la mode, à Paris le 10 novembre 2017.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances

Circonstances : 2éme forum de la mode, à Paris le 10 novembre 2017

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Je suis particulièrement heureux d'ouvrir ce 2ème Forum de la mode qui est une occasion pour le ministère de l'Economie et des Finances, pour les pouvoirs publics, de marquer l'importance que nous attachons à ce secteur. Je vais vous parler évidemment d'économie, des transformations en cours, d'emploi, de formation, d'organisation de la filière.

Mais avant cela, je voudrais d'abord vous adresser des mots plus personnels sur ce que représente la mode pour moi – car la mode dépasse à mes yeux les seules réalités économiques. La mode, c'est l'expression du génie créatif français et de notre culture. Les liens étroits entre mode et culture ne doivent rien au hasard.

La France est peut-être le seul pays capable de produire deux grands films sur un créateur de mode, Yves Saint Laurent. Connaissez-vous un seul pays au monde qui soit capable d'avoir une controverse pour savoir lequel des deux grands films sur Yves Saint Laurent est le meilleur ? Moi, je ne connais que la France pour se passionner autour d'un créateur de mode.

Connaissez-vous un autre pays où des écrivains soient capables d'écrire sur la mode comme Cocteau ou Jean-Jacques Schuhl – qui a écrit un livre absolument magnifique sur la création et l'art de couper une robe ? Moi, je ne connais que la France et sa littérature.

La mode, c'est donc notre culture. On peut reprocher à la culture française d'être superficielle, légère, d'attacher trop d'importance à l'apparence, au tissu, à la découpe, à la couleur, au vague, au flou, à la manière dont une démarche se situe, à la manière dont une femme ou un homme se présente. Pour ma part, je pense que c'est profondément ce que nous sommes, et qu'on n'est jamais aussi fort que quand on est totalement soi-même, comme individu, comme peuple, comme nation.

La mode ce sont aussi des valeurs, et je conteste totalement l'idée que la mode serait futile. Non, la mode touche des choses essentielles. Derrière la mode il y a l'attention à des valeurs, l'attention à ce qu'on est comme personne, l'attention à la manière dont les choses ont été produites, par qui elles ont été produites, aux conditions dans lesquelles elles ont été produites. Ce sont des choses qui sont devenues absolument essentielles pour l'ensemble de nos compatriotes et en particulier pour les jeunes générations.

Il y a une attention dans la mode aux produits, à leur qualité, à l'histoire qui se raconte derrière : d'où vient telle matière ? Comment a-t-elle été réalisée ? De quelle bête provient-elle, quand il s'agit de cuir, de laine, de produits nobles ? Le consommateur est désormais attentif à la philosophie qui se dégage derrière le produit et derrière la mode.

Voilà tout ce qu'est pour moi la mode et je tenais à vous en parler en introduction.

Mais il faut maintenant revenir à des considérations plus terre-à-terre sans lesquelles toutes ces grandes envolées risquent de n'être que lyriques. Car derrière la mode, il y a des enjeux et des réalités très concrètes : il y a 800 000 emplois ; il y a 150 milliards d'euros de chiffre d'affaires ; il y a 33 milliards d'euros de chiffre d'affaires à l'exportation. Et pour un ministre de l'Economie et des Finances qui a comme objectif la transformation économique de notre pays, le rétablissement des comptes de la nation, le retour au plein emploi et à terme le redressement de notre balance commerciale extérieure – le secteur de la mode est absolument capital parce qu'il réussit à l'exportation et qu'il doit continuer ainsi.

Votre secteur, c'est une visibilité internationale exceptionnelle : 376 000 visiteurs à la dernière Fashion Week. Tout cela marque une renommée et un retentissement tout à fait exceptionnels.

Mais l'on voit bien en même temps que vous êtes confrontés à des défis considérables. La distribution classique marque le pas. Les modes de consommation sont en pleine transformation. La mode française est confrontée à l'agressivité commerciale des acteurs anglo-saxons qui se sont emparés du secteur, appuyés par les géants du numérique, les GAFA, qui vont très loin dans l'identification, dans le big data et l'intelligence artificielle.

J'en ai fait moi-même l'expérience : il est aujourd'hui possible de regarder une série américaine et de se dire : « Tiens, tel acteur porte une veste absolument formidable. Je vais la scanner immédiatement pour savoir où trouver le produit et l'acheter. » Grâce aux logiciels d'intelligence artificielle développés par les géants du numérique américains, qui ont eux-mêmes des liens avec ces grandes séries américaines, tout cela est possible.

Au passage, cela me prouve une fois de plus à quel point, si on taxe vos entreprises de mode, vos sociétés et vos PME, il serait bon aussi de taxer enfin dans une juste mesure les Google, Amazon, Facebook et Apple.

Nous avons donc besoin de faire évoluer votre secteur et de vous accompagner dans cette évolution et de faire émerger de nouveaux modèles économiques. Nous avons les programmes d'investissements d'avenir qui accompagnent l'évolution de l'industrie des textiles vers de nouveaux usages techniques transversaux. Ces programmes seront maintenus et je tiens à ce qu'ils aident le développement des nouveaux usages techniques des tissus et de l'industrie textile.

L'habillement a également vocation à se tourner vers de nouvelles technologies, de nouveaux procédés de fabrication. Je souhaite là aussi que les entreprises de confection puissent prendre en compte les nouveaux modèles économiques, qu'elles poursuivent la modernisation de leur outil de travail et qu'elles puissent bénéficier des apports du numérique notamment grâce aux outils du Comité de développement et de promotion de l'habillement et des centres techniques industriels qui existent actuellement.

Au-delà de cet accompagnement sur l'innovation, où vous aurez toujours mon soutien plein et entier, il est indispensable, parce qu'il n'y a pas de grands secteurs qui existe autrement, que nous accompagnions une évolution de la formation dans ces nouveaux métiers.

Ces métiers de la mode sont des métiers d'avenir, j'en suis profondément convaincu. Et tout ce que nous ferons en matière d'innovation, en matière de recherche, en matière de développement de nouveaux textiles doit s'accompagner de transformations profondes dans la formation à vos métiers.

Paris doit disposer de grands établissements d'enseignement et de formation dans le domaine de la mode. Dans l'esprit de la planète entière, Paris, c'est la mode. Il serait absurde que nous n'ayons pas pour soutenir ce nom et cette réputation, un système de formation mondialement reconnu. C'est aussi – je le dis au passage – l'objectif que je défends en matière d'hôtellerie et de restauration : un pays comme la France, qui est la première destination touristique au monde, devrait disposer de la meilleure formation au monde pour les métiers de la restauration et de l'hôtellerie. La même chose vaut pour la mode : nous devons faire de Paris non seulement la capitale de la mode, mais la capitale de la formation aux métiers de la mode.

Qu'on sache que si l'on veut être le meilleur en matière de mode, c'est à Paris qu'il faut venir se former.

Il y a aujourd'hui un rapprochement en cours entre l'Institut français de la mode (IFM) et l'Ecole de la Chambre syndicale de la couture. Il doit être à mon sens le préalable à la réalisation d'une grande école française de la mode, à très forte visibilité. Cette grande école française de la mode doit proposer un enseignement d'excellence qui intègre tous les niveaux, depuis le CAP jusqu'aux formations supérieures. Elle doit être à même de rivaliser avec les grandes écoles étrangères comme la Saint-Martins School, le Royal College of Art, la Cambre ou encore Arnhem.

Voilà un objectif que nous pouvons nous fixer : que la grande école de la mode française ait le même prestige, la même attractivité, la même force que les autres écoles qui peuvent exister à travers la planète. N'ayons pas de petites ambitions pour la mode française, mais de grandes ambitions. Et la première des ambitions c'est d'avoir une grande école française de la mode qui puisse acquérir dans un délai de 5 ans au maximum la même réputation mondiale que Polytechnique dans le domaine scientifique.

Nous devons valoriser toutes les formes d'intelligence, et notamment l'intelligence créative, imaginative, celle qui surprend, parce que c'est ça notre principale force. Dans le monde contemporain, ce qui compte, ce n'est pas le raisonnement intellectuel le plus rigide et rigoureux possible. Le premier des atouts, c'est la capacité d'adaptation, l'imagination, la souplesse, la créativité, la surprise, l'étonnement, c'est tout ce que vous produisez dans les métiers de la mode. Tous ces éléments sont au coeur de l'intelligence française. Et avoir une grande école de la mode française de niveau mondial nous garantira de conserver le premier rang en matière d'industrie et d'économie de la mode.

D'autres initiatives sont prises : l'ENSAD, Dauphine, Mines Paris Tech ce sont associés pour lancer l'Ecole nationale de mode et de matière. Elle vient d'accueillir en septembre sa première promotion d'étudiants en cycle master. Tant mieux : là aussi, c'est une excellente initiative.

Tous ces établissements doivent grandir en notoriété et en reconnaissance. Il faut que tous les couturiers et tous les créateurs du monde entier se disputent les élèves qui seront sortis de ces écoles, et notamment de cette grande école de la mode française.

La création d'une Conférence des écoles supérieures de mode doit être annoncée aujourd'hui, sur le modèle de la Conférence des grandes écoles, pour donner plus de visibilité à tous les établissements français. C'est encore un pas dans la bonne direction.

Par ailleurs, je n'oublie pas que derrière les grandes marques de luxe et les créateurs il y a aussi les fabricants français qui produisent tous les jours vêtements, bijoux, maroquinerie, chaussures, montres, parfums, cosmétiques et autres produits. Là aussi, dans tous ces domaines spécialisés, il est essentiel que la relève soit formée pour assurer la conservation de ces savoir-faire en France.

Enfin, au-delà de la formation et de la volonté de créer une grande école de la mode française de niveau mondial ; au-delà de la restructuration du secteur, de la nécessité de financer l'investissement dans l'innovation, dans les nouveaux textiles ; au-delà de l'importance de tout ce qui est à côté du secteur, la distribution, la commercialisation, la valorisation du produit, la publicité – au-delà de tout cela, pour que votre secteur fonctionne comme pour tous les autres secteurs industriels majeurs dans notre pays, il faut un modèle économique solide.

C'est ce modèle économique que nous mettons en place, avec le président de la République et le Premier ministre. Nous accomplissons une transformation économique et fiscale profonde. C'est un combat culturel difficile à livrer. Mais vous êtes l'un des secteurs dans lesquels les décisions fiscales prises par le gouvernement seront les plus positives.

Avoir un prélèvement forfaitaire unique à 30 % sur les intérêts du capital, cela sert le secteur de la mode. Parce qu'un jeune créateur de mode sera bien content, quand il revendra son entreprise ou quand il voudra se servir des dividendes, de bénéficier d'une taxation de 30 % et plus de 65 % comme aujourd'hui.

Avoir un impôt sur les sociétés qui va passer de 33,3 % à 25 %, c'est une bonne nouvelle pour toutes les entreprises de la mode. Alléger la fiscalité sur le capital pour que vous puissiez davantage investir, davantage innover et rester à la pointe en matière de produits de mode, c'est une excellente nouvelle pour votre secteur.

Il y a donc les décisions qui concernent spécifiquement le secteur de la mode, auquel je suis profondément attaché. Et il y a cette politique économique et fiscale globale que nous portons avec le Premier ministre et avec le président de la République. C'est en conjuguant les deux que nous arriverons à faire de votre secteur, non seulement le secteur qui se porte bien, non seulement un secteur qui fait la fierté de la France, mais je l'espère demain l'exemple de ce qu'est une mode dynamique, entrepreneuriale, innovante qui fait rêver des millions et des millions de personnes à travers la planète.

Quand je me déplace comme ministre de l'Economie et des Finances en Europe ou dans les autres régions du monde, je vois bien à quel point nous recommençons, nous Français, à faire rêver le reste de la planète. Parce que nous retrouvons la générosité, l'ambition, le rêve.

Et c'est tout ce que je vous demande de porter, de l'ambition, de la générosité et du rêve.

Merci à tous.


Source https://www.economie.gouv.fr, le 16 novembre 2017

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