Déclaration de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, sur les Etats généraux de l'alimentation, à Paris le 14 novembre 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, sur les Etats généraux de l'alimentation, à Paris le 14 novembre 2017.

Personnalité, fonction : TRAVERT Stéphane.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation

Circonstances : Signature par les acteurs économiques d'une Charte d'engagement pour une relance de la création de valeur et pour son équitable répartition au sein des filières agroalimentaires françaises, à Paris le 14 novembre 2017

ti :
Monsieur le Ministre, cher Benjamin GRIVEAUX,
Mesdames et Messieurs,


La charte est désormais signée et Benjamin Griveaux et moi tenons, au nom du Gouvernement, à vous remercier pour la qualité de votre engagement.

Nous le savons tous, cette charte est une étape et un outil. Il ne saurait être question de nous reposer sur nos lauriers, vous après l'avoir signée, et l'Etat après avoir salué la démarche qu'il a encouragée.

Au contraire, nous devons garder à l'esprit ce qui a motivé le lancement des Etats Généraux de l'Alimentation et ce qui reste à faire pour qu'ils soient pleinement fructueux.

Le contexte, quel est-il ?

- Un monde agricole en pleine transformation qui peine à dégager « la juste rémunération de son travail » depuis des années. Des gens qui se lèvent tôt, qui travaillent dur et qui, pour un trop grand nombre, gagnent peu… Des producteurs qui ont perdu confiance, qui doutent d'eux-mêmes, de leur métier, de leur avenir. Des producteurs qui sont endettés, qui ont des difficultés à investir, à moderniser leur outil productif et à transmettre cet outil. Des producteurs qui sont soumis aux aléas sanitaires et climatiques.

Mais ce monde de la production, ce sont aussi des producteurs qui ont envie de continuer à répondre aux demandes sociales et sociétales, qui ont envie de se moderniser, qui savent ce qu'ils font et qui sont capables de penser le temps long. Ce sont des gens qui font vivre et respirer les territoires.

- Le contexte, c'est aussi un secteur de la transformation, constitué de TPE, de PME, d'ETI, de grands groupes qui sont les poumons économiques des territoires ruraux et de nos régions. Ces transformateurs sont soumis à une concurrence parfois rude au plan national, européen et international. Un secteur qui est fragile du fait des mutations, de la dérégulation, des investissements lourds.

Mais ce secteur de la transformation est aussi un gros pourvoyeur d'emplois dans nos territoires ; il se modernise, il innove, il investit, il embauche.

- Le contexte, c'est aussi un secteur de la distribution et de la commercialisation, qui, dans toutes ses composantes (des grandes et moyennes surfaces à la restauration hors domicile) est, lui aussi, soumis aux mutations. Il doit s'adapter aux nouveaux modes de consommation, au numérique, à la vente en ligne.

Mais nos distributeurs sont aussi soucieux d'offrir la plus grande diversité de produits aux consommateurs, des plus basiques aux plus élaborés tout en tenant compte évidemment du pouvoir d'achat de ces consommateurs. Ces derniers ont, eux, des exigences sur le plan sociétal et qui veulent des produits avec toujours plus d'innovation, de sécurité alimentaire, d'authenticité, de terroir ...le tout à des prix raisonnables.

Le contexte, c'est celui-là, avec ce que cela génère de tensions, de complexité, d'injonctions contradictoires entre tous ces acteurs…

C'est parce que nous sommes dans ce contexte qu'il a fallu élaborer une méthode, la méthode des EGA.

La méthode :

Elle s'articule autour de trois mots clés : concertation, confiance, contrat.

La concertation, parce qu'il n'y a pas d'autre méthode que de se parler, parfois même de simplement se re-parler.

La confiance, parce qu'on ne peut rien construire de solide si on doute de la volonté qu'a son interlocuteur de vouloir réellement aboutir.

Le contrat, parce que quand on a discuté, parfois pendant des mois, il faut, à la fin des fins, formaliser et s'engager.

Cette méthode, c'est celle que nous avons souhaitée dans le cadre des EGA.

Elle a permis de réunir tous les acteurs, avec un travail de pilotage, de coordination que j'assume depuis le mois de juillet, avec tous mes collègues concernés au Gouvernement, parmi lesquels Benjamin Griveaux, très impliqué dans le premier chantier des EGA.

Je sais avec quelle détermination, quelles attentes, parfois aussi quels doutes, chacun s'est engagé. Je veux saluer l'état d'esprit qui a animé et qui anime toujours les acteurs dans cette volonté d'avoir des accords gagnant / gagnant / gagnant. Des accords qui nous tirent tous vers le haut.

Les prochaines étapes, ce sont en fait quatre démarches qui doivent progresser en parallèle :

- D'abord, le suivi des engagements que chacun vient de prendre soit à titre individuel, soit à titre collectif. Nous ferons les points d'étape nécessaires dans les mois qui viennent pour nous assurer de la loyauté et du respect des signatures des uns et des autres. Nous associerons les représentants des citoyens consommateurs.
- Ensuite, la bonne fin du second chantier des EGA. Il est aussi important que le premier. Dans ce chantier, se sont investis non seulement les acteurs économiques, mais aussi les ONG, les consommateurs, les associations, les élus, les experts et une douzaine de ministères car les attentes sociétales sont éminemment intersectorielles.
- Ensuite encore, le travail engagé avec chacune des filières. Il va aboutir dans les semaines qui viennent à des plans de filière. Ces plans devront amener chacune des filières à engager les transformations nécessaires à leur viabilité, à leur durabilité et à la réponse aux attentes des consommateurs. Ces plans de filière devront crédibiliser le nouveau processus de contractualisation et de construction des prix issu du premier chantier des EGA. Ils devront faire monter en gamme nos productions et nos produits finis, élaborer un chemin pour réduire l'usage des pesticides, indiquer comment mieux répondre aux objectifs fixés en matière d'approvisionnement de la restauration hors domicile en produits de qualité.

Je vous invite à vous mobiliser tous, à l'appui des interprofessions en charge de l'élaboration de ces plans de filière, afin qu'ils aboutissent dans les délais impartis et qu'ils soient porteurs d'une ambition réelle pour chaque filière.

Je recevrai la semaine prochaine, personnellement, une dizaine de filières pour faire un point d'étape.

- Enfin, un volet législatif et réglementaire, sur la base de ce que vous aurez co-construit. Ce volet incombe au Gouvernement et au Parlement et nous y travaillons déjà activement avec Benjamin Griveaux et nos services respectifs. Ce travail législatif va nous amener à échanger rapidement sur un projet de texte avec les parties prenantes, parmi lesquelles les acteurs économiques que vous représentez.

Le texte contiendra les points évoqués par le Président de la République dans son discours de Rungis et qui sont connus de tous, répartis entre le code rural et de la pêche maritime et le code du commerce : il y aura notamment un volet relatif à la contractualisation, un volet relatif à la médiation et à l'arbitrage, un volet relatif au seuil de revente à perte et aux promotions.

Voilà, Mesdames et Messieurs, le Premier ministre l'avait dit lors du lancement des EGA en juillet dernier, « l'Etat peut beaucoup mais ne peut pas faire tout, tout seul, aux risques de faire moins bien que vous ».

En vous redisant, ici, aujourd'hui, à l'occasion de ce moment assez unique que nous partageons, le contexte, la méthode et les prochaines étapes de notre travail, je vous rappelle qu'il vous reste encore beaucoup à faire.

A cet égard, dans la charte que vous venez de signer, vous appelez d'autres acteurs à vous rejoindre et je crois important de le souligner : votre démarche d'engagement est ouverte, à l'image de celle des Etats Généraux de l'Alimentation.

Et je vous le dis aussi, l'Etat fera sa part du travail, toute sa part, conformément aux engagements pris par le Président de la République.

Je vous remercie et j'invite les signataires à nous rejoindre, Benjamin Griveaux et moi, pour une photo conclusive.


Source http://agriculture.gouv.fr, le 16 novembre 2017

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