Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à Public Sénat le 14 novembre 2017, sur l'économie numérique, internet et le désenclavement des quartiers et des zones blanches et le phénomène des "fake news". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à Public Sénat le 14 novembre 2017, sur l'économie numérique, internet et le désenclavement des quartiers et des zones blanches et le phénomène des "fake news".

Personnalité, fonction : MAHJOUBI Mounir, VIGUIER Cyril .

FRANCE. Secrétaire d'Etat au numérique;

ti :


CYRIL VIGUIER
Bonjour à ceux qui nous rejoignent pour cette deuxième partie de la matinale d'infos, c'est Territoires d'infos avec l'invité politique en direct à 8 h, aujourd'hui Mounir MAHJOUBI, bonjour...

MOUNIR MAHJOUBI
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Vous êtes le secrétaire d'Etat chargé du Numérique, on est content de vous avoir sur ce plateau. Pour vous interviewer, à mes côtés : Oriane MANCINI, Public Sénat, bonjour Oriane...

ORIANE MANCINI
Bonjour Thierry, bonjour Mounir MAHJOUBI.

CYRIL VIGUIER
Et Hervé FAVRE de La Voix du nord, bonjour Hervé.

HERVE FAVRE
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Mounir MAHJOUBI, cette interview sera retransmise sur les sites Internet de la presse quotidienne régionale, les télés locales de France et sur TV5 Monde un peu plus tard, merci d'être avec nous ce matin. On démarre avec la une de La Voix du nord « le président interpellé par les élus », c'est effectivement aujourd'hui la une de ce journal cher à Hervé FAVRE, Emmanuel MACRON est à Roubaix, dans quelques heures il fera ses annonces sur la politique de la ville. L'économie numérique est au centre de cette politique, quelle place a-t-elle dans le désenclavement des quartiers, Mounir MAHJOUBI ?

MOUNIR MAHJOUBI
Elle en a plusieurs. Ce qui est essentiel dans les annonces qu'a pu faire le président hier....

CYRIL VIGUIER
Déjà vous n'y êtres pas ce matin là-bas, c'est normal ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je n'y suis pas, je suis ici, et il y a de nombreux ministres qui y sont parce que le numérique c'est une des briques et dans les briques majeures il y a cette idée qu'une des priorités c'est le travail.

CYRIL VIGUIER
Alors merci d'être d'ailleurs.

MOUNIR MAHJOUBI
Eh bien merci. Le travail, le travail, le travail, le travail, la lutte contre les discrimination, la création de nouvelles opportunités avec les emplois francs, la sécurité avec une mobilisation des moyens de la nouvelle police de proximité et, ça, ça va être des éléments qui vont être majeurs ; et puis après il y a question du logement et, quand on demande aux habitants des quartiers populaires – et je le sais puisque je suis député d'un quartier populaire avec plusieurs quartiers prioritaires, les grands sujets c'est : le logement, l'école, l'emploi, la sécurité, c'est ces quatre sujets-là qui ont été abordés hier à Clichy, qui vont être ré-abordés aujourd'hui à Roubaix et, ça, c'est un des éléments importants.

HERVE FAVRE
L'emploi justement, moi je me souviens de Jean-Louis BORLOO – ancien ministre de la Ville - qui état bien connu dans la région et qui disait : « dans ces quartiers il y a des pépites, il faut les faire, il faut les trouver et puis il faut les encourager » et en quoi, comment, l'économie numérique justement peut-elle contribuer à faire décoller ces quartiers, parce que les emplois francs c'est bien beau mais ce n‘est pas très nouveau comme recette ?

MOUNIR MAHJOUBI
Le numérique – et pour moi c'est mon apport à cette politique sur les quartiers – il peut jouer à deux niveaux : le premier c'est qu'il y a des pépites entrepreneuriales, mais tout le monde n'est pas entrepreneurs, mais il y a les pépites entrepreneuriales, c'est pour ça qu'on a décidé de doubler l'action autour de French Tech Diversité ; et ce n'est pas qu'une politique sociale, French Tech Diversité c'est de dire : « on a des entreprises qui pourront devenir des géants, qui pourront devenir hyper-compétitives et qui peuvent venir des quartiers populaires, aujourd'hui quand on regarde les entrepreneurs du numérique c'est très majoritairement des hommes, on a qu'une seule femme, 1 entrepreneur sur 10 qui est une femme, et c'est très majoritairement des personnes issues de métropole, CSP +. Donc l'un des enjeux qu'on a aujourd'hui c'est de diversifier le vivier, donc ça c'est l'un des premiers axes : comment dans les quartiers on fait émerger les entrepreneurs. Mais le numérique c'est aussi très important pour tous les autres, c'est-à-dire que les compétences du numérique et les métiers du numérique ce qui est fantastique avec le numérique c'est qu'il n'y a pas d'insiders, il n'y a pas des gens qui sont déjà en place qui empêcheraient une nouvelle génération de rentrer, au contraire tous les métiers du numérique ouvrent les bras et demandent à tous ceux qui sont disponibles de se former pour les rejoindre. On est en train de lancer avec madame PENICAUD, on est en train de travailler très fort dessus, le plus tôt possible – dès le début de l'année 20108 - la capacité à multiplier l'offre de formation sur les formations courtes pour les bac + 5 du numérique, les assistants techniciens, et ils seront dédiés à...

HERVE FAVRE
Est-ce que le problème n'est pas dès qu'un jeune, voilà, réussi, monte son entreprise, une start-up et il a tendance à quitter ses quartiers finalement et à partir ailleurs ?

MOUNIR MAHJOUBI
Oui et non, parce que c'est quelque chose que l'on dit depuis toujours - y compris pour la ruralité, y compris pour les villes plus petites - où il y a cette trajectoire. Mais si on regarde aujourd'hui ce qui se passe avec la nouvelle French Tech et avec les nouveaux emplois du numérique, si on regarde la cyber-sécurité par exemple les emplois sont très bien répartis sur le territoire, si on regarde les nouveaux emplois, les nouvelles formations de la grande école du numérique, elles sont très bien réparties sur le territoire et moi j'essaie de tout faire pour que les métropoles French Tech elles soient aussi des hubs pour ceux qui veulent rester dans la ruralité ou dans les quartiers populaires.

ORIANE MANCINI
Mounir MAHJOUBI, hier la France célébrait le deuxième anniversaire des attentats du 13 novembre, a-t-on tiré les bonnes leçons de ce qui s'est passé il y a deux ans ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ecoutez on ne peut pas évaluer s'il y a eu des bonnes ou des mauvaises leçons, c'est sûr que la grande question qu'on a eue à se poser c'était : comment notre société est capable d'être résiliente et de répondre au risque qui maintenant devient permanent et majeur ? Vous l'avez vu, c'est...

ORIANE MANCINI
Et a-t-on les moyens de lutter contre le terrorisme ?

MOUNIR MAHJOUBI
Et quelles sont les nouvelles façons, qui ne sont pas que les moyens, de lutter contre le terrorisme ? Lutter contre le terrorisme, c'est deux choses : c'est mobiliser les moyens, c'est pour ça qu'une des premières lois sur lesquelles on a travaillé, qui a mis du temps et qui est arrivée, qui a permis de mettre fin à l'état d'urgence ; et puis le deuxième c'est le terrorisme vous le savez il y a un grand volet numérique qui est très complexe, qui est celui de la radicalisation en ligne, qui est celui de la propagation des contenus qui incitent aux comportements violents, qui incitent aux comportements d'extrêmisation, aujourd'hui on a eu un groupe de travail international avec plusieurs pays, avec les grands opérateurs des plateformes, hier je le disais sur la violence en ligne et sur le harcèlement en ligne on a du mal à discuter ou on trouve que ce n'est pas encore au niveau de la part des plateformes, mais sur les contenus terroristes elles ont fait leur part de travail, mais il faut qu'elles aillent encore plus loin, mais elles ont fait une grande part du travail.

CYRIL VIGUIER
Est-ce que les mesures, donc le nouveau plan national de lutte contre la radicalisation en décembre d'Emmanuel MACRON va contenir de nouvelles mesures, des choses nouvelles contre la radicalisation sur Internet et sur les réseaux sociaux ? Est-ce qu'il va y avoir des choses nouvelles qu'on ne connait pas encore ?

MOUNIR MAHJOUBI
Oui il y aura des choses nouvelles, mais je ne vous en parle pas aujourd'hui, je laisserai le président en parler et le ministre de l'Intérieur, mais la philosophie c'est d'offrir à la diversité des...

CYRIL VIGUIER
Donnez-nous des pistes quand même !

MOUNIR MAHJOUBI
Des types d'action possible, ce que je vous disais tout à l'heure c'est qu'il n'y a pas qu'une seule façon de lutter, il faut qu'on puisse tester des choses, il faut qu'on soit plus ouvert à la fois dans la façon de détecter, dans la façon d'orienter, dans la façon d'accompagner...

ORIANE MANCINI
Avant de passer aux réseaux sociaux, vous savez que l'apologie du terrorisme passe beaucoup par Internet, comment on fait pour lutter contre ça ? Comment on empêche : 1) cette apologie ; 2) Comment on empêche des jeunes de se radicaliser sur Internet ?

MOUNIR MAHJOUBI
On ne pourra jamais empêcher un qui a déjà décidé d'y aller complètement, ce qu'on peut empêcher c'est un qui doute de le laisser se confronté à de très nombreux contenus qui vont l'amener vers une voie de radicalisation. La personne qui est déjà radicalisée, soit à cause de son contexte familial ou son contexte de proximité, ou qui a déjà fait une grande partie du chemin, celui-là il va falloir mobiliser, mais là ce sera le renseignement, la police, l'investissement massif de nos forces de sécurité pour l'empêcher d'aller plus loin. Moi ce que je veux c'est que celui de 12 ans – 13 ans qui doute encore, qui tombe sur un contenu, il ne puisse pas tomber sur une dizaine de contenus, une centaine de contenus, et en fait l'enjeu - toute la négociation qu'on a avec les plateformes – c'est la vitesse, c'est-à-dire qu'aujourd'hui quand il y a un contenu qui est mis en ligne nos services arrivent à l'identifier en quelques minutes, quelques dizaines de minutes ensuite on demande à ces plateformes de tout de faire pour empêcher leur propagation et de les retirer, sauf qu'avant ce n'était pas en quelques heures c'était en quelques jours et puis on est descendus à 48 heures, puis à 24 heures, puis maintenant on est à deux heures. Là l'objectif c'est qu'on aimerait c'est que ces plateformes arrivent à s'engager à la quelque minute, voire une heure, parce que quand on supprime un contenu dans la première heure on empêche un élément qui s'appelle le reposting et le reposting c'est ce qui fait qu'au bout d'une heure en fait il est insupprimable votre contenu parce qu'il a déjà été reposté un millier de fois partout sur Internet alors que quand on arrive à l e tuer très vite alors on limite sa propagation de façon très forte.

HERVE FAVRE
La radicalisation ça passe aussi par les réseaux sociaux, par Twitter et autres qui sont devenus des espèces de déversoirs de messages haineux - on a vu les menaces contre Charlie Hebdo après la une sur Tariq RAMADAN – le gouvernement promet des sanctions contre les auteurs, mais est-ce qu'on n'est pas complètement désarmés par rapport à cela, on a l'impression que ces réseaux sont devenus un peu une zone de non droit où l'on peut dire ce qu'on veut sous le couvert de l‘anonymat ? Comment on change ça ?

MOUNIR MAHJOUBI
Deux choses : la première, c'est il faut qu'on soit capables - et c'est... le droit nous permet aujourd'hui beaucoup, c'est-à-dire que s'il y a une plainte, qu'il y a une enquête, après une enquête on peut demander aux opérateurs de donner les éléments qui permettent l'identification des personnes et qui permettent ensuite de juger, de condamner. Le problème c'est que vous voyez toutes les étapes que je viens de vous donner, c'est long, c'est long et puis il faut une personne qui décide d'aller jusqu'au bout, mais là vu les niveaux des menaces qu'il y a pu avoir sur certaines personnes – notamment vis-à-vis de journalistes – j'espère qu'il y aura des plaintes déposées, j'espère qu'il y aura des enquêtes qui iront jusqu'au bout.

ORIANE MANCINI
Mais ce sont des menaces anonymes, Mounir MAHJOUBI, est-ce qu'il faut mettre fin à l'anonymat sur Twitter ?

MOUNIR MAHJOUBI
Elles sont anonymes au premier enjeu, mais sur réquisition judiciaire vous pouvez demander à Facebook ou à Twitter quelle était l'adresse IP de ce compte qui a insulté ce jour-là, ensuite demander à l'opérateur qui était la personne, mais vous voyez que c'est une enquête qui peut être un peu longue.

ORIANE MANCINI
Et ils coopèrent ?

MOUNIR MAHJOUBI
Comment ?

ORIANE MANCINI
Ils coopèrent ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ah ! Sur réquisition judiciaire, ils coopèrent tous très bien.

HERVE FAVRE
Est-ce que le fond du problème n'est pas que ces plateformes, ces Twitter et autres, sont considérés comme des simples hébergeurs et non pas comme des éditeurs, c'est-à-dire qu'ils peuvent se retirer de leur responsabilité ?

MOUNIR MAHJOUBI
En fait, il y a deux éléments de responsabilité : le premier qu'on vient d'aborder c'est celui sur la responsabilité personnelle de la personne qui a émis des insultes, mais aujourd'hui comme ils sont très nombreux et que parfois les effets sont extrêmement dangereux entre les deux il y en a un qui a une autre responsabilité c'est celui qui fait la plateforme et aujourd'hui cette plateforme elle a le statut d'hébergeur, le statut d'hébergeur ce n'est pas un statut sans responsabilité c'est un statut qui dit quand on a identifié une menace et qu'on lui a signifié on lui demande de le supprimer - le droit français prévoit ça depuis 2004, le droit allemand ne le prévoyait pas de la même manière - donc eux ils ont... (coupure)....

HERVE FAVRE
La loi de 2004 est encore pertinente parce que 2004 c'est l'ancien monde pour vous ?

MOUNIR MAHJOUBI
C'est l'ancien monde pour moi, je n'étais pas encore complètement fini, la question – je parlais des études – est de se dire : est-ce que la loi de 2014 telle qu'elle est interprétée par les juges aujourd'hui permet de mettre la pression suffisante à ces plateformes ? Parce que la loi allemande dit – et qui est assez intelligente – c'est de dire : « il y a des plateformes qui n'ont pas le même rôle que les autres, quand on a plus de deux millions d'utilisateurs sur un pays on a un rôle de propagation particulièrement majeure et donc on a une responsabilité majeure ».

ORIANE MANCINI
Mais la loi allemande elle prévoit surtout des amendes qui peuvent aller jusqu'à 50 millions d'euros, est-ce que c'est vers cette voie que vous vous dirigez ?

MOUNIR MAHJOUBI
Aujourd'hui on est dans une réflexion en loi de scénario, c'est-à-dire qu'on envisage tous les scénarios possibles, on les discute avec nos administrations, c'est un travail commun qu'on fait à la fois avec les services du Premier ministre, avec madame BELLOUBET, mes services à moi, madame SCHIAPPA, tous ceux qui ont eu à travailler sur ces sujets ces dernières semaines et on va faire des propositions très bientôt.

CYRIL VIGUIER
Mais quid des pays qui sont très éloignés de la France sur lesquelles les juridictions dont vous parlez n'ont pas de prise, qu'est-ce qu'on fait pour ça ?

MOUNIR MAHJOUBI
Oh ! Vous savez les trois plateformes dont on parle elles ont des prises en France, elles sont présentes ici, elles font des chiffres d'affaires supérieurs de plusieurs milliards d'euros et elles sont là, il n‘y a aucun problème. On ne parle pas là cette fois-ci de collaboration ciblée avec les messageries, où là c'est plus compliqué parce que certaines sont hébergées dans des pays non collaboratifs...

CYRIL VIGUIER
C'est de cela dont je parle, voilà.

MOUNIR MAHJOUBI
Là on parle des plateformes qui ont plus de deux millions d'utilisateurs sur le territoire national, il n'y en a pas beaucoup, et donc celles-là il faut qu'on puisse parler ensemble assez franchement sur...

HERVE FAVRE
Mais pourquoi ces réseaux, comme vous le souligniez récemment, réagissent dès qu'il y a un bout de sein qui est publié et pas quand il y a un message de haine qui déboule sur les mêmes réseaux ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous avez raison, Facebook vous postez le moindre téton le truc est supprimé dans la minute, vous postez un message de haine et là ils vont vous expliquer qu'il faut du temps parce qu'il faut qu'il y ait un être humain qui puisse analyser le texte pour ça... Bon ! C'est pour ça qu'il y a deux poids deux mesures.

CYRIL VIGUIER
C'est qui vos interlocuteurs d'ailleurs, vous parlez avec qui quand vous parlez des Gafa comme ça ?

MOUNIR MAHJOUBI
Quand on parle avec les Gafa on a plusieurs interlocuteurs, mais on peut parler à la Direction générale mondiale de ces opérateurs quand c'est des éléments essentiels, par exemple les négociations sur la lutte contre le terrorisme on les a fait avec les dirigeants mondiaux de cette plateforme, sur les sujets nationaux...

CYRIL VIGUIER
Aux Etats-Unis donc !

MOUNIR MAHJOUBI
Comment ?

CYRIL VIGUIER
Aux Etats-Unis.

MOUNIR MAHJOUBI
Aux Etats Unis, c'était notamment dans le cadre de l'AG de l'ONU, donc ils étaient présents ; sur les sujets nationaux et européens, on a des interlocuteurs à la fois en France et en Europe, mais aussi avec les dirigeants, parce qu'il n'y a rien de pire de discuter avec eux et qu'on vous dise : « on va voir ça avec les Américains et on vous dit », donc autant parler directement à eux et donc, aujourd'hui, on a un bon équilibre, la question c'est de savoir est-ce qu'il faut modifier le droit pour pouvoir leur demander plus ?

ORIANE MANCINI
Autre sujet, Mounir MAHJOUBI, les fausses nouvelles, ce qu'on appelle communément les fake news, la Commission européenne a lancé une vaste consultation publique hier sur ce sujet, est-ce que c'est une bonne chose ?

MOUNIR MAHJOUBI
C'est une très bonne chose, j'en ai beaucoup parlé avec Maria GABRIEL, la commissaire européenne au Numérique, elle veut en faire un sujet prioritaire. Aujourd'hui vous voyez bien qu'il y a une menace sur l'information, il y a une menace sur la confiance dans l'information et il n'y a rien de pire dans une démocratie que le doute sur le vrai, le doute sur la vérité, et le doute sur la vérité c'est un élément sur lequel il faut absolument que nos sociétés s'interrogent...

ORIANE MANCINI
Alors, quelles sont les mesures à adopter selon vous ?

MOUNIR MAHJOUBI
Il y en a plusieurs ! Déjà l'éducation, l'éducation et l'éducation, c'est-à-dire que très, très tôt on est confrontés et les enfants à un âge très, très jeune à l'analyse critique des médias, aujourd'hui on le fait dans l'Education nationale sur la lecture critique des médias traditionnels, on le fait sur la lecture critique des médias en ligne, il faut qu'on redise les choses aux enfants sur le rôle du journaliste, ce que c'est qu'un média, ce que c'est qu'une ligne éditoriale, ce que c'est qu'une source , ce que c'est qu'une source fiable et il faut qu'on puisse le travailler activement parce qu'aujourd'hui face aux complotistes, face aux fausses nouvelles, vous pouvez avoir des débats terribles parce que c'est ce qui caractérise le complot et la fausse nouvelle c'est qu'ils ressemblent très fort à la vérité, voire même ils ressemblent plus à la vérité que la vérité elle-même.

HERVE FAVRE
Justement sur les enfants et l'école je voulais avoir votre opinion, parce que j'ai lu Jean-Michel BLANQUER dans Le Parisien hier expliquer que lui ne voulait pas avoir d'écran finalement avant l'âge de sept ans, qu'il fallait commencer par un enseignement plus classique, quelle est votre position, quel est le meilleur âge pour initier l'enfant à l'école au numérique ?

MOUNIR MAHJOUBI
En fait avant sept ans c'est l'idée qu'à la maternelle il y a plein d'autres moyens de stimuler un enfant et que l'écran peut arriver plus tard, je suis très ouvert avec ce sujet-là.

HERVE FAVRE
Vous n'êtes pas en désaccord avec...

MOUNIR MAHJOUBI
Pas du tout ! Et même là où on est très en accord avec Jean-Michel BLANQUER, moi je ne crois pas au 100 % écran et je crois qu'avant sept ans et même après sept ans il faut que l'outil numérique ne joue qu'un rôle à plusieurs reprises dans l'Education de l'enfant. Mais attention le numérique c'est les outils, donc c'est les écrans, mais c'est aussi un sujet et on peut parler du numérique sans être sur un écran, on peut parler de météo, on peut parler de l'analyse critique des médias, on peut parler même de ce que c'est le fonctionnement du numérique. C'est-à-dire que moi ce que je rêve c'est qu'un enfant ne regarde pas l'écran en se disant que tout se passe dans l'écran, quand on regarde un écran il faut imaginer le serveur, les données, la circulation, les réseaux, comment ça circule, ça il n'y a pas besoin de l'écran pour le ressentir et le comprendre.

ORIANE MANCINI
Il y a un problème en France, Mounir MAHJOUBI, ce sont ce qu'on appelle les zones blanches, les zones qui ne sont pas couvertes, est-ce que ça accentue – selon vous – la fracture territoriale ?

MOUNIR MAHJOUBI
Il y a deux choses qui accentuent la fracture numérique territoriale : les réseaux et les usages. C'est pour ça que dès que l'on a, dès que l'on est entré, dès que l'on a formé ce gouvernement, on a souhaité donner deux priorités sur l'inclusion numérique. La première c'est celle des réseaux mobiles et des réseaux haut débit et très haut débit, et la deuxième c'est celle de l'inclusion numérique sur les usages. Sur le réseau mobile, aujourd'hui, vous le savez, on est en train de conclure un cycle qui a démarré au mois de juillet, on a négocié avec... on a discuté de façon ferme avec les opérateurs, pour leur rappeler les exigences des Français, leur dire quel était l'état actuel de l'utilisation d'internet sur le territoire et de l'état des réseaux sur le territoire. Ils sont pris des engagements, aujourd'hui ces engagements sont en train d'être discutés entre eux et le régulateur qui est l'ARCEP, et sur lesquels j'espère voir des conclusions dans les prochaines semaines. Sur le haut débit et très haut débit, on a rappelé des objectifs : 2020, le haut débit partout, pour tous les locaux, c'est-à-dire pour tous les particuliers et toutes les entreprises, et très haut débit dès 2022. Là, aujourd'hui, on voit avec la mise en place des différents réseaux, que l'on va y arriver, et on a une grande confiance sur le sujet, et le plus important c'est quand même pour moi les usages, il y a 13 millions de Français qui ne savent pas utiliser le numérique...

HERVE FAVRE
Voilà, il y a 20 % effectivement de la population qui est à l'écart, et comment on fait pour passer à l'administration en ligne, puisque c'est aussi une de vos priorités.

MOUNIR MAHJOUBI
Eh bien vous avez raison de le dire. Comment je peux dire, d'un, côté on va faire 100 % d'administration en ligne, si de l'autre côté on ne s'est pas occupé des 13 millions de Français qui ne savent pas l'utiliser ? C'est pour ça que pour moi, c'est tout aussi important que le réseau, c'est comment on accompagne ces Français qui ne savent pas utiliser le numérique. Et pour ça, on va annoncer à la prochaine conférence nationale des territoires, au mois de décembre, une stratégie qui a été construite avec les régions, les départements, les communes, pour se dire, comment, dans le premier semestre 2018, on trouve une solution, département par département, pour identifier les familles, orienter les familles, financer l'inclusion.

ORIANE MANCINI
Mounir MAHJOUBI, on va parler politique pour terminer. Christophe CASTANER sera élu samedi à la tête de la République En Marche !, vous avez été élu, vous, député au mois de juin, est-ce qu'on peut être à la fois chef de pari et secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement ?

MOUNIR MAHJOUBI
En tout cas, ce que je peux vous dire, c'est que c'est une très bonne nouvelle que Christophe CASTANER soit à la tête de ce parti, vous savez que je l'ai soutenu. Je pense qu'il est le meilleur pour continuer ce que nous avons démarré avec ce parti : de l'innovation, toujours de l'avance, être un parti qui inspire que gouvernement, qui inspire le Parlement et le meilleur pour faire émerger une nouvelle génération de leaders au sein de notre parti, de leaders locaux, des leaders nationaux, et il n'y a pas mieux que lui pour faire émerger les autres. C'est quelqu'un qui sait à la fois rayonner et faire émerger...

ORIANE MANCINI
Alors, dans ces cas-là, est-ce qu'il doit quitter le secrétariat d'Etat chargé des Relations avec le Parlement ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ce n'est pas à moi de le dire, vous l'avez compris. Je n'essaie pas de vous mentir ou de vous dire que je n'ai pas d'autre idée. Ce n'est pas à moi...

HERVE FAVRE
... ça ne vous intéresse pas ?

MOUNIR MAHJOUBI
Non, ce n'est pas mon... Je ne suis pas candidat, et vous avez vu qu'en tant que secrétaire d'Etat au Numérique, j'ai déjà beaucoup à faire avec tous ces sujets.

CYRIL VIGUIER
Mounir MAHJOUBI, merci d'avoir été notre invité. Une dernière question. Vous êtes passé de la vie d'entrepreneur, de la vie de syndicaliste, CFDT, au Parti socialiste à 18 ans, à ministre. Faites-nous part de votre expérience gouvernementale, en quelques secondes.

MOUNIR MAHJOUBI
En quelques secondes, vous parler des six derniers mois. Ce que je peux vous dire, c'est que c'est une joie incroyable que d'être à l'avant-poste de la transformation...

CYRIL VIGUIER
C'était prévu, ça, dans votre parcours ?

MOUNIR MAHJOUBI
Eh bien ce n'était pas prévu, puisque j'étais, je venais d'avoir créé une boite qui fonctionnait plutôt bien, et j'ai du disparaitre du jour au lendemain, mais c'est une joie infinie, de se dire que je suis là, au premier rang de ceux qui sont en train de transformer la France, sur un sujet sur lequel je travaille depuis près de 20 ans et qui me passionne, qui est le numérique.

CYRIL VIGUIER
Vous le devez à Emmanuel MACRON, ça.

MOUNIR MAHJOUBI
Et ça je le dois à Emmanuel MACRON, et c'est pour ça que je suis très heureux d'avoir fait sa rencontre, à un moment dans ma vie, et de l'avoir soutenu, et je suis heureux de ce qu'on est en train de faire aujourd'hui, qui est en train de transformer la France, et avec Christophe CASTANER.

CYRIL VIGUIER
Ah ah ! Merci Mounir MAHJOUBI, secrétaire d'Etat chargé du Numérique, d'avoir été l'invité de « Territoires d'infos » ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 novembre 2017

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