Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec RFI le 14 novembre 2017, sur la fixation des prix agricoles, l'agriculture biologique, le traité de libre échange entre l'Union européenne et le Canada et sur la question climatique. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec RFI le 14 novembre 2017, sur la fixation des prix agricoles, l'agriculture biologique, le traité de libre échange entre l'Union européenne et le Canada et sur la question climatique.

Personnalité, fonction : TRAVERT Stéphane, RIVIERE Frédéric.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

ti :


ARNAUD PONTUS
Votre invité, Frédéric RIVIERE, vous recevez ce matin le ministre français de l'Agriculture et de l'Alimentation. Stéphane TRAVERT.

FREDERIC RIVIERE
Bonjour Stéphane TRAVERT.

STEPHANE TRAVERT
Bonjour.

FREDERIC RIVIERE
Lors de la deuxième session des Etats généraux de l'Alimentation, il y a un mois, le président de la République a annoncé une mesure qui a suscité un réel enthousiasme chez les agriculteurs : partir du coût de revient, pour fixer les prix agricoles. Est-ce que vous pouvez nous dire où en est le processus de mise en oeuvre de cette réforme ?

STEPHANE TRAVERT
Eh bien aujourd'hui nous allons, avec l'ensemble des acteurs, les producteurs, les transformateurs, les distributeurs et leurs représentants, signer une charte, une charte d'engagement. Une charte d'engagement politique et moral, qui va faire que demain, nos relations commerciales vont changer dans le pays. Nous allons prendre, en effet, la mesure de ce que doit être une relation commerciale de confiance, entre les différents acteurs. Chacun a bien compris que les agriculteurs devaient vivre de leur travail, vivre et avoir des revenus décents, et chacun a bien compris que nous ne pouvions pas continuer les relations commerciales de la manière dont elles se passaient depuis un certain nombre d'années. Donc nous avons choisi de construire le prix différemment, c'est-à-dire tout simplement partir du coût de revient des agriculteurs, pour déterminer la manière...

FREDERIC RIVIERE
Ce qui leur assurera une marge, forcément, de bénéfices.

STEPHANE TRAVERT
Ce qui va leur assurer à la fois une marge, ce qui leur permettra d'avoir cette capacité à innover, cette capacité à investir, cette capacité à aller de l'avant, pour redonner de la compétitivité à la Ferme France, et c'est bien ça l'engagement qui est le nôtre, notre travail c'est de redonner des marges de compétitivité aux agriculteurs de ce pays.

FREDERIC RIVIERE
L'annonce avait été faite par le président de la République le 11 septembre, ça fait un petit peu plus d'un mois en fait, donc, ou 11 octobre...

STEPHANE TRAVERT
11 octobre, à Rungis.

FREDERIC RIVIERE
11 octobre, c'est bien ça, ça fait donc un mois et quelques jours. Ça a été très vite. Est-ce que ça veut dire que ça a été facile, tout le monde était d'accord, tout le monde a joué le jeu de bon gré ?

STEPHANE TRAVERT
Non, rien n'est jamais facile, mais il a fallu discuter et nous avons négocié, pas à pas, avec chacun des acteurs, chacun a montré de la bonne volonté, en tous les cas parce que c'est quelque chose d'historique que nous avons réussi peut-être aujourd'hui, parce que mettre autour de la table des gens qui ne se parlaient plus, des gens qui ne travaillaient plus ensemble, pour ainsi dire, eh bien nous avons réussi à faire en sorte qu'il y ait un dialogue à la fois apaisé, que l'on puisse négocier un texte commun, un texte d'engagement, qui sera là, avant le projet de loi sur lequel nous allons travailler en début d'année, et qui viendra, je dirais, bloquer dans le marbre, dans le marbre de la loi, le futur des relations commerciales de notre pays.

FREDERIC RIVIERE
Ce dispositif sera-t-il contraignant ? C'est-à-dire que celui qui ne voudrait pas le respecter s'exposerait-il à des ennuis ?

STEPHANE TRAVERT
Des ennuis, peut-être pas, mais disons que...

FREDERIC RIVIERE
Vous savez, les agriculteurs qui étaient enthousiastes, s'inquiétaient aussi de la surveillance, de l'arbitrage, du respect du dispositif.

STEPHANE TRAVERT
Il est nécessaire d'évaluer les dispositifs que nous mettons en place, il est nécessaire de mettre un certain nombre de sanctions, après, à déterminer quel est leur poids, où est le curseur, si les engagements ne sont pas respectés. En ce qui nous concerne, les engagements de cette charte, ils sont simples, c'est de faire en sorte que dans les négociations commerciales, qui se sont ouvertes début novembre, nous puissions tenir compte de l'état d'esprit des états généraux, c'est-à-dire entrainer tout le monde dans le même sens, et faire en sorte que dans ces états, dans les futures négociations qui vont démarrer, eh bien que le sens de la responsabilité et de l'étique soient au rendez-vous, et que, eh bien, les agriculteurs puissent, demain, retrouver confiance dans leur travail et retrouver confiance dans leur avenir.

FREDERIC RIVIERE
Parlons un peu de l'agriculture biologique, si vous le voulez bien. Vous aviez annoncé la fin des aides au maintien à l'agriculture bio, pour les porter sur les aides à l'installation. Pour vous, c'est le marché qui doit assurer le maintien, pourtant un amendement déposé par un député LREM dans le projet de budget 2018, a rétabli les aides au maintien jusqu'en 2019. Est-ce que le gouvernement va faire supprimer cet amendement ?

STEPHANE TRAVERT
Non, ce n'est pas vrai, il y a un mélange des choses. D'abord il y a les aides au maintien, qui sont constituées par le FEADER, et cofinancé par le aides européennes. Et puis, d'un autre côté, il y a un amendement qui a été déposé par un député, mais qui concerne un crédit d'impôt, crédit d'impôt d'ailleurs sur lequel nous nous étions engagés, puisque nous avions dit que le crédit d'impôt bio qui existait pour l'année 2017, nous souhaitions le prolonger et l'amplifier pour l'année 2018 et nous allons, bien évidemment, faire en sorte que cet amendement gouvernemental puisse être déposé et discuté. Mais là aussi, faisons attention, aujourd'hui nous souhaitons que l'agriculture biologique prenne un pas supplémentaire. Nous avons besoin de nouveaux agriculteurs qui s'installent en bio, et donc nous avons fait le pari de la conversion, nous avons fait le pari que l'agriculture biologique, parce qu'il y a une demande sociale très forte, puisse répondre aux attentes de nos concitoyens et donc...

FREDERIC RIVIERE
Et la suppression des aides au maintien, ne mettrait pas des exploitations en danger ?

STEPHANE TRAVERT
Les aides au maintien ne sont pas supprimées pour tous les dossiers qui sont en cours, tous ceux qui ont choisi de s'installer depuis quelques années, tous les dossiers en cours sont bien évidemment maintenus, mais nous avons souhaité faire en sorte que puisqu'il y a une demande sociale forte sur l'agriculture biologique, eh bien pensant que parfois le marché peut satisfaire l'émergence d'une filière économique, et nous pensons que nous pouvons plutôt aller aider celles et ceux qui seraient plus en difficultés pour s'installer, pour avoir accès au foncier, pour démarrer une nouvelle filière en agriculture biologique.

FREDERIC RIVIERE
L'entrée en application du CETA, le traité avec le Canada, traité commercial, à titre provisoire, avant son éventuelle ratification, a suscité certaines inquiétudes sur ses conséquences sur l'agriculture française, le gouvernement a dit que le traité était sous surveillance, qu'est-ce que ça signifie exactement ? Parce que la France n'a pas le droit d'appliquer le CETA à la carte, c'est à prendre ou à laisser.

STEPHANE TRAVERT
Mais il est sous surveillance, c'est exactement ça, le plan d'action que nous avons...

FREDERIC RIVIERE
Oui, mais qu'est-ce que ça signifie ?

STEPHANE TRAVERT
... proposé, c'est mobilisation et contrôle, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, pour faire simple, nous n'avons pas le droit, en France, de produire du boeuf aux hormones. Eh bien parce que nous n'avons pas le droit d'en produire, eh bien nous n'acceptons pas que du boeuf aux hormones puissent venir sur le sol français. Et donc, si demain du boeuf aux hormones vient sur le sol français, au regard des accords commerciaux qui ont été portés, eh bien il va falloir informer les consommateurs, il va falloir évaluer les quantits, il va falloir identifier d'où vient ce boeuf aux hormones, il va falloir identifier la provenance du produit, il va falloir identifier sa traçabilité et donc nous allons travailler notamment sur l'étiquetage, c'est-à-dire l'information et la transparence auprès du consommateur.

FREDERIC RIVIERE
Ça veut dire que la France pourrait ne pas ratifier le traité, si le danger pour l'agriculture ou pour... les conséquences sanitaires étaient jugées trop lourdes ?

STEPHANE TRAVERT
Non, la France a dit qu'elle ratifierait le traité, mais justement, nous avons mis un plan d'action pour nous prémunir d'un certain nombre de difficultés et pour anticiper justement les questions que peuvent se poser, légitimement, nos éleveurs. Et nous étions dernièrement à Bruxelles, avec la filière bovine européenne, dans le cadre de la COPA COGECA, et je peux vous dire que les arguments qui ont été passés auprès de Phil HOGAN, le commissaire européens, ont été clairs : il faut défendre la filière bovine européenne et avant tout remettre de la transparence et de la lisibilité suer les traités commerciaux qui sont en cours.

FREDERIC RIVIERE
Vous serez demain en Allemagne pour la COP23. Les grands rendez-vous de l'écologie sont souvent vus par les agriculteurs comme des moments où on va leur chercher des poux dans la tête, on va leur imposer de nouvelles contraintes, de nouvelles normes, ça n'est pas pour ça que vous y allez ?

STEPHANE TRAVERT
Non, moi j'y vais, parce que... d'abord pour une bonne raison, c'est que nous allons recevoir un prix. La France va être récompensée pour l'initiative « 4 pour 1 000 », et ça c'est une bonne nouvelle, parce que c'est quelque chose qui est reconnu aujourd'hui sur le plan européen. Vous savez, les agriculteurs, ce sont les premières victimes des changements climatiques. Les agriculteurs, ce sont les premiers acteurs de la transition écologique, et moi je dois être à Bonn, parce que moi j'accompagne les agriculteurs, je défends les agriculteurs dans cette transition, et je veux les accompagner pour que demain notre agriculture soit plus durable et soit plus performante sur le plan social, économique et environnemental.

FREDERIC RIVIERE
Merci Stéphane TRAVERT.

STEPHANE TRAVERT
Merci à vous.

FREDERIC RIVIERE
Bonne journée.

ARNAUD PONTUS
Stéphane TRAVERT, le ministre français de l'Agriculture et de l'Alimentation, invité de Frédéric RIVIERE, ce matin sur RFI. Un entretien à retrouver en audio et vidéo.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 novembre 2017

Rechercher