Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à France inter le 2017, sur sa candidature à la présidence de LREM et la réforme du mode de scrutin des élections européennes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à France inter le 2017, sur sa candidature à la présidence de LREM et la réforme du mode de scrutin des élections européennes.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvvernement;

ti : NICOLAS DEMORAND
Invité de France Inter jusqu'à neuf heures, le nouveau délégué général du parti La République en marche, par ailleurs porte-parole du gouvernement et secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, mais sur ce dernier point pour combien de temps encore. Christophe CASTANER, bonjour.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Avant de venir à ce dernier point, un mot sur l'utilité, au fond, de La République en marche dans l'architecture de la Macronie. Pour l'instant, dit-on, c'est une coquille vide et un jeune parti en crise. A quoi ce parti peut-il bien servir ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord, je voudrais rebondir. Pourquoi une coquille vide ? 170 000 personnes ont rejoint le mouvement depuis l'élection présidentielle. On peut certes parler de ceux qui ont démissionné. La semaine dernière, une centaine ont communiqué. Le même jour, 312 ont adhéré. 312 nouvelles personnes sont venues dans l'engagement, donc c'est essentiel aussi de regarder cela. Mais l'idée, c'est justement que ce ne soit pas un parti politique. Que ce soit un mouvement, que ce soit quelque chose qui soit construit sur l'utilité, que chaque personne qui adhère à ce mouvement puisse être utile là où il est, que ce soit à Bordeaux, à Forcalquier ou dans le nord de la France.

NICOLAS DEMORAND
Utile à quoi ? Utile à quoi, Christophe CASTANER ?

CHRISTOPHE CASTANER
Utile à l'engagement. Moi, je suis très attaché à cette société de l'engagement. Les partis politiques se sont repliés sur eux-mêmes. D'ailleurs, ils ont réfléchi entre eux, ils se sont coupés totalement de la réalité de la France. Moi, j'ai envie qu'on puisse être dans l'engagement et l'engagement, ce n'est pas seulement on prépare une élection. Ça peut compter, ça peut être important, mais c'est aussi être citoyen.

NICOLAS DEMORAND
Ça peut vouloir dire quoi alors ? Pour faire quoi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous mobiliser pour la défense d'un chantier archéologique, c'est un acte citoyen et un mouvement politique peut l'accompagner. Vous mobiliser pour une cause environnementale, c'est un acte citoyen et nous pouvons l'accompagner. Et vous mobiliser aussi sur des sujets de société qui sont très politiques dans l'essence classique chère à Thomas LEGRAND – j'ai écouté attentivement son édito tout à l'heure. Ça fait partie des sujets.

NICOLAS DEMORAND
Oui, on va y venir.

CHRISTOPHE CASTANER
Et porter une ambition européenne pour un citoyen, ça fait aussi partie d'un ADN politique qui est l'AND d'En Marche.

NICOLAS DEMORAND
Vous allez donc faire de l'ingénierie sociale à échelle locale. Donner des coups de main à des gens qui ont des projets personnels, c'est ça ? On est effectivement très loin d'un parti politique classique.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est l'objectif justement de faire en sorte qu'o ne fasse pas mieux que les autres. D'abord c'est prétentieux quand on dit ça, mais qu'on fasse différemment, qu'on fasse autre chose dans une logique un peu d'ONG à certains moments. Vraiment, mon rôle ce sera de faire en sorte que le sommet du mouvement La République en marche soit toujours au service de la base. Et la base, ce n'est pas une base militante qui doit aller coller des affiches : c'est une base militante qui s'engage, qui est citoyenne.

NICOLAS DEMORAND
Puisque vous le citiez, Thomas LEGRAND disait que La République en marche n'avait pas de ligne idéologique et, au fond, la question était à quoi pense La République en marche ? Quelle est la ligne de ce parti ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je crois qu'il y a plein de sujets sur lesquels justement on a une ligne idéologique mais on ne l'a pas marqué comme tel. Peut-être que mon rôle sera de l'incarner, d'abord d'être cette voix mais ensuite de faire en sorte qu'on puisse mettre des mots sur ces engagements. Mais si vous prenez la question de la société du travail, sur la question européenne, il n'y a aucune divergence entre celles et ceux qui sont les membres, la base de La République en marche. Alors qu'à l'inverse, quand vous regardez les autres partis politiques, vous vous apercevez que pour les autres partis politiques, il y a systématiquement des fractures qui n'ont jamais été tranchées. Je viens du Parti socialiste, je sais cette fracture sur la question européenne. Donc on l'a ce corpus-là. Il faut peut-être l'incarner, le marquer. La charte des valeurs qui a été adoptée samedi matin par les membres du conseil qui étaient présents, c'est un peu aussi ce corpus idéologique-là. Ensuite ce qu'on veut faire, c'est l'élaborer ensemble. Moi, je ne veux pas de think tank. Là encore, c'est un truc qu'ont fait les autres partis : ils ont délocalisé la pensée. Ils l'ont laissée aux intellectuels, ils l'ont laissée à des think tank extérieurs. Moi, je veux qu'elle soit créée à l'intérieur.

NICOLAS DEMORAND
Et donc, il faut penser dorénavant l'après-programme présidentiel qui a permis à Emmanuel MACRON d'être élu. Ça, c'est acquis. Il faut l'étape de demain.

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a cette étape-là qui est essentielle, celle d'accompagner le projet présidentiel, ce contrat passé par Emmanuel MACRON avec les Français le soir du second tour. C'est aussi notre rôle de l'accompagner et c'est la difficulté d'être un mouvement de la majorité. C'est qu'on est aussi le mouvement de la majorité donc on doit l'accompagner. Mais vous avez raison, ça ne suffit pas. Il faut penser à l'après surtout qu'au rythme où va le gouvernement, le projet présidentiel dans un an et demi sera lancé pour l'essentiel. Donc il faut ouvrir les débats, les débats de société par exemple que nous devons porter demain pour la France.

NICOLAS DEMORAND
Vous rencontrez tout à l'heure le président de la République pour parler des Européennes. Etes-vous favorable, Christophe CASTANER, en tant que nouveau patron du parti La République en marche, favorable au fait de repasser à l'échelle nationale pour ce scrutin plutôt qu'à l'échelle régionale qui a cours depuis 2004 ? La France découpée en huit circonscriptions.

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne vais pas vous faire une réponse, et ce n'est pas forcément mon genre, mais je vais vous dire pourquoi. C'est parce que j'ai encore une incertitude juridique sur la possibilité de se constituer des listes à l'échelle des régions telles qu'elles sont aujourd'hui, les treize régions qu'on a actuellement parce qu'il y a un problème de taille. Si j'ai cette réponse, je suis prêt à ouvrir le débat sur la question régionale. Mais à l'inverse, je pense que c'est au niveau national qu'on doit porter cette ambition européenne. Et ce que je pense, c'est que, nous le verrons, seule la liste que nous organiserons avec nous – et je ne dis pas la liste de La République en marche – sera la liste européenne. Toutes les autres ont sur ce sujet de telles ambigüités qu'elles n'assumeront pas de porter cela. Souvenez-vous de l'entre-deux-tours de la présidentielle : Marine LE PEN avait souhaité faire de cette élection l'élection pour ou contre l'Europe ; les Français ont choisi.

NICOLAS DEMORAND
Ce ne sera pas nécessairement une liste La République en marche aux Européennes ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, parce que ça doit être une liste de rassemblement élargie. On va la constituer, on va y travailler, je vais y mettre beaucoup d'énergie, mais on n'a pas vocation à être dans l'entre-soi.

NICOLAS DEMORAND
Vous allez rassembler qui ? Vous souhaitez rassembler qui, Christophe CASTANER ?

CHRISTOPHE CASTANER
Tous les gens qui croient dans l'Europe. J'ai entendu Alain JUPPE la semaine dernière, j'entends souvent Daniel COHN-BENDIT sur ces sujets. On a aujourd'hui des femmes et des hommes qui pensent que le dépassement en politique est nécessaire, le dépassement des appareils pour porter la voie de la France à l'échelle européenne mais surtout pourquoi ? Pas pour gagner les élections, ça importe assez peu, mais pour transformer en profondeur cette Europe-là dont on a besoin.

NICOLAS DEMORAND
Est-ce que Daniel COHN-BENDIT pourrait reprendre du service dans cette configuration ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ça, je pourrais l'inviter mais je ne peux pas répondre à sa place.

NICOLAS DEMORAND
Et vous alors, Christophe CASTANER ?

CHRISTOPHE CASTANER
Tout va bien.

NICOLAS DEMORAND
On est très heureux pour vous parce qu'à lire la presse ce matin, il paraît que vous ne vouliez absolument pas de ce poste, que vous y êtes allé en traînant les pieds, que vous n'êtes pas heureux. On vous a tordu le bras pour que vous quittiez le gouvernement et pour que vous deveniez patron de La République en marche ? Enfin, pas patron exactement mais enfin, bon.

CHRISTOPHE CASTANER
Animateur, facilitateur.

NICOLAS DEMORAND
Animateur.

CHRISTOPHE CASTANER
Voilà. Mais d'abord heureux pour moi, ça relève du vocabulaire personnel. Moi, je suis un militant, je suis dans l'engagement politique et donc je ne cherche pas à être heureux. Je ne cherche pas à construire une ambition. Je vais même utiliser ce mot, mais il a été repris uniquement comme ça, en disant moi être délégué général, ce n'est pas un rêve, ce n'est pas une ambition. J'ai évoqué le mot de devoir parce que je pense que le devoir, c'est quelque chose qui est important et qui manque aussi à notre société. Beaucoup m'ont poussé à y aller, j'ai fini par dire « oui, j'y vais », et à ce moment-là je n'avais plus aucun doute sur mon engagement.

NICOLAS DEMORAND
Mais vous n'aviez pas très envie.

CHRISTOPHE CASTANER
Je n'étais pas candidat spécialement à cette fonction-là, je vous le confirme, parce que…

NICOLAS DEMORAND
Vous vous êtes sacrifié.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, j'ai été « traumatisé » entre guillemets dans mon engagement politique par le cynisme des partis politiques et du parti où j'étais, le Parti socialiste. C'est dommage parce que j'ai aussi eu énormément d'actions positives dans ce mouvement politique-là. Mais du coup, j'avais une sorte d'appréhension personnelle. Ce que j'ai vécu, notamment au moment des élections régionales en Provence-Alpes-Côte d'Azur m'a marqué et donc j'avais une appréhension. J'ai levé cette appréhension parce qu'elle est portée collectivement, parce que ma candidature comme délégué général est apparue pour beaucoup comme une sorte d'évidence, à commencer par les adhérents et les militants de La République en marche.

NICOLAS DEMORAND
Je suis allé un petit peu trop vite. Vous êtes encore membre du gouvernement. Il semble acquis que vous ne serez plus porte-parole de ce gouvernement mais vous souhaitez rester secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement. Pour quelle raison ?

CHRISTOPHE CASTANER
La question n'est pas de savoir si on le souhaite ou pas. Il y a plein de gens qui souhaitent être ministre et qui sont souvent déçus.

NICOLAS DEMORAND
Vous, vous souhaitez le rester.

CHRISTOPHE CASTANER
Le système est assez simple. Il y aura dans les heures ou les jours qui viennent un remaniement dont je pense qu'il sera de faible ampleur. Je ne voudrais pas annoncer quelque chose et susciter un emballement médiatique. L'usage, la constitution, prévoient que c'est le Premier ministre qui en parle avec le président de la République et ils décident ensemble. Donc ne soyez pas impatient, vous verrez dans les heures ou les jours qui viennent le remaniement. Ensuite, moi je crois à l'engagement, il faut être à la bonne place. Emmanuel MACRON, il a toujours choisi les personnes dans ce gouvernement, non pas en fonction d'une dette, non pas en fonction de leur demande, mais parce qu'ils avaient le sentiment qu'ils étaient à la bonne place. Donc je leur fais totalement confiance, à Edouard PHILIPPE et à lui, pour décider de qui devra me remplacer dans mes fonctions, dans une fonction.

NICOLAS DEMORAND
Donc, ce n'est pas baroque pour vous de rester au gouvernement tout en étant patron de parti ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, parce que je ne serai pas patron d'un parti et que l'on n'est pas dans une logique de cumul. Je vous rappelle que c'est un engagement militant...

NICOLAS DEMORAND
Bénévole.

CHRISTOPHE CASTANER
Bénévole, et qu'au fond, faire de la politique quand on est dans un gouvernement, ce n'est pas un gros mot non plus.

NICOLAS DEMORAND
Vous êtes à la recherche d'un salaire ou pas ? Je vous pose la question de manière très ouverte, parce que, vous l'avez dit, les fonctions que vous occupez à la République En Marche, ces fonctions sont bénévoles, vous n'êtes pas payé.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais moi, dans ma vie personnelle, parce que je vous ai dit qu'on ne parlait pas de personnes, mais il se trouve que je suis papa, que j'ai deux filles, une étudiante, donc la question du salaire, elle est pour moi comme pour vous, importante. Je ne suis pas en recherche de salaire, parce qu'aujourd'hui je suis secrétaire d'Etat, avec un salaire de secrétaire d'Etat, que j'ai été réélu député il y a quelques semaines, sur mon territoire, et donc je ne suis pas dans cette logique-là. Ensuite, je crois qu'il faut assumer ces questions-là. Il faut, non pas pour moi, je vous ai dit que je n'ai pas d'inquiétudes, ce n'est pas un gros mot aujourd'hui que la classe politique soit rémunérée correctement pour faire l'engagement qu'elle fait, mais en même temps il ne faut pas tomber dans le besoin d'argent pour faire de la politique.

NICOLAS DEMORAND
A tout de suite, Christophe CASTANER, on vous retrouve juste après la Revue de Presse.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 novembre 2017

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