Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec RTL le 15 novembre 2017, sur la fixation des prix agricoles. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec RTL le 15 novembre 2017, sur la fixation des prix agricoles.

Personnalité, fonction : TRAVERT Stéphane.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation

ti :
JULIEN SELLIER
Bienvenue si vous vous branchez sur RTL, il est 6h14, et ce matin on a choisi de vous parler du juste prix de nos produits. Une étape a peut-être été franchie hier, une charte pour des négociations commerciales loyales a été signée, signée par les agriculteurs, les industriels, les grandes surfaces, y compris par Michel-Edouard LECLERC, bref, toute la filière s'est réconciliée sous vos yeux Stéphane TRAVERT, bonjour.

STEPHANE TRAVERT
Bonjour.

JULIEN SELLIER
Vous êtes le ministre de l'Agriculture. Cette charte elle n'est pas juridiquement engageante, mais vous y voyez, je cite, vous, « un accord historique. » Est-ce que ce terme n'est pas un peu fort ?

STEPHANE TRAVERT
Non, il n'est pas trop fort parce que, c'est une première fois que nous retrouvions tout le monde autour de la table. C'est un accord historique parce que cette charte elle contient des objectifs qui sont, aujourd'hui, partagés par tous, des engagements communs, des engagements de chacun des maillons de la chaîne, vous l'avez rappelé, tous ceux qui étaient présents à la signature hier, de la production à la distribution, en passant par les entreprises de l'agroalimentaire, et aussi avec un volet spécifique pour la coopération agricole. Et, nous le savons bien, cette charte, aujourd'hui, c'est une étape, c'est un outil, et il n'est pas question de nous reposer sur nos lauriers et aujourd'hui nous devons continuer à travailler avec l'ensemble des acteurs pour faire en sorte que, eh bien, le monde agricole, qui est en pleine transformation aujourd'hui, et qui peine à dégager des revenus, puisse, demain, retrouver confiance.

JULIEN SELLIER
Il y a eu 35 versions du texte, ça a été laborieux tout de même, dans l'écriture, d'ailleurs, à l'issue, il y a encore eu un échange tendu entre la patronne de la FNSEA et Michel-Edouard LECLERC. Je vous propose juste de le réécouter.

CHRISTIANE LAMBERT
C'est très intéressant d'entendre Michel-Edouard LECLERC, ici dans cette salle, dire qu'il faut faire la montée en gamme. La France se distingue par des prix toujours tirés vers le bas, dont on sait où est la responsabilité. Vous avez une énorme responsabilité.

MICHEL-EDOUARD LECLERC
Pourquoi vous avez besoin de moi ?

CHRISTIANE LAMBERT
Parce que…

MICHEL-EDOUARD LECLERC
Attendez, attendez…

CHRISTIANE LAMBERT
Vous êtes un leader.

MICHEL-EDOUARD LECLERC
Pourquoi au moment où vous nous demandez le consensus, vous repartez sur un tour ? A focaliser, comme ça, sur un mouton noir, on en oublie tous les éléments de rémunération…

CHRISTIANE LAMBERT
Vous savez, on vit dans le même pays, mais je note que vous êtes là, c'est bien. Je note que vous êtes le dernier arrivé, c'est bien, et merci d'avoir signé.

JULIEN SELLIER
On l'entend, Stéphane TRAVERT, ce n'est pas encore l'entente cordiale !

STEPHANE TRAVERT
Mais écoutez, il y a eu, oui, 35 versions, mais, vous savez, une charte, dès lors où on fait une modification, dès que l'on a cranté un certain nombre de choses, on ouvre une autre version. Mais, ce qui m'importe moi, c'est que chacun ait pu rejoindre la discussion. Alors, la discussion, elle a commencé avec les fédérations, avec les organisations agricoles, avec la coopération, avec les industries agroalimentaires, et puis, petit à petit, elle s'est enrichie de différents maillons, et moi je suis très heureux que le groupe LECLERC ait pu rejoindre cette signature, parce que, d'abord, c'est un acteur important du marché de la distribution. Et moi j'ai souhaité, parce que c'est aussi une méthode ce que nous avons fait, cette méthode c'est quoi ? C'est la concertation, c'est la confiance, et c'est le contrat. Et, au terme de cela, eh bien nous avons choisi de pouvoir travailler ensemble et de faire en sorte, parce que l'Etat il a été ensemblier dans les politiques publiques, eh bien nous avons cherché à être aussi les facilitateurs pour permettre la signature de cette charte.

JULIEN SELLIER
Mais est-ce que ce matin, Stéphane TRAVERT, vous êtes persuadé de la bonne volonté de la grande distribution ? Est-ce que cette signature, pour vous, elle acte le fait que les grandes surfaces, y compris LECLERC, qui n'y était pas favorable par exemple au départ, sont désormais d'accord avec ce principe qui ressort des états généraux de l'Alimentation, c'est-à-dire le principe d'un prix fixé par l'agriculteur en début de chaîne et non plus l'inverse ?

STEPHANE TRAVERT
Ecoutez, les signataires de la charte ils s'engagent, ils s'engagent à mettre en oeuvre, dès les négociations commerciales qui se sont ouvertes, les principes des propositions économiques qui sont issus des travaux des états généraux de l'Alimentation. Ils s'engagent à promouvoir, dans le cadre, une contractualisation qui est fondée sur la construction des prix à partir de l'amont. Ils s'engagent à respecter strictement le cadre législatif et réglementaire qui est en vigueur et à venir. Ils s'engagent à s'impliquer, bien évidemment, dans l'état d'esprit qui est né de ces E.G.A, à faire progresser nos relations commerciales et à faire en sorte que, demain, nous puissions enfin trouver les solutions pérennes qui nous permettront à la fois de travailler ensemble, de changer le comportement de l'ensemble des acteurs, de monter en gamme l'offre alimentaire, de développer des projets territoriaux et puis de travailler activement aussi au sein des professions, de construire des plans de filières, c'est un programme de travail ambitieux. Et, comme je vous l'ai dit, c'était une étape, mais cette étape elle était essentielle, parce que nous avons besoin de cette écoute et de cette confiance.

JULIEN SELLIER
Est-ce que ça veut dire qu'après ces engagements vous attendez maintenant des actes, vous avez parlé des négociations commerciales, qui ont donc commencé le 1er novembre, est-ce que vous attendez aussi, par exemple, que certains acteurs de la grande distribution acceptent enfin d'acheter du beurre au juste prix pour mettre fin à la pénurie qui continue dans certains rayons ?

STEPHANE TRAVERT
Ecoutez, là nous sommes sur un bon cas d'école, et ce qui est vraisemblable c'est que les instruments législatifs et réglementaires sur lesquels nous travaillons actuellement, ils permettront d'ailleurs d'éviter ce type de crise ou ce type de pénurie de beurre.

JULIEN SELLIER
Est-ce que vous les avez mis en garde hier, en disant attention, vous venez de signer une charte là, il faut que dans les jours à venir il y ait du beurre dans les rayons ?

STEPHANE TRAVERT
Mais, bien sûr, ça coule de source je dirais, parce que ma perception c'est que si nous avions, et parce que nous demandons des stratégies de filières qui soient clairement identifiées, où les acteurs viennent échanger, eh bien on ne se retrouvera pas dans une situation comme celle-ci. Et pour être … lorsque les cours mondiaux du beurre ont augmenté, c'est vrai que nous avons certains transformateurs qui ont fait le choix d'écouler leur produit sur le marché mondial, et s'ils l'ont fait c'est parce que, aussi, il y a eu des difficultés, avec un certain nombre de distributeurs à un moment, pour l'application des hausses sur le marché intérieur. Et donc, nous avons besoin de mettre en place des clauses de renégociation qui permettent de renforcer, je dirais, cette relation de confiance. Et moi, ce que je sais c'est que, aujourd'hui, nous avons un certain nombre d'acteurs de la distribution qui ont accepté des trains de hausse, ce qui permet de revenir à une situation normale, mais cette charte elle doit permettre, à l'avenir, de ne pas nous retrouver dans cette situation.

JULIEN SELLIER
Merci Stéphane TRAVERT, ministre de l'Agriculture, d'avoir été ce matin l'invité de RTL. Bonne journée à vous.

STEPHANE TRAVERT
Merci Monsieur.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 novembre 2017

Rechercher