Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, avec France Inter le 15 novembre 2017, sur la fraude fiscale, la protection des lanceurs d'alerte, le service public de l'audiovisuel, la politique de la ville et sur La République en marche. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, avec France Inter le 15 novembre 2017, sur la fraude fiscale, la protection des lanceurs d'alerte, le service public de l'audiovisuel, la politique de la ville et sur La République en marche.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, SALAME Léa.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances;

ti :

LEA SALAME
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour Léa SALAME.

LEA SALAME
C'est une première, une banque va payer une amende record à l'Etat français pour éviter un procès pénal pour fraude fiscale, HSBC va donner 300 millions d'euros à vous, Bercy. Taper au porte-monnaie c'est le seul moyen pour forcer les banques à être vertueuses ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, on a beaucoup évoqué les questions de fraude et d'évasion fiscale, d'optimisation fiscale, dans le cadre de la révélation faite par vos confrères du Monde la semaine dernière, avec les Paradise Papers…

LEA SALAME
Et de France Inter…

BENJAMIN GRIVEAUX
Et de France Inter, bien évidemment ; la France avait été, suite aux Panama Papers, le pays qui avait le plus poursuivi et le plus ouvert d'enquêtes suite aux révélations faites par ces lanceurs d'alerte. Nous on se réjouit qu'il y ait pu y avoir cet élément-là la semaine dernière à nouveau, on sera en première ligne, et il est normal que lorsque des banques ont participé à organiser, de manière totalement masquée, de l'évasion fiscale, de la fraude fiscale, eh bien elles puissent être tenues pour responsables de ce qu'elles ont proposé à leurs clients, et donc c'est dans ce cadre-là que l'accord a été trouvé avec la banque HSBC.

LEA SALAME
Alors, HSBC n'aura pas de procès, pas de poursuites pénales, en revanche l'homme qui a révélé ce scandale massif d'évasion fiscale, l'informaticien Hervé FALCIANI, lui, reste poursuivi par la justice suisse avec mandat d'arrêt international. Est-ce que c'est normal ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, on peut considérer qu'il y a une forme d'étrangeté à cette situation, après il ne m'appartient pas évidemment de commenter les affaires en cours, encore moins quand elles ont lieu dans un pays voisin, mais à l'évidence…

LEA SALAME
Mais vous pourriez dire qu'il faut mieux protéger les lanceurs d'alerte ?

BENJAMIN GRIVEAUX
A l'évidence il faut mieux protéger les lanceurs d'alerte dans les pays, et donc ça, ça relève de la législation nationale de chaque pays, en France ils sont protégés, il y a une protection des sources, importante aussi, qui permet à des journalistes de faire leur travail, mais à l'évidence il est important que ceux qui n'ont pas respecté la loi, quel que soit leur statut, que ce soit des banques, que ce soit des entreprises, elles soient mises devant leurs responsabilités.

LEA SALAME
Alors, puisque vous parlez des journalistes qui protègent leurs sources, un mot sur ce rapport confidentiel du ministère de la Culture qui préconise des solutions drastiques pour faire des économies dans l'audiovisuel public, suppression de France O, de France 4, un plan de départs non volontaires. France Télévisions et Radio France seront mises au régime sec dans le mandat d'Emmanuel MACRON ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, il ne m'appartient pas, à nouveau, de commenter une note interne d'un ministère qui n'est pas le mien, mais ce que j'aimerais dire c'est que, si on s'interdit de réfléchir à des éléments nouveaux, quel que soit le sujet, dans des notes, si on dit à nos administrations « surtout on fait comme d'habitude, on ne change rien, on vous interdit d'imaginer des choses nouvelles », eh bien il ne se passera rien, et ce n'est le mandat que nous ont donné les Français. Ils nous ont donné un mandat, celui de transformer le pays, que des notes puissent circuler, que des éléments de réflexion puissent être mis sur la table, c'est pour le moins ce qu'on apprend, je crois, d'un ministre, c'est pour le moins, je crois, ce qu'attendent les Français de leur gouvernement. Par ailleurs, je crois que la ministre de la Culture a annoncé qu'elle porterait plainte.

LEA SALAME
Elle porte plainte contre X, et Le Monde répond en disant que le gouvernement n'aime décidément pas quand les journalistes d'investigation font leur travail et dénoncent une culture du secret.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, il est toujours désagréable, quand vous avez des notes de travail avec vos équipes, et avec vos services, de les voir circuler. J'imagine que, quand vous avez des réunions au sein de votre rédaction et que les papiers circulent, vous seriez finalement peu enclin à les voir circuler. Ce sont des notes de travail, il est normal de pouvoir travailler en toute confiance avec ses équipes et avec ses services, moi c'est mon cas à Bercy.

LEA SALAME
Mais sur le fond vous ne démentez pas le fait que la transformation du pays peut passer par une réforme drastique du service public de l'audiovisuel ?

BENJAMIN GRIVEAUX
A nouveau, ce sont des éléments de travail et de réflexion.

LEA SALAME
Hier Emmanuel MACRON était en banlieue, il a fait des annonces en faveur des quartiers, avec notamment le retour des emplois francs, c'est-à-dire les entreprises qui reçoivent des primes pour embaucher…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas le retour des emplois francs…

LEA SALAME
(…)

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, enfin, dans des conditions, à ce point drastiques, avec des critères à ce point impossibles à remplir, qui n'étaient destinés qu'aux jeunes, et pas aux populations qui vivent dans ces quartiers, où vous avez des jeunes, certes, qui sont en situation de chômage, mais vous n'avez pas que des jeunes, vous avez aussi des gens qui sont en situation de chômage de longue durée, qui vivent dans ces quartiers, et puis avec des moyens qui n'étaient pas au rendez-vous. Donc, ce n'est pas les emplois francs qu'on a connus dans le quinquennat précédent, où vous aviez une idée, qui n'était pas mauvaise au départ, mais qui était dans sa réalisation, dans son exécution, mal faite. Là il y a des moyens très importants qui sont consacrés…

LEA SALAME
Alors, en quoi là c'est différent, en quoi ce n'est pas un 48e plan Marshall pour les banlieues qui ne changera rien ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Pour une raison simple c'est que, on a arrêté de faire de la politique de la ville une politique qui se construirait en silos, c'est une politique globale, la politique de la ville, c'est ce que fait Jean-Michel BLANQUER pour l'éducation dans les quartiers d'éducation populaire en divisant par deux le nombre de gamins dans les classes, dans ces zones prioritaires, en CP, puis bientôt en CE1, c'est les devoirs faits, c'est l'éducation. C'est, en matière de sécurité, la part des 10.000 policiers qui seront consacrés dans le cadre de la police de sécurité du quotidien dans ces quartiers. C'est dans le cadre de ce que fait Agnès BUZYN pour l'accès aux soins avec le doublement des maisons de santé, l'augmentation de 30 % de l'allocation de parent isolé, et c'est les emplois, c'est la totalité de ces fronts. A force de saucissonner les politiques publiques dans ces quartiers, on a fait du saupoudrage, et on a fait que, vous avez un taux de pauvreté qui est 3 fois supérieur dans ces quartiers, à la moyenne nationale, que vous avez 2,5 fois plus de chômage…

LEA SALAME
Et là ça va changer, dans 2 ans, dans 3 ans, le taux de chômage va réduire ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, la chose qui est certaine c'est que le « en même temps » présidentiel, s'il doit s'appliquer à un endroit, s'il faut concentrer les capitaux publics à un endroit, c'est là où il y a moins de capitaux privés, et où il faut assumer de dire qu'il faut faire plus en termes de pouvoirs publics, en termes d'action de l'Etat, dans ces quartiers, qu'ailleurs.

LEA SALAME
En termes de discrimination positive.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je n'ai aucun état d'âme à le dire. L'égalité, dans ces quartiers, à l'école en particulier, parce que, moi je dois tout à l'école, eh bien dans ces quartiers les gamins, je suis désolé de la dire, l'école a failli, la République a raté sa mission, et c'est cela à quoi il faut s'attaquer.

LEA SALAME
Donc on la corrige en faisant des quotas.

BENJAMIN GRIVEAUX
On s'attaque à la racine du mal, à la racine des inégalités. Plutôt que de réparer en permanence les choses qui ne vont pas, on fait de la prévention, ce n'est plus un Etat qui dépense, c'est un Etat qui investit, et je crois qu'on en verra les fruits. Ça prendra du temps, Léa SALAME, mais parce que ça fait 30 ans que, dans ces quartiers, on s'y prend à l'envers.

LEA SALAME
Benjamin GRIVEAUX, on a appris hier que 100 adhérents d'En Marche ont démissionné, ils dénoncent un manque de démocratie interne, un parti d'élite déconnecté, un retour de la vieille politique avec le culte de la personnalité d'Emmanuel MACRON. 6 mois après l'élection d'Emmanuel MACRON, la fête est finie, c'est le début de la gueule de bois ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, nous comptons, je crois aujourd'hui, 386.000 adhérents, nous avons gagné 166.000 adhérents depuis l'élection présidentielle, on nous a dit, en gros, « les gens viendront pour l'élection présidentielle, et puis après ils déserteront. » Moi j'ai mené une campagne législative à Paris, avec des gens qui n'étaient pas engagés dans la campagne présidentielle. Donc, qu'il y ait une centaine de personnes qui, de manière anonyme…

LEA SALAME
Il y en a quelques-uns qui ont parlé, Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, il y a eu quelques têtes d'affiche, qui de manière anonyme…

LEA SALAME
Tiphaine BEAULIEU.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ne se retrouvent pas dans des statuts qui ont été votés, je le rappelle, cet été, par les adhérents du mouvement, dans un mouvement qui, dans son conseil national, a tiré au sort 25 % des adhérents, il n'y a pas un conseil national, d'aucun parti politique, qui n'est pas constitué exclusivement d'élus, ce n'est plus le cas.

LEA SALAME
J'entends bien, vous marginalisez les choses en disant c'est quelques…

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne les marginalise pas, je rappelle des éléments, 100 sur 386.000.

LEA SALAME
Pas de remise en cause, pas de malaise, tout va bien, circulez il n'y a rien à voir ? Il n'y a jamais de doute à la République En Marche ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous savez, ça, le doute, je crois… pas qu'à la République En Marche. Quand vous êtes dans l'action politique il est préférable de douter et de ne pas avancer pétri de certitudes, c'est le meilleur moyen de ne pas comprendre le pays. Mais, ma certitude c'est que, ce week-end nous allons avoir notre premier congrès, et que les missions de la République en Marche vont être d'animer le débat, de faire revenir les intellectuels dans les partis, et dans un mouvement politique qu'ils ont déserté depuis 20 ans.

LEA SALAME
Et d'élire son patron, choisi par le prince.

BENJAMIN GRIVEAUX
Et d'élire, avec un conseil nationale, il y a 4 listes, bref, je ne ferai pas ce procès-là, il n'y a pas de sujet de fonctionnement démocratique dans ce mouvement.

LEA SALAME
Merci Benjamin GRIVEAUX, futur porte-parole du gouvernement ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, article 8 de la Constitution, la dernière fois que j'ai vérifié c'est, sur proposition du Premier ministre, le président de la République qui en décide, donc je crains que la Constitution n'ait pas changé depuis la dernière fois que j'en ai pris connaissance.

LEA SALAME
Benjamin GRIVEAUX, qui n'est donc pas candidat ce matin.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 novembre 2017

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