Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Info le 15 novembre 2017, sur la question climatique, l'énergie nucléaire, Les Républicains, La République en Marche et sur la liberté de la presse. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Info le 15 novembre 2017, sur la question climatique, l'énergie nucléaire, Les Républicains, La République en Marche et sur la liberté de la presse.

Personnalité, fonction : LECORNU Sébastien, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :


BRUCE TOUSSAINT
Notre invité ce matin est le secrétaire d'Etat à la Transition écologique, Sébastien LECORNU.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour Jean-Michel APHATIE, bonjour Bruce TOUSSAINT.

JEAN-MICHEL APHATIE
La une du journal Le Monde daté de mardi 14 octobre, c'est-à-dire daté d'hier, nous a fait frémir. 15 000 scientifiques signent une tribune : « Il sera bientôt trop tard. » Trop tard pour sauver la planète, alors on se demande ce qu'on fait. Qu'est-ce que vous faites pour sauver la planète ? Parce que la COP21, on nous en a rebattu les oreilles avec ça il y a deux ans mais visiblement, ça ne s'arrange pas.

SEBASTIEN LECORNU
Ils ont raison, ces 15 000 scientifiques. Il y a urgence à agir puisque le réchauffement climatique est une réalité qui s'impose à la planète et que d'ailleurs plus personne ne conteste. Alors qu'il y a encore quelques années, on avait beaucoup de climato-sceptiques qui venaient dire ici ou là que tout cela n'était qu'un fantasme.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais il y a urgence à agir. On n'agit pas ?

SEBASTIEN LECORNU
Il y a urgence à agir, c'est complètement ce que fait la France. La COP21, vous l'avez rappelé, avec l'Accord de Paris, avec un engagement important qui est de limiter le réchauffement climatique en deçà de deux degrés Celsius par rapport à la période préindustrielle, puis on le voit bien depuis six mois avec l'élection d'Emmanuel MACRON et le nouveau gouvernement.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous croyez que ça a vraiment changé ?

SEBASTIEN LECORNU
Avec la déclinaison du plan climat par Nicolas HULOT au mois de juillet dernier, une volonté d'atteindre la neutralité carbone plus rapidement que dans les objectifs de l'Accord de Paris, le projet de loi sur l'interdiction de l'exploration et des exploitations pour les hydrocarbures. On tourne le dos progressivement aux énergies fossiles dans la production d'électricité avec la fermeture et l'extinction de quatre centrales à charbon pendant ce quinquennat. On réfléchit sur de nouvelles mobilités

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais on ne va pas assez vite dans les investissements solaires, éoliens.

SEBASTIEN LECORNU
Justement, c'est tout le sens de la présence de Nicolas HULOT au gouvernement : c'est l'accélération de ce…

JEAN-MICHEL APHATIE
On va moins vite que les Allemands, on va moins vite…

SEBASTIEN LECORNU
Non. Sur les énergies fossiles, ce n'est pas vrai. Regardez notre production d'électricité.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, sur les énergies alternatives.

SEBASTIEN LECORNU
Justement, c'est pour ça aussi qu'on travaille sur la libération des énergies renouvelables sur deux volets.

JEAN-MICHEL APHATIE
On va moins vite que beaucoup d'autre pays.

SEBASTIEN LECORNU
C'est pour cela qu'il fallait accélérer. C'est peut-être aussi pour cela qu'Emmanuel MACRON a été élu. Et donc, on avance sur deux volets sur les énergies renouvelables. Déjà la première énergie propre que l'on produit, c'est celle qu'on ne consomme pas. Pardon de le dire, mais c'est la première fois qu'un gouvernement dit cette vérité de bon sens.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous en êtes sûr ?

SEBASTIEN LECORNU
C'est la performance énergétique des bâtiments, c'est l'énergie qu'on ne consommera pas demain avec des primes de transition pour les véhicules. Bref, là il y a un enjeu majeur de réflexion et d'action évidemment. C'est tout le grand plan d'investissement sur la performance énergétique des bâtiments. Puis de l'autre côté, pardonnez-moi de le dire, en même temps, il y a bien évidemment la production d'énergies propres. C'est comment on libère l'éolien qui aujourd'hui connaît des difficultés d'acceptabilité locale alors que, pourtant, le modèle économique devient viable autour de l'éolien.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un peu technocratique votre expression « difficultés d'acceptabilité locale ».

SEBASTIEN LECORNU
En clair, on n'a pas envie d'avoir une éolienne toujours dans son paysage.

JEAN-MICHEL APHATIE
A côté de chez soi, voilà.

SEBASTIEN LECORNU
Ça, on peut le comprendre et c'est pour ça qu'il faut envisager des mécanismes de protection, de prévisibilité qui permettent aussi d'intéresser les gens financièrement à la production d'énergie et pourquoi pas du financement participatif. Ça fait partie des choses de l'intéressement…

JEAN-MICHEL APHATIE
Si on implante une éolienne à côté de chez moi, je peux toucher de l'argent ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais pourquoi pas, Jean-Michel APHATIE ?

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un projet que vous avez, ça ?

SEBASTIEN LECORNU
Ça, ça fait partie des réflexions. Début d'année 2018, Nicolas HULOT à la demande du Premier ministre et du président de la République, présentera une série de mesures pour faire du libérer-protéger justement sur les énergies renouvelables. Ça sera aussi vrai sur le photovoltaïque, ça sera vrai aussi par exemple…

JEAN-MICHEL APHATIE
On paiera les gens d'un village, d'une commune…

SEBASTIEN LECORNU
J'essaye d'être précis, Jean-Michel APHATIE, parce que c'est important. Par exemple la méthanisation, c'est la capacité pour nos agriculteurs d'avoir de nouveaux revenus en produisant de l'électricité par la méthanisation. Ça, ce sont des enjeux majeurs. Ça fait longtemps qu'on en parle. On se fixe des objectifs souvent ambitieux en France. On a du mal à avancer sur le comment et là, l'objectif c'est de comment on y arrive.

BRUCE TOUSSAINT
On peut avoir juste une précision sur l'éolien, ce que vous disiez à l'instant ? Parce qu'on n'a pas forcément bien compris ce que vous proposiez ou ce que vous étiez sur le point de proposer.

SEBASTIEN LECORNU
Un groupe de travail a été installé il y a plus d'un mois – c'est moi qui m'en occupe – sur lequel on réfléchit à une série de mesures pour libérer l'éolien. Ce sont des mesures administratives sur les procédures qui sont encore trop longues, pour permettre aux porteurs de projets parfois d'avoir plus de prévisibilité sur l'issue de leurs projets. Puis inversement, protéger les paysages, faire attention de ne pas faire n'importe quoi sur la protection du patrimoine Il y a aussi les armées qui rentrent en ligne de compte puisque nos bases aériennes et nos radars parfois peuvent créer des difficultés. Ça, on le traite et de l'autre côté, on voit bien qu'il faut trouver de nouveaux modèles de financement de ces énergies renouvelables et de cette transition écologique. Comment intéresser directement les Françaises et les Français à ces productions d'énergie ? On l'a fait, je vous l'ai dit, pour les agriculteurs avec la méthanisation, on continuera de le faire. Et pour l'éolien, on réfléchit très clairement à de nouveaux mécanismes de financement participatif, d'intéressement, à être intéressé à l'énergie.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais là, c'est les gens qui vont payer. Ils ne vont pas toucher de l'argent.

SEBASTIEN LECORNU
C'est un petit investissement.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est l'inverse de ce que vous disiez tout à l'heure.

SEBASTIEN LECORNU
Non, c'est la même chose. Ça s'appelle l'intéressement et la participation. Ça nous rappelle quelques souvenirs un peu gaullistes, ce qui n'est pas pour me déplaire.

BRUCE TOUSSAINT
Et votre objectif, c'est quoi ? Vous avez un chiffre ? Doubler l'éolien en France, le tripler ? 50 % ?

SEBASTIEN LECORNU
L'idée, c'est qu'on a une trajectoire sur les énergies renouvelables à 32 % pour 2030 et que, pour l'instant, on est loin d'y arriver si on ne se presse pas un peu plus. C'est ce que nous proposons de faire : c'est d'accélérer justement les rythmes. C'était votre question, Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Emmanuel MACRON sera à Bonn aujourd'hui et demain en compagnie de beaucoup d'autres chefs d'Etat mais notamment, bien sûr, la chancelière Angela MERKEL. On appelle ça la COP23, ça fait donc suite à ces grandes réunions internationales où on prend des décisions qui ne sont pas toujours suivies d'effet. Enfin, on verra bien. C'est à Bonn et je voulais vous interroger sur autre chose en fait, parce qu'on nous dit que le climat c'est le dossier le plus important. Tout est important mais celui-là, évidemment, la survie de la planète est essentielle. On a noté que le 15 octobre dernier, quand il était sur TF1, Emmanuel MACRON prend la parole pendant 70 minutes, ce qui est assez long, et il dit notamment au cours de ces 70 minutes ceci.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Les décisions stratégiques sont prises par le président de la République, pourquoi ? Parce qu'il a reçu le mandat des Françaises et des Français. Et je m'assure que ce qui est fait est conforme au mandat qui m'a été donné, à l'ambition que je porte.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors, il parle de lui à la troisième personne ; ça, ce n'est pas grave. Le mandat qui lui a été donné, dit-il c'est de changer la société. Pas une fois en 70 minutes, ce qui montre quand même une faible imprégnation chez Emmanuel MACRON de ces problématiques, pas une fois en 70 minutes Emmanuel MACRON ne citera le mot de l'écologie, ni même une réforme concernant l'écologie. Ce n'est pas inquiétant, ça, quand même.

SEBASTIEN LECORNU
Ça ne m'inquiète pas du tout parce qu'à chaque fois que je le vois, il m'en parle.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez de la chance.

BRUCE TOUSSAINT
Ça paraît normal, s'il vous reçoit.

JEAN-MICHEL APHATIE
En 70 minutes, pas une seule fois le mot d'écologie.

SEBASTIEN LECORNU
Moi, je n'ai pas de doute sur l'engagement sur le sujet, ne serait-ce que par la transformation du modèle français, c'est aussi une transformation du modèle économique français et que le président de la République entend bien. Quand il parlait d'économie, il parlait aussi d'écologie dans son propos…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais il ne le dit pas.

SEBASTIEN LECORNU
Il l'a dit à d'autres reprises, ne faisons pas de procès d'intention qui serait vraiment trop rapide et trop facile.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, non, ce n'est pas un procès d'intention.

SEBASTIEN LECORNU
Si, je le vois bien un petit peu.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, ça recoupe l'appel des scientifiques.

SEBASTIEN LECORNU
L'idée, c'est que la transition écologique et la transition énergétique, elle sert aussi la transformation du modèle économique français. Là où jadis vous me parliez des énergies renouvelables, il fallait des subventions publiques pour les rendre rentables, aujourd'hui on voit bien qu'on peut complètement avoir des filières compétitives, créer de l'emploi. L'éolien, c'est 2 000 emplois crées par an. C'est trop peu encore, on peut aller beaucoup plus loin.

BRUCE TOUSSAINT
On a reçu Corinne LEPAGE il y a quelques jours qui a participé à la campagne présidentielle. Elle nous a dit que ce n'était pas son truc, pour reprendre une expression exacte.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est ce que disait Nicolas HULOT aussi.

BRUCE TOUSSAINT
C'est ce que disent beaucoup de gens.

SEBASTIEN LECORNU
Une fois de plus, je ne partage pas cette opinion-là. J'ai passé trois jours avec lui en Guyane où la question environnementale avec l'orpaillage illégal, avec un certain nombre de projets sont vraiment majeurs et j'ai vu toute l'implication qu'il pouvait avoir sur le sujet. Et moi, pardon, je connais Emmanuel MACRON seulement depuis le mois de juin dernier – vous connaissez mon histoire, je pense qu'on va y revenir dans un instant – donc je vous parle en témoin. De ce que je vis au gouvernement aux côtés du chef de l'Etat, je ne peux pas laisser dire qu'il se désintéresse de ces questions-là.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et votre histoire, pour être précis, n'était pas imprégnée non plus d'écologie. Vous avez 31 ans, vous êtes jeune…

SEBASTIEN LECORNU
Ce n'est pas vrai. Un président de conseil départemental et un maire fait de l'écologie pragmatique au quotidien. Le département de l'Eure est un des départements dans lequel on a fait le plus d'espace naturel sensible. Les circuits courts dans les cantines scolaires ou dans les maisons de retraite, je vous le dis, venez dans l'Eure Jean-Michel APHATIE. Il y a fait bon vivre.

JEAN-MICHEL APHATIE
Parfait. Merci pour l'invitation.

BRUCE TOUSSAINT
Vous restez avec nous, Sébastien LECORNU. (…)

BRUCE TOUSSAINT
Sébastien LECORNU, secrétaire d'Etat à la Transition écologique et solidaire est l'invité de France Info. Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Nicolas HULOT, votre ministre de tutelle, si je puis dire...

SEBASTIEN LECORNU
C'est le cas.

JEAN-MICHEL APHATIE
... est au centre des critiques depuis qu'il a officialisé le renoncement du gouvernement à diminuer la part du nucléaire dans la production d'électricité. Le député écologiste européen Yannick JADOT était notre invité il y a une semaine et il n'a pas été tendre pour celui qui est ou qui a été, je ne sais pas, son ami. On écoute Yannick JADOT.

YANNICK JADOT – LE 8 NOVEMBRE SUR FRANCE INFO
Vous avez un ministre de l'Ecologie, un ministre de l'Ecologie qui reprend les arguments éculés de l'industrie nucléaire depuis des décennies. Si vous n'avez pas des centrales nucléaires, vous avez des centrales charbon, et vous avez d'un seul coup un coup de pression du lobby nucléaire, et Nicolas HULOT recule.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le dégât d'image et d'autorité pour Nicolas HULOT, est considérable après cette annonce, vous en convenez ?

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien le dégât d'image, il est pour Yannick JADOT.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah, vous trouvez ?

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien, il fait de la politique, je devais avoir 15 ou 17 ans qu'il faisait déjà les mêmes discours. Pour quel résultat ? De plusieurs années au Parlement européen, pour quel résultat ? Yannick JADOT, ça fait six mois qu'il tape sur Nicolas HULOT, matin, midi et soir, heureusement que Nicolas HULOT est au gouvernement, pour permettre à Yannick JADOT d'être invité ici, quand même. Ça c'est la réalité.

JEAN-MICHEL APHATIE
Nicolas HULOT, en juillet...

SEBASTIEN LECORNU
Moi, je vais vous dire une chose, Jean-Michel APHATIE, je ne peux pas laisser dire tout à l'heure que l'on recule sur l'objectif de la diminution de la part d'énergie issue de l'électronucléaire. Ce n'est pas vrai.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah si...

SEBASTIEN LECORNU
Non, on reste attaché aux 50 %.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, mais vous...

SEBASTIEN LECORNU
La réalité elle est simple : est-ce que c'est jouable en 2025 ? Es-ce que c'est faisable en 2025, sans redémarrer les centrales à charbon ?

BRUCE TOUSSAINT
Vous stagnez, si vous préférez.

SEBASTIEN LECORNU
Et sans revenir sur les énergies fossiles. La réponse est non.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais c'est ce que le Parlement a voté.

SEBASTIEN LECORNU
Mais oui, d'accord, mais c'est tout le problème aussi, c'est que sous le quinquennat précédent...

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais alors le Parlement européen n'importe pas ?

SEBASTIEN LECORNU
... on s'est beaucoup intéressé à se donner les objectifs qui étaient parfois totémiques, ambitieux, certes, mais totémiques, sans se poser la question du comment, comment on fait pour y arriver, et c'est tout l'enjeu de l'année et des mois qui vont se dérouler devant nous jusqu'à la prochaine programmation pluriannuelle pour l'énergie, c'est comment on fait pour avoir un mixe énergétique qui soit sincère, parce que moi je préfère une vérité qu'un mensonge, Jean-Michel APHATIE...

JEAN-MICHEL APHATIE
Moi aussi. Ségolène ROYAL...

SEBASTIEN LECORNU
... et donc on reprochait à Nicolas HULOT d'avoir dit la vérité, on reprochait à Emmanuel MACRON et à Edouard PHILIPPE de dire la vérité sur les questions énergie, très franchement, personne ne peut le reprocher.

JEAN-MICHEL APHATIE
Honnêtement, on n'en sait rien, on n'a produit aucun document qui explique ce que vous dites.

SEBASTIEN LECORNU
Mais si, RTE la semaine dernière a rendu son rapport, d'ailleurs si Nicolas HULOT et si le gouvernement a pris la parole sur le sujet...

JEAN-MICHEL APHATIE
RTE, ce n'est pas le gouvernement.

SEBASTIEN LECORNU
RTE est un organisme public, une autorité administrative...

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais ça n'est pas le gouvernement.

SEBASTIEN LECORNU
... qui gère le service public du transport des énergies et qui garantit la sécurité de l'approvisionnement de l'énergie...

JEAN-MICHEL APHATIE
Absolument.

BRUCE TOUSSAINT
La vérité est à géométrie variable. Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel MACRON a expliqué que cet engagement serait tenu, donc...

SEBASTIEN LECORNU
Il a repris ce qui était écrit dans la loi, mais une fois de plus, il faut être...

BRUCE TOUSSAINT
Mais enfin il l'a dit.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et Nicolas HULOT qui connait ces problèmes, a dit...

SEBASTIEN LECORNU
Vous préfériez qu'on s'enfonce dans un mensonge ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, pas du tout, on espèrerait comprendre ce qui se passe, on ne comprend pas tout le temps.

SEBASTIEN LECORNU
La loi était certes ambitieuse, mais derrière, elle n'était pas sincère dans son objectif, en tout cas dans la manière d'y arriver, et je crois, enfin, en tout cas moi je ne participerais pas à un gouvernement dans lequel on mentirait aux Français, Nicolas HULOT est pareil, Emmanuel MACRON est pareil, et le Premier ministre est pareil. Je crois que ça doit rassurer tout le monde.

JEAN-MICHEL APHATIE
Plus de moteur thermique en 2040, pour les véhicules.

SEBASTIEN LECORNU
Bien sûr.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est ce qu'a dit Nicolas HULOT.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, et pas que lui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Qu'est-ce qui nous dit qu'en 2025, le successeur de Nicolas HULOT ne viendra pas nous dire : « Vous savez, vraiment, ce n'est pas réaliste, on va dire 2050 » ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais c'est toute la différence, Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est compliqué d'avoir, après, confiance en la politique.

SEBASTIEN LECORNU
Sur le véhicule, on n'est pas... il n'y a pas que les politiques qui parlent. VOLVO arrête ses véhicules thermiques en 2019. RENAULT est engagé dans une trajectoire de recul sur ses véhicules thermiques. Ce sont les industriels qui trouvent des solutions. Sur la filière électronucléaire...

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, mais, le parc électrique est encore très faible.

SEBASTIEN LECORNU
... on voit bien que la solution est beaucoup plus difficile, puisque le démantèlement des centrales fait appel à un métier qu'il faut inventer dans notre pays. La question du traitement des déchets ultimes, est quelque chose d'également très compliqué à traiter, on le sait très très bien, d'ailleurs aucune grande nation au monde n'a trouvé de solution complètement satisfaisante sur le sujet. On sait très très bien que le pari du nucléaire qui a été fait après la guerre, est un pari qui, à un moment donné, doit trouver petit à petit une diminution, c'est ce que font les Américains.

JEAN-MICHEL APHATIE
Un pari stupide ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, du tout, il correspond...

JEAN-MICHEL APHATIE
58 réacteurs.

SEBASTIEN LECORNU
...à une nécessité du moment.

JEAN-MICHEL APHATIE
EDF, très endettée...

SEBASTIEN LECORNU
Après, comme le dit très justement Nicolas HULOT...

JEAN-MICHEL APHATIE
Puisque vous en parlez, tiens, le pari du nucléaire, est-ce que l'on peut parler une seconde de l'état d'EDF ?

SEBASTIEN LECORNU
Allez-y.

JEAN-MICHEL APHATIE
La Bourse, EDF chute en Bourse de manière considérable, un péril financier terrible sur EDF, un endettement très important, des pertes de recettes, la moitié des réacteurs arrêtée aujourd'hui. Peut être, ce n'est pas encore formulé comme ça, mais un vrai péril sur la production d'électricité au début de l'année prochaine, à cause de l'arrêt des réacteurs qui dure, parce que l'Autorité de sûreté ne donne par pour l'instant l'autorisation de redémarrer pour beaucoup de ces réacteurs. Quelle vision vous avez de l'état de l'EDF, est-ce que c'est une entreprise en danger aujourd'hui, Sébastien LECORNU ?

SEBASTIEN LECORNU
Il y a deux questions dans votre question. Je vais déjà rassurer les français sur la sécurité de l'approvisionnement, ce que pour le coup, RTE, que vous rangiez trop vite au placard il y a 5 minutes, son métier c'est de garantir la sécurité et l'approvisionnement électrique dans notre pays...

JEAN-MICHEL APHATIE
Une vingtaine de réacteurs arrêtés encore aujourd'hui.

SEBASTIEN LECORNU
... il n'y a ce niveau d'alerte que vous décrivez ou alors vous avez des informations qu'RTE n'a pas, ce qui m'étonnerait.

JEAN-MICHEL APHATIE
Dans la Presse. Une vingtaine de réacteurs encore arrêtés aujourd'hui...

SEBASTIEN LECORNU
Sur l'état d'EDF, la réalité c'est que c'est un géant industriel dont on peut être fier.

JEAN-MICHEL APHATIE
Fragile.

SEBASTIEN LECORNU
En tout cas, moi, en tant que citoyen français, je suis fier de ce qu'EDF a accompli dans ce pays, depuis 1946.

JEAN-MICHEL APHATIE
Un géant fragile.

SEBASTIEN LECORNU
Il y a des fragilités, évidemment, tout le monde le sait, sauf qu'il n'y a pas de défiance vis-à-vis d'EDF, entre l'Etat français qui est actionnaire d'EDF, au contraire, il y a de la confiance. La confiance, pour réussir la transition énergétique, on aura besoin de notre géant EDF pour réussir ce nouveau mise énergétique, et je note d'ailleurs que 2017 a été une année d'annonces importantes pour EDF, notamment sur l'autoconsommation, mon soleil et moi, mon soleil et nous, autant de dispositifs nouveaux, qui permettent aussi de mettre EDF au carrefour de la rencontre des énergies renouvelables et des énergies traditionnelles. Il y a une mutation aussi qui s'engage, une fois de plus ça se fera dans la confiance et pas dans la défiance.

JEAN-MICHEL APHATIE
On va parler d'une autre grande entreprise qui se réunie samedi à Lyon, la République En Marche !. Vous y serez ou pas ? Parce que vous n'êtes pas membre de la République En Marche !.

SEBASTIEN LECORNU
Je n'en suis pas membre, mais je m'y rendrai, parce que j'ai déjà eu l'occasion de le dire à un certain nombre de vos confrères, dans chacun de mes déplacements officiels, je prends un temps privé pour rencontrer les membres du mouvement La République En Marche !.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pourquoi vous n'adhérez pas ?

SEBASTIEN LECORNU
Déjà, pourquoi j'y vais.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah. Oui, ça c'est une question que vous posez vous-même, c'est une bonne question.

SEBASTIEN LECORNU
Non non, parce que vous me l'avez posée, donc j'essaie de vous y répondre pour essayer d'être le plus clair possible. Quand on est ministre d'Emmanuel MACRON, je pense que c'est la moindre des choses que d'écouter les partisans d'Emmanuel MACRON. Déjà, les écouter pour savoir quelles sont leurs attentes, au bout de 6 mois je trouve ça plutôt intéressant, et puis aussi faire la pédagogie de ce que nous faisons au gouvernement, et y compris d'ailleurs sur mon département ministériel. Je suis invité samedi prochain, si j'étais invité au congrès du MoDem ou d'autres formations politiques...

JEAN-MICHEL APHATIE
De la majorité.

SEBASTIEN LECORNU
... qui soutiennent l'action du gouvernement, je m'y rendrais de la même manière, je trouve que c'est le moindre des respects que l'on doit à celles et ceux qui s'engagent. Sur l'adhésion...

JEAN-MICHEL APHATIE
Pourquoi vous n'adhérez pas ?

SEBASTIEN LECORNU
Sur l'adhésion, bon, j'ai reçu ma lettre, ma gentille lettre de Bernard ACCOYER, lundi dernier...

JEAN-MICHEL APHATIE
Disons que vous ne faisiez plus partie des Républicains.

SEBASTIEN LECORNU
Me notifiant ma sanction disciplinaire d'exclusion, parce que c'est comme ça que ça s'appelle.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mon dieu c'est grave, ouh là !

SEBASTIEN LECORNU
Bon, ce n'est pas vraiment une lettre de sanction, c'est surtout une lettre d'aveu de la part des Républicains, qui très franchement actent concrètement qu'ils veulent l'échec du quinquennat d'Emmanuel MACRON et qu'ils souhaitent l'échec du pays pendant ce quinquennat, parce que la seule chose qu'on me reproche, c'est d'être membre du gouvernement. C'est quand même un petit peut fort de café, de vouloir préférer son pays et son parti, pour reprendre la petite chronique sur France Info que j'ai entendue tout à l'heure.

BRUCE TOUSSAINT
Vous êtes sans parti fixe.

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien je suis dans majorité présidentielle, mon chef de file c'est évidemment le président de la République, je suis dans le gouvernement d'Edouard PHILIPPE, donc je ne me sens pas sans chef, si vous voulez.

BRUCE TOUSSAINT
Vous n'appartenez à aucun mouvement, pour l'instant.

SEBASTIEN LECORNU
Aujourd'hui je n'appartiens à aucun mouvement.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et alors, vous allez adhérer à En Marche ! ? Bruno LE MAIRE l'a fait.

SEBASTIEN LECORNU
Ma réflexion est ouverte sur le sujet, mais je ne pense pas que ça intéresse beaucoup les gens qui nous écoutent...

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, ça n'intéresse pas grand monde, mais nous, ça nous intéresse.

SEBASTIEN LECORNU
Les gens dans l'Eure, pour le coup, ça doit les intéresser, un petit peu plus.

BRUCE TOUSSAINT
Ça vous demande une grande réflexion, pardon, mais ça parait naturel.

SEBASTIEN LECORNU
Non mais attendez Christophe CASTANER et les équipes se constituer et être élus samedi prochain, et j'en discuterai avec tout à chacun.

BRUCE TOUSSAINT
Bon.

SEBASTIEN LECORNU
Là-dessus, pour tout vous dire, vous n'êtes pas obligé de me croire, mais je reste quand même un peu blessé de ce qui s'est passé aux Républicains. J'ai quand même milité à l'âge de 17 ans, on m'a vidé comme un malpropre, alors que mon seul tort c'est d'avoir été membre du gouvernement, et d'être membre du gouvernement et de faire un certain nombre de réformes, quand même, que tout à chacun attendait et appelait de ses voeux depuis des années. J'ai reçu la lettre lundi matin, samedi je suis invité au Congrès de la République En Marche !, j'y vais bien volontiers, je retrouve un certain nombre d'amis qui m'avaient invité, comme Julien DENORMANDIE ou Louis GRANSON (phon), par exemple. Donc, là-dessus...

JEAN-MICHEL APHATIE
Ok.

BRUCE TOUSSAINT
Vous restez avec nous, on se retrouve dans quelques instants. (…)

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous serez donc à Lyon, Sébastien LECORNU, ce grand rendez-vous de La République en marche. Vous avez dit tout à l'heure : « Je vais écouter les adhérents de La République en marche en avant-première. » Je vous propose d'écouter Eddy GRAEFF qui est un Marcheur de la Nièvre, et qui n'est pas très content de la situation démocratique de La République en marche puisque, vous le savez, pour choisir son futur délégué général, La République en marche a le choix entre Christophe CASTANER et Christophe CASTANER. On écoute Eddy GRAEFF.

EDDY GRAEFF, ANIMATEUR LA REPUBLIQUE EN MARCHE DE LA NIEVRE
C'est là qu'on voit qui décide de tout ça. Ça vient du haut. On donne une impression de démocratie qui, finalement, est bien pour vendre En Marche et, finalement, la réalité est là.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est vrai, un seul candidat pour un poste, ce n'est pas terrible.

SEBASTIEN LECORNU
Mais il peut être candidat s'il le souhaite. On voit qu'il n'a pas connu Les Républicains de Bernard ACCOYER et de Laurent WAUQUIEZ.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, chez vous il y a eu des élections à répétition.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, qui sont retentissantes.

BRUCE TOUSSAINT
Il y a trois candidats à la présidence des Républicains, sauf erreur.

SEBASTIEN LECORNU
Et on a vu que la démocratie interne est tellement forte qu'on peine même à nous mettre dehors et qu'il faut plusieurs bureaux politiques pour arriver à le faire avec des votes qui sont, en plus peu statutaires.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas terrible, un candidat. Un seul candidat choisi par le président de la République, ce n'est pas terrible.

SEBASTIEN LECORNU
Franchement ce qu'on entend-là, vous faites votre travail et c'est naturel, mais c'est véritablement l'épaisseur du trait quand même. Moi, je vois des partisans, des militants – je ne sais pas comment vous les appelez – mais La République en marche à chaque déplacement, je vous l'ai dit, mais je n'entends pas ça. J'entends des gens qui veulent défendre l'action du gouvernement, qui restent très attachés à la personne d'Emmanuel MACRON. Il y a un lien affectif entre les gens qui sont à En Marche avec le président. Ça, j'ai pu le mesurer. Et les gens sont quand même extraordinairement mobilisés dans la pédagogie de ce que nous faisons pour le pays. C'est quand même ce que je retiens, moi, de mes déplacements et pas ce cher Eddy qui, une fois de plus, aurait pu être candidat face à Christophe CASTANER s'il n'est pas satisfait.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, mais enfin, ce n'est quand même pas très démocratique.

SEBASTIEN LECORNU
C'est facile de prendre une caméra et de râler. Il faut s'engager. Moi quand je n'étais pas content, je me suis engagé.

JEAN-MICHEL APHATIE
On n'a pas besoin de lui pour noter que quand il y a une élection et un seul candidat, ce n'est pas très sain ni naturel.

SEBASTIEN LECORNU
Si, ça peut être naturel, pardon.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pas très sain.

SEBASTIEN LECORNU
« Sain », je vous laisse ça parce que c'est de la morale et je ne partage pas cet avis-là.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas de la morale, c'est une observation.

SEBASTIEN LECORNU
« Naturel », c'est un concours la politique. Ça veut dire qu'il faut être plusieurs, voilà.

JEAN-MICHEL APHATIE
On a connu des partis où il n'y avait qu'un candidat.

SEBASTIEN LECORNU
Mais s'il n'y a qu'une personne, c'est ainsi. Ça veut dire que c'est naturel.

JEAN-MICHEL APHATIE
On a connu des partis où il n'y avait qu'un candidat, et en général…

SEBASTIEN LECORNU
Non. On a connu des partis dans lesquels tout était fait pour qu'il n'y ait qu'un seul candidat. Ce n'est pas le cas de La République en marche de ce que j'en sais.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc ça se passe samedi à Lyon et Christophe CASTANER sera le délégué général de La République en marche ; on en est certain. Un dossier un peu plus grave : il y a une polémique actuellement avec évidemment un arrière-plan dramatique entre Edwy PLENEL, le patron de Mediapart, et RISS, qui est, lui, le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo. Charlie Hebdo a caricaturé Edwy PLENEL il y a une semaine et sur l'antenne de Franceinfo mercredi dernier, Edwy PLENEL disait ceci de Charlie Hebdo. On l'écoute.

EDWY PLENEL, PRESIDENT DE MEDIAPART
La une de Charlie Hebdo fait partie d'une campagne plus générale que l'actuelle direction de Charlie Hebdo épouse. Manuel VALLS et d'autres trouvent n'importe quel prétexte pour revenir à leur obsession : la guerre aux musulmans, la diabolisation de tout ce qui concerne l'islam et les musulmans.

JEAN-MICHEL APHATIE
« La guerre aux musulmans » a écrit RISS cette semaine, écrit cette semaine d'ailleurs dans Charlie Hebdo. « La guerre aux musulmans selon Edwy PLENEL, ça revient à nous condamner une deuxième fois à mort. Demain, certains voudront finir le boulot des frères KOUACHI », référence à l'attentat du 7 janvier 2015. Comment vous regardez cette polémique, Sébastien LECORNU, qui nous intéresse tous ? Parce qu'évidemment, ce qui s'est passé à Charlie Hebdo est dans nos mémoires.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, c'est une question grave. Ça nous rappelle aussi cette semaine les victimes des attentats également du Bataclan, les terrasses de café et de Saint-Denis. Je pense que c'est très bien aussi de le redire dans le cadre de cette interview. Moi, je suis vraiment militant de la liberté de la presse. Je l'ai toujours été, vos confrères de la presse locale d'ailleurs dans l'Eure pourraient en témoigner. Ce sont des propos qui ont lieu dans le cadre d'échanges entre différents journalistes. Je ne suis pas bien sûr que ce soit le boulot d'un homme politique ou d'un membre du gouvernement que de le commenter. C'est contraire avec véritablement ma vraie conception et mon vrai attachement à la liberté de la presse.

BRUCE TOUSSAINT
OK, vous avez raison. Au-delà de la polémique entre ces deux hommes, qu'est-ce que ça dit de la France, de notre société aujourd'hui ? Ça n'a aucune signification particulière ?

SEBASTIEN LECORNU
Il y a de la violence dans ce qui a été écrit et dans ce qui a été dit. Ce sont des mots forts, on le voit bien tous. Mais une fois de plus, notre pays permet cette liberté de débat, même dans la violence. Mon opinion personnelle sur le sujet, mais je la garderai pour moi puisqu'une fois de plus, je pense que ce n'est pas à un membre du gouvernement que de commenter l'échange entre deux journalistes. En tout cas, je le ferais, ça pourrait être…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez une opinion personnelle mais vous ne voulez pas la dire.

SEBASTIEN LECORNU
Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes hostile à ce que dit Edwy PLENEL, pour faire court ?

SEBASTIEN LECORNU
Je ne dirai rien là-dessus. Si je le garde pour moi, c'est que je le garde pour moi.

JEAN-MICHEL APHATIE
OK. On va parler de la liberté de la presse alors pour finir. Le journal Le Monde s'émeut de la plainte que dépose Françoise NYSSEN, ministre de la Culture et de la communication, après que Le Monde ait publié un document de travail du gouvernement pour réformer l'audiovisuel. Cette pratique du gouvernement, c'est la seconde fois puisque Muriel PENICAUD, ministre du Travail, l'avait fait aussi, cette pratique du gouvernement de porter plainte quand un journal divulgue des documents, ce n'est pas attentatoire justement à la liberté de la presse à laquelle vous vous dites attaché ?

SEBASTIEN LECORNU
Absolument pas. Chacun dans son rôle. Le Monde est dans son rôle de chercher des documents et un patron d'administration, donc un ministre, est dans son rôle de protéger ses équipes et ses fonctionnaires en portant plainte lorsqu'un document préparatoire fuite dans la presse. Après, dans notre beau pays, il y a quelque chose qui s'appelle le pouvoir judiciaire, Jean-Michel APHATIE, et le juge qui, vous en conviendrez, est assez protecteur de la liberté de la presse.

BRUCE TOUSSAINT
Si chacun est dans son rôle, il ne faut pas porter plainte.

SEBASTIEN LECORNU
Non, je suis désolé.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez formellement raison, mais…

SEBASTIEN LECORNU
Oui. J'ai fait du droit, je suis attaché à l'Etat de droit. C'est même plutôt rassurant pour les gens qui nous écoutent.

BRUCE TOUSSAINT
Vous dites : « Le journal Le Monde est dans son rôle », donc pourquoi porter plainte ?

SEBASTIEN LECORNU
Porter plainte n'est pas une condamnation. C'est quand vous avez un document, un document préparatoire qui n'est pas la position du gouvernement puisque c'est un document préparatoire, qui a été rédigé par des fonctionnaires, la moindre des choses c'est que le patron de l'administration porte plainte. Que diraient les syndicats – et ils auraient raison – de la fonction publique si le patron de l'administration ne protégeait pas ses équipes ? Et je le redis, chacun est dans son rôle mais il y a un troisième personnage qui est dans son rôle, c'est le juge dans cette affaire-là qui devrait traiter cette affaire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y aura beaucoup de plaintes.

BRUCE TOUSSAINT
On a bien compris. Merci beaucoup, Sébastien LECORNU. Bonne journée à vous.

SEBASTIEN LECORNU
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 novembre 2017

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