Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec Radio Classique le 16 novembre 2017, sur les relations entre la France et les pays du Golfe persique, la situation politique au Liban, la Francophonie et sur l'avenir de l'Union européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec Radio Classique le 16 novembre 2017, sur les relations entre la France et les pays du Golfe persique, la situation politique au Liban, la Francophonie et sur l'avenir de l'Union européenne.

Personnalité, fonction : LEMOYNE Jean-Baptiste, DURAND Guillaume.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Europe et des affaires étrangères;

ti :

GUILLAUME DURAND
Nous sommes avec vous Guillaume TABARD et avec vous Jean-Baptiste LEMOYNE, puisque votre chef est actuellement en Arabie Saoudite, Jean-Yves LE DRIAN, pardonnez-moi pour l'expression, mais on se demande ce qu'il fait là-bas. Enfin, on le sait, il s'agit évidemment notamment de l'affaire de Saad HARIRI et puis des contrats. Nous allons voir en ce moment ce qui se passe grâce à vous en direct dans un instant.

(…) Chronique de Guillaume TABARD

GUILLAUME DURAND
Nous sommes avec Jean-Baptiste LEMOYNE, il est numéro 2 du Quai d'Orsay, et nous sommes en direct. Alors moi aussi je vais faire mon Champollion, Jean-Baptiste LEMOYNE, qu'est-ce que Jean-Yves LE DRIAN fait actuellement en Arabie Saoudite, et est-ce que nous sommes en train, nous les Français, c'est-à-dire vous le Quai d'Orsay, d'exfiltrer, sans le dire, Saad HARIRI ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, vous savez, l'Arabie Saoudite, le Golfe en général, en ce moment, sont l'objet de l'attention de tous, puisqu'il y a, dans cette zone, des tensions, on le sait, avec l'Iran, il y a la situation au Yémen, et tous ces sujets-là – la situation au Liban, bien sûr, on va en parler – et tous ces sujets-là, eh bien il faut que nous puissions garder le contact avec tous les interlocuteurs de la zone. C'est ce qui fait la caractéristique de la diplomatie française…

GUILLAUME DURAND
Donc c'est ce que fait LE DRIAN, c'est une sorte de rapport personnel avec le nouveau pouvoir, en tout cas avec le fils…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais, tout à fait. Dans la droite ligne de la rencontre que le président MACRON a tenue, à Ryad il y a quelques jours, il s'agit de continuer à maintenir ces liens proches, et trois, pour arriver à avoir une contribution positive, tout simplement, essayer de contribuer à la résolution d'un certain nombre de tensions. Parce que, on le voit bien, c'est particulièrement préoccupant tout ce qui se passe dans cette zone, les tensions entre pays voisins, on le voit, entre le Qatar, les Émirats, l'Arabie Saoudite, etc., on voit le sujet iranien qui s'est invité, vous le savez, avec naturellement la décision du président TRUMP de ne pas certifier à nouveau l'accord nucléaire. Donc, il est normal que…

GUILLAUME DURAND
Donc il a des conversations globales ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bien sûr.

GUILLAUME DURAND
Des conversations qui concernent la diplomatie, les ventes d'appareils, et donc l'affaire HARIRI, parce qu'il y a une affaire HARIRI. Quel est l'intérêt de la France de ramener HARIRI ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
L'intérêt de la France il est de faire en sorte que le Liban, avec lequel nous avons une relation historique, privilégiée, eh bien que nous puissions contribuer à ce que la situation au Liban reste une situation, je dirais qui soit la meilleure possible. Il faut faire en sorte que les institutions puissent fonctionner, il ne vous a pas échappé que pendant quelques temps le Liban n'avait plus eu de président, il a désormais un président…

GUILLAUME DURAND
Michel AOUN.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Voilà.

GUILLAUME DURAND
Qui a vécu lui-même en France pendant quelques années.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Il y a là une certaine d'union nationale qui fonctionne, et donc, il s'agit de faire en sorte que le Liban puisse être préservé des ingérences diverses et variées, qu'il puisse…

GUILLAUME DURAND
Enfin, c'est un pays qui est sous tutelle syrienne. Enfin AOUN, qui est chrétien, est soutenu par le Hezbollah, le père d'HARIRI a été explosé – pardonnez-moi l'expression – en plein vol en 2005, et on a évidemment soupçonné immédiatement les Syriens. Quel est notre intérêt à nous, justement, d'accueillir HARIRI qui a une maison magnifique face à la Tour Eiffel place d'Iéna, pourquoi on l'accueille ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Vous voyez bien, à travers la description que vous faites, que les choses sont éminemment complexes, et que cette mosaïque…

GUILLAUME DURAND
Mais pourquoi on l'accueille ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je vais vous dire – que cette mosaïque religieuse, que cette mosaïque politique, puisse continuer à fonctionner, qu'un Liban fort puisse exister, qu'il soit préservé effectivement des différentes influences, et puis puisse déterminer sa politique.

GUILLAUME DURAND
Lui il a dit qu'il était menacé.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Et donc, et donc…

GUILLAUME DURAND
Il a dit qu'il était menacé.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
L'invitation qui a été lancée par la France, elle est une contribution – je l'espère – à la résolution de la situation, pour faire en sorte - vous allez voir, on va voir, dans les prochains jours comment ça va se passer, je ne suis pas madame Irma, donc je ne peux pas vous dire comment tout cela va s'enchaîner - mais il s'agit tout simplement, je pense, de permettre à Saad HARIRI de pouvoir, voilà… avoir cette étape, et puis, peut-être, continuer un certain nombre de consultations, je ne sais pas. Mais en tous les cas…

GUILLAUME DURAND
HARIRI dit qu'il était emprisonné en Arabie Saoudite…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Honnêtement, le sujet est d'une complexité telle que je ne vais pas commenter tous les commentaires des acteurs de la vie politique libanaise. Ce que je peux vous dire c'est que, en tous les cas, l'invitation qui a été lancée, je pense, est de nature, justement, à permettre de, voilà, aider à la résolution des tensions. Et c'est ça ce qui compte, c'est que la diplomatie française, avec Emmanuel MACRON, elle est continuellement en mouvement, vous l'avez vu, il a été inaugurer le Louvre à Abou Dhabi, il fait une étape impromptue à Ryad pour justement s'emparer de la situation. Ça montre une réactivité, ça montre aussi une efficacité, et donc c'est ça qui compte, c'est que la France…

GUILLAUME DURAND
J'ai tellement de questions…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Allez-y.

GUILLAUME DURAND
Mais c'est un dossier qui est extrêmement compliqué. Leïla SLIMANI a été nommée à titre personnel ambassadeur d'Emmanuel MACRON, ou ambassadrice, d'Emmanuel MACRON pour la francophonie, normalement c'est votre dossier la francophonie, alors, qu'est-ce que vous faites ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, on est très complémentaires, on fait ça tous ensemble, et avec, aussi, Françoise NYSSEN, qui est ministre de la Culture, avec Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Éducation, et donc en fait c'est l'équipe de France de la francophonie. Leïla SLIMANI est une très grande auteure, vous le savez, et justement elle va incarner…

GUILLAUME DURAND
Je ne le conteste pas.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Elle va incarner…

GUILLAUME DURAND
Mais c'est vous qui devez incarner ça, c'est votre titre.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, non, moi je suis en charge de l'aspect institutionnel ; ce que je veux dire c'est qu'elle incarne, par son parcours, par son talent, toute la richesse de la francophonie, ce que ça peut apporter. Elle a envie, aussi, d'y apporter un vent de fraîcheur, et je pense que c'est bienvenu…

GUILLAUME DURAND
Ce n'est pas un soupçon monarchique ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Il y a toujours eu des représentants personnels de la francophonie, désignés par les chefs de l'État. Il y a quelques années c'était Jean-Pierre RAFFARIN, aujourd'hui le président de la République a souhaité que ce soit Leïla SLIMANI. Et, vous savez, justement elle a une voix qui porte, et je pense que c'est aussi de nature à intéresser les jeunes générations à la francophonie, parce que parfois c'est un concept, effectivement, dans la diplomatie, qui est régulièrement utilisé, ce sont des enceintes de débats, mais un jeune aujourd'hui, de Lyon, ou d'Auxerre, la francophonie est-ce que ça lui dit quelque chose ? Pas forcément. Et donc il y a besoin de faire comprendre que c'est un espace de 84 États…

GUILLAUME DURAND
300 millions de personnes.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
300 millions de personnes, et donc c'est autant, aussi, de routes de liberté, de possibilités d'aller travailler dans sa langue…

GUILLAUME DURAND
Donc c'est une tradition et pas une monarchie – je ne réponds pas à votre place, mais c'est plutôt ça votre réponse.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, mais…

GUILLAUME DURAND
Non, mais parce que j'ai beaucoup de questions. On a parlé d'HARIRI, on a parlé de Leïla SLIMANI, maintenant parlons justement de l'interview de Laurent WAUQUIEZ dans Le Figaro, c'est aussi un de vos domaines, l'Europe c'est important. Alors, ce qu'il souhaite, c'est effectivement un nouveau traité, soumis à référendum, avec 12 Etats qui sortiraient des 28 pour accélérer le processus. Vous avez lue cette interview, vous en pensez quoi ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
J'en pense que, voilà, vous venez d'évoquer une idée, 12 États qui sortiraient parmi les 28, mais ce n'est pas Laurent WAUQUIEZ qui décide de qui rentre ou qui sort de l'Europe. Ce sont les peuples eux-mêmes, on l'a vu avec le Brexit. D'ailleurs, les Anglais sont en train de se mordre les doigts, je crois. Donc on voit bien qu'en fait, le candidat à la présidence des Républicains – on verra s'il est élu – a tendance à vouloir…

GUILLAUME DURAND
Il veut se démarquer de MACRON, c'est clair.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Le sujet, c'est qu'il a tendance à faire de la politique-fiction, des scenarii mais qui n'arriveront jamais dans la vie. Et donc nous, la marque de fabrique d'Emmanuel MACRON, d'Edouard PHILIPPE, de ce gouvernement, de La République en marche, c'est d'assumer et de revendiquer une Europe puissante. Parce qu'aujourd'hui, la souveraineté française s'exerce aussi à travers l'Union européenne. Vous croyez que les sujets aussi importants qui nous mobilisent liés à l'immigration, liées à l'asile, liées à la défense, et cætera, c'est purement national ? On se berce d'illusions en pensant que tous seuls avec nos petits bras, on peut résoudre cela.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que vous pensez que Laurent WAUQUIEZ a publié cette interview dans Le Figaro pour réagir à cette idée souterraine qu'on évoquait avec Guillaume TABARD qu'actuellement MACRON et WAUQUIEZ sont en train de tenter d'organiser – puisque La République en marche, c'est quand même une bande d'amateurs pour l'instant…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je ne peux pas vous laisser dire cela. Pardon, c'est un mouvement quia réussi à rénover puissamment la vie politique française depuis trente ans – c'est le seul - avec une Assemblée nationale totalement paritaire de notre côté, renouvelée, des nouveaux visages que vous ne connaissiez pas qui sont en train d'émerger, un gouvernement qui réunit des gens de différents horizons.

GUILLAUME DURAND
Mais est-ce qu'ils ne sont pas justement en train, MACRON et JUPPE, d'organiser à l'horizon 2019 une sorte de grand parti pro-européen qui, justement, dépasserait La République en marche, dépasserait les clivages, ce qui fait qu'il y aurait un président transcourants et, au fond, un parti politique qui le serait aussi ? Et est-ce que vous le souhaitez ça ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Le mouvement En Marche est le mouvement central de la vie politique autour duquel les uns et les autres, quelles que soient leurs appartenances d'origine, peuvent se reconnaître et quelque part agir pour la France ensemble. Vous savez, sur le sujet européen, il y a des gens qui, issus de la famille plutôt centriste ou libérale, peuvent se reconnaître dans la démarche d'En Marche. De la même façon que peut-être d'anciens socialistes peuvent également se trouver dans cette démarche. Donc je crois que véritablement le message européen sera porté avec force par En Marche et c'est le seul qui aura ces idées claires de ce point de vue-là. J'ai vu qu'en tous les cas, Alain JUPPE était en phase avec le discours prononcé à la Sorbonne par Emmanuel MACRON et, finalement, ça ne m'étonne pas. Vous savez, j'avais soutenu Alain JUPPE pendant la primaire et donc, si j'étais le premier à soutenir Emmanuel MACRON dans la campagne présidentielle ensuite, c'est parce que justement je me reconnaissais. Il y avait un corpus qui était assez proche.

GUILLAUME DURAND
Donc c'est une alliance logique à terme.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
En tous les cas, ce que je veux dire c'est qu'en dehors des chapelles partisanes, à un moment sur une élection européenne où les clivages ne sont pas forcément des clivages je dirais de politique nationale, tous les Européens peuvent se donner la main.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que vous considérez que Christophe CASTANER doit quitter le gouvernement s'il dirige En Marche ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ecoutez, il appartiendra à lui et au président de la République, au Premier ministre, d'en discuter, de prendre des décisions. En tous les cas, je me réjouis de la voir à la tête de La République en marche, parce que pour moi ça fait partie des révélations de ce début de quinquennat. C'est quelqu'un qui justement arrive à porter haut la politique du gouvernement en répondant à vos questions, mesdames et messieurs les journalistes. Il est donc un porte-parole très présent, très polyvalent, et donc on a besoin - lui qui était un des créateurs d'En Marche avec Emmanuel MACRON - on a besoin d'avoir cet ADN à la tête du mouvement pour continuer à être innovant, à attirer.

GUILLAUME DURAND
Merci beaucoup. Merci, bonne journée à vous, Jean-Baptiste LEMOYNE. Je rappelle que vous êtes le numéro deux du Quai d'Orsay et que le numéro un est actuellement en Arabie Saoudite.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 novembre 2017

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