Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec Radio Classique le 17 novembre 2017, sur la construction européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec Radio Classique le 17 novembre 2017, sur la construction européenne.

Personnalité, fonction : LOISEAU Nathalie, BLANC Renaud .

FRANCE. Ministre des affaires européennes;

ti :

RENAUD BLANC
Bienvenus sur Radio Classique et sur Paris Première. Bonjour Nathalie LOISEAU.

NATHALIE LOISEAU
Bonjour.

RENAUD BLANC
Ministre chargée des Affaires européennes. Je vais vous interviewer dans quelques instants, mais avant, bien sûr, comme tous les jours sur Radio Classique et sur Paris Première, Guillaume TABARD, dans « Les coulisses du pouvoir ».

(…)

RENAUD BLANC
Nathalie LOISEAU, vous venez d'entendre avec beaucoup d'intérêt le Billet de Guillaume TABARD. Question toute simple : est-ce qu'on peut diriger un parti et être membre d'un gouvernement ? Est-ce que Christophe CASTANER doit, pour vous, choisir, est-ce qu'il doit quitter le gouvernement ?

NATHALIE LOISEAU
Alors, d'une part, Guillaume TABARD a rappelé l'historique, c'est-à-dire que ça a été finalement assez fréquent qu'on soit à la tête d'un parti et au gouvernement.

RENAUD BLANC
Quand on se réclame du Nouveau monde, on peut peut-être changer les habitudes de l'ancien monde.

NATHALIE LOISEAU
En tout cas, ça n'a rien de scandaleux. Sur la constitution du gouvernement, il y a un article 8 dans la Constitution, c'est le président, sur proposition du Premier ministre qui choisit les membres du gouvernement, donc je ne vais pas tirer des plans sur la comète ou me livrer à des hypothèses, nous verrons bien.

RENAUD BLANC
52 %, c'est un sondage dans Le Figaro ce matin, 52 % des Français se disent choqués par finalement la désignation de Christophe CASTANER, un seul candidat, et puis toujours cette question, effectivement, gouvernement or not gouvernement. 52 % choqués, c'est un chiffre que vous trouvez important quand même.

NATHALIE LOISEAU
Alors, c'est une polémique politicienne, comme il y en a beaucoup. Moi, je connais Christophe CASTANER, pour travailler avec lui au gouvernement, je suis membre d'En Marche !, je lui ai accordé mon parrainage, pour une raison simple, c'est que c'est un homme expérimenté, qui a les épaules pour aider à structurer encore davantage ce mouvement qui est quand même encore très jeune, et qui a besoin d'arriver à la maturité.

RENAUD BLANC
Nathalie LOISEAU, vous êtes, je le rappelle, ministre chargée des Affaires européennes, l'actualité immédiate de l'Union, c'est le Sommet de Göteborg, un sommet social pour contrer le populisme. La montée des extrêmes, on la combat avec un sommet en Suède, est-ce que ce n'est pas un petit peu naïf quand même ?

NATHALIE LOISEAU
Non, les sommets c'est symbolique, c'est une manière de mobiliser les chefs d'Etat et de gouvernement, sur des enjeux, et puis ensuite on décline ça par un travail de fond, avec des propositions législatives.

RENAUD BLANC
Elles n'y seront pas toutes à Göteborg.

NATHALIE LOISEAU
Alors, il y en a une qui va manquer, c'est Angela MERKEL, pour des raisons de politique intérieure.

RENAUD BLANC
Oui, c'est quand même un certain poids en Europe.

NATHALIE LOISEAU
Oui, enfin, elle sera représentée, et on va travailler ensemble à la préparation de ce sommet, comme on travaille ensemble, jour après jour, avec l'Allemagne, y compris pendant la campagne électorale et y compris dans cette période très particulière de constitution de la coalition. Elle n'a pas fini ses premières discussions sur la constitution de son gouvernement, il est donc normal qu'elle reste à Berlin. Europe sociale, ça a longtemps été le parent pauvre du projet européen.

RENAUD BLANC
Oui, Europe économique d'abord.

NATHALIE LOISEAU
Ça a été d'abord un marché...

RENAUD BLANC
Et surtout.

NATHALIE LOISEAU
Nous sommes tout à fait favorables à aller plus loin dans la convergence sociale entre les pays de l'Union européenne, c'est ce que nous avons poussé, en aidant à faire en sorte que l'on revoie la directive sur les travailleurs détachés. C'est éviter qu'il y ait une Europe sociale à deux vitesses, avec des travailleurs de deuxième classe, low-cost, qui viennent... d'abord qui ne bénéficient pas de protection suffisante, mais qui viennent concurrencer les travailleurs mieux protégés. De ce point de vue-là, on nous avait dit, quand nous avons commencé à travailler sur cette révision de la directive des travailleurs détachés « N'essayez même pas, ce n'est pas possible en Europe, on n'y arrivera pas », on a abouti à un accord qui a apporté beaucoup plus de protection sur ce régime des travailleurs détachés, on a une ambition sur l'Europe sociale, c'est un début, on défriche, mais on va travailler sur la convergence des cotisations sociales, sur un salaire minimum européen. Ça prendra du temps, mais ça va dans la bonne direction.

RENAUD BLANC
Alors, l'Europe cette semaine c'est aussi la défense, avec un accord signé à 23, qui est très important, et puis aussi la question du glyphosate, c'est-à-dire qu'on a d'un côté l'Europe qui marche et puis l'Europe qui ne marche pas du tout, le glyphosate c'est quand même assez incroyable qu'on n'arrive pas à se mettre d'accord, même au sein du gouvernement, on sent bien qu'entre le ministre de l'Agriculture et le ministre de l'Ecologie, on ne parle pas tout à fait de la même voix. Le glyphosate, c'est le symbole même de l'échec des Européens aujourd'hui ?

NATHALIE LOISEAU
Non, c'est lent, c'est compliqué, je regrette qu'on n'ait pas encore trouvé une solution entre Européens. On part de positions qui sont très différentes, on part il y a encore quelques mois de propositions de la Commission européenne, qui consistaient à proposer qu'on reconduise l'autorisation du glyphosate pour 10 ans. Aujourd'hui, la Commission est revenue avec une autre proposition, qui était 5 ans. C'est la preuve...

RENAUD BLANC
Et la France veut 3 ans.

NATHALIE LOISEAU
Et nous, nous voulons 3 ans. La position du gouvernement est unie de ce point de vue-là, 3 ans c'est pour pouvoir faire en sorte de sortir du glyphosate, ce n'est pas pour que dans trois ans on dise : « Finalement, on n'a rien trouvé d'autre, on n'a pas de solution et on recommence ». Donc, de ce point de vue-là on est très clair, on est très attentif à la santé des agriculteurs et des consommateurs. La question qui se pose c'est : est-ce que cette attention est partagée de la même manière en Europe ? Pas encore. Donc il y a besoin de beaucoup de discussions. Moi, ce qui m'intéresse dans ce qui est en train de se passer, c'est que les positions qui évoluent, l'Allemagne s'est rapprochée de nous, l'Allemagne demande également trois ans. La Commission, si elle est passée de 10 ans à 5 ans, c'est parce qu'il y a une mobilisation de la société civile. Il y a eu une pétition, vous le savez, une initiative citoyenne, qui a rassemblé 1,3 million de signatures, c'est considérable. Ça veut dire que les citoyens peuvent faire entendre leur voix dans l'Union européenne, et que ça influe sur le processus de décision, c'est une bonne nouvelle.

RENAUD BLANC
L'Europe de la défense, est-ce qu'elle est née véritablement cette semaine, avec cet accord historique, qualifié d'historique par de nombreuses personnes, justement, sur cette plus grande coopération, entre, 23, d'abord, Etats ?

NATHALIE LOISEAU
Alors, c'est très intéressant, à la fois sur le fond et sur le processus.

RENAUD BLANC
Parce que vous êtes attendue, sur ces questions de sécurité, sur ces questions de défense.

NATHALIE LOISEAU
Oui, bien sûr. Quand on interroge nos concitoyens sur qu'est-ce que l'Europe peut faire pour mieux protéger, c'est : sécurité, défense, lutte contre le terrorisme par exemple. Pendant des années, je dirais même pendant des décennies, l'Europe de la Défense on l'a invoquée, mais c'était un slogan, il n'y avait rien derrière. Alors, nous avions contribué à casser les premières initiatives, la Communauté européenne de défense dans les années 50, c'est la France qui avait voté contre, finalement, et puis il y avait un partenaire qui y était très hostile, qui était le Royaume-Uni. Aujourd'hui, le Royaume-Uni étant dans une procédure de sortie de l'Union européenne, ne s'est pas exprimé, ça a permis d'aller de l'avant, et c'est vrai que c'est historique. Décider que les pays européens, qui le souhaitent, mais ils sont très nombreux, ils sont 23 sur 27, c'est énorme, peuvent travailler ensemble à des efforts de recherche, de développement, à financer...

RENAUD BLANC
Mais ça veut dire une armée européenne dans quelques années, ou pas, Nathalie LOISEAU ?

NATHALIE LOISEAU
On n'en est pas là. Mais faire en sorte de mutualiser les capacités, de s'entrainer ensemble, de travailler ensemble à des opérations extérieures, des armées qui sont nationales mais qui ont des matériels européens – une intégration de l'industrie de défense européenne est évidemment nécessaire – qui ont des habitudes de travail ensemble, il va falloir qu'on travaille à une doctrine d'emplois, tout ça aujourd'hui tout le monde est d'accord – et ça c'est considérable – tout le monde où presque – et ça aussi sur la méthode c'est important – parce que ça va dans le sens de ce que nous disons et de ce que nous proposons, à chaque fois qu'on peut avancer à 27 c'est bien, quand certains ne sont pas prêts, ne sont pas d'accord, ont une autre culture politique, c'est bien aussi qu'ils ne bloquent pas les autres. Là il y a quatre pays qui pour le moment n'ont pas envie de rejoindre ce qu'on appelle la coopération... en matière de défense...

RENAUD BLANC
Qui sont ?

NATHALIE LOISEAU
Qui sont l'Irlande, le Portugal par exemple, pour des raisons de culture je dirais militaire et politique, que ces pays ne veulent pas rejoindre – évidemment le Royaume Uni, mais ça on le comprend – qui ne veulent pas rejoindre, très bien, ils sont souverains, mais qu'ils n'empêchent pas les autres d'avancer, c'est ce qui est en train de se passer, c'est très exactement ce que propose Emmanuel MACRON pour refonder l'Europe.

RENAUD BLANC
Nathalie LOISEAU vous parliez à l'instant du Royaume Uni, interview dans La Croix d'une certaine Nathalie LOISEAU qui déclare : « un Brexit sans accord avec l'Union ne peut plus être exclu », ça veut dire quoi ?

NATHALIE LOISEAU
Ça veut dire que je n'ai fait que reprendre ce que j'entends du gouvernement britannique, qui me dit aussi, alors qui le dit et puis qui immédiatement derrière dit : « Oh ! Non, mais ne vous en faites pas, on va finir par trouver un accord », c'est compliqué parce qu'on a un gouvernement britannique qui est manifestement divisé sur cette question du Brexit et qui est surtout face à un enjeu sans doute beaucoup plus vaste que ce qui avait été imaginé. Pour le moment, nous, nous souhaitons une sortie ordonnée du Royaume Uni et une relation future étroite...

RENAUD BLANC
Ça traine !

NATHALIE LOISEAU
Ça traine parce que les Britanniques pour le moment ne nous ont pas donné de réponse suffisamment satisfaisante...

RENAUD BLANC
Est-ce que vous comprenez l'impatience j'allais dire des citoyens, d'ailleurs de tous les pays d'Europe, en disant : « c'est quand même assez incroyable, ils ont voté il y a pratiquement... il y a un an et demi et puis, et voilà, on en est toujours presque... on a l‘impression d'être toujours au point zéro.

NATHALIE LOISEAU
Mais on partage cette impatience, on a aussi envie que ça avance. On s'est mis d'accord avec les Britanniques pour traiter d'abord les conditions dans lesquelles le Royaume Uni sort de l'Union européenne et, ensuite, aborder la future relation que nous aurons avec ce pays important avec lequel nous sommes évidemment dans un partenariat étroit. Pour travailler sur le retrait, il y a trois conditions : être certain du sort des citoyens Européens qui vont rester au Royaume-Uni, pour le moment on a fait des progrès, ils ne sont pas suffisants ; traiter la question très importante de l'Irlande, puisque la frontière entre l'Irlande et le Royaume Uni sera la frontière terrestre de l'Union européenne ; et puis avoir un accord sur ce que doit le Royaume Uni à l'Union européenne avant de quitter l'Union, de ce point de vue là – sur ce dernier point – il n'y a aucun progrès parce qu'il n'y aucune réponse britannique aux propositions que nous avons faites. Bien sûr que nous sommes impatients !

RENAUD BLANC
Laurent WAUQUIEZ hier s'exprimait dans Le Figaro sur l'Europe, j'imagine que vous avez lu avec beaucoup d'intérêt son interview, d'abord est-ce que comme il le dit le président de la République veut élargir l'Europe aux Balkans ?

NATHALIE LOISEAU
Laurent WAUQUIEZ a été l'un de mes nombreux professeurs, il avait beaucoup appris, il l'a un petit peu oublié, ou en tout cas quand il lit les propositions du président de la République – et je suis sûre qu'il les lit avec attention – il les déforme, et je le regrette parce que sur des questions comme sur la politique internationale où les questions européennes on a intérêt à être unis, pas à caricaturer les propos des uns et des autres.

RENAUD BLANC
Donc, l'Europe à 35 ce n'est pas pour demain ?

NATHALIE LOISEAU
Laurent WAUQUIEZ était ministre des Affaires européennes quand l'Union européenne a accepté la candidature de la Serbie et du Monténégro à l'adhésion à l'Union sous Nicolas SARKOZY, ces pays – les pays des Balkans occidentaux – sont candidats ou souhaitent rejoindre l‘Union européenne, nous avons intérêt à leur donner une perspective. Pourquoi ? Parce que sinon ils dériveront, on est assez bien placés pour savoir que dans les décennies passées les démons qui animent certains extrémistes dans ces pays étaient vifs, ils dériveront et seront peut-être aussi attirés par d'autres que par l'Union européenne et, là, nous aurons des regrets. Donc, nous sommes très exigeants dans les conditions que nous mettons à un rapprochement avec l'Union européenne, les conditions de lutte contre la corruption, de lutte contre la criminalité organisée, d'indépendance de la justice, on n'en est pas là, mais maintenir le dialogue et avoir une relation étroite avec ses voisins – ce sont nos voisins, ils sont sur le continent européen – c'est évidemment une nécessité.

RENAUD BLANC
Merci beaucoup Nathalie LOISEAU d'avoir répondu à mes questions, Nathalie LOISEAU, ministre chargée des Affaires européennes, très bonne journée à vous.

NATHALIE LOISEAU
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 novembre 2017

Rechercher