Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à RMC BFMTV le 23 novembre 2017, sur le cumul de ses fonctions gouvernementales avec celle de délégué général de LREM. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à RMC BFMTV le 23 novembre 2017, sur le cumul de ses fonctions gouvernementales avec celle de délégué général de LREM.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité est Christophe CASTANER, bonjour.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Christophe CASTANER, délégué général de La République en marche, porte-parole du gouvernement, Secrétaire d'Etat charge des Relations avec le Parlement. Trois fonctions, jusqu'à quand ?

CHRISTOPHE CASTANER
Le remaniement ministériel est annoncé dans les heures qui viennent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aujourd'hui ?

CHRISTOPHE CASTANER
J'ai entendu mon collègue ministre de l'Intérieur évoquer le fait que ça puisse être aujourd'hui et donc je serai amené à évoluer dans mes fonctions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il sera bien aujourd'hui ? Là, maintenant ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je vais vous faire une petite confidence : j'ai annoncé lundi soir que ce serait demain dans la journée. C'était mardi. Maintenant, je vais avoir une grande prudence. L'Elysée a dit « dans la semaine », donc il nous reste encore…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et l'Elysée ne vous a rien dit ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non. Sur l'heure, la date.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franchement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Me concernant ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

CHRISTOPHE CASTANER
Evidemment, j'ai eu des échanges avec le Premier ministre, avec le président de la République et, vous savez, tant que les choses ne sont pas formalisées, tant que le Premier ministre n'a pas proposé au président et que le président a dit « banco » et publié un communiqué, les choses ne sont pas faites.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire que vous souhaitez rester Secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement. On est bien d'accord ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi, je souhaite poursuivre mon action. Je ne pense pas avoir démérité et, même si j'ai pris une responsabilité bénévole, celle d'un militant plus engagé encore à La République en marche, ça n'enlève rien ni à mon engagement militant, ni à ma volonté de servir au bon endroit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez obtenu des assurances ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non. Vous savez, ça ne se…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, on n'obtient pas des assurances. D'abord, on ne demande pas d'assurance. Ça ne se fait pas et ça n'est pas ma culture.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'avez pas appelé le Premier ministre ? Vous n'en avez pas parlé au président de la République ?

CHRISTOPHE CASTANER
Nous en avons parlé ensemble à plusieurs reprises depuis quelques semaines. Maintenant, c'est leur responsabilité, c'est leur choix.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous leur avez dit que vous souhaitiez rester Secrtaire d'Etat aux Relations…

CHRISTOPHE CASTANER
Je souhaite être le plus utile possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, et donc que vous souhaitiez rester.

CHRISTOPHE CASTANER
Non mais aujourd'hui, je le suis dans l'action gouvernementale. C'est d'abord prétentieux de dire cela, mais évidemment je ne veux pas gêner l'action gouvernementale. Et donc quelle que soit la décision qu'ils prendront, elle sera bonne. Ma priorité aujourd'hui, c'est d'accompagner, de faciliter le travail de La République en marche. Il y a un mouvement à construire et donc aujourd'hui c'est ma priorité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Deux nouveaux Secrétaires d'Etat.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est une annonce possible, mais j'ai vu que ce n'était pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comment « possible » ? C'est le ministre de l'Intérieur qui le dit. Il est mieux informé que vous alors, vous porte-parole du gouvernement. Qui est porte-parole du gouvernement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Le ministre de l'Intérieur est toujours mieux informé que tout le monde et Gérard COLLOMB en particulier. Peut-être qu'il a parlé de cela hier avec le Premier ministre et le Président, moi non. Là aussi, vous savez, il faut une grande prudence sur ces sujets-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'était sur Europe 1 il y a quelques minutes. Donc deux Secrétaires d'Etat et moi j'ai deux noms. Parce qu'on va plus loin, vous savez, ici, on peut essayer d'aller plus loin. Amélie de MONTCHALIN ?

CHRISTOPHE CASTANER
J'ai vu que son nom circulait beaucoup. C'est une des révélations de ce début de mandature à l'Assemblée nationale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Olivier DUSSOPT, Secrétaire d'Etat ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est une option possible aussi, je ne vous la confirme pas, vous vous en doutez. C'est quelqu'un qui est actuellement dans le groupe du Parti socialiste à l'Assemblée, qui est président de l'Association des maires ruraux de France, qui est quelqu'un de très actif et qui aurait toute sa place dans notre approche. On a une approche qui a pris des gens venant de la société civile, du parti des Républicains ou du Parti socialiste.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour vous résumer, on va voir si nous nous trompons ou pas tous les deux. Pour nous résumer aujourd'hui, remaniement dans la journée - ou un réaménagement, vous préférez ce mot - dans la journée, avec Christophe CASTANER qui reste Secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement et délégué général évidemment de La République en marche, avec deux Secrétaires d'Etat qui seront Amélie de MONTCHALIN et Olivier DUSSOPT.

CHRISTOPHE CASTANER
N'investissez pas trop quand même.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais est-ce que vous trouvez que c'est pas mal ? C'est pas mal quand même.

CHRISTOPHE CASTANER
Si c'était la décision du produit et du Premier ministre, je trouverais que ce n'est pas mal. Mais attention, dans le jeu des pronostics on peut toujours avoir des surprises.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous verrons.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, non, on peut avoir des surprises.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez des informations ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi non, mais il y a toujours des surprises dans les remaniements. Les favoris quelques heures avant ne sont jamais ceux qui gagnent sur la ligne d'arrivée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Parlons des maires. Le président de la République sera avec les maires cet après-midi. Suppression de la taxe d'habitation qui sera compensée. On est bien d'accord ?

CHRISTOPHE CASTANER
A 100 %.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A 100 %, bien. Est-ce qu'il est vrai que vous réfléchissez, et Bercy réfléchit, à la suppression définitive de la taxe d'habitation à 100 % ? C'est vrai ou faux ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui. Bercy et Bruno LE MAIRE l'a évoqué. Dès lors qu'on dit que c'est un impôt imbécile parce qu'il est injuste d'un territoire à l'autre, qu'il ne prend pas en compte en réalité la capacité financière de chacun, on a décidé de faire porter un effort massif, 80 %. Mais si on dit que c'est imbécile à terme, il ne faut pas exclure la possibilité de le supprimer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant la fin du quinquennat ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ça n'est pas prévu aujourd'hui et donc, il n'est pas prévu de le faire. C'était aussi une mesure qui s'adressait essentiellement aux classes moyennes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est en réflexion à Bercy et on travaille sur le sujet à Bercy.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais ce n'est vraiment pas un sujet prioritaire. Le sujet prioritaire, c'est la suppression de la taxe d'habitation pour 80 % des Français. C'était un message qui va toucher surtout les classes moyennes parce que les plus fragiles d'entre nous ne payent déjà pas la taxe d'habitation. Elle est déjà dégrevée. D'ailleurs les maires ne le savent pas, mais un tiers de ce qu'ils reçoivent est déjà dégrevé, c'est pour ça qu'ils ne doivent pas être inquiets sur le fait que l'année prochaine ce sera un tiers + 30 % et que nous allons monter en puissance. Mais la priorité, c'est celle-là : c'est de redonner du pouvoir d'achat aux classes moyennes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Réforme de la fiscalité locale engagée, on supprime la taxe d'habitation à 100 % et on engage une réforme de la fiscalité locale.

CHRISTOPHE CASTANER
Comme nous l'avons fait, par exemple, avec les régions où on a pu redonner un point de TVA…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous confirmez.

CHRISTOPHE CASTANER
Plutôt que de donner des recettes de l'Etat parce que c'est une fiscalité dynamique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Transfert d'une partie de la TVA aux régions.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est ce dont je viens de parler à l'instant et c'est une fiscalité dynamique. Pour ce seul sujet, par exemple, c'est 90 millions d'euros de plus pour les régions cette année.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà. C'est un peu ce que va annoncer le président de la République cet après-midi.

CHRISTOPHE CASTANER
Il va surtout rassurer. Aujourd'hui, il y a beaucoup d'inquiétude parce qu'il y a une défiance entre les maires, et j'ai été maire 16 ans et je l'étais encore il y a quelques mois, entre les maires et l'Etat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, Forcalquier.

CHRISTOPHE CASTANER
Pourquoi ? Parce que depuis 2010 – depuis 2010, vous voyez, c'est plusieurs gouvernements – on a systématiquement baissé les dotations, on a rogné jusqu'à l'os pour les communes les plus fragiles. Et donc aujourd'hui, la confiance elle est rompue. Et quand on dit aux collectivités locales que pour la première fois depuis 2010 la dotation globale de fonctionnement, c'est-à-dire l'aide de l'Etat au fonctionnement des collectivités locales, ne va pas baisser, elle va même augmenter de 90 millions, ils ne nous croient pas. Et pourtant, c'est ce qui est voté dans le projet de loi de finances, donc dans le budget de l'Etat, qu'on a voté mardi. Et donc, il faut leur dire ça. Quand on leur dit : « On va vous rembourser à 100 % du fait du dégrèvement la taxe d'habitation », ils ont un doute. Il faut les rassurer. C'est notre responsabilité mais on le fait dans la confiance. Et pour les plus grandes d'entre elles, on va leur demander un effort financier, c'est-à-dire non pas une baisse mais de n'augmenter leurs dépenses de fonctionnement que de 1,2 %. Et pour cela, on leur propose un contrat. Vous voyez, on a d'un côté la conférence nationale des territoires, de l'autre un contrat avec les plus grandes collectivités. On est dans une liberté, dans une discussion et pas dans quelque chose qui vient d'en-haut, de Paris et qui s'imposerait à tous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais il y a quand même beaucoup de décisions qui sont prises au niveau parisien. Une centralisation parfois excessive.

CHRISTOPHE CASTANER
Ça, je suis d'accord avec vous. Je suis un élu de province et donc, je pense que ce n'est pas la bonne façon de faire. Mais là, chaque préfet va discuter dans son département avec les plus grandes collectivités.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Puisqu'on parle des collectivités, parlons des régions. La réforme de l'apprentissage et de la formation professionnelle va évidemment concerner les régions. Les présidents de région s'inquiètent. Je vous pose une question directe : est-ce que l'apprentissage sera confié aux branches professionnelles ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non. Aujourd'hui, il n'y a rien de décidé sur ce sujet. Il y a une discussion.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour quand cette réforme d'ailleurs ?

CHRISTOPHE CASTANER
La ministre s'est donné quelques semaines de concertation comme on l'a fait sur les ordonnances travail. D'ici la fin de cette année, elle aura fini les concertations et elle fera des propositions formelles, et aussi aux régions qui ont un rôle majeur sur ce sujet. Mais c'est simple : les branches professionnelles voudraient récupérer la totalité du pilotage ; les régions voudraient récupérer la totalité du pilotage ; et l'Etat pourrait dire « non, je garde la totalité du pilotage ». Ce n'est pas comme ça que ça doit se passer. On n'est pas chacun dans son pré carré. Aujourd'hui, est-ce que l'apprentissage marche en France ? La réponse est non. Donc, oui, il faut assumer qu'on remette tout cela à plat. C'est ce qui est en train d'être fait. L'apprentissage doit être réhabilité, c'est la meilleure voie vers l'emploi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais tout ça, c'est beau. C'est beau ce que vous dites mais…

CHRISTOPHE CASTANER
Mais chacun nous dit : « Ne changeons rien ». C'est tout le problème. C'est que dès qu'on veut faire une réforme et une transformation en profondeur, on nous dit « ne changeons rien » ou alors on dit « attendez, je prends tout ». Bien, ça ne va pas marcher comme ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous dites aux présidents de région : « Ça va changer ».

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr. Mais il faut que ça change parce qu'aujourd'hui, on met dans la formation professionnelle 32 milliards d'euros chaque année et on voit les résultats : ils sont mauvais. Donc à partir de là, oui il faut que ça change.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les particuliers employeurs vous écoutent, Christophe CASTANER, pour résoudre des problèmes de trésorerie. Je suis un particulier, j'emploie, je suis obligé d'avancer l'argent. Est-ce que vous allez développer les crédits d'impôts ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, c'est une option parce que ça donne du pouvoir d'achat immédiat et c'est quelque chose sur lequel Bercy travaille aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Travaille aujourd'hui. Avant quand nous saurons ? Il y aura des décisions annoncées bientôt ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je vais être honnête avec vous, je n'ai pas cet échéancier-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne savez pas. Pour répondre aux difficultés d'avance de trésorerie, c'était une promesse d'Emmanuel MACRON.

CHRISTOPHE CASTANER
Voilà, c'est pour cela que je pense que nous la tiendrons. C'est juste une question financière. C'est-à-dire que la première année, vous devez « rembourser » la dette de l'année d'avant et ensuite payer. C'est ce qu'on va faire, par exemple, avec le CICE pour l'année 2019 où on va transformer le CICE en baisse de charges. Il faut avoir en tête que rien que cette année-là, ça coûte 20 milliards d'euros - exceptionnel, c'est un one shot, une fois – mais ça coûte 20 milliards d'euros. Donc il faut effectivement mettre cela en place, mais il faut le faire progressivement. Nous avons été élus pour cinq ans.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les particuliers employeurs vont bénéficier d'un crédit d'impôts. 30 % dit-on.

CHRISTOPHE CASTANER
Le taux n'est pas fixé aujourd'hui et je n'ai pas d'éléments sur ce sujet. Je suis désolé de ne pas être précis, mais quand une décision n'est pas prise, il vaut mieux éviter de la pré-annoncer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais ça va être fait en 2018.

CHRISTOPHE CASTANER
L'objectif est d'aller le plus vite possible, mais nous avons été élus pour cinq ans. Et donc, on ne peut pas imaginer que tous les engagements du président de la République se tiennent immédiatement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'autant plus que la Commission européenne veille, Christophe CASTANER, et qu'elle estime que le budget 2018 de la France risque de ne pas être conforme avec les règles européennes. Vous avez vu cet avertissement sévère de Bruxelles.

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr que je l'ai vu. Je l'ai vu. Il porte à la fois sur 2017 avec notamment cette annulation de cette taxe de 3 % qui fait qu'aujourd'hui l'Etat a une dette. On l'a réglée depuis ; on l'a réglée depuis par un projet de loi de finances rectificative avec un prélèvement de 5 milliards et 5 milliards d'économies budgétaires pour l'Etat. Et ça, ça n'a pas été pris en compte, compte tenu des délais, par Bruxelles. Mais en même temps, il y a une inquiétude sur notre capacité à tenir les comptes, à être sincère l'année prochaine. D'où vient cette inquiétude ? Elle vient que chaque année, depuis plusieurs années, systématiquement il y a un document budgétaire qui est proposé et n'est pas tenu dans la foulée. Notre engagement, c'est qu'il soit tenu et vous verrez nous sortirons de la procédure de déficit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Emmanuel MACRON a promis de respecter les règles, les règles européennes.

CHRISTOPHE CASTANER
Et c'est pour ça que je ne suis pas inquiet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment « pas inquiet » ? Vous n'êtes pas inquiet franchement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, je ne suis pas inquiet parce que je sais qu'on a construit un budget sur une base de sincérité. Notamment, nous avions déjà anticipé l'annulation de cette taxe de 10 milliards d'euros. Le gouvernement précédent, dont j'étais soutien de la majorité - je ne cherche donc pas à jeter la pierre - le savait depuis au moins deux ans, ne l'avait pas fait. C'est nous qui portons cet effort de 10 milliards. Vous vous rendez compte, 10 milliards à trouver du jour au lendemain, ça n'est pas simple.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dette de la France en 2018 : 96,9 % du PIB, bientôt 100 %.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est beaucoup trop. La dépense publique en France est trop élevée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Beaucoup trop et la dette continue à augmenter.

CHRISTOPHE CASTANER
Et elle sera payée par nos enfants demain, ça n'est pas acceptable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça fait trente ans qu'on est dans cette spirale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça fait trente ans que j'entends dire : « La dette n'est pas acceptable ». Trente ans !

CHRISTOPHE CASTANER
Mais c'est pour ça que chaque fois que nous faisons des mesures d'économies, y compris quand vous m'invitez, vous m'interpellez aussi sur ces mesures d'économies. L'exercice est difficile mais nous l'assumons. Dès cet été, on a assumé 4,5 milliards d'euros d'économies de dépenses publiques. Sur le budget de l'année prochaine qui a été voté, on travaille sur un effort beaucoup plus important encore de diminution de la dépense publique. Ça vaut aussi pour les collectivités locales et ça rejoint la discussion que nous avions précédemment. Dès qu'on dit aux collectivités locales : « Diminuez la voilure de votre augmentation » - on était à des taux de 5 % d'augmentation chaque année des dépenses de fonctionnement - quand on leur dit : « On va limiter à 1,2 », ce sont aussi les premières qui disent : « Non, ça ce n'est pas possible. » Donc il faut que tous, tous les dépenseurs publics, on diminue nos dépenses publiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'esclavage en Libye, « crimes contre l'humanité » dit le président de la République. La France demande l'ouverture d'une session extraordinaire du Conseil de sécurité de l'ONU. Que demande-t-elle exactement ? Que demande la France exactement ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord, une mobilisation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que c'est bien de discuter à l'ONU mais pourquoi ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord, le problème est global. Il est la situation de la Libye et on voit qu'on est même… Les images qu'on a vues sur CNN sont sur une zone qui, en principe, était une zone tenue et organisée, et on voit toute la fragilité qu'on connaît en Libye. Ça présente un certain nombre de risques d'abord, y compris pour l'Europe à travers l'immigration et le risque terroriste. La Libye aujourd'hui est un sujet d'attention permanente de l'Europe et de la France en particulier. Et en plus, on découvre au sommet suprême de l'horreur qu'il existe encore la pratique de l'esclavage. Et donc, notre objectif est d'envoyer des moyens humanitaires sur place. C'est la demande que fait la France, y compris avec des dotations de crédits renforcées, et aussi que l'ONU - le monde à travers l'ONU - s'empare de cette problématique et que nous puissions sécuriser cette zone-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que nous avons un discours et nous nous émouvons à juste raison…

CHRISTOPHE CASTANER
Ça ne suffit pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais en même temps, nous sommes décidés à maintenir en Libye des zones où se retrouvent tous ces réfugiés. On est bien d'accord ? 390 000 actuellement en Libye. N'avons-nos pas en Europe un double discours ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franchement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, parce que le discours d'Emmanuel MACRON sur ce sujet, il a été un des premiers à le tenir, a été de dire : « Il faut traiter en dehors de la Libye, qui n'est pas un espace sécurisé, toute l'arrivée de ces migrants. » Et donc, on a aujourd'hui des accords avec des pays pour qu'on ait ce qu'on a appelé des hotspots. C'est-à-dire qu'on empêche ces femmes et ces hommes qui fuient la misère, pas la guerre : c'est la différence entre les réfugiés et les migrations économiques, mais qui fuient leur propre misère, qui passent par la Libye parce qu'aujourd'hui c'est devenu une filière organisée de transfert, de transport de personnes qui cherchent à venir en Europe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qu'on empêche de traverser.

CHRISTOPHE CASTANER
Et du coup, c'est en amont qu'on intervient. Et donc, il y a eu des négociations avec tous les pays riverains pour faire en sorte qu'on puisse avoir là des hotspots, c'est-à-dire des lieux où on accueille et où on dissuade. Et ensuite, il vaut intervenir dans leur pays d'origine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'empêche qu'ils sont de plus en plus nombreux à se retrouver en Libye, près des côtes libyennes, et à vouloir traverser.

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, les chiffres que j'ai montrent qu'on a un affaiblissement, qu'on a un peu moins de monde, mais de toute façon c'est plusieurs centaines de milliers de personnes. Donc, peu importe de savoir si ça augmente légèrement ou si ça baisse légèrement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc tous les trafics possibles.

CHRISTOPHE CASTANER
Il faut effectivement lutter contre cela, en Méditerranée, pour éviter…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il n'y a pas quand même un double discours de l'Union européenne qui ne remplit pas ses objectifs en matière d'accueil des réfugiés, franchement ? Eh bien oui, Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais, moi je pense qu'il n'y a pas d'organisation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a eu des objectifs qui ont été affichés.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais moi je vais vous parler pour la France, je pense qu'il n'y a pas une organisation assez courageuse à l'échelle de l'Europe sur ce sujet, je partage votre avis. Ensuite, il faut faire la différence entre les réfugiés, et en Libye ce ne sont pas que des réfugiés, les réfugiés qui fuient des pays comme la Syrie, et on a la responsabilité de les accueillir, et d'ailleurs on a augmenté de 13 %, depuis le début de cette année, les réfugiés accueillis en France. Il faut maintenir cet effort, il faut leur offrir des conditions d'intégration renforcée, avec l'apprentissage de la langue, c'est notre priorité, et en parallèle il faut faire en sorte de dire à tous ceux qui veulent venir dans le cadre de migration économique, chercher du travail, des aides, de l'éducation en France, que nous n'avons pas aujourd'hui ces moyens, en Europe, pour les accueillir dans de bonnes conditions. Donnons la priorité aux réfugiés, à ces femmes et ces hommes qui meurent, qui traversent la Méditerranée en prenant le risque de mourir, à ces enfants, que l'on connaît, ne soyons pas dans l'émotion, soyons dans l'action. Priorité pour l'accueil des réfugiés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On réagit à l'émotion, pardonnez-moi.

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les images… on sait très bien que ça existe, on le savait, des images de CNN, et hop !, on réagit. Immédiatement le président de la République monte au créneau, saisit le Conseil de sécurité de l'ONU. Vous savez ce que ça va donner, Christophe CASTANER ? Rien.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, vous avez tort.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous verrons. Rien.

CHRISTOPHE CASTANER
Jean-Jacques BOURDIN, vous savez à la fois la puissance du média, dans l'émotion, vous êtes un grand journaliste, et vous le savez aussi, et je pense que ce n'est jamais bon d'être dans l'émotion pour agir, et c'est pour ça que je vous dis que ça fait déjà plusieurs mois qu'Emmanuel MACRON a mis en place et a proposé la mise en place, avec l'aide de l'Europe, de ces hotspots pour éviter ce goulet d'étranglement, et quelquefois de trahison, du fondement humain, qu'on connaît en Libye.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous en reparlerons. Et pendant ce temps-là nous débattons de l'écriture inclusive, nous, en France.

CHRISTOPHE CASTANER
Ça, vous avez raison, on a franchement des faux débats, qui ne nécessitent pas qu'on y passe autant de temps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais y êtes-vous opposé à cette écriture inclusive ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, moi je suis opposé, et je ne l'ai jamais utilisée, contrairement à ce que j'ai pu lire de-ci, de-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas vrai, dans votre profession de foi il n'y avait pas d'écriture… ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien non, cher Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais je voulais vous poser la question, moi je…

CHRISTOPHE CASTANER
J'ai vu que deux parlementaires éminents, du Sénat et de l'Assemblée, chez Les Républicains, m'avaient attaqué là-dessus, que ça avait été repris par Internet, et donc non, je n'ai jamais utilisé l'écriture inclusive, j'ai même du mal à la lire, et je trouve ça un peu couillon, comme on dit chez moi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un peu, oui. Je n'imagine pas l'écriture inclusive à Forcalquier. Une seule langue française, une seule grammaire, une seule République.

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, moi je suis aussi attaché aux langues et aux cultures régionales et minoritaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Ah, c'est intéressant ça, c'est vrai ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ah mais attendez, moi je suis attaché à la culture provençale par exemple, je serai en Corse dans quelques jours, et je sais aussi l'importance de la langue corse, mais la langue française est la langue qui nous rassemble, et c'est notre langue officielle, heureusement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai aussi envie de vous poser une question sur les propos de Manuel VALLS, qui a dit, en Espagne, « en France nous avons un problème, l'Islam et les musulmans. » Qu'en pensez-vous ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a la brutalité dans ces mots, mais, il assume de nommer des difficultés. On a aujourd'hui des difficultés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On a un problème avec l'Islam et les musulmans en France, franchement ?

CHRISTOPHE CASTANER
On sait bien qu'aujourd'hui, notamment du fait des attentats…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous pourriez dire la même chose, je vous pose la question ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, parce que je n'utiliserai pas ces mots-là, mais nier le fait que chaque fois qu'il y a un attentat, par des gens qui agissent au nom de l'Islam, qui trahissent l'Islam – on a aujourd'hui, en France, une tension supplémentaire avec ceux qui pratiquent une religion, qui est l'Islam – la réponse est oui. Il faut assumer de dire les choses, mais il faut rappeler ce qui fait notre fondamental en République, c'est quoi ? C'est la laïcité. La laïcité c'est de garantir le droit de ne pas croire, mais aussi de croire, et il faut qu'on garantisse à toutes celles et tous ceux qui en France font le choix d'être musulmans, qu'ils puissent croire librement. Il faut apaiser ces tensions-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce qui veut dire que nous avons un problème avec une religion qui nous empêche de ne pas croire, ou qui voudrait nous imposer ses règles ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, moi je ne crois pas ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non je dis ça parce que…

CHRISTOPHE CASTANER
Certains utilisent la religion pour imposer des comportements, interdire des bars à des femmes, j'ai vu récemment un chauffeur de bus qui refusait de conduire un bus parce qu'il avait été conduit précédemment par une femme, ça c'est inacceptable. Et le dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous confirmez ça, d'ailleurs ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ça a été dit, annoncé, présenté…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça a été dit, mais ça a été confirmé ou pas ? Vous savez que ça existe ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais vous savez comme moi qu'il y a des comportements, de certaines personnes, qui sont totalement insultantes pour ce qu'est la religion de l'Islam, parce que l'Islam n'est pas cela, mais qui sont aussi insultantes pour nos valeurs de la République, et donc il n'est pas question qu'on puisse transiger, notamment sur l'égalité entre les femmes et les hommes, et aucun religion ne peut autoriser cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour vous, au nom de l'Islam, aujourd'hui l'Islam pose problème.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, ne soyez pas caricatural Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, je ne suis pas caricatural…

CHRISTOPHE CASTANER
Je vous ai dit que certains…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais moi j'assume tout, je n'assure rien, je vous pose des questions.

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, moi je vais assumer mes propos. Certains, au nom de l'Islam, ont des comportements qui ne sont pas acceptables, même des terroristes, mais évidemment, ça n'a rien à voir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même des terroristes, surtout.

CHRISTOPHE CASTANER
Au nom de l'Islam, ont des comportements assassins, mais évidemment ça n'a rien à voir avec ce qu'est la religion l'Islam, qui est une religion de bonheur, d'amour, comme la religion catholique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Christophe CASTANER d'être venu nous voir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 novembre 2017

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