Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec LCI le 20 novembre 2017, sur le remaniement gouvernemental et sur la politique du logement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec LCI le 20 novembre 2017, sur le remaniement gouvernemental et sur la politique du logement.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Secrétaire d'Etat;

ti :

AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Bienvenue. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires. Alors, vous avez l'image du gendre idéal, une réputation de premier de la classe, c'est vous qui avez co-organisé le mouvement En Marche avant même qu'Emmanuel MACRON annonce sa candidature, depuis vous faites partie de sa garde rapprochée, vous êtes même considéré comme le chouchou du président de la République, l'un des rares à lui tenir tête. Vous, qui le tutoyez en privé, vous confirmez tout ce que je viens de dire ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors, vous avez dit beaucoup beaucoup de choses, mais oui, je confirme que je le tutoie en privé.

AUDREY CRESPO-MARA
Et que vous êtes très proche de lui.

JULIEN DENORMANDIE
Je suis très proche de lui, mais vous savez, j'ai eu la chance de rencontrer Emmanuel MACRON il y a déjà plusieurs années, et on a mené un certain nombre de combats en commun. J'ai été d'abord l'un de ses plus proches conseillers lorsqu'il était ministre de l'Economie et de l'Industrie, et là on a porté des textes lourds. On essayait déjà, dans le cadre d'une loi, qui s'appelait la loi pour la Croissance, l'Activité et l'Egalité des chances, on essayait déjà de transformer un modèle économique et social en donnant plus de chance, plus de droits, ce qu'on appelle réels, c'est-à-dire cette vraie égalité des chances. Et ensuite Emmanuel MACRON, effectivement, m'a proposé d'aller créer le mouvement En Marche, et donc là on a mené un nouveau combat qui était cette rénovation de la vie politique, jusqu'à l'élection présidentielle.

AUDREY CRESPO-MARA
Et alors, on a parlé de vous tout le week-end, puisque la rumeur vous annonce, ou vous annonçait, d'abord comme le nouveau porte-parole du gouvernement, en remplacement de Christophe CASTANER, élu président d'En Marche. Mais voilà, Christophe CASTANER se dit que, si à une époque CHIRAC, JUPPE, SARKOZY, ont pu à la fois être Premier ministre, ministre et président de parti, pourquoi pas lui. C'est possible aussi, pour lui ?

JULIEN DENORMANDIE
Je vais vous donner mon avis très personnel. Christophe CASTANER est un excellent ministre, tout le monde s'accorde à le dire, moi je pense qu'il peut concilier à la fois les fonctions de ministre et à la fois les fonctions de délégué général, avec toujours un seul souci, c'est quelle est l'efficacité, quelle est l'efficacité dans l'action au quotidien, en tant que ministre, et l'efficacité en tant que délégué général. Mais, vous savez, être délégué général d'un mouvement, c'est une fonction qui n'est pas rémunérée, vous devez avoir un autre métier à côté, et moi, à titre personnel, je pense qu'il peut concilier les deux, mais, comme vous le savez, c'est le président de la République et le Premier ministre, c'est la Constitution qui le dit, qui déterminent ces choix.

AUDREY CRESPO-MARA
Et alors, porte-parole du gouvernement, ça vous dirait ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi je crois être utile, en tout cas je l'espère, dans les fonctions que sont les miennes aujourd'hui. Avec Jacques MEZARD on est à la tête d'un ministère qui est incroyablement lourd, avec des enjeux, sur le logement, sur la politique de la ville, vous savez, redonner des chances à ces quartiers, sur l'aménagement du territoire…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc vous n'avez pas envie de bouger, vous n'avez pas envie d'être porte-parole du gouvernement ?

JULIEN DENORMANDIE
Ma seule envie, ma seule ambition aujourd'hui, c'est de faire bien dans le ministère dans lequel je suis.

AUDREY CRESPO-MARA
Et vu votre proximité, voire votre intimité avec Emmanuel MACRON, vous savez si ce mini-remaniement, annoncé dans les heures qui viennent, va vous propulser ailleurs ? Mais votre souhait est de rester, j'ai bien entendu, à la tête de ce ministère.

JULIEN DENORMANDIE
Mais, vous savez, les remaniements, c'est quelque chose qui est vraiment décidé par un Premier ministre et par un président…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous n'en savez rien ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors je sais que le remaniement va arriver très prochainement, mais l'architecture finale du remaniement, non, je vous le confirme, je ne la connais pas, mais c'est bien normal, ce n'est pas l'avis de Julien DENORMANDIE ou du secrétaire d'Etat à la Cohésion des territoires…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous ne pouvez pas me le dire en tout cas, vous pouvez me faire un signe des yeux si jamais vous… non ?

JULIEN DENORMANDIE
Même si je pouvais vous le dire, j'en serai bien incapable parce que cette décision relève vraiment du Premier ministre et du président, et je ne connais pas exactement ce qu'ils ont en tête au moment où on se parle.

AUDREY CRESPO-MARA
Et porte-parole du gouvernement, c'est vrai que Christophe CASTANER a rempli cette fonction avec sa chaleur méridionale et que vous, vous êtes réservé, à côté, donc pour occuper ce poste-là il faut, vous pensez, avoir cette faconde-là, qu'a Christophe CASTANER, et que vous n'avez peut-être pas ?

JULIEN DENORMANDIE
En tout cas à chacun ses qualités. C'est vrai que, pour vous parlez franchement, moi je me sens très utile lorsqu'il s'agit de porter des réformes de fond, d'essayer de modifier justement ce qui ne va pas, les blocages dans le logement, dans la politique de la ville et autres, je suis peut-être moins fait pour occuper les plateaux, même si je suis très heureux d'être avec vous aujourd'hui, donc à chacun son métier. Encore une fois, moi, aujourd'hui mon envie, mon ambition, c'est de faire bien dans le ministère qui est le mien, je peux vous l'assurer, c'est déjà très difficile et très lourd.

AUDREY CRESPO-MARA
Et l'hypothèse la plus probable c'est que votre ministre de tutelle, Jacques MEZARD, s'en irait, et que vous prendriez la tête d'un ministère beaucoup plus large.

JULIEN DENORMANDIE
Non, ça je n'y crois pas du tout. Vous savez, ça fait des semaines et des semaines qu'on essaye de créer des sortes de granulométrie entre Jacques MEZARD et moi-même. Avec Jacques MEZARD on forme un formidable duo, on se connaît depuis très longtemps, on est aussi très différent sur beaucoup de choses, mais on forme vraiment ce duo qui est à même de porter l'ensemble des réformes qu'on souhaite faire.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, vous êtes celui dont tout le monde parle, mais on sait très peu de choses de vous, je vous propose de faire connaissance. Vous avez 37 ans, soit 2 ans de moins qu'Emmanuel MACRON, vous êtes marié, votre femme travaille à l'Agence française de développement, vous avez quatre enfants, vous avez des parents médecins, et de formation vous êtes ingénieur des Eaux et des Forêts. Alors, pardonnez la question, mais vous venez bien de Normandie ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui, je vous confirme, je viens de Basse-Normandie, à côté d'Argentan, et effectivement je suis père de famille, d'une famille nombreuse, et avec cette particularité, moi j'étais passionné de biologie, passionné notamment de forêt, et donc j'ai fait ces études d'ingénieur d'Eaux et Forêts.

AUDREY CRESPO-MARA
Et qu'est-ce que ça change avec un énarque, c'est quoi la différence ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors, j'ai des amis qui sont énarques, donc je ne voudrais pas décrier leur formation, mais en tout état de cause, pour moi, les études que j'ai pu faire m'ont donné une appréciation, une appréciation du réel, une appréciation de comment ça se passe dans la vie, comment fonctionne les êtres humains dans l'environnement dans lequel ils évoluent. Mais, vous savez, c'est essentiel, parce que, lorsqu'on parle de logement, lorsqu'on parle de politique de la ville, lorsqu'on parle d'aménagement du territoire, on oublie peut-être trop souvent que nous sommes des personnes vivant dans un écosystème, vivant dans un environnement, et il faut allier, à la fois constructions et environnement, à la fois relations humaines, et en même temps son petit quotidien qu'est son logement.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous avez travaillé en Egypte à l'ambassade du Caire comme conseiller économique, avant d'intégrer le ministère de l'Economie, où vous avez conseillé Pierre MOSCOVICI, puis Emmanuel MACRON. Vous avez une âme de conseiller, d'homme de l'ombre, ou c'est en attendant mieux ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi je suis une âme d'entrepreneur, et je le pense sincèrement, je ne dis pas du tout ça avec une autre sincérité que la mienne, j'ai une vraie âme d'entrepreneur. Ce qui m'intéresse c'est de prendre un projet, de le faire vivre, d'aller jusqu'au bout. Mais j'ai une deuxième caractéristique, c'est que je crois profondément que pour faire avancer les choses il faut partir du terrain, il faut partir de la vie des personnes que vous rencontrez et des blocages que vous voyez sur le terrain. Un exemple très concret. Vous savez, quand on a lancé En Marche, il y a 18 mois maintenant, on avait commencé En Marche avec une énorme opération de porte-à-porte, on est allé taper à plus de 100.000 portes, moi-même, avec certains de mes enfants d'ailleurs, j'avais tapé à énormément de portes le week-end. Eh bien, pour vous donner un exemple précis, lorsque pendant ces rencontres on rencontrait des femmes, beaucoup, déjà, nous disait « vous savez, les violences faites aux femmes, vous savez les injures sexistes dont on fait l'objet », eh bien ça c'est un véritable problème de société. Et donc, il y a 1,5 an, alors que personne n'en parlait, on avait déjà fait de l'égalité femmes/ hommes l'axe central, la cause nationale, de ce gouvernement. Et ça, c'est notre méthode, c'est partir du réel, partir du terrain, partir des blocages, en discutant avec celles et ceux qui le vivent.

AUDREY CRESPO-MARA
Et on dit aussi que vous êtes le cerveau gauche d'Emmanuel MACRON, il a de vraies convictions sociales, dit-on de vous, à Bercy on dit que vous étiez obsédé par les laissés pour compte de la mondialisation. Donc, vous êtes le petit ange sur l'épaule gauche d'Emmanuel MACRON ?

JULIEN DENORMANDIE
Je ne sais pas si Emmanuel MACRON a besoin d'un petit ange sur son épaule gauche, en tout cas ce qui est sûr c'est que moi je crois profondément qu'il faut à la fois libérer, comme ce que nous avons fait sur les ordonnances travail, mais en même temps protéger, comme ce que nous faisons aujourd'hui avec la formation professionnelle, comme ce que nous faisons aujourd'hui avec la politique de la ville, parce que, tout simplement, la liberté n'est rien sans protection, et donc, protéger est un axe essentiel. Vous ne pouvez pas juste libérer. Il faut à la fois libérer, et protéger, c'est ce qu'on va faire par exemple avec l'Assurance chômage. Quand un indépendant, aujourd'hui, veut se lancer, faire de nouveaux projets, prendre des risques, si derrière il n'y a pas une protection, ce qui est le cas aujourd'hui puisqu'il n'a pas accès au chômage, à ce moment-là il est freiné dans son dynamisme. Donc il faut libérer et protéger, en tout cas c'est ça ma conviction.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, vous êtes aussi l'homme des APL et de la loi Logement, ce sera l'information de la matinée, si vous me le confirmez, il se dit que le gouvernement serait en train de renoncer, renoncer, alors, soit à la baisse des APL, soit renoncer à la baisse des loyers HLM, parce que les bailleurs sociaux s'y opposent. Est-ce que vous me confirmez cette information ou pas ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors, je ne vous le confirme pas, parce que, il faut aller jusqu'au bout de la réforme que nous sommes en train de faire, vraiment, aller jusqu'au bout. Pour une simple raison, vous savez, aujourd'hui, il y a un Français sur six qui se considère lui-même comme mal logé, un sur six. Et donc il faut améliorer le système. Alors, on fait deux choses, d'une part, on a lancé toute un choc d'offre pour construire plus et construire moins cher. C'est un projet de loi que nous présenterons dans les prochaines semaines à l'Assemblée. Ça, c'est un premier élément. Et puis, il y a un deuxième élément qui sont les APL. Les APL, aujourd'hui, c'est à peu près dix-huit milliards d'euros, ça ne cesse d'augmenter, on sait que si nous ne faisons rien, nous allons dans le mur.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc vous maintenez la baisse des APL ?

JULIEN DENORMANDIE
Et donc, on maintient la baisse des APL, mais on maintient la baisse des APL avec quelque chose d'essentiel, toute la réforme des APL que nous faisons, elle est construite de manière à ce que les allocataires aux APL ne perdent pas un euro.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, est-ce que vous baissez, est-ce que vous continuez d'obliger les bailleurs à baisser leurs loyers HLM ?

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Alors, qu'est-ce qu'on dit aux bailleurs sociaux, en fait, c'est nous qui finançons les bailleurs sociaux, c'est l'Etat. Et donc on dit aux bailleurs sociaux : on va énormément améliorer vos conditions de financement, bref, on vous fait gagner beaucoup d'argent. Mais cet argent, on vous demande de le rétrocéder en baisse des loyers, parce que cette baisse des loyers, ça fait diminuer les APL.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais ils ne veulent pas, certains ne veulent pas et menacent même de ne plus construire de logements si vous continuez à insister…

JULIEN DENORMANDIE
Vous avez raison, nous sommes en pleine discussion avec eux, certains nous demandent d'aller plus loin sur justement ces apports financiers que nous faisons, d'autres nous disent – et c'est ça votre question – d'autres nous disent : nous, on est d'accord avec votre réforme, mais on voudrait que la baisse des loyers soit peut-être pas aussi rapide, mais en contrepartie, on préfèrerait par exemple qu'on augmente la TVA ou qu'on augmente un certain nombre de prélèvements. Et ça, c'est les négociations du moment, et ces négociations, on a bon espoir de les terminer très prochainement. Et donc on est en train de voir avec eux si cette diminution des loyers, elle peut être plus progressive, en contrepartie par exemple d‘augmenter un peu la TVA en parallèle.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous envisagez par exemple de faire une baisse des loyers sur trois, quatre ans au lieu de la faire très rapidement et d'augmenter la TVA pour les bailleurs ?

JULIEN DENORMANDIE
Par ailleurs, ce dont on discute aujourd'hui avec les bailleurs sociaux, on dit aux bailleurs sociaux, on a, chacun, un objectif, c'est de diminuer la dépendance aux APL d'environ un milliard cinq. Bon, pour ce faire, on a deux possibilités, on vous apporte beaucoup d'argent, soit, cet argent, vous le réduisez en baisse de loyers à hauteur d'un milliard cinq…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais sur l'échelonnement, c'est possible, alors, il faut l'échelonner davantage ?

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, soit, on l'échelonne sur plusieurs années, et en contrepartie de cet échelonnement, on augmente par exemple la TVA, parce que…

AUDREY CRESPO-MARA
Qui est de 5,5 aujourd'hui, qui pourrait être de combien ?

JULIEN DENORMANDIE
Qui pourrait être à 10 par exemple. Mais ça…

AUDREY CRESPO-MARA
Ça, c'est envisagé ?

JULIEN DENORMANDIE
Ça, c'est une des pistes…

AUDREY CRESPO-MARA
En discussion ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est une des pistes de discussion, parce que, encore une fois, ce qui importe à la fin, dans toute la stratégie Logement, c'est deux jambes, 1°) : construire plus et construire moins cher. Et 2°) : arrêter d'être dépendant de cette aide aux APL, qui ne cesse d'augmenter et, à la fin, si rien n'est fait, on va dans le mur.

AUDREY CRESPO-MARA
Cette discussion se termine quand, vous annoncerez quand le choix qui est fait par le gouvernement ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien, vous savez, le principe d'une négociation, c'est que vous ne savez jamais exactement à quel moment ça va se terminer, ce qui est sûr, c'est qu'on a une étape importante qui arrive d'ici la fin de semaine, qui est le projet de loi de Finances au Sénat.

AUDREY CRESPO-MARA
Il a été adopté à l'Assemblée nationale, et il passe au Sénat…

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Et pourquoi c'est important, parce que c'est au Sénat, dans ce projet de loi de Finances, que vous pouvez faire justement les ajustements que je viens d'évoquer.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, vous êtes très attendu au centième congrès de l'Association des Maires de France, qui s'ouvre dans un climat assez tendu, les maires contestent les économies que vous leur demandez, logement, fiscalité, dotations. Emmanuel MACRON reste secret sur le discours qu'il tiendra jeudi. Votre ministre de tutelle annonce un geste. J'imagine que vous en savez plus.

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, il y a plusieurs éléments qui sont essentiels avec les élus locaux. Moi, je suis persuadé que malheureusement, depuis des années, on a rompu une sorte de confiance entre les élus locaux et le pouvoir politique, pourquoi ? Parce que pendant des années, on disait aux élus locaux, on leur promettait monts et merveilles, et ensuite, on leur faisait une diminution des dotations. Les dotations, c'est un très bon exemple, aujourd'hui, les élus locaux, beaucoup, sont encore persuadés qu'on va diminuer leurs dotations.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous avez renoncé à les baisser ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais, ce n'est pas… on n'a pas renoncé aujourd'hui, dès la campagne présidentielle, on leur a dit : depuis dix ans, chaque année, vous voyez vos dotations diminuer, eh bien, nous, nous n'allons pas diminuer ces dotations…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais il y a une baisse des dépenses de treize milliards quand même…

JULIEN DENORMANDIE
Mais c'est ça qui est formidable, il n'y a pas une baisse des dépenses de treize milliards, précisément, qu'est-ce qu'on fait ? On dit aux 319 collectivités les plus importantes : l'augmentation de vos dépenses, l'augmentation de votre dépense doit être contenue dans le temps, c'est-à-dire que chaque année, votre dépense ne doit pas augmenter de plus de 1,2 %.

AUDREY CRESPO-MARA
Et alors ce geste ?

JULIEN DENORMANDIE
Et donc c'est une baisse de l'augmentation de dépenses. C'est ça dont nous parlons. Donc vous voyez, on est très loin des économies…

AUDREY CRESPO-MARA
Et ce geste dont parle Jacques MEZARD, votre ministre de tutelle, c'est quoi, qu'est-ce que vous allez faire comme geste ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien, il y a beaucoup de chantiers sur lesquels on travaille avec les élus locaux, et sur lesquels nous sommes attendus, et il faut qu'on avance encore plus vite, dont mon champ de compétences, je vais vous en donner un, c'est le numérique, aujourd'hui, les élus locaux, comme beaucoup de nos concitoyens, ils constatent que, il y a une fracture numérique partout sur le territoire, et donc le gouvernement est attendu pour pouvoir faire en sorte que le déploiement du numérique soit plus rapide, ça, c'est un des chantiers sur lequel je travaille énormément aujourd'hui, et c'est un des chantiers sur lequel les élus locaux nous attendent, et ils ont bien raison.

AUDREY CRESPO-MARA
Et les maires contestent aussi la forme, la manière brutale, disent-ils, Gérard LARCHER, le président du Sénat, dit : on ne redresse pas la France sans les collectivités. Que répondez-vous aux maires qui affirment que vous les étranglez ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi, je suis très prudent dessus, parce que ce que je veux vraiment réussir à construire avec les maires, c'est ce nouveau contrat de confiance, je suis persuadé qu'on a depuis des décennies créé un contexte où les maires n'arrivaient plus à avoir confiance dans les pouvoirs publics.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais vous savez ce qu'ils vous répondent, ils vous disent : vous n'êtes pas élu, Emmanuel MACRON n'est pas élu, localement, et donc ils ne peuvent pas comprendre…

JULIEN DENORMANDIE
Mais vous savez, peu importe d'où vous venez, peu importe d'où vous venez, ce qui importe, c'est qu'est-ce que vous faites, aujourd'hui, moi, ce que je fais, c'est que je travaille avec les élus locaux pour améliorer l'accès au numérique, je travaille avec les élus locaux pour améliorer l'accès aux services. J'étais, il y a quelques jours, en Charente-Maritime, j'avais réuni plus d'une centaine de maires, pour expliquer quelle est notre action, pour entendre leurs craintes, pour apporter des réponses, un autre exemple très concret, la taxe d'habitation, vous savez, cet impôt qui est injuste, eh bien, le gouvernement, il a pris une décision très forte, il a dit : 80 % des Français en trois ans seront exonérés des taxes d'habitation, et on dit au même moment : on va re-compenser cette taxe d'habitation pour tous les maires, mais là aussi, les maires nous disent : ok, moi, je comprends votre réforme, mais est-ce que vous allez vraiment la compenser ou pas ? Eh bien, oui, la parole de l'Etat, notre parole, elle est forte, elle sera tenue dans le temps, c'est peut-être ça qui est nouveau, et ça qui a manqué par le passé.

AUDREY CRESPO-MARA
Tous les matins, je pose une question récurrente, la question off, mais devant les caméras. C'est off, entre nous, vous avalez les dossiers au kilomètre, paraît-il, vous dînez tous les soirs au bureau, vous ne dormez jamais plus de cinq heures d'affilée, vous êtes, dit-on, le « me too » d'Emmanuel MACRON, le double d'Emmanuel MACRON. Qu'est-ce qui pourrait vous faire le quitter ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi, j'ai toujours eux deux choses qui ont guidé ma vie, d'une part, la Fonction publique, parce que je suis très attaché à la chose publique, et d'autre part, l'entrepreneuriat. Et donc ça fait déjà plusieurs fois que j'ai un projet que je mets de côté, mais un jour ou l'autre, j'arrêterai ce que je suis en train de faire aujourd'hui pour lancer un projet entrepreneurial.

AUDREY CRESPO-MARA
Quel projet ?

JULIEN DENORMANDIE
Il y a quelques mois, je devais rejoindre une nouvelle entreprise qui essayait d'améliorer ce qu'on appelle la médecine au travail, comment l'entreprise aujourd'hui peut devenir aussi un lieu de santé, et vous pouvez faire des choses formidables aujourd'hui avec les objets connectés, avec la domotique, avec le numérique…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc si vous le quittez, c'est pour réaliser ce projet ?

JULIEN DENORMANDIE
Exactement.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci beaucoup Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 novembre 2017

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