Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec Europe 1 le 23 novembre 2017, sur les relations entre l'Etat et les collectivités locales. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec Europe 1 le 23 novembre 2017, sur les relations entre l'Etat et les collectivités locales.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti :
PATRICK COHEN
Bonjour Gérard COLLOMB.

GERARD COLLOMB
Bonjour.

PATRICK COHEN
Ministre de l'Intérieur et numéro 2 d'un gouvernement en réfection. Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi ce report de jour en jour d'un remaniement annoncé depuis le week-end dernier ?

GERARD COLLOMB
Tout simplement parce que le président de la République n'arrête pas, voyez, je crois qu'il consultait lundi et mardi sur les prochaines européennes, sur les modalités d'élections, donc il était évidemment affairé, et le gouvernement était son second objectif. Donc je crois qu'il a dû commencer hier soir à réfléchir là-dessus, il recevait les maires de France, comme vous le savez, donc voilà, il va travailler aujourd'hui…

PATRICK COHEN
Donc c'est une question d'emploi du temps et de disponibilité du président de la République ?

GERARD COLLOMB
Oui, il est toujours dans le coup d'après, donc voilà, pour lui, il a déjà intégré le remaniement sans doute.

PATRICK COHEN
Bon, mais on pourrait avoir un remaniement du coup de plus grande ampleur qu'attendu ?

GERARD COLLOMB
Oui, je pense qu'il pourrait y avoir deux secrétaires d'Etat qui arrivent, mais ça sera à la discrétion évidemment du président. Le problème était que, à partir du moment où CASTANER prenait le mouvement, il fallait quand même changer quelque chose à l'intérieur du gouvernement, et donc c'est ce qui va se faire dans la journée.

PATRICK COHEN
Dans la journée, aujourd'hui ?

GERARD COLLOMB
Oui, je pense.

PATRICK COHEN
Très bien. Le Congrès des maires, Gérard COLLOMB, discours d'Emmanuel MACRON cet après-midi, vous, qui avez été pendant 16 ans, et jusqu'à il y a quatre mois, le maire de la troisième ville de France, est-ce que vous comprenez l'inquiétude, et plus que cela, la colère, on l'a entendue, des maires face aux réformes fiscales et aux efforts demandés ?

GERARD COLLOMB
Eh bien écoutez, ce que j'ai vu, et j'ai vu beaucoup de maires au cours des deux jours, j'ai dû en voir à peu près 2.000, ce n'est pas du tout la ligne sur laquelle ils sont, bien sûr, quand on leur explique par exemple qu'il va y avoir une nouvelle baisse des dotations, ils sont inquiets, mais c'est faux, au contraire…

PATRICK COHEN
Non, mais sauf qu'elles ont beaucoup baissé ces dernières années, et qu'elles ne sont pas relevées, donc on va rester sur un niveau assez bas…

GERARD COLLOMB
Oui, si vous voulez, lorsqu'on regarde les chiffres, on s'aperçoit que, au cours des trois années de baisse des dotations, l'investissement avait baissé de 8 %, et le fonctionnement, on était arrivé à moins 2. Ce qu'on propose ici, c'est de remonter sur les dépenses de fonctionnement à plus 1,2, donc ça donne…

PATRICK COHEN
Maximum !

GERARD COLLOMB
Oui, ça donne à nouveau des marges de manoeuvre. Et donc moi, je fais toujours évidemment comme ancien maire un exercice à blanc, je regarde ce qu'est la loi de Finances, j'essaie de me l'appliquer, et je me demande si ça va pour mon budget. Eh bien, oui, ça va sur mon budget, quand vous expliquez ça à l'ensemble des maires, alors, à ce moment-là, ils sont totalement rassurés. Et l'ambiance, hier, à l'Elysée, était plutôt paisible. Je pense que le président MACRON va continuer à les rassurer aujourd'hui.

PATRICK COHEN
Ce n'est pas tout à fait ce qu'on a entendu dans nos reportages, par exemple sur la compensation de la taxe d'habitation, ça suscite beaucoup d'inquiétude, de quelle façon pourra-t-elle être garantie au-delà de 2018 cette compensation ?

GERARD COLLOMB
Alors, le président a été extrêmement clair là-dessus, jusqu'à présent, on avait des compensations, c'est-à-dire que d'année en année, par exemple sur la taxe professionnelle, qui avait été créée dans le temps, on baissait d'année en année, là, il a employé le mot, et les mots ont leur sens, dégrèvement et pas compensation. Ça veut dire que les collectivités locales vont toucher exactement ce qu'elles percevaient, et même pour le futur, si leur base s'accroît, c'est-à-dire s'il y a davantage de population, de logements construits, elles toucheront davantage. Et les maires conserveront leur pouvoir de taux, mais évidemment, si, par exemple, ils augmentent de 20 %, on prend en compte le compte administratif 2017, c'est-à-dire avant l'annonce, de manière à ce qu'ils aient le pouvoir de taux, mais à ce moment-là, leurs habitants repaient.

PATRICK COHEN
Donc ce sera garanti par la loi, en quelque sorte, Gérard COLLOMB ?

GÉRARD COLLOMB
Ce sera garanti par la loi.

PATRICK COHEN
Il y a beaucoup de déficits à combler, dit François BAROIN, le président de l'association des maires de France, mais il y a surtout un déficit de considération à l'égard des élus. Il a raison ?

GERARD COLLOMB
Oui, vous savez, François BAROIN, je le connais bien, puisque l'an dernier, nous faisions ensemble une tribune pour protester contre la baisse des dotations. Et donc nous étions avec lui, avec Olivier DUSSOPT, vous voyez, nous, on n'a pas changé d'avis, on était contre la baisse des dotations, on l'est toujours, simplement, on a dit : on ne fera pas de baisse des dotations. Or, je vous rappelle que François BAROIN, lui, était derrière un candidat qui voulait faire à nouveau, dans un premier temps, 20 milliards de baisse des dotations, dans un deuxième temps, 10 milliards, il avait été un peu plus raisonnable, mais quand même, c'était quelque chose d'extrêmement fort. Et donc là, on aurait eu pour le coup un Congrès des maires qui aurait beaucoup pleuré.

PATRICK COHEN
Ce dont on parle ce matin, là, en ce moment, Gérard COLLOMB, c'est la vie quotidienne de beaucoup de Français, les services publics de proximité, est-ce que tous les territoires doivent être traités de la même façon, les collectivités rurales se plaignent, et les communes de banlieue devraient perdre des ressources, des communes de banlieue devraient perdre des ressources l'an prochain, c'est ce que dit notamment François PUPPONI, l'ancien maire de Sarcelles, député PS du Val d'Oise, vous l'avez peut-être entendu à l'Assemblée nationale, qui affirme que les réseaux salafistes sont en train de prendre la place de services publics menacés de fermeture. Que lui répondez-vous ?

GERARD COLLOMB
Alors sur les régions rurales, la DETR, c'est-à-dire ce qui est consacré donc aux communes rurales, augmente encore cette année. Si vous voulez, elle avait été augmentée beaucoup au cours des deux dernières années, mais c'était pour compenser la baisse des dotations. Cette année, 1°) : il n'y a plus de baisse des dotations, la DETR donc, l'investissement pour les communes rurales est maintenu, et il y a ce qu'on appelle la DSIL, qui peut aller soit aux villes, soit aux zones rurales, et qui est non seulement conservée, mais inscrite dans le code général des collectivités locales, ça veut dire totalement pérennisée. Sur les communes…

PATRICK COHEN
Donc les collectivités rurales ont tort de se plaindre, Gérard COLLOMB, il n'y a pas de souci là-dessus ?

GERARD COLLOMB
Eh bien, là, je pense qu'elles vont être assez bien servies, et donc, elles vont le voir au cours des prochains mois, lorsqu'elles vont prendre contact avec les préfets, elles vont voir que les projets effectivement qu'elles voulaient sortir vont pouvoir se développer.

PATRICK COHEN
Sur les banlieues ?

GERARD COLLOMB
Sur les banlieues. Sur les banlieues, pour moi, c'est l'urgence première, dans la mesure, vous voyez, où il faut refaire nos villes. Nos villes, elles se sont stratifiées, et on voit bien qu'il y a aujourd'hui des quartiers, des communes qui sont riches, et d'autres qui sont pauvres, qui sont en voie de paupérisation, de ghettoïsation. Il faut effectivement remettre en avant ces quartiers, refaire de la continuité urbaine, de la mixité sociale, de manière à ce que chacun puisse vivre ensemble, et qu'on ne connaisse pas ces phénomènes de ghettoïsation quand on est par exemple dans la première couronne parisienne.

PATRICK COHEN
Donc les communes traitées par la politique de la ville doivent être bien servies, dans le budget…

GERARD COLLOMB
Oui, elles doivent être bien servies. Enfin, pour ce qui nous concerne, ministre de l'Intérieur, c'est un des points auxquels je m'attacherai, parce que je pense, effectivement, que si on veut que la France puisse demain être heureuse de vivre ensemble, il faut effectivement refaire, là, un investissement considérable.

PATRICK COHEN
Et le risqué salafiste dont parlait François PUPPONI, il citait notamment le cas d'une école qui accueillait des enfants, il avait alerté le préfet, le préfet lui disait : eh bien, il n'y a rien à faire, on ne peut rien faire.

GÉRARD COLLOMB
Oui, si, on essaie de faire, en particulier, les consignes que je donne sont des consignes très fermes, si vous voulez, on s'aperçoit bien effectivement que comme on a laissé dériver un certain nombre de quartiers, qu'ils ont été petit à petit abandonnés, que, on va dire, un certain nombre de populations sont parties, s'y sont installés ceux qui pouvaient être réceptifs à l'idéologie salafiste, et il y a des quartiers qui se sont communautarisés, mais justement, il faut les faire revenir dans la République, leur redonner les services. Quand BLANQUER, par exemple, dit : je vais dédoubler les classes, c'est justement pour éviter cette ghettoïsation, et pour les ramener dans les valeurs qui sont celles de la France. Leur redonner notre culture, qu'ils participent pleinement de la nation.

PATRICK COHEN
Les prochaines élections municipales auront-elles lieu en 2020, Gérard COLLOMB ?

GERARD COLLOMB
C'est une question qui n'a pas encore été tranchée, tranchée chez le président de la République, les maires, si, ils ont tranché, pour leur majorité, ils aimeraient bien que ce soit en 2021.

PATRICK COHEN
Donc c‘est possible…

GÉRARD COLLOMB
Donc c'est possible…

PATRICK COHEN
Il est possible qu'il y ait un regroupement des municipales, des départementales et des régionales en 2021… ?

GÉRARD COLLOMB
Donc c'est possible, il y a quelques points constitutionnels évidemment importants qu'on est en train de regarder.

PATRICK COHEN
Pour les européennes de 2019, y aura-t-il des listes nationales ?

GÉRARD COLLOMB
Eh bien, justement, c‘est sur ce point que le président de la République est en train de consulter au cours de ces deux jours, il voit tous les chefs de parti pour leur demander s'ils aiment mieux un scrutin qui soit national ou bien régional. Et donc il fera savoir, je pense, son point de vue, après avoir vu les uns et les autres dans quelque temps.

PATRICK COHEN
Il y a eu la semaine dernière huit suicides de policiers en 2017, ils sont avec les gendarmes plus de 60 à s'être donné la mort, vous avez saisi les directions respectives. Quels dispositifs peut-on imaginer, Gérard COLLOMB, pour prévenir ce phénomène ?

GERARD COLLOMB
Mais vous voyez, évidemment, c'est toujours quelque chose de douloureux, après, quand vous regardez au cas par cas, on s'est aperçu par exemple la semaine dernière qu'il y avait une femme qui était atteinte d'un cancer en phase terminale, elle s'est suicidée. Un autre qui s'est suicidé, qui avait perdu sa femme, elle aussi, atteinte d'un cancer. Donc vous voyez, vous avez toujours des problèmes individuels, et qui se mêlent après à des difficultés du métier. Evidemment, les policiers, c'est toujours la face sombre de la société qu'ils voient, ils sont confrontés à la misère humaine. Donc c'est des conditions de travail extrêmement difficiles. Et donc nous avons mis en place déjà des cellules psychologiques pour soutenir, mais il faut encore aller plus loin. Moi, je rencontre la semaine prochaine, je crois, les organisations syndicales de manière à pouvoir discuter avec elles. Et ma direction générale donne des consignes à tous les directeurs départementaux de veiller avec beaucoup d'attention à cela. Mais je dirais même que ce sont les policiers qui ont à veiller à leurs collègues, de manière à ce que lorsqu'ils voient un signe de stress, de dépression, faire très attention à eux.

PATRICK COHEN
Merci Gérard COLLOMB, ministre de l'Intérieur, d'être venu ce matin au micro d'Europe 1.

GERARD COLLOMB
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 novembre 2017

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