Interview de Mme Annick Girardin, ministre des Outre-mer, avec Public Sénat le 27 novembre 2017, sur les efforts en faveur de l'Outre-mer. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Annick Girardin, ministre des Outre-mer, avec Public Sénat le 27 novembre 2017, sur les efforts en faveur de l'Outre-mer.

Personnalité, fonction : GIRARDIN Annick, VIGUIER Cyril .

FRANCE. Ministre des Outre-mer;

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CYRIL VIGUIER
Bonjour à tous, bonjour à ceux qui nous rejoignent dans cette deuxième partie de « La matinale d'info », c'est « Territoires d'infos » avec l'invité politique en direct à 8h00 sur ce plateau. Bonjour, aujourd'hui c'est Annick GIRARDIN, la ministre des Outre-mer, merci d'être avec nous.

ANNICK GIRARDIN
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Pour vous interroger, à mes côtés, Oriane MANCINI, la spécialiste politique de Public Sénat, bonjour, et Samuel RIBOT de l'Agence locale de presse qui travaille, entre autres, pour Les Nouvelles Calédoniennes. Annick GIRARDIN, des dossiers sensibles s'accumulent Outre-mer, est-ce que ce sont de potentielles bombes à retardement pour Emmanuel MACRON ? Reconstruction des îles après les ouragans, la Nouvelle-Calédonie avec un référendum qui pointe, la Guyane, est-ce que tout ça c'est des problèmes importants qui arrivent pour le président ?

ANNICK GIRARDIN
Alors d'abord, vous dire une chose, que les Outre-mer sont bien sûr à l'avant-poste des risques, mais à l'avant-poste des solutions, et que, certes, il y a des difficultés dans les territoires d'Outre-mer, comme dans beaucoup de territoires, mais il y a aussi des innovations, il y a aussi à regarder cette richesse des territoires d'Outre-mer. Je le dis parce que, malheureusement, sur les chaînes nationales, on ne voit l'Outre-mer qu'à travers les difficultés. Alors, ça ne veut pas dire qu'il n'y en n'a pas et ça ne veut pas dire, effectivement, que les défis…

CYRIL VIGUIER
C'est-à-dire que les ouragans ont mis aussi la lumière sur les difficultés.

ANNICK GIRARDIN
Tout à fait ; sont énormes, et que, quand on parle de Saint-Martin, de la Guyane, de Mayotte, ou le dossier calédonien, qui n'a rien à voir, qui est effectivement 30 ans de processus politiques, oui, on voit l'importance du travail qu'il y a à réaliser dans les territoires d'Outre-mer.

CYRIL VIGUIER
On va parler de tout ça, on va détailler tout ça.

ANNICK GIRARDIN
Des bombes à retardement ? Oui et non. Oui, si éventuellement c'est mal traité, et non si, comme on le fait depuis déjà 6 mois, et comme l'a fait aussi, dans certains cas, le gouvernement précédent, les choses sont regardées de manière...

CYRIL VIGUIER
Auquel vous apparteniez, il faut le dire.

ANNICK GIRARDIN
Auquel j'appartenais ; de manière différenciée. Moi je crois que le mot du président de la République et de ce gouvernement, ou du moins l'objectif, c'est ça, la différenciation, différenciation des territoires.

CYRIL VIGUIER
On commence par Samuel RIBOT.

SAMUEL RIBOT
Différenciation des territoires justement, c'était quelque chose qui était réclamé par les ultramarins, vous êtes vous-même ultramarine, puisqu'élue de Saint-Pierre-et-Miquelon, est-ce que vous pensez que c'était important d'expliquer, y compris au niveau national, que les Antilles ce n'est pas la Polynésie, que la Nouvelle-Calédonie ce n'est pas la Guyane, et que c'est une manière de prendre en compte les Outre-mer qui permet d'avancer ?

ANNICK GIRARDIN
Alors, d'abord moi, et vous le savez, je défends le réflexe Outre-mer, parce que rare, dans une administration centrale, jusqu'à très peu de temps, quand on pense une loi, quand on pense un outil, on pense spécificités des territoires d'Outre-mer, j'aurais envie de dire spécificités des territoires isolés, parce qu'il arrive aussi que des spécificités en métropole, ou dans l'Hexagone, ne sont pas suffisamment prises en compte. Je crois qu'il y a eu les périodes de décentralisation, de déconcentration, il y a aujourd'hui la période de la différenciation, et moi je m'en félicite, pour l'ensemble des territoires, parce que c'est ce qu'on fait aussi, aujourd'hui, dans la négociation, dans la relation avec les territoires, relation franche, partage de responsabilités également sur les territoires, pour moi c'est important. Et, oui, on n'apporte pas la même solution en Guyane, qu'on ne l'apporte à La Réunion, à Wallis et Futuna ou à Saint-Pierre-et-Miquelon. On voit bien combien cette France elle est riche en territoires, donc riche de sa diversité, et il faut qu'elle soit prise en compte.

ORIANE MANCINI
Annick GIRARDIN, la semaine dernière avait lieu le Congrès des maires, parmi les mesures qui ont déclenché la colère des élus, la baisse des contrats aidés. Les collectivités d'Outre-mer, et particulièrement La Réunion, bénéficient d'un recours massif aux emplois aidés, en baissant ce nombre, est-ce que vous ne privez pas ces collectivités d'un outil de lutte contre le chômage ?

ANNICK GIRARDIN
Alors, les contrais aidés dans les territoires d'Outre-mer, c'est une décision qui a été prise, c'était annoncé par le président de la République, cette décision elle est appliquée. Nous l'avons fait à un rythme différent dans les territoires d'Outre-mer, la baisse a été beaucoup moins importante dans les territoires d'Outre-mer, on s'est battu pour que ce soit le cas, les élus des territoires, bien sûr également, et la réponse a été positive. La baisse est moins importante, et elle va continuer à être moins importante sur les années à venir. En même temps on ne peut pas se contenter, dans les territoires d'Outre-mer, comme ailleurs, de cette seule réponse à la difficulté du chômage des jeunes, qui est beaucoup plus important dans les territoires d'Outre-mer qu'en métropole. On voit bien donc que c'est une histoire d'écosystème. Et souvent on dit que j'ai comme chantier la revue de la fiscalité, non, pas que de la fiscalité, la revue de l'écosystème du développement économique et de la formation dans les territoires d'Outre-mer, qui vont obligatoirement accompagner cette prise en compte de ce que les Outre-mer doivent faire, c'est-à-dire les grands défis de leur siècle que sont la lutte contre effectivement le chômage, donc un développement économique beaucoup mieux intégré dans leurs bassins maritimes et puis, bien sûr, également le défi environnemental, vous le savez. L'emploi jeune ce n'est pas la seule solution, formation, réponses aux besoins réels des territoires, écosystème pour le développement économique. Restera toujours un volet social, et ce volet social c'est un volet que l'on discute dans le cadre des Assises des Outre-mer, qui vont se dérouler jusque fin janvier dans les territoires, pour trouver des solutions, parce qu'il y a toujours besoin d'un dispositif social qu'il faut redéfinir.

ORIANE MANCINI
On va y revenir sur ces Assises, mais il y a une autre mesure qui a du mal à passer, c'est les économies qui sont demandées aux collectivités, est-ce que, selon vous, il faut améliorer la capacité d'autofinancement des collectivités d'Outre-mer ?

ANNICK GIRARDIN
Alors, vous savez, les territoires d'Outre-mer ce n'est pas que l'autofinancement, je parlais d'écosystème tout à l'heure, c'est véritablement comme ça qu'il faut voir le développement des territoires d'Outre-mer, et le faire avec les élus de terrain. Moi je suis une femme de terrain, je consacre 40 % à la construction, ou la reconstruction de ces territoires, avec les élus eux-mêmes, mais aussi il faut le faire avec les associations et les citoyens, qui sont porteurs d'innovation, et c'est par l'innovation, c'est par la réforme, mais l'Etat a un rôle, c'est l'accompagnement, qu'il soit financier ou en ressources humaines. Vous savez, les Outre-mer ont souvent besoin d'ingénierie, on a beaucoup de petites collectivités territoriales qu'ont besoin d'ingénierie pour les accompagner dans leurs projets, pour bénéficier à la fois de ce qui existe en termes de fonds nationaux, mais aussi européens. Et c'est souvent ce qu'on remarque, c'est-à-dire qu'il y a les ressources propres, bien sûr, mais il y a aussi de l'accompagnement financier qui n'est pas suffisamment utilisé faute de capacité à monter les projets dans un temps nécessaire.

SAMUEL RIBOT
La Cour des comptes s'est intéressée à la question de la sur-rémunération, ou de l'indexation des fonctionnaires dans les territoires ultramarins, il y a à peu près deux écoles pour considérer ce phénomène. Le premier consiste à dire que ça induit une distorsion dans le coût de la vie, puisque les fonctionnaires bénéficient d'une indexation qui renchérit leur salaire, et l'autre école de pensée consiste à dire que ça permet justement d'apporter du pouvoir d'achat et donc de faire tourner les économies locales. Quelle est la position de la ministre des Outre-mer sur cette question-là ?

ANNICK GIRARDIN
Alors, dans ce gouvernement il n'est pas question, soyons très clairs, de remettre en cause la sur-rémunération dans les territoires d'Outre-mer. Vous savez, la sur-rémunération elle est calculée avec deux éléments, d'abord le coût de la vie dans les territoires d'Outre-mer, et donc la sur-rémunération à des taux différents selon les territoires, mais aussi l'éloignement, et je crois qu'il faut tenir compte de cet élément aussi d'éloignement. Ce n'est pas le même coût de pouvoir effectivement aller en Polynésie et revenir, que d'aller effectivement dans les Antilles et revenir, on voit que le périple n'est pas le même non plus, et donc il y a ces deux données. Le gouvernement précédent avait travaillé sur le coût de la vie dans les territoires d'Outre-mer, il faut continuer à faire en sorte qu'il y ait davantage de possibilités de faire baisser les prix dans les territoires d'Outre-mer, en même temps il faut accompagner le développement économique. La fonction publique a souvent été une réponse, dans les territoires d'Outre-mer, à l'absence de développement économique, on a fait du social ou on a fait de l'accompagnement à travers la fonction publique. Cette fonction publique qu'il faut d'ailleurs maintenir, parce que, je le disais tout à l'heure, il y a besoin d'ingénierie. Mais, il y a besoin aussi, et surtout, d'un développement économique. Un territoire qui ne produit pas c'est un territoire qui se meurt, et il y a beaucoup de territoires d'Outre-mer aujourd'hui qui doivent retrouver un élan dans les productions de leurs territoires. Et moi je suis contente que Bruno LE MAIRE, aujourd'hui, parle effectivement de cette relance de l'industrie, de cette relance de l'économie française.

CYRIL VIGUIER
On va parler des Assises de l'Outre-mer qui vous tiennent à coeur, elles ont été lancées il y a 2 mois, quelle est la réalité des objectifs à atteindre, Annick GIRARDIN ?

ANNICK GIRARDIN
Les objectifs des Assises des Outre-mer c'est de construire, en 6 mois, en 1 an, les réponses dont les territoires d'Outre-mer ont besoin, ces réponses sont multiples. Il y a d'abord le cadre, il y a un cadre institutionnel, où il nous faut effectivement regarder les choses de près, le président de la République l'a dit en Guyane, ceux qui voudront aller plus loin dans la volonté d'avoir des habilitations particulières pour agir sur les territoires, répondre à des spécificités, on pourra l'accompagner. Il y a l'écosystème économique, donc revue de toutes les aides économiques, pour avoir une réponse plus adaptée, et puis il y a également, bien sûr, comment sur les territoires on incite l'innovation, comment on pousse à l'innovation, comment on crée cette dynamique. Et pour créer cette dynamique il faut pouvoir, aussi, créer une dynamique à partir des territoires, et les Assises des Outre-mer c'est de mettre en avant les réponses des territoires d'Outre-mer, les innovations, de redonner la parole à ceux qui ne l'ont pas. Dans les territoires d'Outre-mer c'est là où il y a eu le plus bas taux de participation aux dernières présidentielles, ça veut bien dire que la confiance est à renouer, avec, bien sûr, les élus des territoires, mais avec les populations, avec les associations.

CYRIL VIGUIER
La traduction sur les populations d'ailleurs, qu'elle est-telle ?

ANNICK GIRARDIN
La traduction c'est véritablement des réponses. Si on prend en Guyane, la traduction, ce sont des écoles, ce sont des hôpitaux, ce sont des projets économiques de jeunes, qui sont accompagnés, enfin, qui pourront être mieux accompagnés, parce qu'aujourd'hui les dispositifs ne sont pas adaptés. C'est de permettre une meilleure intégration dans les bassins maritimes, c'est de permettre à une région, à un département d'Outre-mer, de passer un accord avec son voisin, parce qu'ils sont en mesure, ensemble, de voir économiquement quelle réponse on peut apporter ensemble.

ORIANE MANCINI
Annick GIRARDIN, des outils existent déjà, il y a déjà eu des Etats généraux de l'Outre-mer, il y a des contrats Plan Etat-Région, les outils sont nombreux, est-ce que ces Assises ce n'est pas aussi un moyen, pour le gouvernement, de gagner du temps ?

ANNICK GIRARDIN
Non, parce que vous savez, ces Etats généraux des Outre-mer, je les ai aussi vécus, ça fait quand même un certain temps que je suis parlementaire et j'ai été aussi élue du territoire de Saint-Pierre-et-Miquelon, élue locale, donc j'ai participé à toute cette réflexion. Ce qu'il faut absolument voir c'est qu'à chaque fois qu'il y a une réflexion, il y a une dynamique qui se crée, ce qu'il ne faut pas louper c'est, derrière cette dynamique, la concrétisation des projets, parler projets – vous me parlez d'objectifs, bien sûr qu'on en a – mais parler projets, parce que les projets sont portés par les territoires, ils ont besoin d'être identifiés, ils ont besoin d'être soutenus, au niveau où il est indispensable de le faire. Et là aussi, territoire par territoire, on ne développe pas… Je parlais de coopération régionale, pourquoi ? Parce que la réponse, à Mayotte, ne pourra pas se faire sans qu'on ait un travail avec effectivement les Comores, et on voit bien qu'à chaque fois il y a un travail global qui n'est pas fait. Oui, ce sera différent, parce que moi je m'engage à ce que la dynamique ne s'arrête pas après le moi de mars, avril, quand le livre bleu des Assisses des Outre-mer sera publié, parce que derrière il y a encore du travail, et jusqu'au budget 2019.

ORIANE MANCINI
On va parler de la reconstruction, puisque l'Etat et Saint-Martin ont signé mardi un accord de reconstruction de l'île, balayée par l'ouragan Irma. Est-ce que cet accord c'est l'occasion de changer les règles et surtout de mettre fin aux dysfonctionnements ?

ANNICK GIRARDIN
Alors, Saint-Martin a connu une épreuve horrible, avec le cyclone irma, mais vous le disiez tout à l'heure, le passage du cyclone irma c'est aussi la révélation d'un territoire qui était fragile, comme d'autres territoires d'Outre-mer. Ces fragilités, aujourd'hui, dans la reconstruction, il faut qu'on puisse lutter contre. Alors, d'abord une adaptation au dérèglement climatique, puisqu'on le sait maintenant, et ceux qui ne le savaient pas, malheureusement, peuvent le voir avec Irma, moi j'ai fait partie de ceux qui ont travaillé sur la COP21, c'est un sujet sur lequel je travaille depuis très longtemps, l'adaptation au dérèglement climatique, l'adaptation à son contexte géographique. Mais au-delà, effectivement, comment on reconstruit, dans quelles conditions on reconstruit, de manière plus durable, est-ce qu'on continue à construire au bord de l'eau aujourd'hui, sans doute pour certaines activités, d'autres non, est-ce qu'on contrôle mieux l'urbanisation, et comment l'Etat, parce que c'est de sa responsabilité, accompagne la collectivité territoriale de Saint-Martin, qui a des compétences en matière d'urbanisme, puisqu'elle a un statut particulier, l'article 74 comme on l'appelle dans les territoires d'Outre-mer.

SAMUEL RIBOT
En matière de reconstruction, il est justement prévu qu'un plan local d'urbanisation soit conclu, qu'il soit beaucoup plus contraignant, des normes cycloniques, vous l'avez dit, peut-être des zones où il serait impossible de construire à l'avenir. Quels sont les engagements qui doivent être pris pour éviter la situation catastrophique qui a suivi le passage du cyclone ?

ANNICK GIRARDIN
L'Etat accompagne de plusieurs manières, d'abord financièrement, effectivement, la collectivité, pour pouvoir se préparer à cette reconstruction et accompagner cette reconstruction, et puis en ingénierie. Il faut qu'on renforce les ressources humaines sur le territoire de Saint-Martin pour accompagner la collectivité à appliquer effectivement les règles d'urbanisme aujourd'hui, comme il faut effectivement aujourd'hui le faire, c'est-à-dire tenant compte de ce dérèglement climatique et des règles d'urbanisme. On ne peut pas mettre la vie des gens en danger à nouveau, c'est quelque chose que l'Etat n'acceptera pas.

CYRIL VIGUIER
Autre sujet, la Nouvelle-Calédonie, que vous connaissez bien Samuel RIBOT.

SAMUEL RIBOT
Oui, alors, vous vous rendez avec le Premier ministre en Nouvelle-Calédonie cette semaine, un comité des signataires s'est tenu au début du mois de novembre, qui a été plutôt salué par ses participants, or, comme il est de coutume, lorsque les élus sont rentrés en Nouvelle-Calédonie il y a des discours un petit peu différents, dissonants, qui se sont fait entendre, il y a notamment une prise de position un petit peu radicale de la part de certains élus indépendantistes. Comment appréhendez-vous ce contexte dans lequel vous vous rendez, en Nouvelle-Calédonie, avec le Premier ministre ?

ANNICK GIRARDIN
Vous savez, vous l'avez dit, la réunion à Paris, ce comité des signataires s'est bien passé, et avec effectivement des décisions politiques qui étaient fortes, alors, au retour, effectivement, en Calédonie, il y a eu des débats ; il y a toujours, vous savez, dans une délégation, des gens qui représentent leur groupe, leur mouvement, et il y a toujours débat ensuite parce qu'il y a des positions à prendre. Mais on le voit bien là, la loi organique qui doit être prise très rapidement, et qui organise ce référendum et les conditions de ce référendum, a eu un avis, à l'unanimité, au Congrès. On voit bien que le message il est fort, même s'il y a débat, et c'est normal qu'il y ait débat. Ça fait 30 ans aujourd'hui que la Calédonie est dans un processus politique, dont il faut se féliciter d'ailleurs, de construction, d'un destin commun avec l'approche de rendez-vous référendaires qui sont des moments importants, mais il ne faut pas voir ces moments comme un fin d'un processus, mais pour moi, comme le début d'une histoire nouvelle pour la Calédonie et les calédoniens, une page qu'il faut entièrement écrire, et écrire avec cette jeunesse. Et moi je me réjouis qu'au-delà, effectivement, de la question du référendum, on travaille, dans le cadre des Assises, sur la jeunesse en Calédonie, et l'avenir de la Calédonie, qu'il faut écrire avec cette jeunesse, je le redis encore.

ORIANE MANCINI
Dernière question sur ces dossiers Outre-mer. Un petit mot sur la Cité des Outre-mer qui a pour but de faciliter la découverte des Outre-mer, c'est un projet promis depuis 15 ans, lancé à La Villette par François HOLLANDE en mars 2017, qui a déclaré son irréversibilité, et depuis rien ne bouge, alors qu'elle devait voir le jour en 2019. Est-ce que c'est un projet qui est encore d'actualité ?

ANNICK GIRARDIN
Alors, c'est un projet qui a plus de 30 ans, qui est d'actualité, qui est débattu dans le cadre des Assises. C'est un projet, où moi, quand je suis arrivée, j'ai trouvé un ministère de l'Outre-mer très engagé, et il restera engagé, mais un ministère de la Culture absent du projet, une région Ile-de-France absente du projet, alors que la présidente d'Ile-de-France souhaite revenir, bien sûr accompagnée par la Mairie de Paris, il faut s'en féliciter. Un travail qui n'avait pas suffisamment été fait avec les territoires d'Outre-mer, parce que cette Cité des Outre-mer elle n'a un sens que si elle est en lien avec les territoires, même si elle est effectivement en lien avec les ultramarins qui vivent dans l'Hexagone. On voit bien que, de mon point de vue, ce manque de projet collectif autour de cette Cité des Outre-mer, je veux redonner un projet collectif aux territoires d'Outre-mer, là aussi c'est important. Elle aura lieu cette Cité des Outre-mer, elle se fera, elle se fera avec 1 an de retard.

ORIANE MANCINI
Un an de retard…

ANNICK GIRARDIN
Elle était prévue être aujourd'hui, déjà, enfin le bâtiment devait être rénové à partir de maintenant.

ORIANE MANCINI
Donc 2020.

ANNICK GIRARDIN
Elle sera, effectivement, cette Cité des Outre-mer, en 2020…

CYRIL VIGUIER
Ça c'est une annonce ?

ANNICK GIRARDIN
Oui, c'est un engagement que j'ai pris à l'Assemblée nationale. Le tout c'est de se dire, rénover un bâtiment pour en faire une Cité des Outre-mer, c'est bien, penser son fonctionnement dans la durabilité, c'est mieux.

CYRIL VIGUIER
Emmanuel MACRON a annoncé dans un grand discours samedi ses mesures pour lutter contre les violences faites aux femmes, les chiffres publiés par le ministère de l'Intérieur début septembre montraient que les territoires d'Outre-mer étaient davantage touchés par ces violences. Faut-il des mesures spécifiques, particulières, pour ces territoires ?

ANNICK GIRARDIN
Il y a un tel retard, notamment dans les structures d'accueil, que oui il faut agir oui et très vite.

CYRIL VIGUIER
Et quelles sont-elles ?

ANNICK GIRARDIN
La première, d'ailleurs, des mesures qu'on a décidées en arrivant, c'est de renforcer les informations, ou les données que l'on a. Vous savez que nos chiffres, en Outre-mer, datent de 2000, donc on a cette nécessité de, ça a déjà été prévu pour trois départements d'Outre-mer, d'aller plus loin dans une étude territoire par territoire, il nous faut pouvoir le faire aussi en Polynésie, on manque complètement de données, et puis il faut accompagner davantage les territoires d'Outre-mer. Un rapport du CESE sur les violences faites aux femmes me sera remis très certainement dans deux semaines, avec la secrétaire d'Etat, et j'espère que ce sera fait sur un territoire d'Outre-mer, moi j'ai proposé que ce soit en Martinique, ce sera symbolique, plutôt que de tout faire à partir de Paris.

ORIANE MANCINI
Un petit mot sur le remaniement Annick GIRARDIN. Olivier DUSSOPT a été nommé secrétaire d'Etat chargé de la Fonction publique, vous étiez, vous, ministre de la Fonction publique dans le gouvernement précédent, vous diriez qu'Emmanuel MACRON s'est rendu compte que ce poste manquait dans son gouvernement ?

ANNICK GIRARDIN
Il y a une ambition, une ambition de faire que cette Fonction publique elle soit à la hauteur des défis que la France a à relever et au service de nos concitoyens, encore plus qu'hier, et je crois que c'est une bonne chose aujourd'hui d'avoir un secrétaire d'Etat qui va mener cette politique et cette volonté de faire qu'on ait une Fonction publique adaptée à ce qu'a besoin aujourd'hui la France et nos concitoyens.

SAMUEL RIBOT
Le maintien de Christophe CASTANER au porte-parolat (sic), au gouvernement, pardon, est-ce que c'est problématique, est-ce que c'est quelque chose qui est compatible avec ses nouvelles fonctions à la tête de La République En Marche ? Quelle est votre position là-dessus ?

ANNICK GIRARDIN
Vous savez, j'aurais tendance à dire que tout dépendra de la manière dont monsieur CASTANER mènera, à l'avenir, sa mission, et moi, je lui fais toute confiance, on savait tous que porte-parolat, ce n'était pas possible, il n'y a pas de raison qu'il ne puisse pas le faire, à lui, effectivement de trouver ce juste équilibre qui sera le sien à l'avenir.

ORIANE MANCINI
Très rapidement, dans deux semaines, les radicaux vont mettre fin à 45 ans de divisions, et fusionner, PRG et Parti Radical Valoisien, vous appartenez, vous, au PRG, est-ce que vous vous félicitez de cette réunification ?

ANNICK GIRARDIN
Vous savez, moi, je crois, honnêtement, que la recomposition politique aujourd'hui, elle est indispensable, sur mon territoire, et beaucoup d'Outre-mer d'ailleurs, ont largement anticipé cette réflexion, puisqu'on a nos partis politiques, et moi, j‘ai un parti politique qui est déjà beaucoup plus large de ce que peuvent être simplement les Radicaux à Saint-Pierre-et-Miquelon, et ça, c'est important, et cette réconciliation, ce travail commun, il doit par contre se faire sur des bases et des valeurs communes, et nous avons encore un travail à accomplir.

CYRIL VIGUIER
Annick GIRARDIN, avec Jean-Yves LE DRIAN, vous faites partie de ces ministres qui étaient présents dans le gouvernement précédent, celui de François HOLLANDE et Manuel VALLS, vous ressentez quoi quand vous entendez l'ancien président de la République ou Michel SAPIN, critiquer ce gouvernement, voilà, prendre des prises de parole, critiques en tout cas ?

ANNICK GIRARDIN
Ecoutez, chacun peut s'exprimer, et moi, ça m'est arrivée dans l'ancien gouvernement, comme ça m'arrivera peut-être de dire un certain nombre de choses que l'on pense, personnellement, et qu'on porte dans nos combats politiques, Michel SAPIN, comme le président de la République François HOLLANDE, pour qui j'ai beaucoup de respect, avec qui j'ai apprécié de travailler…

CYRIL VIGUIER
Que vous voyez encore, que vous voyez encore ?

ANNICK GIRARDIN
Non, non, je ne l'ai pas revu, vous savez, moi, je suis une femme d'action, et je n'ai pas une minute pour moi-même, donc c'est un peu compliqué. Mais oui, chacun donne son opinion, le tout est que les Français comprennent bien qu'on est à leur service, dans l'action, pour faire que, effectivement, on puisse à la fois libérer les énergies, je le redis, et protéger les plus faibles, c'est ma mission, et c'est ce que je fais dans les territoires d'outre-mer.

CYRIL VIGUIER
Merci beaucoup Annick GIRARDIN, ministre des Outre-mer, d'avoir été l'invitée de « Territoires d'infos ».


source : Service d'information du Gouvernement, le 29 novembre 2017

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