Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à Sud Radio le 1er décembre 2017, sur la réforme de la sélection universitaire et le port du voile à l'université. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à Sud Radio le 1er décembre 2017, sur la réforme de la sélection universitaire et le port du voile à l'université.

Personnalité, fonction : VIDAL Frédérique, ROGER Patrick.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation;

ti :


PATRICK ROGER
Bonjour Frédérique VIDAL.

FREDERIQUE VIDAL
Bonjour.

PATRICK ROGER
La recherche et notamment contre le sida, la sélection à l'université, beaucoup de questions encore ce matin. Tout d'abord les nouvelles promesses aussi d'Emmanuel MACRON en Afrique, la création d'un visa long séjour pour les étudiants africains, ils pourront rentrer chez eux mais aussi revenir en France, c'est une bonne chose ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors tout ce qui concerne la mobilité dans le domaine de l'enseignement supérieur, de la recherche c'est quelque chose qui est essentiel parce que par définition, ce sont des activités qui sont très internationales.

PATRICK ROGER
Oui. A propos des étudiantes étrangères, le port du voile restera autorisé à l'université ou il faut vraiment se pencher sur la question, parce qu'en ce moment il y a quand même tout un débat autour de l'entrisme islamique dans les facs.

FREDERIQUE VIDAL
Alors à partir du moment où il n'y a pas de trouble à l'ordre public et à partir du moment où le port du voile n'est pas interdit pour des raisons de sécurité, en travaux pratiques, les produits chimiques, etc., l'université ce n'est pas comme l'école, c'est un monde d'adultes et, donc, les règles de la laïcité s'appliquent.

PATRICK ROGER
Oui mais il y a quelques professeurs qui commencent quand même à grincer des dents. Et d'ailleurs, on dit qu'il y a la peur de paraître islamophobe qui paralyse une partie du corps préfectoral… professoral pardon.

FREDERIQUE VIDAL
Voilà ! J'allais le dire, préfectoral je ne peux pas vous répondre…

PATRICK ROGER
Préfectoral non, professoral bien sûr

FREDERIQUE VIDAL
Non, je crois que vraiment les professeurs ont évidemment toute liberté de discuter avec les étudiants…

PATRICK ROGER
Ben non ! Ce n'est pas facile, non ce n'est pas vrai Frédérique VIDAL…

FREDERIQUE VIDAL
Et de parler avec eux…

PATRICK ROGER
Ce n'est pas vrai, vous le savez, quand…

FREDERIQUE VIDAL
Ah si, je le sais justement.

PATRICK ROGER
Alors dans les universités, beaucoup de professeurs n'osent pas en parler avec des étudiants…

FREDERIQUE VIDAL
Peut-être que ce qu'ils attendent, c'est que des règles soient fixées, moi je pense que la loi de 1905 fixe toutes les règles.

PATRICK ROGER
Oui, donc il n'est pas question de revenir en fait dessus quoi ?

FREDERIQUE VIDAL
Non.

PATRICK ROGER
Donc toujours le port du voile autorisé dans les universités, c'est clair. Et puis ensuite, aux professeurs de décider dans leurs cours ?

FREDERIQUE VIDAL
Ah non ! Pas du tout, ce n'est pas aux professeurs de décider dans leurs cours…

PATRICK ROGER
Non mais vous avez dit discuter, alors on ne comprend pas !

FREDERIQUE VIDAL
Non mais discuter, ça c'est… Personne n'empêche évidemment un professeur de discuter… d'étudiants ou une étudiante en l'occurrence, y compris pour discuter avec elle de la raison pour laquelle elle porte son voile, voilà. Ce qui est important c'est que chacun se sente bien en étant croyant ou non-croyant dans un pays laïc.

PATRICK ROGER
Oui. Evidemment aujourd'hui, c'est la journée de lutte contre le sida, constat encore alarmant, les jeunes en particulier sont mal informés, est-ce que vous devez travailler, avoir des relais aussi beaucoup dans les universités ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, en fait ce qu'on constate c'est qu'il y a eu une forme de relâchement et ça évidemment, c'est quelque chose qui ne doit pas se produire de façon générale concernant les règles de santé ; et peut-être encore plus en ce qui concerne le sida. Donc notre objectif c'est – dans le cadre du plan étudiants – de permettre la création de centres de soins directement au contact des étudiants dans les établissements d'enseignement supérieur, avec une très grande importance qui sera apportée à la prévention, aux actions de prévention et aux étudiants qui parlent aux étudiants avec la formation d'étudiants pour les relais santé, etc. C'est très important que ce soit fait par les mêmes générations si je puis dire, la parole est beaucoup plus libre.

PATRICK ROGER
Oui, et des crédits également pour la recherche, puisque vous êtes ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument oui, c'est une cause qui a une résonance particulière en France évidemment, depuis Françoise BARRE-SINOUSSI.

PATRICK ROGER
Bien sûr.

FREDERIQUE VIDAL
L'ANRS qui est une agence spécifiquement dédiée au financement de la recherche sur le HIV est extrêmement efficace ; et la France est un pays où on a encore une avance et de très belles découvertes qui se font, voilà. Je pense à Montpellier où on travaille sur les cellules réservoirs du virus, même lorsqu'il est indétectable dans le sang on est capable de le repérer à l'intérieur de certaines cellules. A Bordeaux où on traite notamment la tuberculose qui est une maladie qui entraîne en fait le décès de patients séropositifs. Donc encore de très très belles équipes de recherche françaises très visibles sur le plan international.

PATRICK ROGER
On se rapproche aussi d'un médicament justement contre le sida ou pas ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors il y a effectivement – et ça c'est une équipe parisienne qui en est à l'origine – on commence à avoir des procédés de prévention effectivement.

PATRICK ROGER
Oui, de prévention mais il faut être encore prudent parce que ça a fonctionné sur un cas, on ne peut pas parler de généralisation.

FREDERIQUE VIDAL
Il faut évidemment toujours être prudent parce que d'abord, ça suscite un espoir extrêmement important et, donc évidemment, il faut que ce soit confirmé, vérifié scientifiquement.

PATRICK ROGER
Oui. Alors il y a beaucoup de réformes aussi pour l'entrée à l'université, la nouvelle plateforme notamment parcours sup, où est-ce qu'on en est de cette mise en place, parce que les écoles et les prépas commencent à s'inquiéter, est-ce que vous pouvez les rassurer ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui, absolument. Donc la plate-forme sera présentée dans quelques semaines, avant les vacances de Noël…

PATRICK ROGER
Il ne vous reste plus que 3 semaines là !

FREDERIQUE VIDAL
Oui oui, mais c'est vraiment… je crois que c'est imminent, la semaine prochaine ou la semaine suivante. Elle a été évidemment testée, donc maintenant elle est opérationnelle. Il y a aussi des choses qui se passent dans les lycées et voilà ! Ce sont de nouvelles choses qui se mettent en place. Et ce que je voudrais dire surtout, c'est que l'important c'est de prendre tous ces nouveaux outils, de se les approprier ; et l'important pour les jeunes c'est de commencer à parler, à réfléchir, à discuter de leur orientation.

PATRICK ROGER
Quelle est la philosophie exacte derrière ces réformes que vous êtes en train de mettre en place pour l'entrée à l'université ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors en fait si…

PATRICK ROGER
Et puis dans les écoles de commerce, l'ensemble des écoles !

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, l'entrée dans l'enseignement supérieur. En fait le constat il est très simple, c'est que dans les universités la première année de licence c'est un tiers d'étudiants qui réussissent, un tiers qui abandonnent, un tiers qui échoue. Le tiers qui abandonne, c'est probablement un défaut d'orientation, c'est pour ça qu'on travaille sur l'orientation, le tiers qui échoue c'est parce qu'il n'est pas suffisamment accompagné, on n'a pas vérifié que les bases étaient acquises. Et le tiers qui réussit évidemment, on souhaite l'amplifier. On a besoin de jeunes diplômés et formés en France et en Europe et dans le monde entier d'ailleurs, pour préparer la population aux métiers de demain. Et donc pour nous l'objectif, c'est vraiment orienter pour mieux réussir, ne pas se contenter de dire « vous allez accéder à l'enseignement supérieur » mais dire, « vous allez y accéder et nous allons vous aider à y réussir ».

PATRICK ROGER
Oui parce que bien souvent, c'est la grande angoisse on est devant cet immense parcours aujourd'hui, qui est de plus en plus long en plus pour les jeunes étudiants.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument. D'abord il y a énormément de choix et puis on change de système de formation, donc c'est pour ça qu'il faut en parler essentiellement.

PATRICK ROGER
Encore un mot de l'université Frédérique VIDAL, vous êtes ministre de l'Enseignement supérieur. Il y a une inquiétude qui monte dans les facs, c'est de la fin de la compensation des notes en licence. Schématiquement, un 2 sur 20 peut être compensé par un 18 sur 20 dans une autre matière, c'était le cas et aujourd'hui ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors ce que prévoit en fait le projet de loi, c'est qu'on puisse avoir des licences qui soient beaucoup plus flexibles et beaucoup plus personnalisées. Du coup, elles ne correspondront plus à des années figées et identiques pour tout le monde, c'est pour ça qu'il va falloir évidemment qu'on travaille sur la façon dont on va pouvoir mettre en place une autre forme de compensation. Mais la compensation telle qu'elle existe aujourd'hui et qui est calculée sur l'année, à partir du moment où les années sont beaucoup plus flexibles il faut qu'on se penche sur ce sujet.

PATRICK ROGER
Donc il faut changer, il faut changer.

FREDERIQUE VIDAL
Oui mais ça, c'est vraiment ce qu'on attaquera dès le début 2018, pour voir comment on met ça en place.

PATRICK ROGER
Frédérique VIDAL, question aussi politique de Michaël DARMON.

MICHAËL DARMON
Oui, un petit peu sur la manière dont vous vivez au fond votre présence au gouvernement, vous êtes tous des experts, reconnue dans votre propre champ, mais vous êtes aussi une équipe gouvernementale, vous faites la politique de la France. Comment vous voyez un petit peu les différents enjeux, tensions, notamment par exemple autour de Notre-Dame-des-Landes qui doit être décidé… dont le sort doit être décidé à la mi-décembre. Est-ce que vous pensez que Nicolas HULOT doit rester, doit partir si jamais la décision n'est pas dans le sens de l'écologiste, qu'est-ce que vous avez comme regard à ce sujet ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors en fait, je crois que ça ne se passe pas du tout comme ça. Nous ce que nous portons, c'est un projet, ce projet c'est faire en sorte qu'on retrouve de l'optimisme, que chacun ait toutes ses chances de réussir, parce que quand chacun réussit c'est le pays qui réussit. Donc ça, c'est vraiment ce qui nous porte tous. Après sur les différents sujets, effectivement on essaie d'être le plus rationnel possible. Donc là, on attend un rapport, ce rapport sera examiné et une décision sera prise sur la base d'arguments et sur la base d'un rapport.

MICHAËL DARMON
C'est ce qu'on faisait remarquer tout à l'heure, il y a aussi un calendrier qui fait pression, le monde entier sera à la Conférence Climat à Paris, au moment… le 12, le 13 le rapport est remis, est-ce qu'on peut imaginer qu'il y a une contradiction entre les grands enjeux de l'environnement et la réunion mondiale tenue par le président ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors le dossier de Notre-Dame-des-Landes, je pense que c'est un dossier qui est certes… qui a un volet environnement mais qui a un volet beaucoup plus large aussi. Et c'est pour ça qu'on a demandé à ce que vraiment les choses soient réexaminées aujourd'hui, parce qu'il y a un certain nombre de rapports qui ont déjà existé…

MICHAËL DARMON
Par exemple, quel est votre regard sur ce dossier, vous ?

FREDERIQUE VIDAL
Moi j'attends le rapport parce que je ne me permets pas d'avoir une position…

MICHAËL DARMON
Vous avez bien une analyse, sans parler de position, quelle est votre vision quand même, vous êtes membre du gouvernement !

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, mais je suis aussi et avant tout une scientifique, donc avant de prendre une décision, je dois regarder ce que pensent les gens qui ont étudié le sujet.

MICHAËL DARMON
Il y a une décision quand même, il y a un référendum local, le peuple s'est exprimé localement. Est-ce qu'on peut imaginer qu'on irait contre la décision finalement d'un référendum ?

FREDERIQUE VIDAL
Vous savez bien que…

MICHAËL DARMON
Qui a dit oui à l'aéroport.

FREDERIQUE VIDAL
Même sur ce référendum, il y a eu des questionnements qui ont été faits sur le périmètre du référendum. Donc nous attendons ce rapport et nous déciderons à la lecture du rapport.

PATRICK ROGER
Oui, mais pour prolonger ce que dit Michaël Frédérique VIDAL, c'est vrai ! Vous participez beaucoup au développement économique vous, à travers l'enseignement supérieur et la recherche. Et il y a besoin aussi – c'est ce que disent certains dans le Grand Ouest – d'un grand aéroport bien sûr pour faire venir les chercheurs, les scientifiques et bien sûr aussi les professeurs !

FREDERIQUE VIDAL
Mais c'est pour ça que c'est important d'avoir effectivement des informations sur tous les aspects et toutes les questions avant de se décider.

PATRICK ROGER
… en tant que tel.

FREDERIQUE VIDAL
Les dossiers ne se traitent plus en silo, je crois que c'est peut-être ça aussi qui fait la marque du gouvernement, c'est qu'énormément de dossiers se traitent en interministériel et sur la question de l'environnement notamment, il y a un apport de la recherche qui est essentiel sur certains sujets. Et donc évidemment, je travaille avec Nicolas HULOT là-dessus comme je travaille avec Jean-Michel BLANQUER.

PATRICK ROGER
Et Emmanuel MACRON !

FREDERIQUE VIDAL
Et Emmanuel MACRON.

PATRICK ROGER
Facilement accessible ou pas, quand on est ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ?

FREDERIQUE VIDAL
Je crois que nous sommes une équipe suffisamment rapprochée pour qu'effectivement, il n'y ait pas de sujet de communication.

MICHAËL DARMON
Ça vous donne goût à la politique cette expérience gouvernementale ?

FREDERIQUE VIDAL
Vous savez moi, je crois qu'à partir du moment où on porte un projet, on fait de la politique dans le bon sens du terme et toute ma vie, j'ai porté des projets.

PATRICK ROGER
Merci Frédérique VIDAL, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, d'avoir été notre invitée ce matin sur Sud Radio.

FREDERIQUE VIDAL
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 décembre 2017

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