Interview de Mme Sophie Cluzel, secrétaire d'Etat aux personnes handicapées à RTL le 4 décembre 2017, sur le sport comme vecteur d'intégration pour les personnes handicapées et l'accompagnement scolaire des étudiants handicapés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Sophie Cluzel, secrétaire d'Etat aux personnes handicapées à RTL le 4 décembre 2017, sur le sport comme vecteur d'intégration pour les personnes handicapées et l'accompagnement scolaire des étudiants handicapés.

Personnalité, fonction : CLUZEL Sophie, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux personnes handicapées;

ti :


ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Sophie CLUZEL.

SOPHIE CLUZEL
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous dans ce studio. Vous venez nous dire quelles sont vos priorités pour l'école. Mais un petit mot d'abord, si vous le voulez bien, sur votre journée d'hier. On parle souvent des footballeurs comme des enfants gâtés, attirés par l'appât du gain, la vie facile. Est-ce que les 3 joueurs du PSG qu'Yves doit bien connaître, SILVA, AREOLA, RABIOT qui sont venus jouer hier avec une équipe de footballeurs en fauteuil vont ont donné une autre vision de ces stars du foot ?

SOPHIE CLUZEL
Complètement, une autre vision, ils avaient d'abord les yeux plein d'admiration de voir les athlètes qu'ils avaient en face d'eux, qui étaient des joueurs de foot en fauteuil parce que c'était des personnes handicapées – lourdement handicapés pour certains – et qui avaient un talent extraordinaire à faire bouger leurs fauteuils, à marquer des buts. Ils se sont mis en situation aussi de fauteuil…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ils sont assis dans les fauteuils, ils ont joué avec eux ?

SOPHIE CLUZEL
Oui, ils se sont assis, ils ont joué avec eux et ils ont été bluffés par l'expertise de ces joueurs handicapés. Et en fait, la rencontre a été très intéressante et c'était vraiment très enrichissant de voir ces deux mondes, les fauteuils et les debout – comme ils s'appellent – pour se rencontrer.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça sert à quoi, est-ce que c'est utile au-delà du plaisir effectivement qu'on donne à ceux qui sont sur le terrain et, évidemment, aux personnes handicapées qui participent à cette partie avec les stars ?

SOPHIE CLUZEL
Ça sert à changer le regard sur le handicap…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça sert vraiment ?

SOPHIE CLUZEL
Bien sûr, ça sert à voir les personnes avec des aptitudes et non plus des inaptitudes, ça sert à avoir des gens qui sont eux-mêmes portés par leur volonté de réussir leur sport. Et le sport est un vecteur d'intégration et d'émancipation sociale merveilleux, donc c'est un vrai rapprochement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous serez tout à l'heure madame la ministre à 10 h 00 dans une école parisienne avec Jean-Michel BLANQUER. On se remet en mémoire la promesse de campagne d'Emmanuel MACRON ?

EMMANUEL MACRON
Je créerai tous les postes d'auxiliaire de vie scolaire pour que les jeunes enfants vivant en situation de handicap puissent aller à l'école.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, 3 mois après la rentrée Sophie CLUZEL c'est fait, tous ces enfants sont à l'école ou pas ?

SOPHIE CLUZEL
Les enfants sont à l'école, pour certains ils n'ont pas d'AVS encore, c'est vrai, parce qu'il en manquera toujours des AVS. Tant qu'on sera sur un système précaire avec des contrats aidés, le système ne fonctionne pas, les budgets ont été sanctuarisés, des budgets… on a des problèmes de recrutement.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est ça la faille, c'est le statut précaire des auxiliaires de vie, précaire c'est-à-dire que ce n'est pas seulement la question de la rémunération, c'est combien par mois un…

SOPHIE CLUZEL
C'est le Smic horaire.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est le Smic horaire, ce n'est pas seulement ça, c'est qu'ils n'ont pas de perspectives, ce sont des publics très difficiles à fidéliser à cause de la précarité et la fragilité du statut.

SOPHIE CLUZEL
C'est-à-dire que pour moi… alors en fait pour la moitié des accompagnants, ils sont en contrat aidé et on n'arrive pas à recruter, les budgets sont là, on n'arrive pas à recruter parce qu'il y a des bassins par exemple de recrutement qui ne proposent pas de candidats. Donc tant qu'on sera sur ce système précaire, ça ne marchera pas. C'est pour ça qu'on veut aller vers une professionnalisation des accompagnants ; et qu'avec Jean-Michel BLANQUER on va annoncer ce matin des mesures très précises pour pallier à ces dysfonctionnements.

ELIZABETH MARTICHOUX
Professionnalisation, c'est-à-dire que ces personnes doivent être recrutées sous contrat Education nationale, c'est ça l'engagement ?

SOPHIE CLUZEL
C'est ça l'engagement, on va accélérer ce recrutement, plus 11.200 postes à la rentrée de septembre, c'est-à-dire qu'on accélère de 4.800 postes par rapport à la Conférence nationale du handicap de 2016. Donc on accélère la tendance pour justement basculer sur une vraie professionnalisation. Donc des contrats qui seront beaucoup plus pérennes parce que ce sont des contrats Education nationale, on va accélérer aussi la formation, donc ça c'est très important…

ELIZABETH MARTICHOUX
La formation de ces personnels !

SOPHIE CLUZEL
De ces personnels avec un diplôme qui a été créé il y a plus d'un an. Donc le vivier de recrutement va s'ouvrir pour pallier justement à ces problèmes de recrutement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et alors ça, c'est une annonce importante. Autre priorité pour vous, c'est que les enseignants théoriquement sont formés à l'accueil des handicapés, par un module universitaire pendant leurs études. Peu le sont en réalité, pourquoi ?

SOPHIE CLUZEL
L'autonomie des universités, dans chaque cahier des charges il faut qu'on aille vérifier qu'il y a bien ce module initial de formation. Mais bien au-delà, c'est la formation continue qu'il nous faut améliorer…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais juste… pourquoi c'est un peu négligé pendant les études, ce n'est pas prioritaire, disons les choses !

SOPHIE CLUZEL
Je pense qu'en effet ce n'est pas prioritaire et on veut le rendre prioritaire.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est une variable d'ajustement dans la formation des profs quoi…

SOPHIE CLUZEL
On peut le dire comme ça, si vous voulez, quand les emplois du temps sont surchargés. Et c'est vraiment ça qu'on veut changer, en faire vraiment une formation initiale imposée et surtout obligatoire ; et puis surtout mettre la formation continue de ces enseignants au coeur du système d'une école inclusive. Parce que si on ne fait reposer que sur le professeur sans l'accompagner lui-même, on n'y arrivera pas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je voudrais évoquer un sujet un peu tabou peut-être parce que ce n'est pas agréable à entendre, mais c'est vrai que les parents d'enfants non-handicapés sont réticents, ils ne veulent pas forcément qu'il y ait des handicapés dans la classe de leurs enfants, c'est très bien pour celle de autres mais…

SOPHIE CLUZEL
Je pense qu'il faut…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pas celle de leurs enfants, il n'y a pas un frein quand même de ce côté-là ?

SOPHIE CLUZEL
Bien sûr qu'il y a un frein, c'est pour ça qu'il faut qu'on change le regard sur le handicap. Et puis c'est surtout que l'on montre que cette école inclusive, elle fait la place à toutes les différences, parce que ce n'est pas l'enfant handicapé qui pose souvent un problème, ça peut être aussi l'enfant qui a des troubles de comportement mais qui n'est pas dit handicapé, ça peut être l'enfant… donc il faut arrêter d'opposer les enfants les uns aux autres…

ELIZABETH MARTICHOUX
...Le handicap c'est toujours chez les autres, ce n'est jamais chez soi !

SOPHIE CLUZEL
Alors ça c'est vrai, le regard est toujours… on porte à côté et on le détourne, mais je pense qu'on peut faire justement d'une école inclusive une force en mutualisant les ressources ; et en montrant justement que quand il y a un enfant handicapé, il y a beaucoup plus de ressources, il y a des adaptations pédagogiques qui servent au plus grand nombre. Et ça, tous les parents le disent.

ELIZABETH MARTICHOUX
…Adaptation pédagogique c'est important parce que les enseignants qui vous entendent disent : ce n'est pas facile de faire la classe pour 20 élèves non-handicapés et puis les autres, ils n'ont pas le même rythme, ils n'ont pas besoin de la même pédagogie. Comment ils font les profs dans ces cas-là ?

SOPHIE CLUZEL
Alors déjà les profs sur CP, le dédoublement des classes va servir aux élèves handicapés, ça c'est très important parce que quand vous n'avez plus que 12, 13 élèves, 14 élèves en face de vous, y compris l'élève handicapé, vous avez toute latitude pour faire de la pédagogie adaptée. C'est bien ça l'importance des mesures qui ont été mises en place pour Jean-Michel BLANQUER, elles vont servir…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais qui ne concernent pas… enfin qui ne concernent pas…

SOPHIE CLUZEL
Elles vont servir à tous les élèves handicapés.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais qui concernent pas toutes les classes, loin s'en faut encore.

SOPHIE CLUZEL
Non, c'est pour ça qu'on veut renforcer la formation, on veut mettre une plateforme numérique, ça Jean-Michel BLANQUER va l'annoncer, une plateforme numérique d'appui justement pour trouver les ressources sur les adaptations pédagogiques. Il y a énormément de ressources, le problème c'est la connaissance de ces ressources. Aussi des personnels ressource experts, formateurs experts sur les problématiques d'adaptation pédagogique. Mais il n'y a pas que ça aussi, il y a toute la technologie qui doit venir au service des élèves handicapés et au service du plus grand nombre dans la classe. On ne se sert pas assez des outils numériques, de tous les logiciels qui existent, donc c'est cette mise en synergie, vraiment en mouvement de l'école au service de tous et qui va servir à tous. Et je pense que du coup, les autres parents vont voir comme un bonus d'avoir un enfant handicapé dans sa classe.

ELIZABETH MARTICHOUX
On verra. Il y a l'accueil en petite section qui est important et puis il y a ceux qui peuvent aller jusqu'à l'université, mais ils sont très peu nombreux. Que se passe-t-il dans l'intervalle à l'Education nationale pour qu'on en perde autant en route ?

SOPHIE CLUZEL
Alors il y a une vraie usure sociale des études du handicapé, parce que ça devient compliqué de pouvoir se déplacer dans les universités, d'avoir accès à une vie sociale, à un logement. Quand on est un élève à mobilité réduite ou qu'on a des troubles sensoriels, c'est-à-dire un déficit visuel ou auditif, ça devient compliqué. Et donc il faut qu'on accompagne beaucoup mieux ces étudiants handicapés.

ELIZABETH MARTICHOUX
Comment ?

SOPHIE CLUZEL
Comment ? Frédérique VIDAL et Jean-Michel BLANQUER et moi-même, nous travaillons justement à la mise en place d'ambassadeurs d'accompagnement des étudiants handicapés, sous forme de service civique qui vont se déployer en 2018 et 2019, pour accompagner et mettre en situation la plus optimale possible de réussite d'études des étudiants handicapés.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc des services civiques qui vont être dédiés à l'accompagnement de ces élèves qui accèdent à l'enseignement supérieur, mais pour lesquels finalement le handicap est de plus en plus lourd à mesure qu'ils progressent…

SOPHIE CLUZEL
Exactement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans l'école. C'est d'autant plus important que le chômage est plus lourd chez les personnes handicapées et que le problème basique, le problème de base c'est justement la qualification !

SOPHIE CLUZEL
Complètement. 500.000 chômeurs personnes handicapées deux fois moins qualifiés que les chômeurs dits « valides ». Donc on a un vrai enjeu, on travaille avec Muriel PENICAUD justement sur la réforme… la grande concertation qui est lancée sur la réforme de l'apprentissage. Seulement 1 % des apprentis sont handicapés, alors qu'on sait que 70 % des contrats sont transformés en contrats durables dans l'apprentissage. On a un vrai levier de montée en qualification des étudiants handicapés, un vrai levier de montée en qualification et d'accès à l'emploi à travers l'apprentissage.

ELIZABETH MARTICHOUX
Parmi toutes les mesures dont vous aviez parlées pour l'emploi des personnes handicapées, vous aviez évoqué une… on va dire un rite plus anglo-saxon que latin, le duo day, c'est-à-dire quoi, une journée par an les entreprises devraient justement accueillir des handicapés sur tous les postes, travailler en doublon, « vie ma vie » un petit peu, c'est ça ?

SOPHIE CLUZEL
Ça c'est une mesure que nos amis européens – notamment irlandais – ont lancé. Je dirai que c'est une mesure phare, c'est un peu une mesure vitrine si vous voulez pour faire cette rencontre entre les deux mondes. Mais l'accès à l'emploi, c'est surtout l'emploi accompagné, le job coaching qu'il nous faut développer. Ça c'est un vrai levier anglo-saxon aussi, au Canada ils le travaillent énormément, c'est-à-dire accompagner la personne vers l'emploi, mais surtout accompagner l'entreprise. C'est l'entreprise qui a besoin d'être accompagnée, comme ce sont les profs qui ont besoin d'être accompagnés aussi sur : comment fonctionne une personne handicapée.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et c'est votre sujet aujourd'hui. Un petit mot encore, votre fille travaille toujours aux cuisines de l'Elysée !

SOPHIE CLUZEL
Au service de l'intendance !

ELIZABETH MARTICHOUX
Au service de l'intendance.

SOPHIE CLUZEL
Depuis 3 ans.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça se passe bien ?

SOPHIE CLUZEL
Ça se passe bien, oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et Brigitte MACRON justement à propos de l'Elysée souhaitait s'engager sur ce dossier du handicap, ça va se concrétiser ?

SOPHIE CLUZEL
C'est déjà le cas, nous faisons des sorties communes, elle est très complémentaire justement, elle s'adresse aux Français. Les Français ne se sont pas trompés, pendant la campagne ils l'ont vraiment identifiée, elle reçoit énormément de courriers sur des problématiques de handicap…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est utile, c'est utile que la première dame s'implique comme ça ?

SOPHIE CLUZEL
Bien sûr que c'est utile…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ou… ce n'est pas un affichage, c'est au-delà du gadget si je puis dire ?

SOPHIE CLUZEL
C'est totalement complémentaire. D'abord les Français ne se sont pas trompés, je vous dis les courriers vont vers elle, on travaille ensemble pour la résolution justement des problématiques. Et ce qu'elle veut, c'est montrer les bonnes pratiques. Nous sommes allées ensemble à Nantes voir un restaurant tenu par des jeunes trisomiques totalement ; et c'est un regard qu'elle porte justement sur les capacités et les compétences. Donc c'est important de mettre en valeur justement ces réussites.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup Sophie CLUZEL, vous parlez des trisomiques, votre fille – je l'évoquais – justement subit ce… souffre de ce léger handicap et elle travaille à l'Elysée, pas loin de la première dame et du président. Merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin et d'avoir fait ces annonces en faveur de l'école et du handicap.

YVES CALVI
En tout cas, il faudra qu'on aille faire un reportage à Nantes, parce que je pense que ce restaurant va être intéressant. Pour les fameux auxiliaires de vie scolaire, on a les budgets mais on n'arrive pas à recruter, vient de nous dire Sophie CLUZEL. C'est pourquoi nous allons créer des postes à l'Education nationale avec Jean-Michel BLANQUER.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 décembre 2017

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