Interview de Mme Françoise Nyssen, ministre de la culture à Europe 1 le 6 décembre 2017, sur l'hommage pour le décès du chanteur Johnny Halliday. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Françoise Nyssen, ministre de la culture à Europe 1 le 6 décembre 2017, sur l'hommage pour le décès du chanteur Johnny Halliday.

Personnalité, fonction : NYSSEN Françoise, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de la culture;

ti : JULIE
Patrick COHEN, vous recevez ce matin la ministre de la Culture.

PATRICK COHEN
Bonjour Françoise NYSSEN.

FRANÇOISE NYSSEN
Bonjour.

PATRICK COHEN
Johnny HALLYDAY c'était un morceau de la France, un peu de notre patrimoine, Françoise NYSSEN ?

FRANÇOISE NYSSEN
Oui, j'écoutais ce matin la radio et l'émotion était vive et j'ai entendu ces témoignages qui m'ont bouleversé aussi, c'est un pan de notre culture qui s'en va, oui c'est une grande émotion, c'était un homme qui était tellement présent. Vous savez moi, comme je le disais, j'ai passé mon bac en écoutant « Salut les copains » et j'ai été nourrie d'ailleurs en écoutant Europe 1 de fait et c'était un homme qui aimait tellement les autres, qui voulait transmettre, qui aimait tellement le cinéma, il avait même tourné un western en Camargue « D'où viens-tu Johnny »...

PATRICK COHEN
Oui, mais ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux au cinéma,

FRANÇOISE NYSSEN
Oui, mais c'était dans mon pays.

PATRICK COHEN
Mais ça fait partie de sa filmographie, ça fait partie de votre pays, vous être d'Arles.

FRANÇOISE NYSSEN
Mais... Donc voilà, c'est une émotion. Cette dignité, cette tenue qu'il a eue jusqu'à la fin entouré de ses copains c'était vraiment le copain et c'était un véritable symbole l'idole des jeunes, il a bouleversé quelque chose dans le panorama pour l'ensemble, c'est intergénérationnel.

PATRICK COHEN
L'Elysée a réagi dans la nuit, Emmanuel MACRON, ce communiqué : « on a tous en nous quelque chose de Johnny ». Le Figaro ce matin évoque un possible hommage national, qu'en dites-vous Françoise NYSSEN ?

FRANÇOISE NYSSEN
Voilà ! Mais c'est comme pour Jean d'ORMESSON, deux voix, deux personnalités fortes comme ça qui s'éteignent, qui se rejoignent, qui nous ont profondément marqué par ce goût du partage avec les autres, ce goût des mots – les uns sur la feuille de papier, l'autre chanté – ils méritent vraiment qu'on voit avec leurs familles comment faire.

PATRICK COHEN
Deux icônes françaises et vous dites : « on va voir avec les familles pour organiser quelque chose d'officiel », c'est ça que vous dites Françoise NYSSEN ?

FRANÇOISE NYSSEN
C'est vraiment des personnages-clés dans notre univers, maintenant dans notre imaginaire ils vont rester avec nous, donc c'est important.

PATRICK COHEN
Donc, c'est un souhait que la République puisse organiser quelque chose en l'honneur de Johnny HALLYDAY notamment ?

FRANÇOISE NYSSEN
Voilà ! Bien sûr.

PATRICK COHEN
D'autres questions d'actualité pour vous Françoise NYSSEN. L'audiovisuel public français est-il une honte, l'audiovisuel vous fait-il honte, je reprends des propos rapportés du président de la République devant des députés de la commission des Affaires culturelles ?

FRANÇOISE NYSSEN
De quoi on parle ? On parle de l'audiovisuel public, vous savez que c'est quand même quelque chose qui compte pour l'ensemble des Français et d'ailleurs ce n'est pas à vous cher Patrick COHEN que je peux vous la faire, vous savez bien que la matinale de France inter, l'audiovisuel public c'est la première matinale de France, ce sont des contenus de qualité - c'est vraiment important - et c'est de cela qu'il s'agit, c'est comment faire.

PATRICK COHEN
Oui. On est à Europe 1 là et c'est de la télévision essentiellement dont on parle, une honte ou une fierté, Françoise NYSSEN ?

FRANÇOISE NYSSEN
C'est une fierté dont il faut penser les transformations et comment faire pour qu'il soit toujours cette fierté. Vous savez les usages et le panorama ont complètement changé, il est vraiment important de s'adapter, de réfléchir pour voir comment prendre ce virage et c'est de cela qu'il s'agit, notre objectif c'est d'accompagner ce changement, à l'heure du numérique c'est un bouleversement complet. Ecoutez, au niveau des usages aujourd'hui vous savez bien que les jeunes se détournent de la télévision, que dans des foyers où il y avait encore quelques années un écran il y en a six, que les images ne se regardent plus sur cet écran-là, donc il y a une...

PATRICK COHEN
Ça, c'est le paysage qui a changé...

FRANÇOISE NYSSEN
Voilà !

PATRICK COHEN
Mais le diagnostic sur l'audiovisuel public tel qu'il est aujourd'hui, il y a un problème de gouvernance, il y a un problème de coût financier, il y a un problème de qualité de contenus, quel est votre regard ?

FRANÇOISE NYSSEN
Merci vous évoquez les pistes sur lesquelles il s'agit de travailler et alors, pour travailler et parce que le constat est là, transformation nécessaire -tout le monde en est d'accord - donc comment est-ce qu'on travaille, une méthode, la concertation ? Donc quand je suis arrivée on a fait une réunion avec l'ensemble des patrons de l'audiovisuel public pour poser le problème, au début, à la rentrée, nous leur avons demandé de faire des propositions – propositions que j'ai reçues – et, maintenant, je les rencontre.

PATRICK COHEN
Alors ? Vos pistes, Françoise NYSSEN, vos priorités ?

FRANÇOISE NYSSEN
On va les rassembler.

PATRICK COHEN
Est-ce que vous faites par exemple de la réduction des coûts dans l'audiovisuel public une priorité ?

FRANÇOISE NYSSEN
Non, la priorité c'est les contenus, c'est le sens, c'est de toucher les publics, l'audiovisuel c'est ce qui va au plus près des gens et partout - il ne faut pas oublier cette notion - et partout et tous les publics, les jeunes il faut y penser, la culture c'est cela, aujourd'hui la culture elle est immense, il y en a partout, c'est extraordinaire. Par contre, ce qu'on se rend compte c'est que tout le monde n'y accède pas forcément et l'audiovisuel peut avoir une contribution formidable au niveau local, dans les régions, partout.

PATRICK COHEN
Ce que les chaînes ne font pas assez aujourd'hui, Françoise NYSSEN ?

FRANÇOISE NYSSEN
Il faut toujours accompagner, ça se saurait si le monde... si on ne bougeait pas le monde qui bouge et l'idée c'est de rester ce champion, cette singularité, cette qualité, cette qualité de l'information, la qualité de la création, cette possibilité d'accompagner. Aujourd'hui, écoutez avec les informations qui circulent de toutes les façons possibles et inimaginables, aujourd'hui plus que jamais il est important d'être un référent en termes d'information.

PATRICK COHEN
Bon ! Alors, on fait quoi à partir du constat que vous dressez ce matin avec des mots pleins de précaution, moins de précaution apparemment dans la bouche du président de la République, vous ne m'avez pas démenti ce mot de honte qui a été rapporté...

FRANÇOISE NYSSEN
Mon propos...

PATRICK COHEN
Pour Emmanuel MACRON, honte l'audiovisuel public ?

FRANÇOISE NYSSEN
Mon propos c'est de travailler avec l'ensemble des gens qui font l'audiovisuel public et de proposer – et c'est d'ailleurs ce qu'il a dit – et de proposer des transformations et, donc, je vous ai dit... donc la méthode, la concertation, la construction, donc leurs contributions sont arrivées, le dialogue est là et l'idée c'est de faire un certain nombre de propositions avec eux que je remettrai au Premier ministre et au président...

PATRICK COHEN
Quand ?

FRANÇOISE NYSSEN
En début d'année prochaine, pour pouvoir venir dire ici les pistes en février disons.

PATRICK COHEN
Est-ce qu'il faut changer le mode de nomination des dirigeants de l'audiovisuel public ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ça c'est une bonne question, parce que c'est vrai qu'aujourd'hui comment est-ce que ça se passe, c'est le Conseil Supérieur...

PATRICK COHEN
CSA, Conseil Supérieur de l'Audiovisuel.

FRANÇOISE NYSSEN
Qui nomme les présidents et qui les régule donc c'est un peu bizarre. C'est vrai que pour une bonne gouvernance, on pourrait imaginer un système avec un Conseil d'administration fort, enfin qui a sa responsabilité et qui le nommerait.

PATRICK COHEN
Un Conseil d'administration, c'est-à-dire ? Je ne vous suis pas.

FRANÇOISE NYSSEN
Des administrateurs variés et qui nommeraient un responsable, le président. Et donc, il y aurait un dialogue, des comptes à rendre, et cætera. Aujourd'hui, c'est un organisme qui régule, qui en même temps nomme et qui pour autant n'est pas confronté à la réalité du quotidien de la...

PATRICK COHEN
Donc il faut changer le système. Est-ce qu'il faut une entreprise unique ? Regrouper la radio, la télévision ?

FRANÇOISE NYSSEN
Aujourd'hui plus que jamais, enfin ç'a toujours été d'ailleurs ma façon de voir mais je crois que là plus que jamais, on ne travaille plus seul en fait. On travaille dans la coopération, la symbiose, essayer de voir avec les autres, donc plus que jamais je crois que les synergies sont vraiment importante. Pour autant, toutes les pistes doivent être explorées. Moi aujourd'hui, je ne vous dis « oui », « non », « il faut fusion », « pas fusion », il faut réfléchir, travailler ensemble. Et d'ailleurs c'est leur souhait. Moi quand je les rencontre, je vois. Ils ont proposé des pistes de travail entre FRANCE TELEVISIONS, l'INA. D'ailleurs, ils ont commencé. Regardez la radio et la télévision, la chaîne Franceinfo, c'est déjà… Voilà, ça c'est une vraie piste d'essayer de trouver.

PATRICK COHEN
Et en région éventuellement les stations locales de radio et de télévision.

FRANÇOISE NYSSEN
Absolument. Se rapprocher du local. Les gens sont très friands localement. Moi, je viens d'une région, je le sais. On est dans le souci. On souhaite que cette télévision relate ce qui est fait dans les régions. C'est important.

PATRICK COHEN
Trop de chaînes à FRANCE TELEVISIONS ? Il y a des chaînes en trop ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, là on est sur le travail. Je ne suis pas là pour vous dire dès à présent ce que nous vous dirons au début de l'année prochaine.

PATRICK COHEN
Non, mais ce qui a déjà été demandé aux dirigeants de l'audiovisuel public, c'est de réduire les coûts. Il y a des coûts très importants…

FRANÇOISE NYSSEN
De quoi on parle ?

PATRICK COHEN
Des budgets qui baissent notamment à FRANCE TELEVISIONS.

FRANÇOISE NYSSEN
Moins de 1 % après deux années d'augmentation. 100 millions sur les deux dernières années.

PATRICK COHEN
Question encore à la ministre de la Communication que vous êtes, Françoise NYSSEN. Jean-Luc MELENCHON pas très heureux du traitement qu'il a subi jeudi dernier à L'émission politique de France 2, c'est une litote, réclame la création d'un tribunal de presse pour sanctionner les journalistes menteurs ou tricheurs. C'est une bonne idée ? Il a raison ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, moi je ne suis pas du tout la ministre des programmes et je ne suis pas là pour juger les contenus. Je suis là pour être attentive à ce qu'il n'y ait pas de propos racistes, et cætera, mais ce n'est pas du tout mon rôle de faire ça.

PATRICK COHEN
Non mais vous êtes en quelque sorte la ministre de tutelle de la presse, de l'audiovisuel, et cætera, donc un tribunal de presse…

FRANÇOISE NYSSEN
Voilà. Je suis en charge de tutelle si vous voulez. Je n'aime pas tellement le terme. Moi, j'aime bien travailler avec et donc voilà. Non, pas d'interférence sur le contenu des programmes.

PATRICK COHEN
Donc pas d'interférence. Est-ce que vous travaillez en bonne entente avec les dirigeants actuels de l'audiovisuel public ?

FRANÇOISE NYSSEN
Je les reçois là. Je suis vraiment sur le sujet, je travaille et je dois dire qu'ils réfléchissent vraiment après peut-être des réactions qui ont été un peu fortes par-ci, par-là. Il y a vraiment une volonté, une prise de conscience. Je pense qu'ils ont vraiment réalisé, parce qu'ils le savent : il faut réfléchir.

PATRICK COHEN
Donc des propositions qui seront remises au début de l'année prochaine au président de la République et au Premier ministre et qui déboucheront sur un projet de loi, des changements en profondeur l'année prochaine.

FRANÇOISE NYSSEN
Vous savez qu'on vit de grande transformation et notamment il y a des problématiques de régulation. Parce qu'avec l'arrivée de géants de l'Internet qui fonctionnent en dehors des régulations, donc au niveau de l'Europe, on se bat pour le partage de la valeur, pour des directives qui préservent un peu cette régulation. Peut-être qu'à la faveur de l'introduction de ces changements dans la loi, on pourra envisager la chose mais ce n'est pas avant la fin de l'année prochaine j'imagine.

PATRICK COHEN
Merci Françoise NYSSEN, ministre de la Culture, d'être venue ce matin au micro d'Europe 1.


source : Service d'information du Gouvernement, le 7 décembre 2017

Rechercher