Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à Europe 1 le 7 décembre 2017, sur la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël par les Etats-Unis. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à Europe 1 le 7 décembre 2017, sur la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël par les Etats-Unis.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, COHEN Patrick.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : PATRICK COHEN
Bonjour Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

PATRICK COHEN
Donald TRUMP joue avec le feu au Proche-Orient ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je crois que la diplomatie des coups de menton ne fait pas la meilleure diplomatie, et que, effectivement, il peut générer des tensions par cette décision électorale, qui n'est pas forcément une décision diplomatique.

PATRICK COHEN
Des tensions, le mot est faible, quand on écoute certains des acteurs de ce conflit au Moyen-Orient. Que peut faire la France ? Qu'a-t-elle à dire et que peut-elle dire demain au Conseil de sécurité de l'ONU ?

CHRISTOPHE CASTANER
Après, la position de France, c'est celle de l'équilibre, c'est celle de la reconnaissance de deux Etats, qui doivent vivre en sécurité l'un côte à côte, la Palestine et Israël, avec comme capitale partagée, parce que c'est leur histoire, leur histoire religieuse aussi, qui est celle de Jérusalem. Et donc, nous le ferons, nous le ferons dans le cadre du Conseil de sécurité, et nous le ferons avec ce qui fait un peu la carte de visite de la diplomatie portée par Emmanuel MACRON, c'est-à-dire celle qui consiste à ne jamais chercher à opposer les uns aux autres, mais plutôt à rassembler, à ramener tout le monde autour de la table de discussions.

PATRICK COHEN
Et les Etats-Unis, les Américains restent nos alliés, ce n'est pas un problème d'avoir des lignes diplomatiques aussi divergentes sur les grands dossiers géopolitiques mondiaux, Christophe CASTANER ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mon sentiment est que la mauvaise réponse serait justement celle de vouloir "corneriser" les Américains et les Etats-Unis, cette question, elle s'est posée au moment de la décision du président TRUMP de se retirer des accords de Paris. On aurait pu décider de dire : bon, eh bien, ok, on ne se parle plus, on ne se reçoit plus, on suspend nos relations diplomatiques, est-ce que ça aurait fait bouger les lignes ? Non. Et tant qu'on a la possibilité dans le dialogue de faire bouger le président TRUMP, il faut le faire, il faut s'engager là-dessus, c'est le choix d'Emmanuel MACRON.

PATRICK COHEN
En France, vous avez vu que le CRIF, les institutions juives de France, et le consistoire israélite appellent Emmanuel MACRON à imiter Donald TRUMP et à reconnaître Jérusalem. Que leur répondez-vous ?

CHRISTOPHE CASTANER
J'étais hier soir à Enghien-les-Bains avec la communauté, avec le président national du CRIF, il m'a dit cela, il m'a porté cela. Et je lui ai répondu ce que je viens de vous dire. Il faut être cohérent, et aujourd'hui, ça n'est pas la position de la France, et ce ne sera pas la position de la France.

PATRICK COHEN
Ça ne vous a pas surpris la position du CRIF ?

CHRISTOPHE CASTANER
Elle a été très rapide, mais on sait qu'on est sur un sujet passionnel, on sait qu'on est aussi sur un sujet de souffrance, de souffrance pour la communauté juive, et je l'entends aussi, mais ça n'est pas – je le redis – la bonne solution, générer des tensions n'est jamais la meilleure façon de faire de la diplomatie.

PATRICK COHEN
Autre sujet, Christophe CASTANER, le gouvernement va-t-il continuer à revaloriser automatiquement chaque année le salaire minimum, le Smic ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ce sera le cas dans quelques jours, d'ici la fin de l'année, parce que nous sommes attachés à cette indexation, à faire en sorte que ceux qui sont au Smic ne perdent pas d'argent compte tenu des éléments d'inflation, mais en même temps, on voit bien qu'aujourd'hui, on a une espèce d'automaticité qui ne satisfait personne, qui ne prend pas en compte les gains de croissance, à la fois dans l'entreprise, à la fois dans la société, et donc, revoir les modalités d'indexation, pour avoir quelque chose qui soit dans la négociation plus favorable aux salariés est une bonne chose.

PATRICK COHEN
Ça veut dire quoi ne satisfait personne, ça ne satisfait pas les chefs d'entreprise ou…

CHRISTOPHE CASTANER
Parce que je suis sûr que, à chaque fois qu'il y a cette annonce… non, personne… c'est y compris les salariés, y compris l'entreprise, il y a une décorrélation entre la croissance économique que nous connaissons et l'augmentation du Smic, ça n'est pas logique, et à chaque fois qu'il y a une augmentation, elle est jugée insatisfaisante par chacun, que ce soient les employeurs, que ce soient les salariés. Donc je pense qu'il faut ouvrir ce débat, ce débat est ouvert, un rapport, qui n'est pas un rapport du gouvernement mais un rapport au gouvernement a été déposé, on en discute. Mais je le rappelle, la volonté du gouvernement est de maintenir le principe de lier l'augmentation salariale au coût de la vie, pour que jamais un salarié au Smic – et on sait qu'il est faible – ne perde de l'argent.

PATRICK COHEN
Mais votre souci, il est d'ordre économique pour relancer l'activité ou d'ordre social, en vous demandant si on peut vivre et faire vivre une famille avec 1139 euros nets, ce qui est le montant mensuel du Smic aujourd'hui ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ce sont les deux, ce sont à la fois l'enjeu économique, la question de la citoyenneté dans l'entreprise, vous savez, j'ai été un des co-rapporteurs de la loi Macron, peut-être que c'est ce qui m'amène aujourd'hui à être face à vous, parce que j'étais un spécialiste de l'épargne salariale, et je suis rentré dans la loi Macron par la revalorisation de l'épargne salariale, et au fond, par la citoyenneté dans l'entreprise. Qu'on sorte de systèmes qui opposent systématiquement le patron aux salariés, et qu'on se dise que la réussite de l'entreprise, c'est une réussite collective. Ce sera aussi ce qu'on trouvera dans la loi que Bruno LE MAIRE est en train de préparer, au premier trimestre de l'année prochaine, pour justement réaffirmer la place du salarié dans l'entreprise. Et donc il faut corréler la question de l'évolution de l'entreprise, des gains dans l'entreprise, à la question salariale.

PATRICK COHEN
Ce serait une loi très importante, dit-on ? Importante…

CHRISTOPHE CASTANER
Je le souhaite…

PATRICK COHEN
Dans ce début de quinquennat, et avec un volet sur le Smic donc…

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, un volet sur le rapport aux salaires, le rapport aux gains de l'entreprise. Le Smic, vous savez, c'est, hélas, une référence importante, hélas, parce qu'elle est faible, cette référence, mais ça n'est pas la réalité de tous les salariés, ça n'est pas la réalité du dialogue social, au contraire, c'est quelque chose…

PATRICK COHEN
Ça impacte beaucoup de salariés, une majorité de salariés, onze millions de salariés sont impactés par le Smic, même s'ils ne sont qu'un million et demi à le toucher précisément.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est pour ça que j'ai réaffirmé au début de ma réponse l'importance justement de faire en sorte que jamais ces salariés ne perdent de l'argent quand il y a la revalorisation ou non du Smic. Mais c'est la place du salarié dans l'entreprise qui est un vrai sujet sociétal, sur lequel nous devons travailler.

PATRICK COHEN
Johnny HALLYDAY, Christophe CASTANER, Johnny, y aura-t-il un hommage national samedi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ecoutez, le président de la République, ses services sont en train d'échanger avec la famille de Johnny HALLYDAY sur les modalités, il y a une émotion, une émotion extrêmement forte, une émotion qui rassemble, et ça, ça mérite aussi qu'on s'y attache, et donc je crois que les Français ont cette envie de partager l'émotion, et donc la forme de l'hommage sera décidée avec la famille, ce qui est bien normal.

PATRICK COHEN
Un cortège qui descendrait les Champs-Elysées, ça vous paraît imaginable, souhaitable ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est une des hypothèses, mais laissons les services du président et surtout la famille décider ce qui est le mieux pour accompagner Johnny.

PATRICK COHEN
Qu'est-ce qui pose question, qu'est-ce qui pose souci, des questions de sécurité en l'occurrence ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, parce que ça peut être un rassemblement d'un très grand nombre de personnes, et donc il faut mobiliser – vous le savez – pour tous ces rassemblements beaucoup de forces de police, qui ne seront pas automatiquement disponibles samedi prochain. Donc aujourd'hui, ça fait partie des éléments que nous devons prendre en compte, mais il y a une émotion nationale, je n'ai pas à juger si elle est juste, pas juste, etc., peu importe qu'on soit fan de Johnny ou pas, on voit bien que, il incarne quelque chose que moi, j'appelle le commun, vous savez, cette chose qui appartient à tous, même si au fond, on ne la pratique pas, c'est l'église du village, mais c'est aussi l'histoire et le talent de Johnny.

PATRICK COHEN
Oui, mais vous vous êtes quand même posé la question de la légitimité de rendre hommage à un homme qui est, certes, très populaire, mais qui n'est pas Victor HUGO ou De GAULLE, et qui n'a pas toujours été d'ailleurs un citoyen exemplaire, c'est une question que vous vous êtes posé au sommet de l'Etat ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais je crois qu'il faut toujours se poser cette question, parce que c'est quelque chose de subjectif, vous savez que le président de la République avait un lien personnel avec Johnny HALLYDAY, est-ce que c'est un élément ? Evidemment, non, ce lien personnel. Mais ensuite, je crois que, et on le voit bien, il suffisait de vous écouter depuis 24h, pour comprendre que cet enjeu était aussi un enjeu national de rassemblement, au-delà de l'hommage à Johnny, moi, j'ai envie de parler aux Français qui, quelque part, sont apaisés dans cette mémoire collective, dans cet accompagnement de cet homme, dans l'histoire de cet homme, c'est aussi cela, c'est la dimension sociale de l'accompagner… accompagner cet homme pour qui tout a été possible.

PATRICK COHEN
Donc il vous semble logique qu'il y ait une parole officielle, et sans doute, sûrement, une parole présidentielle, qui accompagne l'hommage rendu à Johnny, sans doute samedi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, et comme ce sera le cas demain pour Jean D'ORMESSON aux Invalides, parce que, il fait partie de ce commun français.

PATRICK COHEN
Un héros français, a dit Emmanuel MACRON, même, il a utilisé cette expression.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui. Oui, parce que je crois que les héros ne sont pas seulement ceux qu'on peut imaginer, militaires, ils sont ceux qui rassemblent, ceux qui incarnent, ceux à qui on a envie de ressembler, non pas parce qu'on rêve tous d'être une grande star de rock, même si beaucoup d'entre nous, de temps en temps, ont dû rêver de cela, mais au fond, ils nous ressemblent parce que, tout est permis, c'est ce que nous dit Johnny HOLLYDAY, sa détermination, sa capacité, quelquefois même à s'inventer une histoire pour rentrer dans l'histoire, mais au fond, c'est aussi ça le génie français, en cela, il est un héros français.

PATRICK COHEN
Un dernier sujet qui nous ramène à l'actualité de votre parti, du parti que vous dirigez désormais, La République En Marche, on doit dire quoi la REM maintenant, Christophe CASTANER, j'ai entendu… ?

CHRISTOPHE CASTANER
La REM, mais je vous invite à dire Mouvement plutôt que parti, moi, qui suis un homme de parti d'un vieux parti, je sais la différence, et la différence dans les mots entre transformation et réforme, mais je crois que c'est la même chose aussi entre parti et mouvement.

PATRICK COHEN
Je ne vois pas bien parce que MELENCHON, lui, dit que c'est un mouvement…

CHRISTOPHE CASTANER
Prenons un quart d'heure…

PATRICK COHEN
Et parce que c'est un mouvement, il n'y a pas de chef ! Or, là, il y a un chef…

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais, je crois qu'il y a un point commun…

PATRICK COHEN
Et il y a plusieurs chefs, même…

CHRISTOPHE CASTANER
Je crois que chez MELENCHON, le chef s'appelle Jean-Luc MELENCHON, mais je vais vous faire ce petit scoop ce matin sur Europe 1, mais au-delà de cela, il a raison, on a des points communs, des points qui sont que justement, on ne veut pas être un bloc, un monolithe, vous savez, c'est souvent une pyramide d'ailleurs au sommet du chef, on veut être un mouvement en mouvement, avec des gens qui vont nous rejoindre pendant six mois, pour une cause, et on va me dire : ah oui, mais ça ressemble à une ONG, eh bien, tant mieux si ça ressemble aussi à une ONG, et puis, à un moment, on sera un mouvement politique pour préparer des élections, c'est tout cela aussi la REM ou la République En Marche.

PATRICK COHEN
Alors, ma question, c'était : qu'est-ce que vous attendez du groupe de travail que vous avez mis en place sur la laïcité ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien, j'attends une position qui soit claire, parce que, aujourd'hui, j'ai des expressions au sein par exemple des parlementaires de la REM, qui ne sont pas tout à fait sur la même ligne. Et donc…

PATRICK COHEN
Ah, mais vous venez de dire que c'était bien que tout le monde ne soit pas sur la même ligne…

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais le mouvement, que les uns et les autres aient des actions différentes, c'est bien, parce que, on le voit même au sein du groupe dans la majorité, il y a des votes pour, des votes contre, du moment qu'ils ne sont pas structurés comme l'étaient les frondeurs au Parti socialiste, contre le mouvement lui-même, ça ne me gêne pas. Et donc aujourd'hui, sur la laïcité, il y a des expressions qui sont un peu divergentes, et donc je souhaite qu'on puisse avoir un corpus de base, mais après, chacun a la liberté de l'interpréter ce corpus.

PATRICK COHEN
Et avec éventuellement un discours d'Emmanuel MACRON, du président, sur la laïcité en janvier ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ça pourra venir, ça relève du président de la République, je pense qu'on a besoin d'une expression forte sur la laïcité, elle est hystérisée en ce moment.

PATRICK COHEN
Hystérisée ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui…

PATRICK COHEN
Par qui ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien, par un certain nombre de personnes, je ne vais pas vous relancer dans les débats qu'il y a eu…

PATRICK COHEN
Ce n'est pas un débat…

CHRISTOPHE CASTANER
Entre PLENEL, Manuel VALLS, entre Jean-Luc MELENCHON, entre madame OBONO, de la France Insoumise…

PATRICK COHEN
Vous les mettez tous dos à dos ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, je ne les renvoie pas l'un, l'autre, je laisse ça aux journalistes, mais je vous dis que, aujourd'hui, on voit bien qu'il y a des positions divergentes, et du coup, il est important aussi qu'on puisse identifier, là encore, de façon apaisée, ce qui doit nous rassembler, la notion de laïcité, c'est ce qui protège le droit de croire et le droit de ne pas croire.

PATRICK COHEN
Merci Christophe CASTANER d'être venu ce matin au micro d'Europe 1.

CHRISTOPHE CASTANER
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 décembre 2017

Rechercher