Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Cnews le 12 décembre 2017, sur la mort de Johnny Halliday, la décision du président des Etats-Unis de reconnaitre Jérusalem comme capitale de l'Etat d'Israël, le référendum en Nouvelle-Calédonie, la question climatique et sur la sureté des centrales nucléaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Cnews le 12 décembre 2017, sur la mort de Johnny Halliday, la décision du président des Etats-Unis de reconnaitre Jérusalem comme capitale de l'Etat d'Israël, le référendum en Nouvelle-Calédonie, la question climatique et sur la sureté des centrales nucléaires.

Personnalité, fonction : LECORNU Sébastien, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :
CLELIE MATHIAS
C'est l'heure de l'interview de Jean-Pierre ELKABBACH qui reçoit ce matin Sébastien LECORNU, Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique Nicolas HULOT.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenu Sébastien LECORNU, bonjour.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En rentrant de Nouvelle-Calédonie avec le Premier ministre Edouard PHILIPPE, vous avez appris la mort de Johnny HALLYDAY en descendant de l'avion ou à bord de l'avion. Vous avez vu la France pleurer son nouvel héros, Johnny.

SEBASTIEN LECORNU
En escale à Tokyo pour être précis. Sur le retour de Nouméa, on a appris la nouvelle avec le Premier ministre, la garde des Sceaux et la ministre des Outre-mer. J'étais assez ému. Je ne l'ai vu qu'une seule fois dans ma vie en vrai, comme dirait l'autre. Ça va vous faire sourire, Jean-Pierre ELKABBACH, c'était à La Baule, aux Universités d'été de l'UMP de 2005 où Johnny HALLYDAY ouvrait un meeting de Nicolas SARKOZY sur la chanson « Envie d'avoir envie ». Avec une énergie absolument incroyable, une gueule incroyable et j'en ai un souvenir assez ému. D'ailleurs, je crois bien que c'est à ce moment-là que j'ai commencé à écouter du Johnny.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Ça ne vous a pas donné envie d'aller l'écouter sur scène ? Vous auriez vu ce que c'est, quelqu'un qui met de l'électricité dans une salle bondée.

SEBASTIEN LECORNU
Je ne l'ai jamais fait mais ça m'a souvent mis de l'électricité dans les oreilles avec « Ma gueule », « Envie d'avoir envie ». Franchement, j'ai de très, très bons souvenirs. Surtout, j'ai un autre souvenir plus personnel sur Johnny. Dans ma famille, que ce soit mon grand-père ancien résistant, figure d'autorité, pas toujours très drôle, mes oncles, mes tantes, mes parents, les cousins et les cousines, ça faisait partie de ces musiques qui arrivent à réconcilier toute la famille puisque tout le monde aimait.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, il fédérait tout le monde. Est-ce que vous comprenez qu'il soit devenu et qu'il devienne une idole nationale qui s'est envolée avec sa légende ?

SEBASTIEN LECORNU
Bien sûr. Ça fait partie des grandes figures populaires qui fédèrent aussi une nation, qui fédère des générations entières, des générations avec un « s ». C'est aussi un visage de fierté d'être Français puisque ça fait partie aussi de ces grands visages qui se sont exportés de par le monde. Non, très franchement, je comprends l'émotion nationale qui se dégage de tout cela.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais pour votre génération de trentenaires, qu'est-ce que représente Johnny ?

SEBASTIEN LECORNU
Je le dis, ce visage de la France à l'international. A Tokyo, les Japonais qui géraient notre escale nous ont parlé de Johnny ; on ne peut pas dire cela de tous les chanteurs français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Et vous connaissez quelques-unes des chansons ? Il y en a une ou deux qui vous ont marqué ? Même si vous l'avez écouté à travers votre père, votre grand-père.

SEBASTIEN LECORNU
« Requiem », « Ma gueule », « Aux portes du pénitencier » comme beaucoup de Français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. « Tennessee » peut-être aussi. Parce qu'on voit bien que chaque Français reconnaît à la fois la profondeur de la voix, la qualité des textes, sa manière d'interpréter les chansons.

SEBASTIEN LECORNU
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De cette façon, il a surtout su anticiper toutes les époques, être toujours dans les modes et dans ce qui arrivait, et tout cela traduit en musique. C'est ça qui était formidable.

SEBASTIEN LECORNU
Et l'énergie sur scène. C'était aussi physique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous comprenez que le peuple français qui est bouleversé aujourd'hui lui adresse comme une déclaration d'amour.

SEBASTIEN LECORNU
Mais bien sûr. La France et les Français ont besoin de repères et Johnny faisait partie des repères. Il y a de l'amour dans tout cela, vous avez raison de parler de cela.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Mais les repères, on ne va pas les chercher chez les politiques aujourd'hui, on va les chercher dans la culture.

SEBASTIEN LECORNU
Bien sûr. Dans le sport également.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce qu'on peut dire aussi qu'à travers Johnny la musique, à travers Jean d'ORMESSON la littérature, c'est la culture qui est magnifiée. Ça arrive si peu qu'on peut le dire.

SEBASTIEN LECORNU
C'est l'histoire de la nation française, la culture, également la culture contemporaine, et Johnny HALLYDAY faisait partie de notre contemporanéité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Et en même temps, je pense que les créateurs et les artistes à venir, les jeunes, et cætera. Ce n'est pas mal qu'ils montrent aussi que la chanson n'est pas un art mineur dans certains cas.

SEBASTIEN LECORNU
Exactement. Surtout, c'est quelque chose de populaire. Des milliers de personnes ont vibré sur Johnny et des millions de personnes ne l'oublieront pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. En tout cas, Johnny HALLYDAY est le seul à réussir à mettre le feu à l'Assemblée nationale. Vous avez entendu la standing ovation, l'ovation debout des députés unanimes quel que soit leur parti. En plus, il a réussi à rendre lyrique le Premier ministre Edouard PHILIPPE. On l'écoute.

EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE
L'Assemblée nationale représente le peuple français. Lorsque le peuple français est en colère, il est naturel que les débats agitent cet hémicycle. On peut ressentir tous ici une émotion, on peut la formaliser ; il faut le faire. Mais il faut aussi reconnaître le deuil de cette famille et puis dire combien nous avons pu, tout au long de nos vies et pour encore très longtemps, j'en suis sûr, être bercé, animé, réveillé parfois par des chansons de Johnny HALLYDAY.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ç'a touché tout le monde, y compris l'Assemblée nationale et l'hémicycle. Aujourd'hui, la famille HALLYDAY devrait décider avec l'Elysée de la nature, de la forme que l'hommage que la France va rendre à Johnny. Qu'est-ce que vous savez ou qu'est-ce que vous souhaitez ?

SEBASTIEN LECORNU
Je ne sais rien. Je connais un peu le président de la République, je pense qu'il sera attentif aux souhaits de la famille. On se sent tous un tout petit peu propriétaire de Johnny HALLYDAY, mais il y a quand même une réalité aussi : c'est qu'il appartient dans ce deuil aussi à sa famille, à ses proches, à ses plus proches. C'est donc une décision qui doit être prise en commun. Après, on vient de se le dire, Johnny HALLYDAY est un repère pour l'ensemble des Français. Il n'y aurait rien d'invraisemblable à ce que l'hommage soit le plus national possible.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire, comme la famille semble le vouloir, on dit descendre les Champs-Elysées, une halte place de la Concorde et après la cérémonie religieuse à l'église La Madeleine.

SEBASTIEN LECORNU
Tout cela ne m'appartient pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord. Mais vous ne dites pas que ce serait trop.

SEBASTIEN LECORNU
Non. Une fois de plus, on voit bien à quel point l'émotion s'est emparée du pays. Il faut savoir écouter cette émotion-là et nous-mêmes sommes atteints. Vous voyez, on consacre un long moment, de manière calme…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et méritée.

SEBASTIEN LECORNU
Méritée et unanime à parler de Johnny HALLYDAY. Je crois que c'est le plus beau des hommages qu'on peut lui rendre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Johnny fait le consensus et aussi Jean d'ORMESSON. L'hommage lui sera rendu demain dans la cour des Invalides par le président de la République. Donald TRUMP : on va être là sans doute un peu plus sévère. Il enflamme le Proche-Orient avec des violences qui sont prévues dès aujourd'hui et qui ont d'ailleurs commencé cette nuit. Il a reconnu Jérusalem comme capitale de l'Etat d'Israël. Pour lui c'est, je le cite, « une condition nécessaire pour atteindre la paix entre Israéliens et Palestiniens ». Ce n'est pas du tout ce que pense Emmanuel MACRON, le président français.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
C'est une décision regrettable que la France n'approuve pas et qui contrevient au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU. Le statut de Jérusalem est une question de sécurité internationale qui concerne toute la communauté internationale. Je veux l'affirmer clairement devant vous : le statut de Jérusalem devra être déterminé par les Israéliens et les Palestiniens dans le cadre de négociations sous l'égide des Nations unies.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il lui arrive d'être grave, Emmanuel MACRON. Ça, c'est l'occasion. Il sent ce qui va arriver.

SEBASTIEN LECORNU
Il a raison, c'est une question majeure. C'est la paix au Proche-Orient et la paix au Proche-Orient, on sait très, très bien que c'est aussi la paix en Europe et la paix de par le monde. Il est très clair que cette question de la solution aux deux Etats - l'Etat israélien d'un côté, cohabitation avec un Etat palestinien, avec une capitale partagée qu'est Jérusalem - c'est la priorité. C'est la condition sine qua non pour la paix. En agissant comme cela, le président TRUMP viole le droit international, viole la position constante d'ailleurs des Etats-Unis d'Amérique et de l'ensemble de ses alliés, viole les positions onusiennes du Conseil de sécurité de l'ONU et ne favorise pas la solution à deux Etats.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est une grave faute ?

SEBASTIEN LECORNU
Ce n'est pas à un Secrétaire d'Etat français de qualifier la décision d'un chef de l'Etat, fusse-t-il le président des Etats-Unis d'Amérique. La réalité, c'est que cette décision n'améliore pas nos chances de paix, Jean-Pierre ELKABBACH. Ça, c'est la véritable difficulté.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Même si vous n'êtes pas le ministre ou le président, ça peut être le citoyen qui constate la décision. Elle est en plus largement critiquée à travers la planète et le Conseil de sécurité des Nations unies va se pencher demain matin sur le sujet avec quelques propos peut-être lénifiants mais la France a pris une position ferme. Donald TRUMP, ce n'est pas une décision responsable et dangereuse ça ?

SEBASTIEN LECORNU
En tout cas, je ne pense pas que violer le droit international soit une décision effectivement responsable. Je suis allé quatre fois en Israël, à chaque fois je me suis rendu en Palestine. J'ai des amis de ma génération, des trentenaires des deux côtés en quelque sorte. Les deux aspirent à la paix. Je pense que l'adresse de nos chancelleries, là où on met nos ambassades, donc en clair des reconnaissances unilatérales de Jérusalem comme capitale, ne participent pas à la paix. Une fois de plus, la seule aspiration c'est la paix et le seul moyen de parvenir à la paix c'est la cohabitation pacifique, la reconnaissance de l'existence de deux Etats.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il n'y a que le Premier ministre d'Israël NETANYAHOU, quelques Israéliens et quelques lobbies aux Etats-Unis qui se réjouissent et qui ne redoutent pas l'incendie qui est à venir. On va écouter monsieur NETANYAHOU.

BENYAMIN NETANYAHOU, PREMIER MINISTRE DE L'ETAT D'ISRAËL
Cette décision reflète l'engagement du président à une vérité ancienne mais durable à remplir ses promesses et à faire avancer la paix. La décision du président est un pas important vers la paix car il n'y a pas de paix qui n'inclut pas Jérusalem comme capitale de l'Etat d'Israël.

MAHMOUD ABBAS, PRESIDENT DE L'ETAT DE PALESTINE
Ces mesures sont pour Israël le moyen de nier les accords et de contester le droit international. Les Etats-Unis encouragent la politique de l'occupation, les colonies, l'apartheid et le nettoyage ethnique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour les Palestiniens, il y a un ordre de grève de trois jours et des manifestations qui sont prévisibles. Aujourd'hui, le président de la République va à Doha au Qatar. Il jouera le médiateur entre l'Arabie Saoudite et le Qatar qui ne sont pas loin d'en venir aux mains. Qu'est-ce que vous en pensez ?

SEBASTIEN LECORNU
Je pense qu'on a besoin de la France dans cette partie du globe. Plus encore dans cette partie du globe, d'ailleurs, avec l'histoire française. On l'a vu récemment avec le Liban, toute l'action que le chef de l'Etat a menée dans la crise libanaise. Une fois de plus, il faut que les Français comprennent, et je pense qu'ils l'ont compris, que la question du Proche et du Moyen-Orient impacte directement notre question de sécurité. C'est pour ça que le président de la République se déploie. Il était en Algérie, effectivement il va au Qatar, il s'est beaucoup investi sur la question libanaise. Il a eu des paroles fortes hier sur la décision du président TRUMP. Nous sommes les premiers concernés par ce qui se passe au Moyen-Orient et la parole de la France doit être entendue là-bas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans la lutte contre le terrorisme.

SEBASTIEN LECORNU
Dans la lutte contre le terrorisme, sur les questions liées à l'immigration, sur les questions liées à la culture, sur les questions liées à notre développement économique. Là aussi, il y a un besoin de France dans cette partie du globe. La France doit être entendue, c'est ce que fait le président de la République.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est normal que vous disiez ce que vous dites. Là, vous rentrez de Nouvelle-Calédonie…

SEBASTIEN LECORNU
Mais la question libanaise, c'est plus qu'un slogan, ce sont des résultats. On l'a bien vu.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous rentrez de Nouvelle-Calédonie. 2018 sera sans doute une année historique pour cette île qui doit se relancer sur son avenir. J'ai noté que les élus d'une part et les chefs coutumiers ont dit de votre ami et Premier ministre Edouard PHILIPPE : « Il a su avoir deux oreilles et une bouche ». Vous aussi, sans doute. Qu'est-ce que ce matin retiennent vos deux oreilles ? Qu'est-ce que promet votre bouche pour la Nouvelle-Calédonie et pour nous ?

SEBASTIEN LECORNU
Comme Edouard PHILIPPE, c'est la première fois que je me rendais en Nouvelle-Calédonie. L'accord de Nouméa qui a été conclu en 1998, dont l'Etat est un des partenaires majeurs, prévoit effectivement ce référendum.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il avait raison de dire qu'il y avait trois géants. Michel ROCARD, on pouvait ajouter Pierre BEREGOVOY mais il y avait Jacques LAFLEUR et Jean-Marie TJIBAOU qui sont des figures légendaires de la Calédonie.

SEBASTIEN LECORNU
Exactement. Avec cette poignée de mains incroyable à Matignon. Cet accord-là prévoyait et prévoit un référendum qui permet au peuple calédonien, aux Calédoniens, de se prononcer sur leur volonté de lien avec la France, la nature du lien qu'ils veulent avoir avec la France à l'avenir. Il y a évidemment la question institutionnelle. Elle a largement été traitée lors du déplacement d'Edouard PHILIPPE. C'est la question à venir de la date, de la question qui sera posée. Tout ça, ce sera au Congrès de la Nouvelle-Calédonie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La date, c'est 2018.

SEBASTIEN LECORNU
2018, novembre 2018 au plus tard. C'est ce qui est écrit dans les accords de Nouméa et c'est au Congrès de la Nouvelle-Calédonie que de proposer une date au gouvernement français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et la question ?

SEBASTIEN LECORNU
La question, ça sera aussi aux différents partenaires, aux différents signataires de l'accord de Nouméa, au mois de mars prochain de faire des propositions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que vous pensez que 1 : s'il y a un référendum, il aura lieu dans un climat apaisé ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
2 : Est-ce qu'il peut y avoir : « Voulez-vous rester dans la ligne de la fidélité à la France ou voulez-vous l'indépendance ? »

SEBASTIEN LECORNU
Il y a deux ingrédients pour avoir la question. 1 : L'accord de Nouméa est clair ; elle doit porter sur la question de la pleine souveraineté. 2 : Le Conseil constitutionnel est clair ; la question doit être suffisamment précise pour ne pas qu'il y ait de doute sur l'expression des Calédoniens. Ça, ce sont les deux ingrédients qui vont participer à la rédaction d'une question…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais la tendance après avoir écouté les chefs coutumiers ?

SEBASTIEN LECORNU
La tendance, vous savez ce que c'est ? Ce n'est pas que la question institutionnelle. C'est ça, je pense, le véritable virage avec le déplacement d'Edouard PHILIPPE en Nouvelle-Calédonie. C'est aussi la question de l'après, l'après-référendum. Oui comme non d'ailleurs. Qu'est-ce qui se passe après le référendum ? C'est aussi la question, bien sûr, de la jeunesse calédonienne. C'est la question de la transition écologique et énergétique en Nouvelle-Calédonie. C'est la question du développement du tourisme. Bref, il y a un modèle calédonien économique aussi à inventer. Il en a été autant question que les questions institutionnelles avec non seulement des responsables politiques mais également les responsables coutumiers.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Indépendance ou autonomie ? Et avec ou sans la France ?

SEBASTIEN LECORNU
Vous avez noté que le Premier ministre, pendant quatre jours, a écouté tout le monde. Il a eu deux oreilles et une bouche comme ont dit effectivement un certain nombre de responsables coutumiers. Mais nous nous sommes bien gardés d'intervenir dans ce débat-là. Laissons les Calédoniens décider, c'est l'esprit de l'accord de Nouméa.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. C'est ce que vous diriez aussi aux Corses.

SEBASTIEN LECORNU
Ce n'est pas la même chose.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi ?

SEBASTIEN LECORNU
Il n'y a pas d'accord de Nouméa en Corse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non. Non, non. Mais il y a eu des accords à Paris.

SEBASTIEN LECORNU
Il y a des élections territoriales en Corse. Elles portent sur les questions territoriales. Il y a un accord qui est un accord historique, qui est l'accord de Nouméa en Nouvelle-Calédonie, qui donne lieu à ce référendum, qui est reconnu d'ailleurs par la Constitution et par la loi puisque le Parlement s'était exprimé.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et il y aura un dialogue politique avec la Corse ?

SEBASTIEN LECORNU
Par des élections, ce sont des élus territoriaux et la République reconnaît tous les élus que le suffrage a donnés. Nous travaillerons donc avec les élus que les Corses auront choisis.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Edouard PHILIPPE a trouvé les accents et peut-être même les propos de ROOSEVELT autrefois aux Etats-Unis. Il dit : « N'ayons pas peur de nos peurs » ; et en partant, il a ajouté, peut-être optimiste : « J'ai confiance ». On écoute votre ami.

EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE (PROPOS DU 5 DECEMBRE A NOUMEA)
Ce qui a été fait ici depuis trente ans est unique et incroyablement précieux. La France entière doit en être fière car comme tous les moments historiques, comme tous les moments de transformation du monde, l'année 2018 constitue en même temps une richesse, une opportunité et un moment tellement sensible qu'il présente évidemment des risques. Je les mesure, ces risques. Je mesure les appréhensions comme les aspirations. J'ai confiance. Vive la Nouvelle-Calédonie, vive la République et vive la France.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Directement dans vos attributions aujourd'hui, vous devez être en train de préparer, je suppose, le 12 décembre le sommet qui va avoir lieu organisé par le président de la République avec votre cabinet, celui de Nicolas HULOT, sur le climat. Ce n'est pas la COP, ça ressemble à la COP mais c'est dans la suite de la COP.

SEBASTIEN LECORNU
Ce n'est pas tout à fait comme la COP. C'est surtout le moyen de célébrer la COP21, c'est-à-dire l'accord de Paris important, qui justement prenait des engagements très fermes contre le réchauffement climatique. C'est surtout une manière très opérationnelle de fêter cet anniversaire par la preuve. Par la preuve. La différence avec une COP, c'est qu'il n'y a pas que les Etats qui participent, même s'il y a cinquante-trois chefs d'Etat et de gouvernement qui seront présents ce 12 décembre. Il y a aussi des ONG, il y a aussi des entreprises, il y a aussi des fonds d'investissement. On n'est pas dans une conférence des partis. On n'est pas dans quelque chose de purement institutionnel. Nous sommes aussi avec celles et ceux qui réalisent déjà cette transition énergétique dans les différents pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est simplement le plaisir de vous retrouver ou il y aura des mesures concrètes ? J'ai vu que vous avez une douzaine de projets d'engagement, mais du concret ?

SEBASTIEN LECORNU
Je pense que ce sera le sommet le plus pragmatique et le plus concret qui existera.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Exemple ?

SEBASTIEN LECORNU
Typiquement le financement des énergies renouvelables. Tout à l'heure à 14 heures 30, je crois, je lancerai un fonds d'investissement avec un groupe privé de plus de deux cents millions d'euros pour financer les énergies renouvelables là où parfois le réseau bancaire est un peu timide pour le faire. Vous l'avez vu sur les véhicules thermiques dans le plan Climat au mois de juillet dernier. D'autres pays nous ont rejoints et pas des moindres : l'Inde, la Chine, la Grande-Bretagne. On le voit également sur la production d'électricité à base de charbon. Des pays comme le Canada ou la Grande-Bretagne s'engagent dans une grande coalition contre le charbon. Jamais les lignes n'ont autant bougé.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc on verra des décisions et des projets.

SEBASTIEN LECORNU
Oui. Et on verra surtout des projets concrets. Parce qu'aujourd'hui les projets y compris aux Etats-Unis – on a parlé de monsieur TRUMP au début de l'interview – aux Etats-Unis, même si monsieur TRUMP se désengage de l'accord de Paris, les maires des grandes villes, les patrons des grandes entreprises, parfois les gouverneurs de grands Etats, s'investissent sur cette question de la transition écologique et énergétique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous savez que vous parlez comme Barack OBAMA. Vous ne l'avez pas entendu mais il parlait comme ça. Il disait : « Pas TRUMP mais les autres ».

SEBASTIEN LECORNU
Mais bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Votre ministère a la responsabilité politique aussi de la sûreté des centrales nucléaires. Est-ce qu'aujourd'hui tous les réacteurs et les centrales sont bien protégés, contrôlés et sûrs ?

SEBASTIEN LECORNU
Il y a deux modèles, il y a deux questions : il y a la sûreté et la sécurité. C'est deux questions différentes. Dans les deux cas, le modèle français est un des modèles les plus performants au monde. Ce n'est pas moi qui le dis d'ailleurs, ce sont les grandes agences internationales. Une étude importante menée en 2011 a conclu à cette sûreté et à cette sécurité de nos installations nucléaires, mais pas que les centrales.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais oui, ça va ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, ça va. Vous l'avez vu récemment avec les intrusions de Greenpeace qui ont été rapidement stoppées par les forces de gendarmerie spécialisées.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous restez vigilants.

SEBASTIEN LECORNU
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous recevez également les élus de Fessenheim. Vous leur avez confirmé que leur célèbre centrale sera fermée. Pas tout de suite, quand ?

SEBASTIEN LECORNU
Au démarrage de l'EPR de Flamanville. On garde ce calendrier-là. Dès que l'EPR de Flamanville est en fonction fin 2018, début 2019. Cela entraînera et déclenchera automatiquement l'arrêt de l'exploitation de la centrale de Fessenheim.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et s'il y a du retard ?

SEBASTIEN LECORNU
Effectivement, vous avez raison, pour la première fois on a réuni les élus et les acteurs du territoire. Pour la première fois, on a réuni les acteurs administratifs du territoire. Je me rendrai en Alsace en janvier prochain pour rencontrer les personnels de la centrale et le monde économique. Le président de la République, le Premier ministre et Nicolas HULOT m'ont demandé très clairement d'engager un modèle qu'on peut qualifier d'exemplaire de la centrale de Fessenheim. Pas comme on l'a fait toujours, par exemple pour les mines, où on a été dans une logique de compensation, sans forcément être dans une logique de transition.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dernière remarque. Je ne vous pose pas les questions politiques : est-ce que vous regrettez de ne pas voter avec vos amis pour Laurent WAUQUIEZ ou pas Laurent WAUQUIEZ, et cætera. Simplement, dans six jours les experts indépendants vont remettre leur rapport sur Notre-Dame-des-Landes. La décision arrive. Quelle est votre préférence à vous ?

SEBASTIEN LECORNU
Je n'en ai pas. J'attends de voir le rapport de cette mission.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais qui va décider ?

SEBASTIEN LECORNU
Le Premier ministre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le Premier ministre ou le président de la République ?

SEBASTIEN LECORNU
Forcément en accord avec le président de la République mais c'est une décision gouvernementale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment va Nicolas HULOT ?

SEBASTIEN LECORNU
Très bien. Il était à Nairobi pour faire avancer le pacte mondial pour l'environnement. Il prépare activement le sommet du 12. Le ministre d'Etat est en pleine forme, soyez rassuré.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. En tout cas, nous vivons des journées particulières avec ce qui arrive à Johnny. Le temps est comme suspendu. Je vous souhaite une bonne journée, merci d'être venu.

SEBASTIEN LECORNU
Merci de m'avoir invité, Jean-Pierre ELKABBACH


source : Service d'information du Gouvernement, le 8 décembre 2017

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