Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l'intérieur, avec Radio Classique le 13 décembre 2017, sur l'aéroport Notre-Dame-des-Landes et sur l'élection de la nouvelle Assemblée de Corse. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l'intérieur, avec Radio Classique le 13 décembre 2017, sur l'aéroport Notre-Dame-des-Landes et sur l'élection de la nouvelle Assemblée de Corse.

Personnalité, fonction : GOURAULT Jacqueline, DURAND Guillaume.

FRANCE. Ministre auprès du ministre de l'intérieur;

ti :
GUILLAUME DURAND
Bonjour Jacqueline GOURAULT, vous êtes vice-ministre de l'Intérieur, merci d'être en direct sur l'antenne de Radio Classique et de Paris Première, nous allons parler de très nombreux sujets ce matin. D'abord, le gouvernement déménage, mais d'une manière très calme, dans le centre de la France pendant plusieurs jours avec Edouard PHILIPPE, deuxièmement il y a cette affaire de Notre-Dame-des-Landes ce matin, et puis il y a le dossier Corse que vous connaissez et qui est un dossier complexe dont nous allons parler, évidemment, là aussi ce matin, lors de cet entretien sur notre antenne.

(…) Chronique de Guillaume TABARD.

GUILLAUME DURAND
Nous sommes en direct avec Jacqueline GOURAULT, nous allons parler de toutes ces questions, vous savez qu'elle est secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, ministre déléguée. Jacqueline GOURAULT, vous avez entendu l'éditorial de Guillaume TABARD, on attend le rapport ce matin avec beaucoup de gens, y compris Le Figaro, le chef de l'Etat est face maintenant à sa décision, tout ça est insupportable semble dire Le Figaro, il faut faire régner l'ordre. Et je lis dans un article de Christophe CORNEVIN et Angélique NEGRONI, que du côté du gouvernement on se prépare, donc du côté de votre ministère, à intervenir sur place, est-ce que c'est vrai ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors, la décision, d'abord, du président de la République, va être prise en début d'année. Par ailleurs, on dit tout ça est long, enfin Le Figaro dit tout ça est long, en fait c'était un engagement de campagne du président MACRON, et en fait le rapport sort au bout de 6 mois. Donc, au regard de ce dossier qui dure depuis 50 ans, je crois qu'il faut rétablir la hiérarchie du temps, si je puis dire.

GUILLAUME DURAND
Donc, janvier 2018, la décision est prise ?

JACQUELINE GOURAULT
Oui, elle sera prise en début d'année.

GUILLAUME DURAND
D'accord. Alors, est-ce que, avant cette décision, je lis encore, pas simplement dans Le Figaro, mais aussi dans Libération, que du côté de la place Beauvau on est en train d'étudier les hypothèses de déménagement sur ce millier d'hectares où vivent 400 personnes d'une manière alternative.

JACQUELINE GOURAULT
Vous l'avez dit tout à l'heure, ou plutôt Guillaume TABARD, je crois l'a dit, il est impossible de laisser perdurer cette ZAD qui est devenue, je dirais une zone de non-droit, avec des gens qui sont là et qui se sont complètement protégés comme dans une forteresse médiévale, avec des pièges, etc., en démocratie ce n'est pas tolérable.

GUILLAUME DURAND
Lances, pierres géantes, trébuchets, catapultes…

JACQUELINE GOURAULT
Quelle que soit la décision qui soit prise…

GUILLAUME DURAND
Il y aura une intervention.

JACQUELINE GOURAULT
De toute façon on ne peut pas laisser perdurer cette ZAD.

GUILLAUME DURAND
Mais alors cette intervention, pour des raisons évidemment de sécurité, pour que ne se reproduise pas l'affaire de Sivens, parce que là ils sont extrêmement mobilisés, j'allais dire presque ils vous attendent, elle va avoir lieu par surprise, elle va être annoncée, comment ça va se passer ?

JACQUELINE GOURAULT
Non, ça évidemment, je ne peux pas vous dire comment ça va se passer, mais naturellement je ne peux pas nier que, au ministère de l'Intérieur, on réfléchit, mais pas depuis hier, on réfléchit depuis la prise de pouvoir, comment on pourrait évacuer cette ZAD, bien évidemment.

GUILLAUME DURAND
Est-ce qu'il est possible de négocier avec eux, c'est-à-dire avec ceux qui sont sur place, ou est-ce que ça vous paraît, maintenant, absolument impossible ?

JACQUELINE GOURAULT
Il faut toujours essayer de dialoguer, toujours, il faut toujours commencer par cela, et puis après le gouvernement prendra ses responsabilités.

GUILLAUME DURAND
Dans la décision qui va intervenir en janvier, vous m'avez dit en janvier 2018, on est d'accord ?

JACQUELINE GOURAULT
Oui.

GUILLAUME DURAND
Dans la décision qui va intervenir en janvier 2018, est-ce qu'on a quelques indices, parce que le rapport, c'est ce qui est caractéristique dans la presse ce matin, tout le monde ce rapport, ils ont travaillé, ils ont travaillé, mais finalement les recommandations qu'on attend sont floues.

JACQUELINE GOURAULT
Alors moi je n'ai pas vu du tout le rapport, donc je ne peux pas être plus précise dessus.

GUILLAUME DURAND
Mais enfin c'est quand même dommage de demander à trois personnes de travailler pendant des semaines, pour que finalement ils aboutissent à…

JACQUELINE GOURAULT
Mais je ne sais pas, vous préjugez de ce qu'il y a dedans, moi je ne sais pas, le rapport est remis ce matin.

GUILLAUME DURAND
Jean-Marc AYRAULT, l'ancien Premier ministre, écrit, ou il déclare, plus de 180 recours ont été déposés, tous ont été perdus, le projet a été approuvé, cet aéroport doit avoir lieu, et de l'autre côté on voit Nicolas HULOT dire il n'en n'est pas question.

JACQUELINE GOURAULT
La seule chose que je dis, pourquoi n'a-t-il pas pris la décision quand il était Premier ministre ?

GUILLAUME DURAND
Là vous parlez d'AYRAULT ?

JACQUELINE GOURAULT
Eh bien oui je parle d'AYRAULT.

GUILLAUME DURAND
Donc du précédent gouvernement, donc de François HOLLANDE ?

JACQUELINE GOURAULT
Eh bien oui, parce que, encore une fois, ça dure depuis très longtemps et tous les gouvernements successifs n'ont pas pris de décision. La seule chose que je puis vous dire aujourd'hui c'est qu'une décision sera prise, et je crois que les Français seront satisfaits que, enfin, on prenne une décision pour cet aéroport.

GUILLAUME DURAND
Donc qu'il n'y ait plus de zone de non-droit.

JACQUELINE GOURAULT
Absolument.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que Nicolas HULOT est d'accord avec cette affaire ?

JACQUELINE GOURAULT
Nicolas HULOT est membre du gouvernement, discute avec le président de la République de ce dossier, comme d'autres de son ministère, et bien évidemment il est, je dirais, sur la même démarche que le président de la République.

GUILLAUME DURAND
Donc ça veut dire que dans les conversations, dont on parle ce matin, je rappelle que vous êtes ministre déléguée à l'Intérieur, il est associé à ces décisions, y compris l'évacuation.

JACQUELINE GOURAULT
Ecoutez, c'est un tout le dossier. Alors, bien sûr, il y a des responsabilités particulières selon les ministères, si vous parlez de sécurité c'est le ministère de l'Intérieur, mais évidemment nous sommes tous solidaires de ce qui se fera à Notre-Dame-des-Landes.

GUILLAUME DURAND
D'accord, ça c'est le premier dossier. L'autre dossier, évidemment sur lequel il est important de vous entendre, c'est l'affaire des Corses avec des déclarations. On a vu que le Premier ministre avait félicité les vainqueurs, qui sont autonomistes, de cette élection en Corse, je rappelle qu'ils ont eu plus de 56 % des voix, et eux-mêmes disent maintenant « on veut un rendez-vous. » Alors, il veut un rendez-vous avec qui, vous êtes chargée aussi de cette affaire au sein du gouvernement, est-ce qu'il faut qu'il rencontre le chef de l'Etat, le Premier ministre, vous, est-ce que vous allez vous rendre sur place, comment ça va se passer ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors ça va se passer, le Premier ministre l'a annoncé clairement hier soir, il a téléphoné effectivement à monsieur SIMEONI et il l'a invité à venir, dès qu'il aura pris ses fonctions à la tête de la nouvelle collectivité, à venir le rencontrer à Matignon, ce qui est tout à fait normal, ce qui se fait avec un certain nombre de collectivités en France. Ensuite, ma « nomination », ou ma responsabilisation sur ce dossier, c'est une manière de dire il faut un interlocuteur pour la Corse, éviter qu'il y ait, je dirais 10 portes d'entrée pour parler de la Corse. Alors, naturellement, je serai la porte d'entrée, si je puis dire, et ensuite il y aura un travail entre différents ministères selon les dossiers qui seront à traiter. Par exemple, vous parliez de Nicolas HULOT à l'instant, on sait qu'il y a un problème très important en Corse de traitement des déchets, c'est un problème très important en Corse. Alors moi, comme vous le savez, je suis auprès de Gérard COLLOMB, je m'occupe souvent et particulièrement des collectivités territoriales, la nouvelle collectivité de Corse est quelque chose de très intéressant, parce que c'est une expérience nouvelle, c'est peut-être, c'est, pas peut-être, c'est, comment dire, la collectivité la plus décentralisée de notre pays maintenant.

GUILLAUME DURAND
Et vous savez qu'ils réclament de plus en plus d'autonomie. Ils veulent un statut d'autonomie. Les problèmes qui sont posés, vous les connaissez évidemment mieux que moi, mais le problème de la colangue… ça pose des problèmes de droit constitutionnel, et les problèmes des prisonniers politiques ça pose des problèmes dans… de la justice, et là ils disent « nous ce n'est pas négociable. On veut le retour des prisonniers politiques… »

JACQUELINE GOURAULT
Ce que je peux vous dire aujourd'hui c'est qu'on va commencer par attendre la mise en place de la collectivité unique et qu'on va parler de la collectivité unique, et des politiques publiques qui sont à mettre en place. Il faut que les vainqueurs, les 63 élus au total, prennent à bras-le-corps la collectivité unique, l'appliquent, répondent aux questions qui se posent en Corse, des questions d'environnement, des questions économiques, des questions de politique publique, il y a donc tout un travail de mise en place et je crois qu'ils ont une responsabilité importante…

GUILLAUME DURAND
Vous voulez dire de faire fonctionner leur gouvernement, parce qu'il y a un gouvernement, avant de poser les… de l'ultimatum ?

JACQUELINE GOURAULT
On verra plus tard les autres questions.

GUILLAUME DURAND
Enfin, visiblement, vous savez que pour une grande partie de ceux qui ont voté pour eux, 56 %, cette question des prisonniers politiques et la question de la langue, et du statut, c'est très important, c'est même plus important que la gestion.

JACQUELINE GOURAULT
Je sais très bien que c'est important pour eux, mais, dans un pays, il y a des exigences démocratiques, et républicaines, qui est de répondre… là on a élu, ils ont été élus dans une collectivité unique, pour diriger la collectivité unique, il faut maintenant qu'ils prennent leurs responsabilités à bras-le-corps et on parlera du reste quand ils seront installés.

GUILLAUME DURAND
J'ai compris, mais les Corses sont Français, et les Français, dans leur ensemble, ne comprendraient pas qu'il y ait une amnistie pour les prisonniers politiques.

JACQUELINE GOURAULT
Mais je ne vous dis pas qu'il y aura une amnistie…

GUILLAUME DURAND
Ils la veulent, ils la réclament.

JACQUELINE GOURAULT
Oui, peut-être, mais on va discuter, on va parler.

GUILLAUME DURAND
Comment peut-on discuter d'un sujet pareil, il n'y a pas deux solutions, il y en a une ou il n'y en n'a pas.

JACQUELINE GOURAULT
Oui. Mais, d'ailleurs, les prisonniers politiques sont des détenus, parce que le mot « prisonniers politiques » est un vrai sujet, déjà, en soi, donc il faut qu'on discute.

GUILLAUME DURAND
C'est-à-dire la conception qu'ils en ont.

JACQUELINE GOURAULT
Voilà.

GUILLAUME DURAND
Justement, derrière ces leaders, qui sont SIMEONI, et on a vu apparaître la personnalité de Charles PIERI dans un certain nombre de meetings, qui est quand même un ancien patron du FLNC, donc actions violentes, c'est quand même compliqué pour un Etat de négocier…

JACQUELINE GOURAULT
La Corse c'est la France, un Etat doit toujours faire respecter ses institutions, un Etat doit aussi toujours discuter, un Etat doit toujours essayer de dialoguer dans le respect des uns et des autres, et c'est ce que nous ferons.

GUILLAUME DURAND
Les premiers rendez-vous sont prévus quand pour vous ?

JACQUELINE GOURAULT
Ecoutez, la mise en place de la collectivité c'est début janvier, je crois que c'est le 2 janvier, de mémoire, et donc…

GUILLAUME DURAND
Vous allez les rencontrer avant ?

JACQUELINE GOURAULT
Non, j'attends que la mise en place soit faite et puis, en plus, on arrive à la fin de l'année, c'est les fêtes, etc., mais ceci dit j'ai déjà discuté avec eux. Là où je suis, par exemple, il a fallu parler, pour le budget, du financement de la collectivité nouvelle de Corse, eh bien j'ai été, avec Gérald DARMANIN, j'ai reçu les personnalités qui viennent d'être élues, qui ont obtenu une large majorité, il faut le reconnaître, en Corse, j'ai déjà discuté avec eux du financement et les discussions se sont passées dans un climat très vif, et constructif en même temps.

GUILLAUME DURAND
Merci Jacqueline GOURAULT d'être venue ce matin, je rappelle donc que vous êtes ministre déléguée à l'Intérieur, je rappelle aussi que le gouvernement part – d'ailleurs vous partez – il y a un Conseil des ministres ce matin, et tout le monde va du côté de Cahors, pendant 3 jours.

JACQUELINE GOURAULT
On va à Cahors, effectivement, dans le Sud-Ouest.

GUILLAUME DURAND
Pendant 3 jours.

JACQUELINE GOURAULT
Pendant 3 jours, enfin on n'y va pas tous forcément 3 jours, moi je pars demain matin seulement, mais il y a des gens qui partent aujourd'hui, absolument.

GUILLAUME DURAND
Initiative assez inhabituelle, même si ça a déjà eu lieu.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 décembre 2017

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