Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec RFI le 13 décembre 2017, sur le G5 Sahel, la force Barkhane et sur le maintien en condition opérationnelle. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec RFI le 13 décembre 2017, sur le G5 Sahel, la force Barkhane et sur le maintien en condition opérationnelle.

Personnalité, fonction : PARLY Florence , RIVIERE Frédéric.

FRANCE. Ministre des armées;

ti :
FREDERIC RIVIERE
Bonjour Florence PARLY.

FLORENCE PARLY
Bonjour.

FREDERIC RIVIERE
Le président de la République organise aujourd'hui une réunion de soutien au G5 Sahel, en présence des présidents des pays membres, donc le Tchad, le Niger, le Mali, le Burkina Faso et la Mauritanie. L'objectif de cette rencontre est d'accroître la mobilisation autour de la force conjointe du G5 Sahel sur trois volets : militaire, politique et financier. Sur le plan militaire, d'abord, il s'agit d'accélérer le déploiement de la force. Est-ce que ça veut dire qu'aux yeux de la France, pour l'instant, ça ne va pas assez vite ?

FLORENCE PARLY
Alors, d'une façon générale, le G5 Sahel, qui est une initiative africaine, que la France soutient depuis ses débuts, est une initiative qui monte en puissance, donc tout ça va dans le bon sens, mais il y a un problème de vitesse et de rythme. Donc en effet, il faut aller plus vite, et c'est le sens de l'initiative qu'a prise le président de la République que de réunir, ce matin, à la Celle-Saint-Cloud, un certain nombre de dirigeants, de chefs d'Etat, il y en a neuf, il y aura une vingtaine de délégations. Et l'objectif, c'est vraiment, à la fois, de pouvoir avancer plus vite sur le volet du financement de cette force, d'autre part, de structurer le volet militaire, puisqu'il y a eu, il y a quelques semaines, une première opération de la force conjointe G5 Sahel, qui était vraiment une opération de test en quelque sorte, qui s'est déroulée fin octobre-début novembre, qui prouve que donc cette force a été au rendez-vous dans un calendrier qui était ambitieux, mais il faut aller plus loin, parce que l'objectif, c'est en mars 2018 d'avoir une force opérationnelle…

FREDERIC RIVIERE
D'être totalement opérationnel…

FLORENCE PARLY
Et donc c'est ambitieux, et il faut s'en donner les moyens.

FREDERIC RIVIERE
Alors, le deuxième volet, je le disais, c'est la question financière. Est-ce que l'un découle de l'autre ? Est-ce que les retards en quelque sorte ou la relative lenteur de la mise en place de cette force provient des difficultés financières, à réunir les fonds nécessaires ?

FLORENCE PARLY
Alors, la France, avec d'autres pays, notamment, l'Allemagne, a fait campagne auprès d'un certain nombre de partenaires, des organisations internationales également, pour mobiliser des financements, pourquoi ? Parce que cette force conjointe du G5 Sahel, c'est certainement l'outil qui nous manque aujourd'hui pour stabiliser une région qui est confrontée – comme vous le savez – au terrorisme dans toutes ses dimensions. Donc oui, la France est en soutien pour faciliter et faire croître les contributions financières dont cette force a besoin. Plusieurs contributions ont été mentionnées, les besoins sont de l'ordre de 250 millions dans un premier temps, probablement plus, autour de 400 dans un second temps…

FREDERIC RIVIERE
Mais 400 millions, ça n'est surestimé ?

FLORENCE PARLY
Alors 400 millions, tout dépend de ce que l'on prend en compte, il faut évidemment assurer d'abord la partie équipements de cette force, tout ce qui concerne la logistique, et puis, bien sûr, se posera la question de l'appui, je dirais, au financement d'un certain nombre de dépenses de fonctionnement, fonctionnement du type personnels.

FREDERIC RIVIERE
Et ensuite, il y aura la pérennité de l'engagement financier ? Il faut, grosso modo, 60 millions d'euros par an, c'est bien ça ?

FLORENCE PARLY
Environ 60 millions d'euros par an, donc la priorité aujourd'hui, c'est d'assurer ce premier socle de 250 millions d'euros de financement. On n'en est pas tout à fait loin, mais le compte n'y est pas encore. Et donc c'est un des enjeux de la réunion de ce matin, qui sera complétée par une nouvelle réunion à Bruxelles en février, que d'arriver à boucler, en quelque sorte, ce premier tour de table.

FREDERIC RIVIERE
Est-ce que si la France met tant d'énergie à développer le G5 Sahel, c'est aussi pour pouvoir réduire les effectifs de l'opération Barkhane, actuellement, 4.000 hommes ?

FLORENCE PARLY
Alors, l'opération Barkhane, vous savez, elle n'a pas vocation à être éternelle, l'opération Barkhane, elle est là pour contribuer à lutter contre le terrorisme, qui est, encore une fois, un fléau pour la région dont il s'agit, mais aussi pour nous tous, pour les pays européens. Donc au fur et à mesure que la force conjointe du G5 Sahel montera en puissance, la force Barkhane pourra être réajustée dans son dispositif, et je crois que chacun a bien en tête que la lutte contre le terrorisme est une priorité, et le jour où cette lutte contre le terrorisme sera gagnée, la présence de la force Barkhane évidemment n'aura plus de sens.

FREDERIC RIVIERE
Mais il y a des échéances, vous réfléchissez à un calendrier de réduction de l'ampleur de la force Barkhane ?

FLORENCE PARLY
Je crois qu'il est vraiment prématuré, pour pouvoir indiquer des échéances, ce qui est important, c'est que la force Barkhane puisse adapter sa présence et ses méthodes à la configuration du terrain et au contexte dans lequel elle s'inscrit. Et aujourd'hui, un des éléments majeurs pour la présence de la force Barkhane, c'est la montée en puissance de la force conjointe G5 Sahel, avec laquelle elle agit en complémentarité.

FREDERIC RIVIERE
L'Algérie n'est pas membre du G5 Sahel, c'est pourtant un acteur extrêmement important dans la région, avec ses très longues frontières avec la Libye et le Mali. Qu'est-ce que la France attend de l'Algérie ?

FLORENCE PARLY
La France attend de l'Algérie que celle-ci contribue à la protection de la frontière Nord, en particulier du Mali. Et la France attend de l'Algérie, comme de l'ensemble de ses partenaires africains, qu'elle contribue à la lutte contre le terrorisme en général. Hier, j'ai réuni la structure qui s'appelle 5+5, 5+5, qu'est-ce que c'est, c'est un dialogue qui existe entre cinq pays du Nord de la Méditerranée, avec cinq pays du Sud de la Méditerranée, dont l'Algérie fait partie, aux côtés du Maroc, de la Tunisie, de la Mauritanie. Et nous avons évoqué évidemment l'ensemble des questions qui concernent la région, et bien entendu la lutte contre le terrorisme est au coeur. Et la question de l'échange de renseignements notamment a été au coeur de nos discussions.

FREDERIC RIVIERE
Vous avez évoqué la Libye, est-ce que la France aujourd'hui réfléchit à des options pour stabiliser la situation dans ce pays, qui est aujourd'hui un foyer de djihadistes, mais aux portes de l'Europe ?

FLORENCE PARLY
La France est en plein soutien et appuie l'action du représentant spécial du secrétaire général de l'ONU, monsieur SALAME, pour travailler à une issue politique, parce que nous pensons que ce pays est confronté à un véritable chaos, et que, il n'y a pas d'issue possible sans solution politique. Le président de la République a par ailleurs, lors de sa tournée africaine, il y a quelques jours, indiqué, selon lui, quelles pouvaient être les solutions pour faire face à la question migratoire, mais avant toute chose, la solution au problème libyen doit être politique.

FREDERIC RIVIERE
Vous lancez, Florence PARLY, le plan de modernisation du maintien en condition opérationnelle, alors, c'est un peu technique, mais enfin, pour essayer d'expliquer les choses simplement, il s'agit de l'entretien du matériel, pour qu'il soit disponible quand on en a besoin, et vous avez à cet égard de vraies raisons de ne pas être satisfaite, si j'ai bien compris, ça coûte de plus en plus cher ?

FLORENCE PARLY
Ça coûte de plus en plus cher, et les avions volent plutôt moins qu'avant. Donc les investissements que la France réalise dans ces grands équipements militaires, en particulier les avions, qu'il s'agisse d'avions de chasse, des avions de transport, des avions ravitailleurs, des drones, ce sont des investissements qui sont faits pour voler. Depuis quinze ans, le taux de disponibilité de ces avions diminue, et aujourd'hui, moins d'un avion sur deux vole. Par conséquent, après de nombreux rapports, qui ont été produits sur cette question, car cette situation n'est malheureusement pas nouvelle, j'ai décidé de modifier l'organisation de cette fonction, le maintien en condition opérationnelle des avions, parce que je suis persuadée, et le rapport qui m'a été rendu, la semaine dernière, le prouve, que l'organisation est beaucoup trop compliquée, et que c'est ça qui est à l'origine des dysfonctionnements que nous subissons.

FREDERIC RIVIERE
Vous allez responsabiliser plus les industriels…

FLORENCE PARLY
Et donc je souhaite responsabiliser plus les industriels, je souhaite que cette responsabilité soit de bout en bout. Je souhaite qu'il n'y ait pas de coupure entre le contrat d'acquisition d'un équipement et les questions liées à l'entretien de ces avions, et que donc, on ait une vision complète du coût, non seulement d'investissement, mais d'utilisation des avions que nous achèterons dans le futur. Et pour ceux que nous avons déjà, je souhaite en effet qu'il y ait un contrat simple, qui nous lie à l'industriel, et qui permette, comme on le fait d'ailleurs pour le porte-avion Charles-de-Gaulle, qui est en ce moment en très grande révision, que l'on puisse avoir une responsabilité unique, avec un maître d'oeuvre unique, qui coordonne l'ensemble des interventions.

FREDERIC RIVIERE
Merci Florence PARLY. Bonne journée.

FLORENCE PARLY
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 décembre 2017

Rechercher